23 décembre 2011

De la Maison africaine à Matonge

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Un demi-siècle après l’indépendance, l’immigration congolaise en Belgique demeure un phénomène relativement récent : durant la période coloniale, très rares étaient les ressortissants africains autorisés à étudier en métropole ou même à y séjourner. Ce n’est qu’à la vaille de l’indépendance que quelques jeunes  étudiants, dont Justin-Marie Bomboko furent autorisés à fréquenter les universités belges, le colonisateur ayant enfin -trop tard…-mesuré l’importance de former une élite capable de gérer le pays.

Au  début des années 60,  les Congolais furent plus nombreux à être admis dans les universités belges, mais leur intégration était toujours étroitement contrôlée : ils fréquentaient la « Maison africaine » à Ixelles, étaient reçus dans des familles belges et bénéficiaient de bourses d’études fournies par leur  gouvernement. Avec le recul, ces premiers diplômés apparaissent comme une sorte d’ « aristocratie » de l’immigration congolaise…

Très tôt aussi, alors que les partisans de Patrice Lumumba et les nationalistes en général étaient persécutés et qu’à la fin des années 60 Mobutu décida d’envoyer à l’armée les étudiants contestataires, on vit arriver les premiers réfugiés politiques. Eux aussi poursuivirent des études en Belgique, s’y installèrent, tout en suivant de près la situation dans leur pays.

Vers le milieu des années 80,  cette immigration se diversifia : on vit arriver d’un côté les « fils de famille », auxquels la nouvelle bougeoisie nationale qui évoluait dans le sillage de Mobutu pouvait payer des études et d’un autre, les premiers émigrés économiques. Ils tentaient leur chance dans « Miguel » nom que les Kinois donnaient alors à Bruxelles et, plus largement, à une Europe qui faisait rêver…

La fin des années 80, le début des années 90, où l’UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social), avec  sa tête Etienne Tshisekedi, jouait son rôle de principal parti d’opposition à Mobutu, se traduisirent par  l’arrivée de nombreux réfugiés politiques. Les uns se présentaient comme des rescapés du massacre des étudiants à Lubumbashi en 1990, les autres, souvent d’origine kasaïenne, se référaient à  l’UDPS qui leur fournissait volontiers cartes de membre et attestations, d’autres encore se présentaient comme des participants à la « Marche des chrétiens », organisée à Kinshasa contre la dictature et qui fit  49 morts en 1992…

Alors que le régime mobutiste vivait ses dernières années, ces réfugiés politiques se firent de plus en plus nombreux, rejoints par leur famille.

Dès 1996, le cycle des guerres et des violences qui allait endeuiller le Congo renforça les flux d’immigration :  dès le départ de Mobutu, renversé en mai 1997, on vit arriver nombre de ses  fidèles, parmi lesquels d’anciens militaires, peu désireux de vivre dans la « République démocrarique du Congo » de Laurent Désiré Kabila. Les   guerres  dans l’Est du pays engendrèrent des flux de ressortissants du Kivu, parallèlement à l’afflux de réfugiés hutus. A ces raisons politiques s’ajouta, de plus en plus évident, le désir de « tenter sa chance » en Europe, afin de faire vivre la famille restée au pays. Durant plusieurs années, bon nombre de Kinois utilisèrent des « combines » pour obtenir le visa belge très convoité :  les uns payaient des dessous de table, d’autres suivaient des musiciens, d’autres  utilisaient des passeports qui ne leur appartenaient pas. A mesure que les guerres dévastaient le pays, des anciens «  enfants soldats » ou des militaires rompus à la violence se glissèrent parmi les candidats à l’immigration..

Au 21 eme siècle, la présence congolaise en Belgique s’est renforcée :  le regroupement familial a joué,  les enfants nés en exil, qui ont acquis la nationalité belge, continuent à se sentir discriminés,  en compétition avec  les jeunes Maghrébins. Et  surtout, ils se sentent fortement concernés par la situation régnant au Congo, révoltés par les injustices là bas, par le manque de perspectives ici…Un cocktail détonnant…