4 décembre 2011
Mathématiques congolaises
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Féru de maths, l’écrivain Jean Bofane a décrit, voici quelques années dans « Mathématiques congolaises », (éditions Actes Sud) les aventures d’un Kinois qui avait trouvé la martingale magique pour conquérir ou conserver le pouvoir. Ce livre où des équations bizarres étaient mises au service de la politique est toujours d’actualité, plus que jamais. Car les Congolais comptent, éperdument. Ils additionnent les provinces, les capitales et les chefs lieux, décomptent les voix, extrapolent les succès et les défaites. Et il apparaît que celui qui a gagné à Kinshasa s’imagine que cela vaut pour tout le pays. Que celui dont les meetings ont fait plein n’envisage même pas que les curieux…ont peut-être été voir tout le monde, mais ne voteront que pour un seul…
Faire des mathématiques à la congolaise c’est oublier que la voix d’une paysanne de Walikale pèse autant que celle d’un ténor de Kinshasa, c’est oublier que le vote des pauvres a autant de valeur que celui des riches, sauf que les pauvres sont plus nombreux et qu’il leur arrive de se consulter, de partager leur bon sens, d’avoir peur de perdre le peu qu’ils ont, même si c’est infime.
Additionner les groupes ethniques, les fidélités tribales, compter sur l’aura des grands chefs et la force des consignes, miser sur la force de conviction de l’argent, c’est oublier que dans l’isoloir, chacun s’est retrouvé seul, avec son cerveau, son cœur et ses rêves d’avenir…Les mathématiques congolaises passent aussi par les imprécations, les menaces et à mesure que l’attente se prolonge, de vilains clichés resurgissent, où ceux ci seraient dominateurs et désireux de prendre leur revanche, où ceux là seraient des infiltrés, des non Congolais, et d’autres encore des sournois, des pas dignes de confiance…
Il est temps que l’attente s’arrête, que chacun se taise devant le verdict de la CENI, le constat des observateurs. Car ces mathématiques congolaises ne se sont pas déroulées à huis clos : plus d’un demi million d’observateurs, nationaux et internationaux, ont suivi les opérations. Ils ont détecté les tentatives de fraude, dénonçé les désordres, mais sans jamais dénoncer la validité globale du scrutin.
Prudence donc face aux prometteurs de beaux jours, aux prophètes de malheur ou de bonheur, prudence face aux résultats incomplets. En Belgique, durant ces plus de 500 jours de crise gouvernementale, on a dit et répété : « quand il n’y a pas d’accord sur tout, il n’y a d’accord sur rien » Ajoutons qu’en matière d’élections, tant qu’on ne sait pas tout…on ne sait rien. Et qu’on ferait mieux de se taire….