28 octobre 2011

L’ultime ambition de l’éternel opposant

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Tout au long de sa carrière politique, Etienne Tshisekedi n’a jamais redouté  de se faire beaucoup d’ennemis. Mais le pire d’entre eux, celui dont il ne s’est jamais méfié, c’est lui-même. Narcissique, orgueilleux,  imprévisible… Ces défauts ont pu, alors qu’il défiait Mobutu, lui servir de cuirasse, le rendre insensible aux menaces ou aux pressions. Mais à l’heure actuelle, alors que, pour l’emporter face à un Kabila qui jouit de la rente du pouvoir, l’alliance des principaux candidats de l’opposition est indispensable, ces traits de caractère risquent de lui faire gâcher sa dernière chance.

Lorsqu’il avance à petits pas, coiffé d’une casquette et soutenu par son fils Félix, Tshisekedi croit encore que l’avenir est devant lui ; le Poulidor de la politique congolaise est persuadé qu’il atteindra bientôt le sommet,  coiffant tous ses rivaux. En réalité, cet homme obstiné, courageux, appartient déjà à l’histoire de son pays. En province comme à Kinshasa, si les  foules se pressent lors de ses meetings, c’est aussi pour apercevoir, une première et une dernière fois peut-être,  un personnage qui s’est statufié de son vivant. lire la suite

28 octobre 2011

Des élections à haut risque

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]révues pour le 28 novembre prochain, les prochaines élections présidentielle et législative devraient enraciner la démocratie et permettre à 32 millions d’électeurs de sanctionner leurs élus. Mais ce scrutin est aussi celui de tous les dangers, car sa contestation pourrait ramener la République démocratique du Congo dans l’instabilité sinon la guerre.
C’est pourquoi, alors que les observateurs se déploient à travers le pays, appels au calme et avertissements se multiplient, émanant de l’Eglise catholique et d’une quarantaine d’organisations non gouvernementales, congolaises et étrangères. Inquiètes de la dégradation de la situation sécuritaire, elles demandent “ des mesures urgentes pour prévenir la violence électorale, mieux protéger les civils et assurer des élections crédibles, libres et transparentes “.
Alors que le coup d’envoi à la campagne a été lancé le 28 octobre, plusieurs inconnues subsistent : à la tête de la Commission nationale indépendante, le pasteur Mulunda réussira-t-il, avec l’aide de la Mission des Nations unies au Congo à “ dispatcher “ dans 62.000 bureaux de vote 17 tonnes de matériel électoral et en particulier 186.000 urnes qui doivent arriver de Chine par vol spécial ? Jusqu’à présent, la CENI assure que les délais seront respectés mais nul n’écarte plus l’hypothèse d’un découplage entre l’élection présidentielle, disputée par onze candidats, et l’élection législative, où 18.386 postulants sont en lice pour 500 sièges.
A propos du comportement des candidats en présence, Human Rights Watch relève la multiplication des discours haineux et toutes les ONG relèvent “un potentiel alarmant de violence et de déstabilisation ]“en dépit du fait que tous les candidats, Tshisekedi excepté, ont signé un code de bonne conduite.[

24 octobre 2011

Le cauchemar logistique des élections au Congo

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Le défi logistique que représentent les élections législatives et présidentielle qui doivent, en principe, se tenir au Congo le 28 novembre prochain est à la mesure des dimensions du pays : 180.000 urnes d’un mètre de haut sont en cours de fabrication en Chine et doivent encore être acheminées et distribuées, 64 millions de bulletins de vote sont imprimés en Afrique du Sud. Via des « hubs » et des « sous hubs » ils seront répartis dans 62.000 bureaux de vote afin que 32 millions d’électeurs puissent faire leur choix entre 11 candidats à l’élection présidentielle et 18.000 prétendants au siège de député. Le pasteur Ngoy Mulunda, à la tête de la Commission nationale indépendante, ne nie pas la difficulté, mais assure que « s’il le faut, le matériel électoral sera transporté sur la tête de la population », répétant que le scrutin aura bien lieu à la date prévue. Cependant, son adjoint Jacques Djoli a fait écho aux inquiétudes croissantes en assurant qu’il « ne fallait pas momifier la date du scrutin… » lire la suite

17 octobre 2011

Salut l’artiste… Un baobab dans la forêt de Soignes

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A l’orée de la forêt de Soignes, en face des hêtres et des chènes, un baobab a été planté. Durant longtemps, il protègera les jeunes pousses et sa force rappellera la savane où il avait pris naissance.

Entouré des membres de sa famille, d’amis venus par centaines, Dieudonné Kabongo a été enterré dans le petit cimetière de Boistfort, une commune où il a passé les plus belles années de sa vie adulte. Les discours n’ont pas manqué, l’ambassadeur du Congo Henri Mova Sakanyi ou l’échevin bruxellois Bertin Mampaka ont salué leur ami, leur frère, l’homme qui écoutait toujours avec sagesse, apparaissait comme un rassembleur pour sa communauté et… ne manquait jamais la retransmission d’un match lorsqu’y participait  l’une des équipes du Katanga. Bourgmestre de Boistfort, Martine Payfa a rappelé que Kabongo, avec les années, était devenu l’une des figures marquantes de sa commune, l’un des premiers Congolais à s’y installer, ouvrant la voie à de nombreux autres.

Au fil des discours et des témoignages, on a découvert que ce baobab là avait un feuillage immense ; à personne, jamais il ne refusait sa fraîcheur, il était de toutes les fêtes, de toutes les cérémonies, le plus souvent de manière bénévole…

Durant le week end déjà, durant la cérémonie d’hommage au palais des Beaux Arts de Bruxelles puis lors du «matanga » qui se déroula au Théâtre Varia, on avait compris que ce Kasaïen, qui avait connu une jeunesse difficile et avait tenté sa chance en Belgique au début des années 70, était un artiste complet. Humoriste certes mais aussi comédien, à l’aise dans tous les registres, acteur excellent, chanteur à ses heures.Un petit film de douze minutes, tourné avec François Beukelaers, nous avait montré à quoi Dieudonné avait échappé : on le voyait, vieux Congolais installé dans une maison de retraite accueillir d’un regard malicieux son vieux copain et complice blanc. Le temps de descendre une fiole de whisky, Dieudonné et son pote reprenaient l’éternel dialogue du colonisé et du colonisateur, ce dialogue de sourds entre gens qui s’aiment, à l’image de ces relations ambigües entre la Belgique son pays d’adoption et le Congo dont il avait gardé la nationalité. Dieudonné vieillissant ne sera jamais autre chose que douze minutes d’images, il a tellement distribué toutes les facettes de son talent, à tous les amis qui le sollicitaient, que, jeune pour toujours, il a bifurqué avant d’arriver au bout du chemin, avant d’avoir connu la solitude et le lent naufrage…

Kabongo  était d’ici, pleinement et tous ses amis sont venus en témoigner. Un digne représentant du festival du rire de Rochefort a même fait  le voyage pour déposer sur le cercueil un panama,  modeste chapeau de paille dédié aux plus grands amuseurs afin que dans l’autre monde, s’ils se montrent trop impertinents, ils soient couverts… Mais Dieudonné était aussi du Congo et à chacune de nos rencontres, nous échangions des nouvelles « du pays ». C’est du Congo qu’est venue la terre jaune et sableuse qu’à pleine poignées chacun a jeté sur son cercueil. C est le Congo qui a inspiré Malaïka, la chanson mythique de Myriam Makeba qui a accompagné sa lente progression vers le caveau, c’est du Congo que sont nées les dernières paroles, en tshiluba, sa langue natale, avant que le silence et les ombres ne reprennent possession du petit cimetière. Etc’est aussi  l’atmosphère du Congo  qu’a rappelé la dernière des réunions, à la Maison Haute de Boitsfort, où Kabongo a si souvent joué : la nuit précédente, des mamans, dont  Gisèle Mandaïla, avaient cuisiné durant des heures, afin que beignets, pilons de poulet, poissons frits soient proposés à l’assistance pour colmater les larmes tandis qu’au micro s’égrenaient encore les souvenirs et les chansons.

Le matanga, la veillée de deuil, avait duré longtemps. L’enterrement a pris l’après midi, la réunion des amis et connaissances a largement débordé sur l’horaire prévu, mais au fil des musiques, des témoignages, des récits, quelque chose s’est opéré,  qui ressemblait à un miracle : les communautés congolaises de Bruxelles, si souvent divisées sinon antagonistes, ont renoué le dialogue, les Belges enchagrinés se sont réchauffés,  des enfants ont joué dans les escaliers. On a eu l’impression d’entendre la  voix grave de Dieudonné se mêler aux conversations, de voir son  portrait sur le mur lâcher, en douce, un clin d’œil malicieux à Mirko Popovitch, son vieux complice. C’est que, arrivé au bout du parcours,  l’enfant du Congo pouvait mesurer  sa revanche : quatre décennies ans après son arrivée dans l’ancienne métropole, il avait réussi à coloniser les cœurs…

15 octobre 2011

Ne touche pas à Caïn: la peine de mort recule en Afrique

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Inexorablement, la peine de mort recule en Afrique : 17 pays du continent l’ont déjà abolie officiellement, vingt autres appliquent un moratoire qui empêche l’exécution des peines. Au Mali par exemple, il n’y a plus eu d’exécution capitale depuis 31 ans, en Tunisie depuis 20 ans. En 2007, le Rwanda a officiellement rayé la peine capitale de sa constitution et s’efforce depuis lors de convaincre les autres pays africains de faire de même. Ouvrant une conférence régionale sur l’abolition de la peine de mort, rassemblant des ministres de la justice des procureurs et de hauts fonctionnaires de plus de trente pays du continent, le président Kagame s’en est expliqué : « la peine de mort n’est pas un moyen de dissuasion efficace et, aux victimes, elle n’apporte ni la paix ni la justice.  Comment aurions nous pu faire face aux conséquences sociales des exécutions de masse si nous avions appliqué la peine de mort aux auteurs de crimes de génocide ? » Par la suite, le ministre rwandais de la justice, M. Karugarama devait ajouter « si le Rwanda, au lendemain d’un génocide qui a fait un million de morts, a renoncé à appliquer la peine de mort, d’autres pays peuvent le faire… » lire la suite

12 octobre 2011

Hissene Habré pourrait être jugé au Rwanda

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Fier de ses succès en termes de développement, le Rwanda veut aussi faire reconnaître la qualité de son système judiciaire, qui avait été totalement détruit durant le génocide de 1994. L’un des tests est le procès de l’opposante Victoire Ingabire qui se déroule en ce moment devant la Cour Suprème de justice à Kigali. Si la présidente du parti FDU (Forces démocratiques unies), qui vécut aux Pays Bas durant seize ans, est relativement peu connue dans le pays, les audiences sont très suivies par la presse et par la communauté diplomatique. Et pour cause : à son retour en 2010, Ingabire ne s’était pas contentée de se présenter comme candidate à la présidence, elle avait aussi osé affirmer, en visitant le mémorial aux victimes du génocide à Gishozi, que des Hutus aussi avaient été tués. L’énoncé de cette évidence avait été ressentie comme une provocation et aujourd’hui Victoire Ingabire,- chemise rose, crâne rasé, grandes lunettes qui mangent son visage rond-, comparaît devant les juges de la Cour Suprème de justice. Non pour ses propos, mais pour ses activités en Europe : selon l’accusation, elle aurait eu des contacts suivis avec les groupes armés hutus opérant au Congo, leur aurait même envoyé de l’argent via Western Union et aurait enfreint la loi sur le génocide et le négationnisme, promulguée en 2003. Jusqu’à présent, les questions de fond n’ont pas encore été abordées, les avocats de Mme Ingabire, qui comparaît aux côtés de cinq officiers ramenés du Congo, se limitent à des questions de procédure. Ils  ar

12 octobre 2011

Karugarama: comment la justice a été reconstruite au Rwanda

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Voici 17 ans, au lendemain du génocide, le ministre de la Justice de l’époque Nkubito se retrouvait dans un bureau vide, jonché de gravats. Devant l’immeuble, des garçons roulaient du tabac dans  les  feuillets du Code pénal pour en faire des cigarettes tandis que des centaines de milliers de criminels prenaient la fuite vers les pays voisins, abandonnant leurs victimes aux chiens errants.

Dix sept ans plus tard, l’actuel ministre de la justice du Rwanda, Tharcisse Karugarama ne craint pas d’affirmer avec fierté que son pays se sent capable d’accueillir les prévenus du Tribunal international d’Arusha qui doit fermer ses portes en 2012 et qu’il est désormais à même de rendre une justice correspondant à tous les critères du droit. Une tâche immense, un défi qui est aussi celui du vivre ensemble de tous les Rwandais… Interview.

La décision d’abolir la peine de mort, prise en 2008,  a-t-elle été une décision facile à prendre ?

Dans un pays qui a été confronté à un génocide, ce fut une décision extrêmement difficile, adoptée au terme d’un processus très ardu. Au lendemain du génocide, il y avait tellement de gens qui souhaitaient que les tueurs soient exécutés, que la mort soit leur châtiment !

Faire en sorte que les  survivants du génocide acceptent que le Code pénal soit modifié, et  que la peine de mort ne s’y trouve plus  fut un processus très difficile. Nous avons du aller dans les églises, les écoles, les universités, rencontrer les leaders locaux… Même devant les professionnels du droit, nous avons du plaider…. lire la suite

12 octobre 2011

Dieu nous l’avait donné, il nous l’a repris

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Un comédien peut-il rêver plus belle mort ? Dieudonné Kabongo s’est effondré en scène, à Jette, où il participait à une représentation des « Nouvelles de l’Espace » un spectacle de Jean-Louis Leclercq. Comme Molière, il a quitté la vie sur une dernière pirouette, face à ce public qu’il aimait tant et qui le lui rendait bien et qui n’aura pas eu le temps de le remercier, de lui faire une ovation.

D’autres multiplient les tournées d’adieu, n’en finissent pas  de se retirer sur la pointe des pieds mais à grand bruit. Dieudonné lui, massif et sans concessions comme il était, s’est écroulé d’un bloc et c’est bien la seule fois où il n’a fait rire personne. Comment et où le remercier ? Où est il à présent ? Au paradis des ancètres, quelque part du côté du Katanga, sa terre natale ? en compagnie de Molière et des autres, dans un coin du ciel réservé aux gens de son espèce, ces parias qui naguère ne pouvaient pas être enterrés en terre chrétienne ? dans une médiathèque où les fans revoient le film de Raoul Peck sur Lumumba où il incarnait un Mobutu implacable, plus austère que nature ? Peut-être hante-t-il aussi les coulisses de ces théâtres où on le vit si souvent, les petits cours du off d’Avignon où il officiait parfois à l’heure du thé, les scènes  de Bruxelles et de Boistfort, la commune où il s’était intégré depuis si longtemps ?

Mais saura-t-on vraiment qui était Dieudonné ? Tellement congolais, avec son grand rire, son regard malicieux, ses aphorismes et ses souvenirs de la colonisation «il paraît que vous m’avez découvert… » Tellement belge aussi, réaliste, surréaliste, spectateur amusé et parfois inquiet de nos querelles tribales, de nos paradoxes qu’il savait croquer comme pas deux. Dieudonné, en privé, comme tous les grands comiques, était souvent grave. Il évoquait le destin du Congo, la guerre, les injustices, suivait au jour le jour les péripéties politiques ; il aimait aussi parler de la Belgique, de la vie et des amis ; il savait aussi se taire, écouter en silence et puis, alors qu’on ne s’y attendait pas, lâcher une vanne désopilante. Il ne parlait jamais de sa santé, de ses finances, de son avenir, comme s’il affectait de vivre dans l’instant, et cela alors que l’on connaissait son affection pour sa famille, ses soucis, ses combats…

Kabongo, c’est, littéralement un homme que Dieu nous avait donné, que le Congo nous avait prêté. Durant tellement longtemps, il nous a donné le meilleur, en radio, au théâtre, au cinéma, il nous a enchantés à chaque rencontre… Aujourd’hui Dieu nous a repris Dieudonné. Il faut croire que lui aussi  avait envie de rire  un peu, aux premières loges…

11 octobre 2011

Le CEO Kagame devant la presse

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Il est loin le temps où un Kagame tendu, sur la défensive, fusillait du regard  ceux qui lui posaient des questions dérangeantes et leur répondait en termes cinglants. Aujourd’hui, alors qu’il se trouve encore au début de son deuxième mandat, le « patron » du Rwanda a depuis longtemps pris de la carrure et face aux journalistes, le combattant d’hier, le polémiste d’autrefois, se révèle un pédagogue : si on ne peut le qualifier d’éloquent, – les grandes envolées lyriques, les formules qui font mouche, ce n’est pas son genre- au moins réussit-il  à être clair, sans hésiter à prendre le temps qu’il faut pour se faire comprendre.

La rencontre avec la presse nationale et internationale répond désormais à un rituel qui semble bien rodé : lire la suite

6 octobre 2011

“Riva” est-il le véritable héros d’un film à succès?

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A Bruxelles, à Kinshasa, dans de nombreuses capitales africaines, “Viva Riva” le film de Djo Munga cartonne et ce succès est largement mérité. Voilà enfin un film conçu et tourné à Kin, avec un héros plus vrai que nature, qui se collette avec des gens qu’on croirait avoir croisé hier sur le Boulevard du 30 juin, ou dans des lieux plus incertains. Sourire ravageur, dégaine faussement décontractée, Riva a de l’argent, c’est un flambeur. mais il est aussi romantique, généreux, il vit dangereusement. Un véritable héros, pour tout dire…

Cependant, le véritable héros de ce film, c’est Kinshasa. Jamais sans doute la vérité de cette ville n’a été mieux rendue, avec ses ambianceurs, ses bistrots, avec l’appétit de l’argent et de la vie qui hante tout le monde. Une nuance cependant: Munga a  sacrifié à la loi du genre, celle de la violence. Nous nous trompons peut-être,  ou nous idéalisons, mais il nous semble que Kin n’est pas aussi violente que cette ville qu’affronte Riva, que les situations du film sont particulièrement extrêmes… A part cela, vive Riva et surtout vive Kin la joie…