19 décembre 2011

Kinshasa : la prestation de serment de 2011 n’est pas celle de 2006…

Catégorie actualité

Au jour près, le timing est respecté: après que, sans surprise, la Cour Suprême de Justice ait proclamé sa victoire avec 48,95% des voix, le président Kabila prêtera serment et entamera son second mandat, qui devrait être le dernier. Cependant, le climat est bien différent de 2006, où il avait remporté la victoire contre son rival Jean-Pierre Bemba. A cette époque aussi, Kinshasa, toujours réfractaire au président venu de l’Est, avait boudé la cérémonie.

Mais en revanche, de nombreux représentants de la communauté internationale avaient fait le voyage, saluant à la fois l’aboutissement d’un processus électoral largement soutenu par l’Europe et les Etats Unis, et les espoirs de stabilisation du pays. Cette année, ces élections financées à plus de 80% par l’Etat congolais et soutenues sur le plan logistique par les pays voisins, ont été vivement critiquées par toutes les missions d’observation. Elles ont relevé le manque de transparence, l’inexistence de certains bureaux de vote, le désordre régnant dans les centres de compilation des résultats, bref, le “manque de crédibilité” de l’opération, un reproche repris par l’archevêque de Kinshasa, Mgr Monsengwo. Ce dernier, sans citer de chiffres, a cependant été le seul à remettre en cause l’ordre d’arrivée des candidats, tous les autres représentants de la communauté internationale, Africains en tête, reconnaissant, fût ce avec des réserves, que Kabila a été élu.

Cette année cependant, dans une ville quadrillée par les forces de l’ordre, seuls huit chefs d’Etat africains, feront le voyage et assisteront à la prestation de serment. Désireux de « marquer le coup » face aux irrégularités, les pays européens ne seront représentés que par leurs ambassadeurs accrédités à Kinshasa. Jusqu’en dernière minute, le ministre belge des affaires étrangères envisageait de faire le voyage, attendant, pour se prononcer, le verdict de la Cour Suprême de Justice. Regrettant que la Cour n’ait pas examiné les résultats de la présidentielle «de manière plus approfondie, critique et indépendante » Didier Reynders devait finalement s’aligner sur la position de ses homologues européens. Il aurait été influencé par les positions très critiques des ONG, par la prudence des diplomates à Bruxelles mais aussi par le « couple » Sarkozy Merkel, qui aurait transmis le message via Herman Van Rompuy. On sait en effet qu’en France, Alain Juppé se montre, depuis le début, très critique à l’égard de la situation à Kinshasa, la jugeant « explosive» et adjurant toutes les parties de s’abstenir de recourir à la violence. Il faut relever aussi que s’il était venu à Kinshasa, Alain Juppé aurait, cette fois, été obligé de saluer le président rwandais Paul Kagame qu’il avait évité de rencontrer à Paris… Même s’il envisage de se rendre à Kinshasa lorsque sera connu le résultat des élections législatives, (en espérant qu’il y aura moins de cafouillages) l’abstention de Didier Reynders est regrettée par les hommes d’affaires belges à Kinshasa. Ils redoutent d’éventuelles mesures de rétorsion et surtout une emprise accrue des «nouveaux amis> du Congo, dont les Chinois, dont une importante délégation se trouve en ce moment dans le pays.

Alors qu’en 2006, le rival malheureux de Kabila, Jean-Pierre Bemba, refusait toujours de désarmer ses milices présentes dans la ville, le perdant de 2011, Etienne Tshisekedi, crédité de 32,33% des suffrages, semble, lui s’inspirer du précédent ivoirien: il s’est autoproclamé président, compte prêter serment vendredi au stade des Martyrs et dans une communication en lingala, demande que la population arrête Kabila qu’il qualifie de « fauteur de troubles ». Le secrétaire général de la Majorité présidentielle, Aubin Mikaku, s’est contenté de déclarer que M. Tshisekedi « exerçait une réelle rébellion contre les institutions de la République » mais aucune action n’a été entreprise contre le vieil opposant, comme s’il importait de ne pas céder à la provocation. Des chars ont cependant été déployés et la prestation de serment se déroulera sous haute surveillance, les invités étrangers étant obligés, pour gagner le centre ville, de passer à proximité de Limete, le bastion de Tshisekedi…