29 novembre 2011

Tous les Congolais sont devenus experts ès élections

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Se défendant des accusations de fraude et d’irrégularités, le pasteur Ngoy Mulunda, président de le commission électorale indépendante, s’est défendu. Il a fait parler les chiffres : sur 63.865 bureaux de vote, 485 seulement ont connu des problèmes. Autrement dit, 99,2% des bureaux ont fonctionné normalement… L’opinion n’est cependant pas tendre avec la CENI, elle fustige la confusion des listes électorales, l’absence de matériel en certains endroits, l’ouverture tardive de certains bureaux. Cependant force est de constater que, compte tenu des circonstances particulières du pays, ce scrutin représente  de toutes manières un exploit. Du reste, la CENI fait preuve de souplesse : dans certains bureaux de Lubumbashi, où de nouveaux bulletins ont été amenés d’Afrique du Sud après l’incendie volontaire de plusieurs ballots, on votait encore lundi…

Partout ailleurs, les Congolais se sont trouvé un nouveau passe temps : carnet et bic en mains, ils parcourent les bureaux électoraux de leur quartier, notent avec gourmandise les voix recueillies par les candidats à l’élection présidentielle et, accessoirement, relèvent les succès des futurs députés. D’un bout à l’autre du pays, les portables grésillent, les résultats s’échangent d’une province à l’autre.

Puisque les opérations ne sont pas terminées, puisque les résultats officiels ne seront communiqués que le 6 décembre prochain, la CENI s’abstient soigneusement de toute estimation des résultats. Mais dans la rue et dans les état majors des partis, chacun est devenu expert es élections.  A Kinshasa, nous joignant aux curieux du quartier, nous avons relevé les résultats affichés sur les portes de plusieurs dizaines de bureaux de vote, à Matonge, Barumbu, Bandal, Gombe… Partout le spectacle  était le même : des agents de la CENI  tombant de sommeil, qui balayaient les salles de classe avant de se retirer, des résultats soigneusement affichés, validés par la signature des témoins.. Et partout aussi des résultats qui se  ressemblaient : deux tiers des voix pour Etienne Tshisekedi, un tiers pour Joseph Kabila, une dizaine pour Vital Kamerhe, et rien, absolument rien, pour les autres, sauf, ici et là dans les quartiers bourgeois une voix ou l’autre pour Kengo wa  Dondo.

Au quartier général du PPRD, le parti de Kabila, quelques silhouettes traînent sous les arbres. La fièvre des jours précédents est bien retombée. Les militants semblent fatigués, eux aussi sont accrochés à leur portable sur lequel les chiffres s’alignent. Ils répètent qu’arithmétiquement, le président, le seul qui a fait campagne jusque dans les coins les plus reculés de ce vaste pays, ne peut que l’emporter et que le total des voix jouera en sa  faveur. Il n’empêche que, politiquement, le discours de Tshisekedi a fait mouche, à Kinshasa, dans l’Equateur où il a recueilli les voix de Bemba, dans le Bandundu, dans les deux Kasaï, dans le Bas Congo, dans une partie du Katanga tandis qu’au Nord et Sud Kivu, qui en 2006 avaient voté  massivement pour Kabila, c’est Vital Kamerhe l’enfant du pays, qui l’a emporté.