23 décembre 2011

Tshisekedi, président à domicile

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Dans la perspective de la prestation de serment d’Etienne Tshisekedi,  son parti, l’UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social) avait prévu tout un protocole : invitations adressées à des hôtes de marque, contacts pris avec des militaires, de hauts magistrats, des diplomates, de hauts fonctionnaires dans l’espoir de les voir assister à la cérémonie tandis que  la population avait été invitée à se rendre au stade des Martyrs.

Rien de tout cela ne s’est concrétisé, car le pouvoir, lui aussi, avait mobilisé, à sa manière : des chars avaient pris place devant le stade, la police en  tenue anti-émeutes bloquait Limete, le quartier de Tshisekedi et le rond point Victoire, empêchant ainsi l’accès au centre ville. De petits attroupements, formés depuis le matin, furent rapidement dispersés par la police qui utilisa des gaz lacrymogènes et procéda à plusieurs arrestations. En maugréant, la population retourna vaquer à ses occupations, tous les commerces étant ouverts.

Quant à Etienne Tshisekedi, il renoua avec la grande tradition du début des années 90, du temps où il défiait Mobutu et s’accrochait à son titre de Premier Ministre élu par la Conférence nationale souveraine : il a prêté serment à son domicile de Limete, en présence de plusieurs dizaines de ses partisans et de responsables politiques de l’opposition. C’est depuis son domicil aussi qu’il s’apprête à constituer son cabinet, assurant toujours qu’il a obtenu une majorité de voix à l’élection présidentielle.

On se souvient que, voici  deux décennies, ce dédoublement du pouvoir, avec Tshisekedi d’un côté, Mobutu et ses  différents premiers ministres de l’autre, avait donné lieu à des acrobaties diplomatiques, (les visiteurs se sentaient obligés de se rendre à Gbadolite chez Mobutu mais aussi à Limete), à d’innombrables efforts de médiation et aussi à la recherche d’une « troisième voie ». A l’époque, cette hypothèse avait la faveur de Mgr Monsengwo, qui avait présidé la Conférence nationale souveraine et vers la fin du règne de Mobutu, Léon Kengo wa Dondo avait été le dernier premier ministre du Maréchal, incarnant une voie médiane et soutenu par les Occidentaux qui approuvaient sa politique de rigueur et se ses tentatives de lutte contre la corruption présidentielle. Cette « troisième voie «  avait été bousculée  par la guerre de 1996-97 et le renversement du régime.

Aujourd’hui encore, on se demande quelle sera l’issue de la crise en cours, si le régime, au vu des résultats des élections législatives (attendus le 13 janvier prochain)  et qui traduiront probablement un autre « vote sanction », tendra la main à ses opposants. Il est peu probable que Joseph Kabila trouve un terrain d’entente avec Etienne Tshisekedi qui n’entend composer avec personne. Quant à Vital Kamerhe, l’ancien président de l’Assemblée nationale, arrivé en troisième position, il fait face à la franche hostilité de l’entourage du chef de l’Etat. Par contre, la présence de M. Kengo wa Dondo, -qui est toujours président  du Sénat-, à la cérémonie d’investiture de Joseph Kabila a été très remarquée. Kengo wa Dondo, qui a enregistré un beau succès électoral dans l’Equateur, pourrait-il incarner, une fois encore, une certaine ouverture vers l’opposition,  avec le soutien de nombreux Occidentaux, en France et en Belgique et l’approbation du Rwanda, qui se méfie autant de Tshisekedi que de Kamerhe ?