25 novembre 2011

Matadi au temps du carnaval

Catégorie actualité

A  deux jours des élections générales au Congo, alors que la Commission électorale assure toujours, impavide, que tout sera prêt, la tension monte dangereusement. A Kinshasa, les magasins d’alimentation se vident à la veille du week end, les plus peureux songent à se barricader dans leurs quartiers. Le soir cependant les candidats députés mobilisent leurs fans une dernière fois et la ville explose de musiques et de coups de klaxon.

 C’est que samedi après midi, les quatre ténors de la campagne se retrouveront en ville, dans des lieux différents certes, mais guère très éloignés les uns des autres.  Ses rivaux ayant déjà réservé les deux principaux stades de la ville,le stade des Martyrs et le stade Tata Raphael, Etienne Tshisekedi a décidé de convoquer ses nombreux partisans sur le “Boulevard Triomphal” en face du Palais du Peuple, autrement dit en zone neutre, ou les manifestations ne sont pas autorisées.

Ce vendredi déjà, dans le quartier populaire de Matete, la police a tiré en l’air pour disperser des militants pro Kabila qui arrivaient en camion et des  combattants de l’UDPS le parti de Tshisekedi qui en venaient aux mains et des témoins nous assurent qu’il y aurait eu un mort.

La veille déjà, Matadi, l’une des dernières étapes de la campagne de Kabila et de Tshisekedi, avait été le théâtre d’un chassé croisé qui aurait pu mal tourner. Alors que le président sortant était attendu dès le matin, il modifia ses projets en dernière minute, pour éviter un « carnaval » que les militants de l’UDPS voulaient organiser dans la ville et il n’arriva que dans l’après midi, après que Fumu, le chef traditionnel, ait conjuré les pluies qui menaçaient de s’abattre sur le Bas Congo.

Plusieurs heures avant son arrivée, dans le quartier dit Metropole, les jeunes se bousculaient pour nous crier leur colère, leur détestation : « le social est oublié, nous sommes tous chômeurs, obligés de pratiquer des petits métiers » Et de conclure : « Kabila doit partir, pour nous, le changement, c’est Tshisekedi… »Au-delà de ces phrases mille fois entendues, d’autres cris se faisaient plus menaçants : « vous les Blancs qui avez soutenu Kabila, vous partirez avec lui » tandis qu’un jeune homme se vantait de garder chez lui des coutelas et des machettes bien affutées,  à utiliser en cas de tricherie….. Alors que le matin, les partisans de Kabila s’étaient faits discrets, l’après midi cependant c’est une foule énorme, où se retrouvaient quelques jeunes karatekas  qui accompagna le candidat à pied sur plusieurs kilomètres. Le président sortant ne se contenta pas de promettre la poursuite des grands travaux, et entre autres la construction d’un port en eau profonde à Banane, il se fit plus incisif, assurant que sa génération n’était pas responsable des malheurs du Congo mais que la précédente aurait à répondre de la destruction du pays.  Dans la soirée, alors que la visite de Tshisekedi se confirmait pour le lendemain, le « carnaval » électoral tourna à l’aigre, il y eut des jets de pierre, des empoignades, des vitrines brisées et le lendemain encore, une femme nous montrait ses mains meurtries, ses vêtements déchirés.  Alors qu’en 2006 la ville, acquise à Bemba n’avait accordé que 12% des suffrages à Kabila, ce dernier est désormais persuadé que sa politique de grands travaux aura fait basculer la tendance. Mais ici comme à Kin, nombreux sont les électeurs qui, intimidés, refusent de confier leur préférence et attendent le secret de l’isoloir.  

A la tribune cependant, Kabila s’est voulu  rassurant : « il n’y aura pas de troubles, rien ne se passera  lundi… » et le spectacle de dizaines de policiers, en uniforme anti émeute, venant de réceptionner  casques et jambières, semblait confirmer sa détermination.

Mais la tension est telle que la moindre étincelle, bien avant le  jour du scrutin et celui de l’ annonce des résultats, pourrait mettre le feu aux poudres, et la journée de samedi est particulièrement redoutée.

A l’heure actuelle, le principal danger qui guette les élections est moins le report que le dérapage…