30 septembre 2011

Etienne Tshisekedi, l’éternel opposant qui croit son heure venue

Catégorie actualité, interview

Avant de quitter la Belgique pour le Canada, quel est le message adressé à ceux que vous avez rencontré ?

Aux militants et aux hommes d’affaires que j’invite à s’installer au Congo, mon message est que, pour la première fois depuis l’indépendance, ce pays va devenir un Etat de droit, avec une vraie justice, une vraie gouvernance… Tous ceux qui craignaient le désordre, l’insécurité, sont aujourd’hui invités à venir, à investir au Congo, à créer des emplois. Nous avons 95% de chômeurs, il est temps de créer des emplois pour eux…

Quelles sont les garanties que vous pouvez donner aux investisseurs ?

Depuis l’indépendance, le Congo ressemble plus à une jungle qu’à un Etat…Moi, je parle du Congo de demain, car je sais que le peuple congolais  me fera confiance…Partout, dans le monde, on se plaint de l’insécurité qui règne au Congo, on le considère comme un pays où il n’y a aucune loi, aucune garantie…

Au Canada, des sociétés comme First Quantum se plaignent amèrement.  Je les ai rencontrés, j’ai expliqué que le Congo allait devenir un Etat de droit, où le climat des affaires allait être très positif. J’ai fait un  appel pour  qu’ils reviennent : le 6 décembre prochain, sitôt que Kabila sera parti, les investisseurs seront invités à revenir…

Vous semblez encore plus sûr de vous qu’en juin, lors de votre dernier passage…
C’est évident…Quel que soit le degré de tricherie, Kabila ne s’en sortira pas. Le 6 décembre tout sera réglé…

Vous affirmiez, en juin, que vous étiez sûr de l’emporter  partout, sauf, peut-être, au Katanga. Et aujourd’hui ?

Alors que je pensais encore qu’au Katanga j’allais devoir composer avec Kabila, des combattants me téléphonaient pour me dire que le Katanga n’était pas différent du reste du Congo, que toutes les provinces, et eux aussi, voulaient le changement. C’est-à-dire le départ de Kabila.

Au Katanga, mon succès a été total, les habitants de chaque ville visitée se déplaçaient pour venir m’entendre.

J’irai au Kivu aussi, dans le fief même de Kabila, son soi disant terrain, où il avait promis la paix, la sécurité. Je reviendrai de ma tournée à l’étranger en débarquant à Kisangani, puis dans les deux Kivu et au Maniéma.

Quelle promesse allez vous faire aux gens de l’Est ?

Ce ne sera pas une promesse, la paix sera la conséquence immédiate du rétablissement de l’Etat de droit. N’oubliez pas que là bas l’insécurité est maintenue par des gens qui étaient des compagnons de lutte de Kabila dans le maquis. Lorsqu’il est arrivé au pouvoir, il les a abandonnés, c’est pour cela qu’ils se battent, aujourd’hui encore…L’armée, ces militaires qu’on ne paie pas, qu’on laisse en débandade,,  est encore pire que tous ces groupes armés…

Croyez vous que vous allez pouvoir maîtriser l’armée ?

Certainement : nous allons créer une véritable armée nationale, ce qui n’a jamais existé dans ce pays, même du temps de Mobutu. L’armée a toujours été composée de milices, les  généraux bardés de titres étaient des illettrés… Nous allons former une armée classique, comme dans tous les pays civilisés…

A l’Est, sans pitié,  nous allons désarmer tous ces groupes. Certains parmi eux seront poursuivis, pour s’être rendus coupables de crimes. Des officiers de l’armée gouvernementale se sont livrés à des trafics, sont devenus millionnaires…

Vous aurez les moyens d’imposer l’ordre, la discipline ?

Absolument, absolument…Vous allez suivre cela. C’est l’impunité qui est la cause de tout cela, à commencer par l’impunité de ceux qui sont au sommet, ils ne peuvent pas sanctionner leurs congénères, des gens avec lesquels ils ont commis d’autres crimes…Au Congo on arrête des politiciens, des activistes des droits de l’homme pour les faire taire…Je vais  réactiver l’appareil judiciaire en payant correctement les magistrats…

Disposerez vous de suffisement de cadres pour réaliser tout cela ?

Mais certainement…  Dans l’armée, nous avons des offficiers qui ont été formés dans vos écoles, en Belgique, dans d’autres pays occidentaux…

Avez-vous, à l’occasion de vos tournées à l’étranger, rencontré beaucoup de membres de la diaspora prêts à revenir ?

Eparpillés un peu partout en Europe occidentale, ils attendent le rétablissement de l’Etat de droit pour revenir au pays. Tous en ont assez de la vie qu’ils mènent à l’extérieur. Le Congo a besoin de tout le monde pour se reconstruire. Partout, la communauté congolaise s’est mobilisée massivement ; nous avons beaucoup de cadres à l’étranger et  au retour ils étaient souvent inquiétés…

Comment envisagez vous la campagne électorale ? Pensez vous qu’elle se déroulera correctement ?

Correctement, entendons nous… Du côté du pouvoir il y a toujours des manœuvres, des pressions sur la Commission nationale indépendante (CENI) pour qu’elle ne nous accorde pas l’accès au serveur central. Nous exigeons que soit publiée la cartographie de tous les bureaux de vote à travers le pays, car nous devons pouvoir envoyer nos témoins dans tous ces bureaux ; nous  voulons que l’on publie le fichier électoral, car la loi prévoit qu’un mois après avoir terminé l’enrôlement des électeurs dans une province, on publie les listes de ces électeurs, cela n’a pas encore été fait. Là on on ne publie pas c’est là où on risque de tricher…

Avez-vous eu des contacts avec le pasteur Mulunda, président de la CENI , qui paraît assez ouvert?

Assez ouvert… Disons plutôt qu’il a un double langage : d’un côté il vous endort, et de l’autre, il y a ce qui se fait sur le terrain, c’est le contraire…Il voit tout le monde, c’est vrai, c’est un pasteur… J’ai été le premier à le recevoir chez moi, il parle bien, mais nous recevons de l’intérieur des rapports alarmants ; il nous promet d’arranger les choses mais en réalité rien ne se passe. Les bureaux de vote sont tellement éloignés les uns des autres qu’il sera impossible que tout le monde aille voter, à cause des distances à parcourir…

Quel est le niveau où les tricheries pourraient être éventuellement organisées ?

Au niveau du serveur central, c’est pourquoi on refuse que l’opposition y aie accès…Il y a aussi des bureaux fictifs, où on pourra bourrer les urnes. Notre parti qui est implanté partout au Congo devra avoir des témoins partout.

Votre parti, l’UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social) a-t-il eu le temps de s’organiser ?

C’est à partir du 8 décembre, lorsque je suis rentré de Belgique où j’étais en traitement médical, que l’UDPS et les autres partis ont commencé à s’organiser à travers tout le pays; nous n’avons eu que 9 mois. Avant cela on ne tolérait pas de réunions de l’opposition, on arrêtait les gens, nos partis étaient morts… Sur le plan matériel, on fait appel aux bonnes volontés, qui ne manquent pas, on trouve des soutiens, surtout ici, en Occident…

Pourquoi votre parti n’a-t-il pas encore signé le code de bonne conduite ?

Nous exerçons des pressions : on ne peut pas nous faire signer le code de bonne conduite aussi longtemps que nos revendications ne sont pas satisfaites, comme l’accès au serveur central, la cartographie, la publication du fichier électoral etc…

Etes vous prêt à vous engager pour des élections apaisées ?

Les élections présidentielles vont permettre une alternative au Congo. Le 6 décembre prochain, le mandatde Kabila prend fin.

Quelles consignes allez vous donner à vos militants ? Tenir des élections calmes, apaisées ?

L’UDPS est connue pour cela, pour sa non violence. Quand on tue ses membres, la télévision, contrôlée par le pouvoir, dit le contraire…

Nos militants vont être calmes, mais nous redoutons les provocations…Voyez nos meetings, nous remplissons les stades, nos combattants assurent la sécurité et il n’y a jamais un seul incident. Mais quand la police est là, il y a des problèmes..

Que se passera-t-il au moment où on proclamera les résultats, vous semblez tellement sûr de gagner ?

Ma victoire est une certitude. C’est au pouvoir que vous devez demander s’il va accepter sa défaite…S’il se  maintient par force, le pays sera ingouvernable…

C’est une élection à un seul tour, et il y a tout de même, y compris pour vous, le risque de la perdre…

C’est pour cela que je suis venu ici, que j’ai contacté des autres candidats de l’opposition ; nous sommes en train de nous entendre, afin que seule ma candidature soit reconnue et soutenue. C’est pour cela que j’ai rencontré M. Kengo ici à Bruxelles. Je suis allé en Hollande pour y rencontrer M. jean-Pierre Bemba à La Haye et il va donner pour consigne de me soutenir, afin que les voix de ses partisans se portent sur moi. A Montréal, où je me rends ce week end, je vais rencontrer un autre candidat Vital Kamerhe. D’après ses déclarations, lui aussi serait d’accord de me donner ses voix, pour que l’on puisse chasser Kabila…Cela commence à faire du monde…

Avez-vous déjà conclu des accords, promis des postes que vous acorderiez aux uns et aux autres au cas où vous seriez élu à la présidence ?

Tout le monde veut une véritable union de l’opposition afin de pouvoir isoler Kabila. Nous sommes en politique : la répartition des postes se fera après, suivant les résultats obtenus par chaque parti, par le nombre de députés envoyés au Parlement…

Un débat télévisé entre le président sortant et vous est il prévu ?

S’il a été décidé de passer du scrutin à deux tours à un vote unique, en un tour,  c’est justement pour cela : Kabila ne peut pas supporter un débat, il  ne veut pas y être obligé.

C’est cela la vraie raison…Un débat avec ce bonhomme là, ce n’est pas possible. Suivez les assises internationales, l’ONU et tout çà. Quant il va là bas, ce sont ses ministres qui parlent, ce n’est pas lui. Il est incapable de prendre part à un débat.

Joseph Kabila est au pouvoir depuis dix ans. Pour vous qui observez la situation depuis si longtemps,  quel est le principal reproche que vous lui adressez ?

Tout. Un homme qui ne fait que voler, détourner des deniers publics peut-il s’appeler chef de l’Etat ? Voyez le Kivu, c’était son fief. Or la guerre s’y poursuit, aujourd’hui encore.

Qu’est ce qu’il a fait de positif depuis qu’il est là ?

Tout de même, il a mis en œuvre les cinq chantiers, recommencé à construire le pays…

Les  cinq chantiers, c’est un slogan plus qu’autre chose. Quand il fait quelques kilomètres d’asphaltage et qu’il présente la facture, ce ne sont là que des occasions de détournement…Il faudrait vraiment être naïf pour voir là quelque chose de positif. Il ne maîtrise rien, n’a aucun leadership, il ne sait pas ce qu’est le Congo. Et on l’appelle un chef d’Etat, c’est ridicule.

Et la santé ? Aurez vous l’énergie suffisante pour mener la campagne électorale ?

Ah oui, vous le voyez… Quand je vais commencer la campagne, vous aller voir encore…Je vais aller dans l’Est et dans le « Grand Nord »  A Kisangani, je connais la prison de la rive droite et celle de la rive gauche. Dans ces régions éloignées, tout le monde me connaît encore, car Mobutu, à l’époque, m’avait déporté, mius en relégation, à Dungu,  Isiro, Monga. Les villageois à l’époque venaient m’entendre et je leur passais des messages de changement. Ils se souviennent bien de moi, tout le monde me connaît, cela va jouer…

On m’appelait l’éternel opposant. Maintenant, c’est mon tour d’être aux affaires, de bonnes affaires pour mon pays…

Pouvez vous résumer en une phrase ce que vous voulez faire pour votre pays ?

Je veux élever le Congo au rang des nations civilisées. Voilà.

Bonne gouvernance, état de droit combat contre la corruption, contre les anti valeurs. Moralisation de  la vie politique, car dans ce pays, c’est du banditisme…

Tout cela sera l’aboutissement d’un combat de trente ans. Dieu nous a aidé en nous gardant la force, qu’il en soit maintenant remercié…