30 juin 2012

Rwanda et Burundi: les Belges aussi doivent réfléchir

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Rwanda et Burundi : les Belges aussi doivent réfléchir

Un demi-siècle après l’accession à l’indépendance du Rwanda et du Burundi, l’heure est à la fête, à Bujumbura en tous cas, mais aussi à la réflexion : pourquoi, en termes de développement humain, d’acquis démocratiques, et même de relations de voisinage, le bilan est-il aussi lourd ? Des Belges, à Bujumbura en tous cas, seront associés à la fois aux réjouissances et aux réflexions. Puissent ils dépasser le stade des conseils amicaux et des recommandations. En effet, la Belgique, ancienne puissance coloniale, qui s’était vue confier la tutelle de ces deux petits pays initialement conquis par l’Allemagne est loin d’être sans reproches. S’il est parfaitement justifié de souligner aujourd’hui, -enfin !- la responsabilité de la France dans le génocide au Rwanda, il faut aussi élargir le champ d’analyse : ce sont bien les Belges et eux seuls, qui, depuis le début du siècle dernier, ont modelé la politique de ces pays. Ils ne se sont pas contentés d’imposer une lecture ethnique des différences sociales qui existaient entre Hutus et Tutsis, de confondre la démocratie avec la loi (la dictature ?) de la majorité numérique, de diviser de vieux peuples, des sociétés aux structures complexes. La Belgique, dans les années 60, a aussi démontré que, dans sa propre sphère d’influence, là où elle pouvait jouer un rôle, elle ne reculait pas devant le recours à la violence, voire au crime : si les circonstances de la mort de Patrice Lumumba ont fait l’objet d’une enquête parlementaire, on ne sait toujours pas qui a ordonné l’assassinat du prince Louis Rwagasore au Burundi ni pourquoi le roi Mutara du Rwanda avait été emporté par une « mauvaise piqûre »…
Il serait peut-être temps de reconnaître que les trois pays (Congo, Rwanda, Burundi) dont la Belgique était responsable ont pris, chacun à leur manière, un très mauvais départ lors de leur indépendance. La métropole, au lieu de pacifier et d’unir, avait exacerbé les antagonismes ethniques, étouffé les aspirations nationalistes et aussi recouru systématiquement à la corruption des élites, une pratique qui allait s’avérer bien plus durable que les institutions démocratiques elles-mêmes…
Vieilles histoires ? Rappels stériles ? Pas tant que cela : sans même revenir sur rappeler le génocide rwandais, il faut savoir que les divisions créées jadis continuent à faire des victimes. Conclusion : le devoir de mémoire et de réflexion ne doit pas seulement être le fait de nos « anciens colonisés », les jeunes Belges aussi méritent de savoir ce qui s’est réellement passé voici un demi siècle. Il faut espérer que nos dirigeants, non contents de « donner des leçons » et de « faire passer des massages », prendront surtout le temps d’écouter, de mesurer les efforts déployés dans chacune de nos anciennes colonies pour dépasser la fatalité d’une histoire que nous avions contribué à forger…

30 juin 2012

Terreur à Epulu: les gardes sont massacrés, les okapis aussi

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« Morgan a coupé la jambe du garde Amisi au niveau du genou, a retiré la viande, brandi le fémur comme un trophée et hurlé : je vais tous vous manger si vous ne faites pas ce que je vous dit…»
Ce témoin du massacre survenu à la station d’Epulu, au cœur de la réserve de faune à okapis dans le nord du Congo, est toujours sous le choc : dimanche dernier, des hommes lourdement armés de fusils AK47 et de deux PKM (des Kalachnikov à canon léger) et d’un téléphone satellite ont surgi entre les bâtiments, en provenance, semblait-il, de Kisangani.

Certains d’entre eux étaient entièrement nus, d’autres portaient de faux uniformes de l’armée congolaise et chantaient à tue tête. A leur tête se trouvait un certain Morgan, braconnier tristement célèbre dans la région, qui avait déjà été arrêté à trois reprises proximité d’Epulu, alors qu’il chassait des éléphants. Morgan, originaire du village Epene, dans la collectivité de Bombo, premier centre de capture des okapis, nourrissait une haine particulière à l’encontre du garde Amisi, qui l’avait mis en prison et, selon certains, torturé. La vengeance de Morgan et de son corps expéditionnaire de « Simbas » (lions) fut terrible : deux gardes furent tués sur le champ, le corps de l’un d’entre eux et celui de la femme d’Amisi furent brûlés vifs sous le regard de tous. Au total sept personnes trouvèrent la mort et la plupart des gardes prirent la fuite en direction de la forêt.
Les assaillants attaquèrent aussi les bâtiments de la station d’Epulu, toutes les maisons furent saccagées et pillées, le bureau administratif, le corps de garde, le centre d’accueil furent incendiés, les stocks de rations et autres équipements furent emmenés, les véhicules mis à feu. Un nombre indéterminé de civils furent emmenés en otages dans la forêt, afin qu’ils transportent le butin des assaillants et plusieurs femmes furent enlevées et violées.

Les assaillants s’en prirent aussi aux okapis, qui faisaient la fierté de la station : tous les animaux en captivité, soit 14 d’entre eux, furent tués par balles. Seule une femelle, retrouvée avec trois balles dans le corps, a survécu et un vieux mâle a été soigné par un Pygmée. L’attaque de la station d’Epulu, le massacre des okapis représentent un coup particulièrement dur pour l’ICCN, l’Institut congolais de conservation de la nature, qui s’efforçait de réhabiliter la réserve d’okapis, classée par l’Unesco, à l’instar du parc des Virunga au Nord Kivu, comme patrimoine mondial de l’humanité. Les okapis en effet sont une espèce classée sur la « liste rouge », celle des animaux en voie de disparition, dont le nombre total ne dépasse plus les 3600 unités qui vivent en liberté autour d’Epulu, dans une région de 13.000 km2. C’est précisément afin de leur permettre de se reproduire, d’être étudiés et admirés par des visiteurs que la station avait capturé une quinzaine d’entre eux. Morgan en a décidé autrement, détruisant un centre qui faisait la fierté de la région et commençait à attirer un nombre croissant de touristes. Après le temps des premiers secours, restera à déterminer la provenance des armes lourdes mises à la disposition des braconniers et les bénéficiaires ultimes de cette nouvelle agression contre les parcs naturels et le tourisme dans l’Est du Congo.

29 juin 2012

L’un fête et l’autre pas…

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L’anniversaire de l’indépendance au Burundi sera une fête douce-amère. Douce, car, en présence de nombreuses délégations étrangères, le Burundi pourra démontrer qu’ à force de négociations, de compromis, de dialogues sous de multiples auspices, les démons de l’ethnisme ont été conjurés. Douce aussi car chaque province, chaque commune a été invitée à présenter une « œuvre », une réalisation concrète indiquant que la reconstruction est en bonne voie. Cependant, la fête sera aussi teintée d’amertume car bien des périls demeurent, la tentation de la violence, de l’autoritarisme d’un parti tout puissant, de la corruption endémique et le souvenir des centaines de milliers de morts emportés au cours du demi siècle écoulé ne sera pas effacé par les roulements de tambour…
Quant au Rwanda, ses dirigeants estiment que s’il n’y a rien à fêter, il y a par contre beaucoup à méditer. En effet, à Kigali voici 50 ans, l’indépendance se traduisit moins par la libération d’un peuple que par la mise à l’écart, la persécution d’une composante de la nation, -les Tutsis-, définis comme des étrangers, des indésirables, dans le pays de leurs ancêtres. Bien avant la date de l’indépendance, dès 1959, l’engrenage de la haine ethnique avait commencé à broyer le vieux royaume et seule la victoire du Front patriotique rwandais, le 4 juillet 1994 devait à la fois mettre fin au génocide et faire entrer le pays dans une ère différente, celle de la véritable rupture avec l’ « ordre » colonial, de la reconstruction de l’identité nationale.
Au Rwanda, les jours à venir seront consacrés à la réflexion, au deuil de toutes les victimes, celles que l’on peut commémorer et celles que l’on doit taire. Et même si quelques Belges seront bienvenus à titre individuel, aucun ne sera invité à titre officiel, l’ancienne métropole étant, jusqu’aujourd’hui, considérée comme la matrice de la division ethnique, sinon le dernier refuge des négationnistes de tous bords…

29 juin 2012

Rwanda et Burundi: les sanglants préliminauires de l’indépendance

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« Mon père était planteur de café au Rwanda et je suis arivé à Cyangugu début novembre 1959. Durant la nuit, autour de notre maison, on avait vu des huttes qui brûlaient tandis que des enfants jetaient des pierres sur les Blancs qui passaient en voiture. A l’entrée de la ville, derrière une haie d’eucalyptus, j’ai vu s’élever un gros nuage noir et en m’approchant, j’ai distingué un camion surmonté d’un nuage de mouches. Sa cargaison se composait de corps jetés pêle-mêle et, m’approchant de plus près encore, je vis que ces morts et ces blessés, ramassés durant la nuit, portaient tous des blessures aux jambes ou à la tête : des coups de machette leur avaient coupé les tendons ou la veine jugulaire… »
Claude Nemry, écrivain, auteur de nombreux ouvrages sur la région, dont Bukavu, Nyamulagira, Mangaribi (éditions l’Harmattan) a passé sa jeunesse dans la région des Grands Lacs. En lettres de feu et de sang, il a gardé en mémoire le souvenir de cette «Toussaint rwandaise » : « les troubles qui avaient éclaté à Cyangugu, forçant de nombreux chefs de colline Tutsis à traverser la frontière du Congo, accompagnés de leurs gens, s’étaient propagés depuis Gitarama et la région du Bugesera. Ces émeutes, qui ne visaient pas les colonisateurs belges, mais les Tutsis, n’avaient rien de spontané, tout semblait bien préparé… Mi novembre d’ailleurs, le calme était revenu : à la tête de la Force Publique congolaise, le colonel Guy Logiest, avait mis bon ordre au Rwanda ; non seulement il avait maté l’insurrection, mais décidé de placer des Hutus à la tête de toutes les chefferies abandonnées par les Tutsis… »
Par la suite, Logiest, nommé résident militaire et doté des pleins pouvoirs, conduisit le pays à l’indépendance, proclamée le 1er juillet 1962. Par la suite, il devait être décoré par les présidents rwandais successifs, Kayibanda et Habyarimana pour les éminents services rendus à la « démocratie rwandaise. »
En réalité, depuis la fin des années 50, le « modèle rwandais » encouragé par les Belges, a plombé le destin de ces deux pays, l’hypothèque ethnique a entraîné des centaines de milliers de morts au Burundi et mené au génocide de 1994 au Rwanda.
Alors que ces deux anciens royaumes, d’abord conquis par les Allemands, avaient été confiés à la tutelle belge après la première guerre mondiale, les Belges, pratiquant l’administration indirecte, avaient aboli les structures traditionnelles et collaboré avec les Tutsis, leur réservant l’accès à l’enseignement, excluant les Hutus de tous les niveaux de pouvoir. Dès 1957, l’histoire bascule au Rwanda : alors que les intellectuels tutsis sont tentés de revendiquer l’indépendance, le « Manifeste des Bahutu », encouragé par l’Eglise catholique ne dénonce pas la tutelle coloniale, mais la « féodalité », la « domination du Noir par le Noir » les Tutsis étant définis comme une « race » « étrangère, venue d’Abyssinie !
Alors que la monarchie est demeurée un principe d’unité, durant l’été 1959, le roi Mutara meurt brusquement dans le cabinet de son médecin (belge) à Bujumbura, alors qu’il se préparait à aller plaider à l’ONU la cause de l’indépendance et son successeur, Kigeri 5 est nommé par la Cour, au grand dam de la tutelle belge. En novembre de la même année, les premiers groupes de Tutsis sont expulsés. Un an plus tard, le parti Parmehutu, dirigé par Grégoire Kayibanda, un ancien séminariste clairement soutenu par l’évêque suisse de Kapgayi Mgr Perraudin l’emporte sur le parti monarchiste Unar, considéré comme pro tutsi et qui prône l’unité du pays. La garde territoriale, dirigée par Logiest, ainsi que l’autorité belge, ont clairement favorisé le Parmehutu et le 28 janvier 1961 un referendum consacre l’abolition de la monarchie.
L’ONU, impuissante, assiste à la proclamation de l’indépendance d’un territoire placé sous son mandat. Mais les violences à l’encontre des Tutsis se poursuivent : les huttes sont incendiées, des dizaines de milliers de Tutsis (dont les parents d’un certain Paul Kagame) ne trouvent leur salut que dans la fuite. Dès 1963, l’engrenage fatal qui mènera au génocide se met en place : à chaque fois que les exilés, depuis le Burundi, depuis le Congo, se battent pour rentrer de force dans « le pays des Hutus », les autorités organisent l’ «autodéfense populaire », qui se traduit par le massacre de milliers de Tutsis de l’intérieur. A l’époque, le philosophe Bertrand Russel sera le seul à dénoncer « le massacre le plus systématique depuis celui des nazis »…

L’histoire du Burundi voisin est à la fois marquée par l’exemple rwandais, mais différente : malgré les ressemblances culturelles et la même expérience coloniale, la monarchie est dominée par les « Ganwa », des princes de sang qui ne se considèrent ni comme Hutus ni comme Tutsis. Le fils du roi Mwambutsa, Louis Rwagasore, incarne la lutte pour l’indépendance et son parti, l’UPRONA (Union pour le progrès national) remporte haut la main les élections de septembre 1961, Hutus et Tutsis partageant le même respect pour la monarchie.
Mais Rwagasore, nationaliste, progressiste, trouve d’autant moins grâce aux yeux des Belges qu’il a été en relation avec Patrice Lumumba, le premier ministre du Congo, assassiné en janvier 1961. Un mois après son succès électoral, le prince est assassiné par un tueur grec, à la solde d’un parti rival très proche des Belges…
Alternant les premiers ministres hutus et tutsis, le roi Mwambutsa tente de contenir les passions ethniques, mais l’exemple rwandais enflamme les esprits : les exilés tutsis affluent au Burundi tandis que les Belges encouragent les ambitions politiques des Hutus.
En outre, la guerre froide s’invite sur les rives des Grands Lacs : le régime hutu du Rwanda est considéré comme pro-occidental, le Burundi est qualifié de « base pro-chinoise », appuyant les rebelles congolais partisans de Pierre Mulele et de Laurent Désiré Kabila… En 1965, le fragile équilibre du Burundi bascule à son tour : le Premier Ministre (hutu) est assassiné par un exilé rwandais, en octobre, le roi est obligé de fuir le pays et les paysans hutus sont incités à tuer leur voisins tutsis sous le prétexte (faux) qu’ils auraient voulu tuer le roi ! En 1966, le colonel Michel Micombero, prend le pouvoir et le joug sécuritaire tutsi s’abat sur le pays. Désormais, au Burundi aussi, faux miroir, faux jumeau du Rwanda, l’ethnisme s’impose et tue, les engrenages de la haine se mettent en place, jusqu’à mener au « génocide sélectif » de 1972 : à la suite d’attaques d’exilés hutus venus de Tanzanie, tous les leaders hutus sont massacrés, intellectuels et militaires, y compris les élèves du secondaire…Le « fléau » (ikiza) emportera entre 100 et 200.000 Hutus, décapitera une génération….
Au Burundi aussi, la grille de lecture « raciale », « ethnique » imposée par le regard colonial a fini par s’imposer et durant un demi siècle elle contribuera à diviser le pays…

27 juin 2012

Raymond Tshibanda: le Rwanda rallume le divisionnisme au Congo

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Revenant de New York, le ministre congolais des Affaires étrangères Raymond Tshibanda s’est longuement entretenu avec son homologue Didier Reynders de la situation au Nord Kivu. « Lorsque nous avons reçu les preuves établissant que la nouvelle rébellion du M23 avait bénéficié, dès février, du soutien d’éléments infiltrés depuis le Rwanda, nous avons amené ces informations à Kigali, compte tenu de nos relations de bon voisinage. Les réunions se sont multipliées à tous les niveaux, j’ai même rencontré le président Kagame lui-même. Une commission mixte, congolaise et rwandaise, a interrogé les hommes qui avaient fait défection, et l’évidence absolue d’un soutien rwandais s’est imposée, en dépit des dénégations rwandaises, car les transfuges ont été à même de donner tous les détails : leur nom, leur commune d’origine, le nom du chef de secteur etc…. »
Pour le ministre, « un tel fait est en contradiction avec les efforts déployés depuis 2009 où des accords de paix avaient été conclus : tenant compte des préoccupations du Rwanda, nous avons engagé des opérations militaires contre les rebelles hutus des FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) ; de 7 à 8000 hommes en 2008, ils ne sont plus que 800 aujourd’hui, dispersés en petits groupes. Mais la situation actuelle au Nord Kivu pourrait leur permettre de se réorganiser, c’est le premier résultat concret de cette mutinerie qui mobilise les forces gouvernementales et a empêché que se poursuivent les opétrations qui étaient en cours contre les FDLR…»Le ministre souligne aussi que la communauté rwandophone congolaise, au nom de laquelle les mutins d’hier et d’aujourd’hui prétendent combattre, a bénéficié de nombreuses mesures d’intégration, tant au sein de l’armée que des institutions politiques et que le rapatriement de réfugiés congolais tutsis se trouvant au Rwanda a été entamé, supervisé par une commission tripartite à laquelle participe le HCR.. En dépit de ces efforts d’intégration, de ce refus de toute discrimination, il souligne que « nous avons les preuves qu’au Rwanda, de hauts responsables téléphonent à des représentants des Tutsis congolais, militaires et politiques, pour leur demander de soutenir les mutins du M23, et cela sur base de la solidarité ethnique ! Autrement dit le divisionnisme, banni au Rwanda, est exporté au Congo ! »
Ces affirmations du ministre nous avaient été confirmées sur le terrain, à Goma, voici quelques semaines, et il apparaissait que des chefs de communauté, des notables tutsis recevaient régulièrement des appels provenant du Rwanda, leur demandant, au nom de la solidarité entre rwandophones, de soutenir les mutins du M23. « Nous avons une liste des appels… précise M. Tshibanda, tandis que des responsables de la sécurité assuraient qu’ils redoublaient de vigilance afin qu’aucun « meurtre inexpliqué » de ressortissants tutsis congolais ne soit commis. De tels crimes en effet donneraient de la substance aux prophéties autoréalisatrices du Rwanda où la ministre des Affaires étrangères Louise Mushikwabo a déjà évoqué les risques accrus désormais encourus par les « cousins » tutsis congolais…Des risques dont la prévention justifierait une intervention militaire plus directe…
Brandissant les faits, le ministre congolais adjure la communauté internationale : « il faut signifier au Rwanda que tout le monde sait ce qui se passe et qu’il faut reprendre le dialogue » Le Congo s’est aussi adressé aux chefs d’Etat de la région (Ouganda, Burundi, Angola, Afrique du Sud, Congo Brazzaville) afin qu’ils activent les ressources de la diplomatie. Car il y a le feu : « la situation est encore rattrapable mais il y a une sérieuse rupture de la paix… » Pour Tshibanda, « il est clair que le général Bosco Ntaganda, est le patron des mutins, il a eu peur d’être transféré à la Cour pénale internationale à l’instar de Thomas Lubanga, le chef de guerre de l’Ituri qui vient d’être condamné. C’est au moment du verdict prononcé contre Lubanga que Bosco a commencé à s’agiter, à préparer la mutinerie et il paraît que Laurent Nkunda lui-même aurait refait surface…Je me demande si le Rwanda, à son tour, ne s’inquiète pas de ces procédures de la CPI qui deviennent de plus en plus pressantes contre les chefs de guerre de la région…»
Le ministre s’insurge aussi du fait qu’au Conseil de
Sécurité, la partie du rapport des experts de l’ONU qui décrivait le soutien apporté par le Rwanda aux mutins ait été expurgée, sous pression sans doute de « pays amis » : « si nous voulons construire une paix durable dans la région, la vérité doit être connue… » Mais par contre, M. Tshibanda relève que la Belgique a parfaitement compris les enjeux de la situation actuelle et se félicite de l’intervention de Didier Reynders auprès de l’Union européenne.

16 juin 2012

Le périple parsemé d’imprévus des lecteurs du Soir

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Que ceux qui souhaitent un voyage chronométré, millimétré, ne s’engagent pas au Congo ! Une poignée de lecteurs du Soir en ont fait la joyeuse et troublante expérience. Ils souhaitaient découvrir les gorilles de montagne ? La guerre dans le parc de la Virunga les a obligés à faire connaissance avec les gorilles des plaines dans le parc de Kahuzi Biega, tout aussi attachants d’ailleurs que leurs cousins. Ils rêvaient de dormir sous tente, en pleine nature ? C’est un bivouac sur les collines du Masisi qui leur fut proposé, pour être finalement annulé en dernière minute, car… le carrelage de quelques chambres n’était pas terminé !Mais qu’importe, les cœurs bien nés peuvent supporter quelques imprévus. Voyez Pierre : il avait amené ses bottines de montagne, arpenté tous les dénivelés du pays de Verviers, afin d’être fin prêt pour faire l’ascension du volcan Nyiragongo. Au lieu de cela, il eut, comme les autres, le privilège de dormir sur l’île d’Idjui, où l’hôtel Congomani, avait, pour la circonstance, été doté de moustiquaires, de linges neufs et d’eau courante, sous la forme de bassines brûlantes délivrées avec le sourire… Quant à Daniel, le légendaire cuisinier de Kivutravel, habitué à recueillir au sommet du volcan les âmes perdues et à réconforter les corps épuisés par une tambouille roborative, il dut lui aussi s’adapter, remplacer la soupe par du manioc bouilli et la chèvre rôtie par des tilapias que les pêcheurs du coin se virent rappeler, par deux fois, de ne pas oublier d’aller pêcher…
Heureusement qu’à Idjui, les Pygmées, eux, n’avaient pas négligé l’heure de leur rendez vous musical. Enfin, pas tout à fait : ils avaient confondu 8 heures du matin et 8 heures du soir et alors qu’ils étaient attendus pour un nocturne concert d’instruments traditionnels, c’est au petit déjeuner qu’ils surgirent, pinçant leurs cordes, battant leurs tambours et, à travers la bananeraie, scandant les pas des valeureux visiteurs…
A Bukavu, toutes les surprises furent heureuses : des anciens du Congo, comme Thérèse ou Roland purent pratiquer le swahili de leur jeunesse, Solange Lusiku présenta son journal « le Souverain », expliquant à son auditoire ébahi les conditions artisanales de la publication d’une gazette au Sud Kivu (écrire à Bukavu, imprimer à Bujumbura, vendre au petit bonheur la chance et, tout de même, réaliser une publication de qualité), le gouverneur, avec hospitalité, accueillit tout le monde dans une résidence dont les dimensions démontrent aujourd’hui encore combien les Belges étaient au Congo pour rester et impressionner…. Mais surtout, Philippe, parti à la découverte des racines de sa famille, eut le bonheur de tout retrouver, en vrac : le souvenir de la beauté de sa tante, qui, un demi siècle plus tard, hantait encore la mémoire des plus « anciens Belges » , la maison de son enfance, le cimetière où reposent des générations de colons, les couchers de soleil sur le lac, la façade Art Deco de l’hôtel Résidence, à peine fendillée par le tremblement de terre.
Ceux qui avaient quitté le Congo naguère retrouvèrent les odeurs de leur enfance, de leurs plus belles années, les autres se laissèrent volontiers conquérir…Mais ce voyage ne se conjugua pas seulement au passé, sur le mode de la nostalgie : à Goma, des gens se battent pour sauver des jeunes de la guerre ou de l’ignorance, qu’il s’agisse des prêtres de don Bosco, de l’équipe d’Inuka qui accueille des jeunes filles, de Guillaume qui, lorsque les visiteurs lui en laissent le temps, anime le Centre des jeunes et sa bibliothèque…A Bukavu aussi, la jeunesse est omniprésente, malgré les difficultés du minerval obligatoire, les établissements d’enseignement débordent d’élèves et le père Didier de Failly, pilierdu collège Alfajiri, communique volontiers les clés nécessaires à la compréhension du milieu.
Au Rwanda aussi, l’avenir est omniprésent : partout il n’est question que de la « vision 20 20 » de l’ambition de sortir le pays de la pauvreté et, au vu des grands travaux en cours, un tel projet n’apparaît pas irréaliste…
Les visiteurs ont progressé à reculons : ils ont d’abord découvert la forêt primaire de Nyungwe, quasiment privatisée, où tous les accès, remarquablement balisés, sont payants, et où un lodge d’un goût parfait est destiné aux grands de ce monde qui veulent redécouvrir une Afrique idéalisée sinon mythique. De là, ils ont retrouvé le lac Kivu à Kibuye, une ville où, en 1994 l’insécurité et les massacres se poursuivirent jusque fin août, en présence des militaires français de l’Opération Turquoise. Kibuye aujourd’hui a pansé ses plaies et se prépare à réaliser une authentique vocation touristique. Mais surtout, les visiteurs ont clôturé leur périple par Kigali. Ambitieuse avec ses gratte ciels, ses banques, ses maisons à étages, son centre ville où les pauvres n’ont plus droit de cité, ses banlieues cossues qui ressemblent à un Rhode Saint Genèse ensoleillé… Mais douloureuse aussi, Kigali, avec le petit corps de garde (pratiquement dérobé aux regards comme un parent pauvre), où les dix Casques bleus belges furent mis à mort et surtout avec le mémorial du génocide à Gishozi, où est retracé le long calvaire d’un Rwanda où un million de citoyens tutsis furent victimes de la haine ethnique…
Le Rwanda aujourd’hui concentre à la fois la mémoire du génocide et la certitude de la reconstruction : à l’évidence, le malheur n’est pas éternel, le relèvement est possible. Tourisme de la mémoire, de la découverte, de l’imprévu, tourisme gage d’espoir aussi : comment le petit groupe de lecteurs du Soir aurait-il pu revenir indemne de cette Afrique là, d’où l’on ramène toujours plus que ce que l’on croit apporter ?

16 juin 2012

Rwanda: dix années de “justice sur l’herbe”deux millions de comparutions

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Au lendemain du génocide de 1994, la justice représentait une équation insoluble : un million de morts, deux millions de réfugiés dans les pays voisins, des tribunaux détruits, où les recueils de lois et les archives avaient servi de papier pour rouler des cigarettes ! Les nouvelles autorités, sous la houlette du Front patriotique rwandais, voulaient à la fois éradiquer l’impunité, rendre chacun comptable de ses crimes et reconstruire une nouvelle citoyenneté, fondée sur le respect de l’autre et le dépassement des clivages ethniques. L’un des piliers de la réhabilitation du peuple rwandais devait être la justice. Mais en 1999, le bilan était décevant : c’est au compte gouttes, plus soucieuse de jurisprudence que de pédagogie que le Tribunal pénal international d’Arusha examinait le cas des principaux « cerveaux » du génocide et dans le pays, la justice classique était enrayée, n’ayant réussi à traiter que 6000 cas, tandis que 150.000 détenus s’entassaient dans des prisons surpeuplées…
C’est alors, au sortir de nombreuses consultations et séances de réflexion, que les autorités rwandaises remirent au goût du jour une ancienne formule, la « gaçaça » littéralement « justice sur l’herbe. » Avant la période coloniale en effet, seuls les crimes de sang étaient déférés auprès du Mwami (le roi) ; les autres méfaits étaient examinés dans les communautés et la justice était rendue en présence de tous, de manière à être socialement acceptable.
La nouvelle « gaçaça » a du s’adapter, tant à l’ampleur des crimes qu’au nombre de criminels, elle a du intégrer des éléments du droit contemporain, veiller à promouvoir, en même temps que le châtiment, des valeurs supérieures telles que la réconciliation, la lutte contre l’impunité, le dépassement des clivages ethniques.
Voici dix ans, au terme d’une longue préparation menée dans tout le pays, les juridictions « gaçaça » virent le jour : dans chaque commune, des juges avaient été formés, des dates d’audience fixées, avec assistance obligatoire.
De l’extérieur, cette procédure pragmatique fut souvent critiquée, dénoncée comme une « justice de vainqueurs », partiale et expéditive. Tous ceux qui ont assisté à ces séances de gaçaça en ont retiré un autre sentiment, frappés qu’ils étaient par le sérieux des juges, la solennité d’une procédure organisée dans des lieux modestes, l’attention de l’assistance et aussi la formidable charge émotionnelle de ces audiences. Combien de fois ne vit on pas des criminels, sous le regard de leurs voisins, confesser leurs actes, demander pardon, et accepter de donner des détails sur les circonstances de la mort de leurs victimes, allant jusqu’à conduire les parents des défunts vers le marais, les latrines et autres lieux où les dépouilles avaient été jetées ?
Cet exercice public de vérité et de repentance a certainement eu un effet thérapeutique sur cette société blessée. En effet, les criminels acceptant d’avouer leurs fautes ont souvent bénéficié de réductions de peine, tandis que la participation à des travaux d’intérêt collectif a permis de transformer la sanction en actes bénéfiques à toute la communauté (de nombreuses routes pavées sont le résultat de ces travaux collectifs)
En dix ans, environ deux millions de suspects, accusés de crimes de gravité diverse, ont comparu devant les juridictions gaçaça et leurs témoignages, méthodiquement consignés, représentent une source d’information unique sur ce qui s’est réellement passé au Rwanda durant les cent jours du génocide.
Parallèlement aux travaux de la Commission Vérité et Réconciliation en Afrique du Sud, la justice « gaçaça » au Rwanda représente aussi une contribution exceptionnelle de l’Afrique à la résolution des conflits et à la refondation d’une identité nationale…

16 juin 2012

Paul Barril enfin devant un juge

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Dix huit ans après le génocide au Rwanda, le capitaine Paul Barril, ex-gendarme de l’Elysée reconverti dans le civil, a enfin été entendu par le juge français Marc Trevidic. Ce dernier, qui a succédé au juge anti-terroriste Jean Louis Bruguière, enquète sur l’attentat commis le 6 avril 1994, attentat qui a emporté le président rwandais Habyarimana et son collègue burundais et qui est considéré comme l’élément déclencheur d’un génocide depuis longtemps préparé.
A l’époque, Paul Barril, passé dans le privé à la tête de sa société « Secrets », est un familier du Rwanda et du Burundi. La famille Habyarimana l’a consulté à propos de la sécurité du président, les Burundais ont fait de même, l’ancien membre de la cellule de l’Elysée a ses entrées auprès du maréchal Mobutu…En France, Paul Barril est aussi un familier de François de Grossouvre, l’homme qui gère les affaires de l’ombre du président Mitterrand, qu’il s’agisse de sa « deuxième famille » ou de certaines relations africaines. Grossouvre, qui fréquentait le président Habyarimana et lui aurait présenté Barril, sera d’ailleurs retrouvé dans son bureau, le 7 avril, la tête fracassée par un coup de feu et tout fut mis en œuvre pour accréditer la thèse du suicide.
Quant à Paul Barril, il se sera sans doute vu poser, pour la première fois, la question de savoir ce qu’il faisait et où il se trouvait le soir du 6 avril. En effet, à l’époque les rumeurs étaient multiples : d’aucuns l’avaient vu à Kigali la veille de l’attentat, d’autres assuraient que le lendemain déjà il se trouvait à Bujumbura.
Selon certaines sources, avant avril déjà, le capitaine aurait été chargé de former certains éléments de l’armée rwandaise au tir de précision et à l’infiltration derrière les lignes. Par ailleurs, on sait aussi que, même si, officiellement les militaires français avaient quitté le Rwanda fin 1993 cédant la place à une force de l’ONU, quelques dizaines d’hommes, affirmant être chargés d’une « mission de courte durée » avaient été aperçus au Rwanda à la veille de l’attentat.
Si les activités de l’ex gendarme, le soir du 6 avril doivent encore être éclaircies, par la suite en revanche, Barril se montra plutôt voyant. Il reconnaîtra publiquement être revenu au Rwanda le 27 avril, en plein génocide et s’être rendu dans le camp de l’armée gouvernementale pour tenter d’y récupérer les lanceurs des missiles. Fin juin, alors que « le Soir » venait de publier une information selon laquelle des militaires français pourraient avoir tiré sur l’avion, Barril, deux jours plus tard, surgit sur les écrans de France Un, brandissant la boîte boire de l’avion présidentiel ! Une boîte noire qui allait s’avérer être une simple balise de piste, tandis que la société Dassault précisait que le Falcon n’était pas pourvu d’un tel dispositif. Il n’empêche que la manœuvre avait réussi : Barril avait réussi à détourner les projecteurs sur la boîte noire et à faire oublier les questions sur l’identité des tireurs d’élite…
Par la suite, l’ex gendarme, qui connaissait très bien le juge Bruguière, lui prêta son concours lorsqu’il s’est agi de démontrer que les auteurs de l’attentat étaient des membres du Front patriotique rwandais, accusation qui mena à l’inculpation de neuf hauts dirigeants de Kigali. Barril se montra efficace : il suggéra au juge de s’assurer le concours d’ un interprète assez particulier, Fabien Singaye, qui n’était autre que le beau fils de l’homme d’affaires Félicien Kabuga. Alors qu’il se trouvait en poste à Berne au début des années 90, Singaye avait espionné la diaspora rwandaise pour le compte du régime Habyarimana et par la suite, il avait gardé des liens étroits avec la famille de l’ancien président, dont son fils Jean-Luc et sa veuve Agathe réfugiée en France. S’il fut auditionné par le juge Bruguière, Barril ne se vit poser aucune question délicate, pas plus qu’il ne fut entendu par la mission d’enquête parlementaire de l’Assemblée nationale française dirigée par Paul Quilès.
Aujourd’hui, l’ex gendarme a été entendu par le juge Trevidic et une perquisition a été menée à son domicile. C’est que les temps ont changé : en janvier dernier, un rapport d’experts indépendants, rendu public par le juge d’instruction, a établi que les tirs ayant abattu l’avion ne pouvaient avoir été tirés que depuis un lieu se trouvant dans l’enceinte du camp Kanombe, place forte de la garde présidentielle et sanctuaire des « durs » du régime. Cette conclusion a donc automatiquement exonéré le Front patriotique rwandais qui n’avait pas accès à cette forteresse du régime, mais elle n’a pas, pour autant, permis de définir l’identité des tireurs. On les avocats de la famille Habyarimana ont eux-mêmes rappelé qu’au sein de l’armée rwandaise nul n’avait été formé au maniement de missiles sol air. Le tir fatal n’a donc pu qu’être d’œuvre de spécialistes étrangers ayant accès au camp Kanombe.
Rappelons aussi que cet attentat aux conséquences dramatiques fut accompagné d’une manipulation d’envergure : des militaires belges, présents à Kigali ce soir là, furent désignés comme les auteurs du crime, ce qui mena à la mise à mort de dix Casques bleus belges le 7 avril. Les circonstances exactes de l’assassinat du président Habyarimana n’ont pas encore livré tous leurs secrets et Paul Barril, sous serment, sera peut-être enfin obligé de livrer sa part de vérité.

16 juin 2012

Africa, Etats faillis, miracles ordinaires: à lire sans attendre

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Africa, Etats faillis, miracles ordinaires

Enfin un livre qui bouscule les idées reçues

Bon sang mais c’est bien sûr ! L’Afrique, c’est bien autre chose que ces images d’enfants faméliques, de femmes en souffrance, de despotes impunis, autre chose que ces blanches mains qui distribuent la manne à des gens priés de dire merci, dans la langue de l’autre… Durant trois décennies, le reporter Richard Dowden a sillonné le continent africain pour le compte des principaux journaux britanniques, et du Zimbabwe à l’Afrique du Sud, du Sahel à l’Ethiopie, sans oublier les Grands Lacs, il n’est pas une crise qu’il n’ait vécue et racontée en direct.
Mais aujourd’hui que le temps est revenu de regarder en arrière, de retrouver les sentiers de traverse de tant de pérégrinations, Dowden parle d’autre chose que de la guerre, de la politique, même si ces thèmes demeurent omniprésents. Ce qui l’inspire, c’est la beauté, la générosité de l’Afrique. Elles lui ont permis d’être ce qu’il est, de quitter son costume trois pièces de petit bourgeois britannique débordant de bonnes intentions et de découvrir « qu’en Afrique, les visiteurs sont bien accueillis, choyés même, que les Africains sont bienveillants, aimables, d’une infinie politesse, que chaque bonjour est authentique… »
Avec un humour pince sans rire, le reporter ne craint pas de raconter ses propres bévues alors qu’il faisait ses premiers pas comme jeune enseignant en Ouganda. A chaque étape, il se met en scène, se souvient de ses échanges avec d’innombrables interlocuteurs, puissants parfois mais le plus souvent modestes, anonymes…C’est une autre Afrique qui émerge de ce récit étendu sur trois décennies de compagnonnage. Une Afrique bien plus complexe que la vieille Europe elle-même, un continent infiniment riche sur le plan culturel. Chaque conflit est évoqué sans manichéisme, sans jamais sacrifier aux clichés et sans épargner la myopie de la communauté internationale ni la bonne conscience de certaines ONG occidentales qui pavent l’enfer de bonnes intentions. C’est ce qui fait la richesse de ce livre qui ne peut se comparer à nul autre : l’auteur parle de ce qu’il a vu, ressenti et si les théories, les « recettes » du développement défilent et s’infirment les unes après les autres, aucune d’entre elles ne tient la route face à l’expérience du vieux routier instruit de la vanité des choses, aussi capable de relativiser que de mettre en perspective…
Si l’ouvrage fascine, c’est aussi parce que ce livre est un « bel objet » : écrit avec talent, traduit avec soin et bien édité, il représente un bon compagnon de voyage, de méditation ou de vacances. Il bouscule, apostrophe et oblige à réfléchir sur l’état réel ce continent si proche de l’Europe et si mal compris encore…
Editions Nevicata

15 juin 2012

Gorilles: quand le malheur des uns fait le bonheur des autres

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En présence d’afficionados, entre autres des cyclistes, venus du monde entier, le Rwanda prépare une cérémonie bien particulière, qui consiste à donner un nom aux bébés gorilles nés cette année. L’industrie du tourisme et en particulier les visites aux gorilles de montagne (dont le prix est passé à 750 dollars par personne) représente une importante source de devises pour le pays, estimée à 340 millions de dollars par an. Sur l’autre versant du volcan Mikeno, les gorilles congolais ont moins de chance que leurs cousins rwandais : selon le conservateur du parc des Virunga, 200 gorilles de montagne sont désormais exposés aux tirs échangés entre l’armée congolaise et des soldats appartenant au mouvement rebelle du M23. Rappelons que, selon la Mission des Nations unies au Congo les mutins ont reçu du Rwanda des renforts en hommes et en munitions, acheminés dès février et que c’est dans le parc qu’ils ont choisi de se réfugier. Ce soulèvement qui a engendré 100.000 déplacés paralyse le tourisme au Nord Kivu, qui commençait à renaître et à représenter une importante source de revenus. Dans le parc, trois postes de patrouille sur cinq ont du être évacués par les gardes pour des raisons de sécurité. Pendant que leurs voisins rwandais sont à la fête, les gorilles du Congo sont désormais seuls face à leurs ennemis, militaires, braconniers et autres infiltrés et c’est sur le Rwanda que les voyageurs sont invités à se replier…