28 mars 2012

Le ministre et la fenêtre d’opportunité

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Lorsqu’il décida de se rendre au Congo, Didier Reynders savait qu’il s’engageait en terrain miné : la contestation des élections ne s’est pas apaisée et en Belgique, la proximité des élections communales (auxquelles participera la diaspora congolaise) aiguise les flèches des partis d’opposition. Sur place cependant, le ministre a découvert une situation moins bloquée qu’on n’aurait pu le supposer : le formateur Mwando Simba a terminé son tour de piste, il est question de créer une « majorité parlementaire » plus vaste que la stricte « majorité présidentielle » et ouverte à certains courants de l’opposition ; un Premier Ministre pourrait être bientôt nommé, avec pour mission première d’enfin accorder la priorité au « social », c’est-à-dire les emplois, l’éducation, la santé, l’Assemblée nationale pourait être mise en place dans les jours à venir.  C’est en tous cas ce que le chef de l’Etat et ses proches ont tenu à expliquer au Ministre. lire la suite

28 mars 2012

Quand Reynders, involontairement, accélère le délitement de l’UDPS

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« Notre parti était tout à fait disposé à rencontrer M. Reynders. M. Tshisekedi avait désigné lui-même les trois membres de la délégation, dont le secrétaire général adjoint. C’est en entendant les propos tenus par le ministre à la RTBF lundi matin qu’il a subitement décidé d’annuler la rencontre. M. Reynders n’avait-il pas déclaré que, de toutes façons, il ne remettrait pas en cause l’ordre d’arrivée des candidats ? Tshisekedi en a conclu que non seulement ces propos étaient maladroits, mais que notre parti n’avait rien à dire à votre ministre, qui se prononçait ainsi sur un point sensible aux yeux de millions de Congolais… »Albert Moleka, porte parole de l’UDPS et directeur de cabinet de Tshisekedi est formel : avant même de s’envoler pour Kinshasa, Reynders avait déjà commis une gaffe !

L’interdit décrété par le président de l’UDPS, qui ne se considère plus comme le chef de l’opposition, mais comme le vrai président élu, n’allait pas empêcher deux députés de son parti, M. Remy Massamba et Sammy Badibanga,  de se présenter discrètement mercredi matin à l’ambassade de Belgique et de s’entretenir durant une heure avec le ministre des Affaires étrangères, évitant soigneusement tout contact avec la presse. Une heure plus tard, venant de Limete, d’où les équipes de la RTBF venues aux nouvelles avaient été chassées, le verdict tombait : les deux imprudents étaient exclus du parti !

Involontairement, M. Reynders a ainsi accéléré le délitement d’un parti qui, à l’issue des élections du 28 novembre,  est apparu comme la principale formation de l’opposition, avec 41 sièges sur 500 et qui se trouve aujourd’hui confronté à une grave crise interne.

En effet,  M.  Tshisekedi refuse de reconnaître la légitimité de la future Assemblée et il  interdit aux élus de l’UDPS d’y occuper leur siège. Or à ce  jour, 38 députés élus ont décidé de passer outre et de siéger à l’Assemblée, avec le travail, les avantages et les responsabilités que cela implique.

Au sein du parti, les plus intransigeants sont précisément… ceux qui n’ont pas été élus et n’ont donc rien à perdre ainsi que les membres de la proche famille du vieux leader qui est de plus en plus seul pour mener sa dernière bataille.

28 mars 2012

Une nouvelle ambassade pour la Belgique

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Il y a longtemps que l’ambassade de Belgique à Kinshasa avait perdu de son lustre. A mesure que se renforçaient les grillages et les contrôles d’accès, elle avait fini par ressembler davantage à une forteresse aussi vétuste qu’antipathique qu’à un lieu d’accueil propice aux bonnes relations. Ces locaux exigus, vieillots, indignes de l’image que la Belgique veut donner d’elle-même au Congo appartiendront bientôt au passé : Didier Reynders a profité de son séjour à Kinshasa pour confirmer la décision de construire une nouvelle ambassade, plus fonctionnelle, mieux située.
Cette dernière sera installée sur le côté gauche du Boulevard du 30 juin, un peu plus haut que le cimetière historique de la Gombe. Les frais se limiteront à ceux de la construction, car sur le terrain choisi se trouvent déjà des maisons appartenant à la coopération belge, qui seront démolies.  La décision n’est pas anodine : il s’agît de l’un des seuls investissements immobiliers réalisés depuis vingt ans par les Affaires étrangères et, aux yeux de Didier Reynders, cette construction sera un acte de foi dans l’avenir du Congo.

Une foi que la Belgique n’est pas seule à vouloir symboliser : l’ambassade de France a elle aussi quitté le centre ville pour occuper un bâtiment ancien, merveilleusement rénové, du côté de Kintambo, d’autres représentations diplomatiques, les Britanniques, les Sud Africains, rivalisent d’élégance. Kinshasa hérissée d’immeubles neufs devient « the place to be » et les Belges ne veulent pas être les derniers…

28 mars 2012

Les premiers contacts de Reynders au Congo

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A première vue, la visite de Didier Reynders à Kinshasa tombe au plus mauvais moment : la nouvelle Assemblée nationale issue des élections n’est toujours pas en place, son bureau provisoire n’est pas constitué, ni le nouveau Premier Ministre ni le nouveau gouvernement ne sont en piste. Et on ignore toujours si l’Union pour la démocratie et le progrès social, le parti de Tshisekedi,  va participer aux institutions issues du scrutin contesté du 28 novembre dernier. lire la suite

25 mars 2012

Le voyage à hauts risques de Didier Reynders

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Alors qu’il avait songé assister à la prestation de serment du président Kabila, Didier Reynders avait finalement changé d’avis, en partie sous la pression de l’Union européenne c’est à dire des Français et des Allemands. Le Ministre des Affaires étrangères avait aussi tenu compte de la levée de boucliers suscitée par les fraudes et irrégularités constatées lors des élections présidentielle et législative du 28 novembre dernier. lire la suite

25 mars 2012

François Bayrou, ou les ambitions d’un Béarnais obstiné

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François Bayrou est fier de ses racines paysannes. Il aime raconter qu’il est né à Bordères, entre Pau et Lourdes, au pied des Pynénées, et qu’il y habite toujours, dans la maison de ses parents. C’est là qu’ont grandi ses six enfants, que vit encore sa femme et ses collaborateurs précisent que chaque  jeudi soir, il quitte Paris pour regagner son terroir, sa base.

Ses parents sont de petits paysans, durs à la peine. Ils vivent sur dix hectares, cultivent du maïs et du tabac, entretiennent un potager pour améliorer l’ordinaire, élèvent quelques bovins.  Lorsqu’il rentre de l’école, le fils aide à rentrer les foins, il s’occupe des vaches. Mais dans cette famille là, le soir, on lit : Châteaubriand, Victor Hugo, Péguy. lire la suite

21 mars 2012

Ensemble et forts. Lommel pleure ses enfants

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En ce premier jour de printemps, le soleil éclatant semble une insulte à la douleur de cette foule immense qui s’est mise en route pour Lommel. Dès l’aube, des milliers de Limbourgeois ont marché ou pédalé en direction du stade Le Souverain, d’autres ont pris d’assaut les parkings, et, avant de s’engager sous le dôme de béton, se sont longuement recueillis devant les murs couverts de fleurs, de dessins, de déclarations d’amour où des crayons multicolores répétaient un message unique » « dormez bien chers anges, reposez en paix ».

Rien ne prédestinait Lommel, cette paisible localité  voisine des Pays Bas,  à devenir, pour quelques jours, capitale de la douleur des Belges. Cependant, face à la fatalité insensée qui a emporté 14 enfants du village et un adulte, sur un total de 28 victimes, ses habitants ont fait face. lire la suite

17 mars 2012

Thierry Michel porte la voix de Floribert Chebeya

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Jamais les producteurs d’un film de fiction n’auraient trouvé un tel casting : deux épouses résolues comme des héroïnes de l’Antiquité, des juges tiraillés entre leur sens du devoir et les impératifs de prudence, des accusés marqués par la détention et curieusement indifférents face à leur inéluctable condamnation, un suspect principal affichant un sourire ambigu et le visage lisse de celui qui sait que jamais  il ne pourra être directement mis en cause. La foule aussi, virulente, indignée, taraudée par le sentiment de son impuissance, par l’impression de batailler dans un théâtre d’ombres.

Trouver un casting pareil, des figurants en aussi grand nombre aurait été une entreprise impossible. Tout  aussi difficile aurait été la mise sur pied d’une intrigue aussi prenante, susceptible de tenir le spectateur en haleine durant une heure et demie. lire la suite

16 mars 2012

Le président du Burundi Pierre Nkurunziza invite Albert II à Bujumbura

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A quelques mois du 50eme anniversaire de l’indépendance du Burundi, allez vous inviter le roi Albert II ?

Depuis très longtemps, la Belgique a soutenu le Burundi et nous entretenons des liens traditionnels et de coopération, c’est pourquoi nous avons donc aussi invité le Roi Albert II.  Nous tenons beaucoup à ce que la Belgique soit présente au moment de cet anniversaire, aux côtés des Burundais. Quant au sens que nous donnons à cette commémoration, il s’agît  notamment de promouvoir l’ unité nationale. Elle est la  base de tout. Notre pays a connu en 50 ans beaucoup de divisions ethniques, régionales, religieuses. Mais aujourd’hui, nous nous félicitons de voir la réconciliation devenir une réalité. Nous voulons bâtir  notre pays sur base de la devise que nous a léguée notre héros national le prince Rwagasore, le travail, l’unité, le progrès. L’unité vient en premier lieu. C’est pourquoi nous sommes ici tous ensemble, à construire des écoles, des centres de santé, des villages entiers. Qu’il s’agisse du président de la République, des  parlementaires, des  responsables administratifs, nous participons tous ensemble au développement de notre pays. Tel est le sens que nous voulons donner à cet anniversaire de notre indépendance, nous baser  sur les chantiers qui nous ont été légués par le héros national…

Cette commémoration sera aussi une occasion de rassembler tous les amis et pays  frères…

Cette année, vous allez aussi organiser une Commission Vérité et Réconciliation. S’agira-t-il uniquement d’une affaire entre Burundais ou songez vous à inviter des experts étrangers ?

Le principe de la Commission Vérité et Réconciliation découle des négociations de paix qui se sont déroulées à Arusha, où des consultations ont eu lieu entre les Burundais, la société civile mais aussi les Nations unies. Si nous avons besoin d’ experts étrangers, nous leur demandons de venir appuyer les travaux.

Les travaux de la Commission pourront-ils déboucher sur des poursuites judiciaires ?

Tout dépendra des résultats…Il faut commencer pa rétablir la vérité sur ce que nous avons vécu dans le passé. Sur base de ce travail, on verra la possibilité d’aller ou non devant les tribunaux…

Tous les crimes et les crimes de tous seront-ils donc examinés, sans exclusive ?

L’essentiel, c’est d’abord d’établir la vérité car il y a beaucoup de choses que nous ne connaissons pas, par exemple sur ce qui s’est passé  dans les premiers temps de la République. Moi-même, je suis né en 1965 et je ne sais pas ce qui s’est passé en 1960. Je le répète : on a d’abord besoin de connaître la vérité.

Lors des élections, une partie de l’opposition a quitté la scène. Un dialogue est-il envisageable avec ceux qui se sont retranchés du processus électoral ?

Le dialogue est permanent depuis la mise en application des accords de cessez le feu. Cette base de dialogue avait d’ailleurs été établie par le médiateur des Nations unies. Un dialogue inclusif avait été prévu  dans le cadre du Forum des partis politiques mais aussi avec toutes les couches de la population burundaise. Par rapport aux élections, ce qui est très important, c’est de continuer la course. En  2015 il y aura encore d’autres élections encore…

En 2015 précisément, songez vous à être candidat à nouveau, vous semblez être très populaire…

Tout dépendra de l’analyse de la  situation, il faudra voir avec la Cour Constitutionnelle si c’est possible (ndlr. la Constitution n’autorise que deux mandats consécutifs)

On peut certainement être populaire, mais ce qui importe surtout c’est la constitutionnalité de tout ce que l’on fait…

16 mars 2012

Chagrin sans frontières

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De Matadi, un ami m’ envoie un message. Il est de cœur avec les Belges, il partage notre chagrin à tous. Alors que le coup de onze heures approche, que tout le pays se prépare à se taire, à partager une minute de silence, cela me suffit pour me recueillir. Pas de radio, de télé, finis les commentaires ou les hypothèses. Il n’y a plus rien d’autre que le chagrin brutal soudain lui aussi désincarcéré, sorti de la ferraille des jours. Le chagrin de ceux qui ont des enfants et le chagrin de ceux qui n’en ont pas. Car ces gosses qu’on nous ramène par avion militaire, ils nous appartenaient à tous, avec leurs sourires et leurs cris, leurs dessins, leur désir de neige et de soleil, leur espoir de vivre heureux. Tous les enfants de Belgique ont mal, et aussi les adultes qui se demandent si cette tragédie aurait pu être évitée, si le voyage en car,  le meilleur marché, n’est pas trop cher en termes de fatigue et de risque.

Pourquoi ne pas ouvrir la porte aux souvenirs ? Je me rappelle qu’autrefois, la neige nous était promise à l’issue d’un long voyage en train. Sur les quais de la gare du Midi, les vacances commençaient. Ma mère, avant d’être mise à l’écart comme tous les autres parents, répétait des conseils inutiles «  n’ouvre pas la porte durant le trajet, ne descends pas du train  en marche, un président français est mort ainsi » et je l’écoutais en me disant «  cause toujours, ce qui compte pour moi, c’est d’avoir la couchette du haut et des filles sympa dans le compartiment… »

Après avoir déballé les tartines, parcouru les couloirs afin de reconnaître le terrain, une courte nuit s’amorçait, bientôt interrompue par les lueurs roses qui se glissaient sous le rideau, une aube comme nous n’en connaissions pas dans nos brumes citadines et qui annonçait l’arrivée prochaine… Ce voyage en train était long, parfois le convoi s’immobilisait pour céder la place, ensuite il fallait s’installer dans des minibus qui nous conduisaient au centre de vacances et lorsque nous posions enfin le pied sur la neige fraîche, nous nous sentions vaciller…Aujourd’hui, tout va plus vite, on passe un film, de la musique, on éteint les lumières et on arrive à destination, sans autres arrêts. Mais l’enthousiasme est le même, le rêve aussi.

C’est tout cela qui a été fauché dans ce tunnel de Sierre, et ce qui me touche c’est qu’au milieu de l’Afrique, des gens qui ne connaissent pas la neige, qui peinent à payer l’école de leurs enfants, ont pensé à nous. Avec amitié, avec douceur.

Le chagrin ressemble parfois à ces eaux souterraines qui remontent à la surface, qui se nouent en ruisseaux, en rivières. Chacun puise au fond de lui, de ses souvenirs, de ses chagrins secrets, les flots de sa douleur et, dans des moments comme celui-ci, il s’autorise à les relier au fleuve que nous descendons tous ensemble. En silence. Sans frontières.

« Sois sage o ma douleur et tiens toi plus tranquille », disait Baudelaire. Sois plus tranquille, car tu n’es pas seule.