9 décembre 2011

Kabila élu sans surprise mais non sans danger

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Dans Kinshasa déserte et tendue comme un arc, le suspense aura duré jusqu’à la limite du supportable. Trois jours après la date limite du 6 décembre, le bureau de la Commission nationale indépendante (Ceni), qui avait retrouvé son unité, a réuni ce vendredi la presse et le corps diplomatique pour proclamer les résultats «<TH>provisoires<TH>» de l’élection présidentielle. Auparavant le pasteur Mulunda, président de la Ceni, avait remis aux diplomates un cédérom reprenant tous les résultats enregistrés, bureau par bureau, afin que puisse être établie la traçabilité des suffrages. Exercice qu’un observateur jugeait cependant très hypothétique…
De l’énoncé des votes, province par province, il est apparu que le président sortant Joseph Kabila l’emportait avec 48,95% des voix, soit 8.880.994 voix devant l’opposant Etienne Tshisekedi qui a totalisé 32,33% des suffrages, soit 5.864.775 voix. Ce dernier remporte un très beau score dans les deux Kasaï, mais aussi à Kinshasa où il rafle 64,02% des voix. Quant à Vital Kamerhe, il remporte 41,67 % des voix dans son fief du Sud Kivu et 23,05% au Nord Kivu. Le président du Sénat Kengo wa Dondo arrive, lui, en tête dans la seule province de l’Equateur dont il est originaire, avec 39% des suffrages.
Sur les 32 millions d’électeurs inscrits, le taux de participation total est de 58,81%. Ce taux suscite cependant bien des questions<TH>: il est très élevé dans les provinces favorables à Kabila, comme le Katanga, bien moindre dans les régions acquises à ses adversaires…
]Tshisekedi s’autoproclame
]Les observateurs relèvent aussi que si les candidats de l’opposition, Tshisekedi en tête, ont réalisé de beaux résultats dans les villes, ce sont vraisemblablement les régions rurales qui ont fait pencher la balance en faveur du président sortant. Parce que Kabila a été le seul à avoir les moyens de s’y rendre et de s’y faire connaître, parce qu’il avait pris soin de se concilier l’appui des chefs traditionnels, mais peut être aussi parce que dans les villages éloignés, les témoins, nationaux ou internationaux, étaient nettement moins nombreux.
La proclamation des résultats n’aura pas mis fin à la contestation qui se poursuivra peut-être moins devant les tribunaux que dans la rue.
En effet, les résultats de la Ceni ont été immédiatement récusés par Etienne Tshiseked: depuis son fief de Limete, entouré de ses partisans, il a rejeté les résultats et s’est immédiatement auto-proclamé «<]président élu de la République démocratique du Congo[<>»en remerciant ses compatriotes pour leur confiance. Refusant de faire appel à la Cour Suprême de Justice, qu’il considère comme inféodée au pouvoir, il a exhorté ses partisans à «<TH>rester soudés pour faire face à ce qui va suivre<T» et appelé la communauté internationale «<] faire en sorte que le sang des Congolais ne puisse plus couler sur le sol de ce pays[/.
Dans la capitale cependant, l’explosion redoutée ne s’est pas produite<TH>: des concerts de klaxons ont retenti dans le quartier résidentiel de la Gombe pour fêter Kabila. Mais dans les quartiers populaires, placés sous très haute surveillance policière et militaire, s’il y eut des pneus brûlés, des rassemblements, des expressions de mécontentement et de déception, il n’y eut pas d’explosion de violence. Il est vrai que depuis le début de la semaine, Kinshasa, figée dans l’attente, tournait au ralenti. Et beaucoup de Kinois étaient lassés de ces journées sans travail....
Le verdict de la Ceni n’est cependant que provisoire car c’est à la Cour suprême de Justice que reviendra, le 17 décembre prochain, de proclamer officiellement le nom du nouveau président après avoir examiné tous les litiges. Cette cour a déjà été critiquée, entre autres, par le Centre Carter, pour son manque de transparence, et la section congolaise d’Avocats sans Frontières assure que les nouveaux magistrats ne sont pas suffisamment formés et risquent d’être manipulés. Dans les semaines à venir, la CSJ risque d’être débordée car elle devra également examiner tous les litiges consécutifs aux élections législatives.
Sur le plan international, les réactions sont prudentes<TH>: Didier Reynders, le ministre belge des affaires étrangères []a annoncé qu’il pre]nait note[» des résultats provisoires, et a appelé tous les acteurs à proscrire toute forme de violence. Songeant autant à Bruxelles qu’à Kinshasa…