6 octobre 2011

Les coulisses du pouvoir sous Mobutu

Catégorie commentaire

En cette veille d’élections, il est recommandé de lire  le livre très intéressant d’Evariste Mabi Mulumba « Congo Zaîre : les coulisses du pouvoir sous Mobutu » (éditions de l’Université de Liège)  L’ancien Premier Ministre ne se contente pas de relater ses souvenirs, de confier son témoignage personnel. Il relate aussi les démèlés de son pays avec les institutions financières internationales, la manière dont le Zaïre a été obligé de pratiquer une politique d’austérité, de couper dans les budgets sociaux. On oublie trop souvent que, dans les années 80, le Zaïre fut l’un des premiers pays africains à se voir administrer la potion amère de la rigueur. Avec les résultats que l’on sait : alors que le pouvoir du président s’avérait impossible à être sanctionné, la population, elle payait auplus haut prix des mesures décidées en haut lieu et appliquées tant bien que mal sur le terrain.

C’est avec intérêt aussi qu’on lira les détails du déclin de la Gecamines, de l’éboulement de la mine de Kamoto, les démèlés de la fameuse « querelle belgo zaïroise » de 1989 qui allait finalement mener à l’effondrement du régime…

Pour comprendre le présent et mesurer le chemin parcouru, il ne faut pas oublier le passé. Mabi Mulumba nous en rappelle quelques moments forts, avec verve et pertinence. Et on ne peut que souhaiter une chose : que les errements décrits dans ce livre  appartiennent réellement à l’histoire, que les hommes qui, dans ces années de dérive économique et politique étaient déjà aux commandes ne soient pas crédités, une nouvelle fois, de la confiance amnésique des Congolais et de certains étrangers…

4 octobre 2011

Le bruit des os qui craquent

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Lorsque Elikia a vu la petite Josepha se traîner devant elle, son passé lui a sauté à la gorge. Elle s’est reconnue dans cette petite silhouette tremblante, dans ces yeux perdus, ces mains suppliantes. Elle a lu son propre destin, la captivité, l’humiliation, la cruauté des geôliers et puis finalement la violence, subie d’abord, partagée ensuite. En imaginant la probable déchéance de Josepha, deux ans plus tard, Elikia a relu sa propre histoire, celle d’une gamine enlevée quelque part en Afrique, transformée en objet sexuel, en esclave puis en combattante, en « femme de Rambo », morte à d’elle même, donnant la mort aux autres. Et tout à coup, au vu de la « petite », suppliante, innocente et pas encore contaminée, la « grande», Elikia, la gamine sans âge et sans avenir, a décidé que cela suffisait. Une aventure commune commençait. lire la suite

4 octobre 2011

La Françafrique vit et sévit toujours

Catégorie actualité, commentaire

La France de Nicolas Sarkozy est enlisée dans les scandales et plusieurs proches du chef de l’Etat sont éclaboussés,  Thierry Gaubert son témoin de mariage, Brice Hortefeux, Nicolas Bazire… Pour couronner le tout, ou pour créer un contre feu, Robert Bourgi, longtemps  considéré par l ’Elysée comme un spécialiste de l’Afrique, a révélé avoir à plusieurs reprises ramené en France des  valises» remplies d’argent qui lui avaient  été confiées  offertes par des chefs d’Etat d’Afrique francophone  dans le but de financer les campagnes présidentielles françaises.
Ces révélations ont ramené l’attention sur la «Françafrique»,  cette étrange relation que Paris entretient depuis un demi siècle avec ses anciennes  colonies.
C’’était, à la veille des années 60, le pari du général de Gaulle : quitter l’Afrique pour mieux y rester. Fragmenter l’ancienne Afrique Occidentale française (AOF) et l’Afrique Equatoriale française (AEF) en une quinzaine d’Etats, indépendants en théorie mais en réalité étroitement liés à l’ancienne métropole. Soucieux de les préserver d’une éventuelle influence communiste ou d’une réelle émancipation, ces pays dits du «pré-carré» devaient garder avec la France des liens visibles et invisibles.
Côté visible : dès l’accession à l’indépendance, Paris fait signer aux jeunes régimes des accords de défense, de coopération et d’assistance technique. Des conseillers militaires français aident les nouveaux régimes à se défendre contre tout ennemi, intérieur ou extérieur. Et veillent aussi à préserver les intérêts de la métropole. L’agence d’Aide française au développement (AFD) met en œuvre une politique de coopération, mais surtout, via les projets dits «hors budget>» organise de nombreux «retours>» : l’argent distribué en Afrique est ristourné en France, à des partis ou des hommes politiques. En outre, les quinze pays “ du champ “ sont dotés d’une monnaie commune, le franc CFA, lié au Trésor français. Stabilité d’un côté, dépendance de l’autre : en septembre dernier, c’est encore, le ministre français des finances qui a présidé la réunion des gouverneurs des Etats de la zone franc car  toute décision prise par les autorités monétaires régionales (Banque des Etats d’Afrique de l’Ouest ou Banque des Etats d’Afrique centrale) doit être contresignée par le Trésor français. Est-il besoin de préciser que, durant un demi siècle, la convertibilité du franc CFA en francs français puis en euros a été un instrument privilégié d’évasion de capitaux ? lire la suite