24 janvier 2012

Congo Le feu de la contestation des législatives s’étend

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Au départ, le feu était circonscrit à la violente contestation de l’élection présidentielle par les partisans d’Etienne Tshisekedi. Deux mois après le scrutin du 29 novembre, les résultats des élections législatives ressemblent à des flammèches qui embrasent tout le pays ! Contestée de tous côtés, la Commission électorale, dont certains membres seraient prêts à jeter le gant,  a annoncé un report « sine die » de la publication des résultats définitifs, afin, a déclaré son vice président Jacques N’Djoli, de « pouvoir gérer en toute impartialité les recours et réclamations ». Il a rappelé qu’à Kinshasa, où près de 5500 candidats se sont présentés pour 51 sièges, plus de 70% des votes avaient été compilés et qu’en province le travail était pratiquement  terminé. C’est précisément là que le bât blesse : au vu des résultats définitifs, les protestations fusent de toutes parts, y compris dans les rangs de la majorité. En effet, nombreux sont les candidats qui, au vu des procès verbaux affichés sur les bureaux de vote le soir même des élections et contresignés par tous les témoins, avaient crié victoire. lire la suite

24 janvier 2012

Réponse à quelques “indignés” congolais

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Quelques éléments de réponse à une poignée d’”indignés” congolais .

“J’ai bien reçu votre lettre exprimant vos sentiments d’ « indignation » à la suite de mes articles et j’ai eu l’occasion de voir la large diffusion de votre prose sur Internet. Je salue aussi les diverses ONG et le sites qui relaient votre point de vue avec obligeance.

Quelques points ont retenu mon attention et je me permets de vous les communiquer.

1.Ayant suivi les derniers jours de la campagne électorale et le déroulement des élections à Kinshasa, j’ai pu constater, de visu, le climat de violence et de méfiance qui a marqué le dernier jour de cette campagne et le déroulement du scrutin. J’ai constaté le déployement des forces de sécurité, les provocations auxquelles elles ont été confrontées et les réponses, parfois violentes, qu’elles ont apporté. J’ai relevé aussi la dignité et le sérieux de la plupart des électeurs, la vigilance des observateurs, la bonne volonté de la plupart des responsables des bureaux de vote qui ont tenté de trouver des solutions aux nombreux problèmes qui se posaient. J’ai observé  la réalité d’un « vote sanction », le désir de voir les conditions sociales s’améliorer au plus tôt et la critique généralisée d’une certaine corruption du système. Partout ces aspirations ont été exprimées de vive voix et elles se sont traduites dans les votes enregistrés dans la capitale.

2. N’ayant pas suivi les élections à l’intérieur du pays, je n’ai pu, pour me faire une idée d’ensemble, que m’en remettre aux conclusions des principales missions d’observation : les Africains, les Européens, la Commission Carter.  Si les observateurs africains n’ont pas critiqué le déroulement du scrutin, en revanche les missions « occidentales » ont relevé des cas de fraude, d’irrégularités.  En outre, de nombreux témoignages, confirmant des scènes que j’avais pu observer moi-même dans la capitale, ont fait état d’actes de violence et d’intimidation commis par les partisans de M. Tshisekedi durant les opérations de vote. Cela aussi fait partie des « irrégularités » et certains résultats enregistrés dans le Kasaï sont au moins aussi surprenants que des scores obtenus dans le Katanga.

Cependant, aucune de ces missions d’observation n’a remis en cause « l’ordre d’arrivée des candidats », ce qui signifie que  M. Kabila aurait obtenu davantage de votes que son challenger immédiat M. Tshisekedi. Cela fait de lui, arithmétiquement, le vainqueur des élections présidentielles. Seul Mgr Monsengwo a remis ce fait en cause, mais les chiffres qu’il avançait ont par la suite été démentis. Dans d’autres pays, le vaincu félicite le vainqueur et se prépare pour l’échéance suivante. Tel n’est pas le cas au Congo…

3. Au vu des résultats  obtenus par tous les candidats de l’opposition, je persiste à penser que si trois d’entre eux avaient réussi à s’entendre et à présenter un front uni, un programme commun et une répartition équilibrée des postes, ils auraient eu une chance de l’emporter. Comme  ce ne fut pas le cas, à qui faut-il imputer les conséquences de ce manque d’unité ? Malgré le coup de force qu’a représenté le changement de la Constitution, où le scrutin à deux tours a été représenté par un vote à un tour, l’opposition gardait une chance de modifier la donne, à condition de le vouloir vraiment et de mettre en place une stratégie adéquate.

4. Relatant la conférence de presse de M. Felix Tshisekedi (où les journalistes professionnels étaient en nette minorité par rapport aux militants et où la prise de parole commença avec un retard de 45 minutes) j’ai jugé utile de rappeler, outre l’essentiel de ses propos,  qu’il était le fils de son père. Reprenant une pratique éprouvée en la matière, aurais je du mettre ce fait en doute ? Comment imaginer que cet élément d’information  rappelé aux lecteurs pouvait être considéré comme une critique ?

5. En ce qui concerne la situation dramatique de l’Est du Congo, j’en ai déjà parlé souvent, dans des reportages, des articles, des livres et je le ferai encore. Je vous invite vivement à vous y rendre à votre tour  pour marquer sur le terrain votre solidarité avec ces populations qui souffrent.

6. Je vous remercie pour l’attention avec laquelle vous lisez mes articles, pour le ton correct de votre mise au point, dont pour une fois les injures sont absentes, et je vous assure de tout l’intérêt que je porte au débat démocratique au Congo et plus largement, au développement de ce pays qui m’est cher, à moi aussi.

Je vous confirme aussi mon intention de continuer à écrire librement sur des sujets d’actualité congolaise en dépit des menaces éventuelles, des intimidations et des procès d’intention, qu’elle qu’en soit la provenance.

24 janvier 2012

Mugesera devra répondre des paroles qui tuent

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Après deux décennies de péripéties politico- judiciaires au Canada, le Rwandais Léon Mugesera, 59 ans,  va être confronté aux conséquences des paroles prononcées en novembre 1992 à Kabaya, près de Gisenyi. Alors qu’il était conseiller politique du parti du président Habyarimana et considéré comme l’idéologue du « Hutu power », regroupant les extrémistes hutus, ce professeur d’université avait déclaré au sujet des Tutsis «qu’ils allaient être renvoyés chez eux, en Ethiopie » et que, « par la rivière Nyabarongo, ce sera par voie express ». (Cette rivière alimente  le lac Victoria, où le Nil prend sa source et le « récit colonial » a souvent décrit les Tutsis  comme des peuples migrants, descendus des haut plateaux d’Ethiopie pour s’installer dans l’Afrique des Grands Lacs en dominant les Hutus.) Dans sa haine des Tutsis, Mugesera était allé plus loin encore, décrivant ces derniers comme des « cancrelats », dont il fallait couper le cou…Deux ans après ces paroles, le génocide faisait entre 800.000 et un million de morts et, comme si le discours de Mugesera avait été pris au pied de la lettre, des cadavres, par milliers, dérivaient sur les eaux de la Nyabarongo jusqu’en Ouganda…A cette époque, Léon Mugesera se trouvait déjà au Québec, réfugié politique puis enseignant à l’Université Laval.

Depuis 1994, son sort fait l’objet d’une âpre bataille juridique : les autorités de Kigali le considèrent comme un criminel de guerre de la « première catégorie », celle des idéologues et des concepteurs du génocide tandis que ses avocats invoquent les actes criminels commis par le FPR et assurent que le prévenu risque d’être torturé et n’aura pas droit à un procès équitable.

Les autorités canadiennes ont finalement mis un terme aux batailles de procédure et, selon la porte parole du Ministre de la Sécurité publique,  « le Canada est déterminé à voir Léon Mugesera faire face à la justice en lien avec les allégations d’avoir fait la promotion du génocide ».

Cette décision a été accueillie avec satisfaction à Kigali, non seulement parce que Léon Mugesera était réclamé depuis longtemps mais aussi parce que la décision canadienne reconnaît implicitement que le système judiciaire rwandais accorde désormais des garanties d’équité suffisantes et pourrait donc prendre la relève du Tribunal pénal international d’Arusha, qui doit bientôt fermer ses portes.

20 janvier 2012

Rwanda: purge pour cause de corruption, entre autres…

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e président Kagame ne craint pas de faire tomber le couperet au sommet de la pyramide du régime :  quatre officiers supérieurs ont été placés en résidence surveillée, accusés d’être mêlés à des trafics de minerais au Congo, avec la complicité de civils congolais.  Les incriminés ne sont pas n’importe qui : le général Fred Ibingira  était en charge des réservistes, le Brigadier général Rutatira était conseiller en matière de sécurité,  le général Wilson Gumisiliza était responsable de la région Ouest tandis que le colonel Dan Munyuza avait été le responsable du « Bureau Congo »  en charge des affaires congolaises (politiques, militaires mais  surtout économiques) lorsque le Rwanda occupant une large partie du Congo entre 1998 et 2002 s’était livré au pillage systématique des ressources de son voisin pour financer ses opérations militaires. Depuis lors, malgré les dénégations de Kigali, le trafic transfrontalier, de coltan et de cassitérite entre autres, s’était poursuivi, avec la complicité d’hommes d’affaires congolais. L’un des plus luxueux quartiers de la capitale rwandaise s’appelle d’ailleurs, par dérision « coltan city » ou « merci Congo »… lire la suite

19 janvier 2012

Minerais de sang, sur la piste de l’étain

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Grand reporter au Nouvel Observateur, Christophe Boltanski s’est transformé en détective. Avec l’obstination d’un chien pisteur c’est à la trace qu’il suit non pas des escrocs de haut vol, mais des cailloux gris et noirs, ces blocs d’où est extraite la cassitérite, d’où sort finalement l’étain, indispensable à la vie moderne.

Cette matière magique, fascinante, il l’a traquée partout : en Malaisie où elle aboutit pour être transformée, à Londres, Paris, Bruxelles, dans les bureaux cossus où la poussière grise se transforme en statistique, se coule dans des rapports, se transforme en marge bénéficiaire, en chiffre d’affaires.

Mais surtout, loin des données abstraites, l’enquêteur s’est rendu sur le terrain. Ignorant les mises en garde, accompagné seulement du photographe Patrick Robert, Boltanski a débarqué au Kivu, pris la direction de Walikale et de là, il a marché jusque Bisié. lire la suite

19 janvier 2012

Congo. Nouveau report des résultats des législatives

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Au risque de prolonger la crise politique, la Commission nationale électorale indépendante (Ceni) a reporté au 26 janvier la proclamation des résultats définitifs des élections législatives du 28 novembre dernier. Les résultats provisoires des élections législatives dans les 10 provinces auraient du être connus dès  cette semaine. Ce report intervient alors que la Ceni est, de plus en plus, confrontée à un problème de crédibilité. Très vivement critiquée pour le décompte des élections présidentielles, où non seulement les partis d’opposition mais aussi les évèques catholiques et de nombreuses missions d’observation avaient dénoncé de « graves irrégularités », la Ceni, pour sauver la mise, avait  invité des experts indépendants à la rejoindre. lire la suite

11 janvier 2012

Rwanda:une vaste opération d’enfumage

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 En  désignant l’enceinte du camp de la garde présidentielle, bastion du pouvoir hutu, comme le lieu d’où ont été tirés les deux missiles qui ont abattu l’avion du président Habyarimana le 6 avril 1994, les experts convoqués par le juge d’instruction Marc Trevidic ont secoué l’opinion française. lire la suite

11 janvier 2012

Le mystère du super gendarme

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Ancien gendarme de l’Elysée, le capitaine de gendarmerie Paul Barril n’a jamais été auditionné dans le dossier rwandais où il fut cependant omniprésent. A la veille du 6 avril 1994, il est vu à Kigali, puis  au Burundi ; durant le génocide il se rend en mission dans les zones contrôlées par les forces gouvernementales et en juin, au lendemain de la publication d’un article dans « le Soir » évoquant la responsabilité de ressortissants français dans l’attentat, il apparaît sur France 2. Il  brandit  alors la boîte noire du Falcon présidentiel, que la société Dassault reconnaîtra comme un  simple « coupleur d’antennes » mais cette manœuvre permet au capitaine Barril d’assurer que l’armée rwandaise dispose de preuves établissant la responsabilité du FPR dans l’attentat. Les opérations de diversion  ont commencé. Par la suite Barril assurera avoir retrouvé  les missiles, dans le cadre d’une mission dont l’avait chargé Mme Habyarimana, plus tard il fournira traducteur et témoins au juge Bruguière.

Paul Barril avait aussi travaillé pour François de Grossouvre, le conseiller de François Mitterrand pour l’Afrique, retrouvé « suicidé » dans son bureau de l’Elysée le 7 avril 1994.

L’ex gendarme, qui connaissait très bien Hubert Vedrine, le secrétaire général de l’Elysée à l’époque, sait probablement beaucoup de choses à propos du Rwanda, mais on ne lui a jamais demandé de s’exprimer sous serment sur ce sujet. C.B.

10 janvier 2012

Un rapport technique qui fait basculer l’histoire

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Communiqué aux familles des plaignants, -l’équipage et les passagers du Falcon 50 abattu à Kigali le 6 avril 1994-et aux avocats de toutes les parties, le rapport des experts qui ont travaillé avec le juge anti- terroriste français Marc Trevidic représente un tournant dans l’enquête sur l’attentat qui coûta la vie au président du Rwanda Juvénal Habyarimana et au président du Burundi Cyprien Ntaryamira. Cet attentat-l’un des mystères de la fin du Xxe siècle-  est considéré comme l’élément déclencheur du génocide, qui emporta un million de Tutsis et de Hutus opposés aux thèses extrémistes. lire la suite

10 janvier 2012

Le docteur Pasuch a vu le départ des missiles

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Le soir du 6 avril 1994, le docteur Massimo Pasuch, anesthésiste réanimateur et coopérant militaire au Rwanda, avait préféré rester chez lui, dans l’enceinte du camp Kanombe. A Kigali, l’atmosphère était tendue et c’est en compagnie de son épouse, du médecin major Daniel Daubresse et du médecin anesthésiste le commandant  Van Denen qu’il avait choisi de dîner tranquillement. Dix sept ans plus tard, les souvenirs du lieutenant colonel Pasuch sont toujours aussi vifs : « la baie vitrée de ma salle à manger s’ouvrait sur une vallée qui descendait vers une zone marécageuse sillonnée par les bras de la rivière Nyabarongo. Dans cette zone peu fréquentée, nous avions l’habitude d’aller nous promener mais depuis deux mois, l’accès nous en avait été interdit, les militaires assurant que des travaux étaient en cours. Travaux qui n’ont d’ailleurs jamais été effectués…» lire la suite