16 juin 2012
Paul Barril enfin devant un juge
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Dix huit ans après le génocide au Rwanda, le capitaine Paul Barril, ex-gendarme de l’Elysée reconverti dans le civil, a enfin été entendu par le juge français Marc Trevidic. Ce dernier, qui a succédé au juge anti-terroriste Jean Louis Bruguière, enquète sur l’attentat commis le 6 avril 1994, attentat qui a emporté le président rwandais Habyarimana et son collègue burundais et qui est considéré comme l’élément déclencheur d’un génocide depuis longtemps préparé.
A l’époque, Paul Barril, passé dans le privé à la tête de sa société « Secrets », est un familier du Rwanda et du Burundi. La famille Habyarimana l’a consulté à propos de la sécurité du président, les Burundais ont fait de même, l’ancien membre de la cellule de l’Elysée a ses entrées auprès du maréchal Mobutu…En France, Paul Barril est aussi un familier de François de Grossouvre, l’homme qui gère les affaires de l’ombre du président Mitterrand, qu’il s’agisse de sa « deuxième famille » ou de certaines relations africaines. Grossouvre, qui fréquentait le président Habyarimana et lui aurait présenté Barril, sera d’ailleurs retrouvé dans son bureau, le 7 avril, la tête fracassée par un coup de feu et tout fut mis en œuvre pour accréditer la thèse du suicide.
Quant à Paul Barril, il se sera sans doute vu poser, pour la première fois, la question de savoir ce qu’il faisait et où il se trouvait le soir du 6 avril. En effet, à l’époque les rumeurs étaient multiples : d’aucuns l’avaient vu à Kigali la veille de l’attentat, d’autres assuraient que le lendemain déjà il se trouvait à Bujumbura.
Selon certaines sources, avant avril déjà, le capitaine aurait été chargé de former certains éléments de l’armée rwandaise au tir de précision et à l’infiltration derrière les lignes. Par ailleurs, on sait aussi que, même si, officiellement les militaires français avaient quitté le Rwanda fin 1993 cédant la place à une force de l’ONU, quelques dizaines d’hommes, affirmant être chargés d’une « mission de courte durée » avaient été aperçus au Rwanda à la veille de l’attentat.
Si les activités de l’ex gendarme, le soir du 6 avril doivent encore être éclaircies, par la suite en revanche, Barril se montra plutôt voyant. Il reconnaîtra publiquement être revenu au Rwanda le 27 avril, en plein génocide et s’être rendu dans le camp de l’armée gouvernementale pour tenter d’y récupérer les lanceurs des missiles. Fin juin, alors que « le Soir » venait de publier une information selon laquelle des militaires français pourraient avoir tiré sur l’avion, Barril, deux jours plus tard, surgit sur les écrans de France Un, brandissant la boîte boire de l’avion présidentiel ! Une boîte noire qui allait s’avérer être une simple balise de piste, tandis que la société Dassault précisait que le Falcon n’était pas pourvu d’un tel dispositif. Il n’empêche que la manœuvre avait réussi : Barril avait réussi à détourner les projecteurs sur la boîte noire et à faire oublier les questions sur l’identité des tireurs d’élite…
Par la suite, l’ex gendarme, qui connaissait très bien le juge Bruguière, lui prêta son concours lorsqu’il s’est agi de démontrer que les auteurs de l’attentat étaient des membres du Front patriotique rwandais, accusation qui mena à l’inculpation de neuf hauts dirigeants de Kigali. Barril se montra efficace : il suggéra au juge de s’assurer le concours d’ un interprète assez particulier, Fabien Singaye, qui n’était autre que le beau fils de l’homme d’affaires Félicien Kabuga. Alors qu’il se trouvait en poste à Berne au début des années 90, Singaye avait espionné la diaspora rwandaise pour le compte du régime Habyarimana et par la suite, il avait gardé des liens étroits avec la famille de l’ancien président, dont son fils Jean-Luc et sa veuve Agathe réfugiée en France. S’il fut auditionné par le juge Bruguière, Barril ne se vit poser aucune question délicate, pas plus qu’il ne fut entendu par la mission d’enquête parlementaire de l’Assemblée nationale française dirigée par Paul Quilès.
Aujourd’hui, l’ex gendarme a été entendu par le juge Trevidic et une perquisition a été menée à son domicile. C’est que les temps ont changé : en janvier dernier, un rapport d’experts indépendants, rendu public par le juge d’instruction, a établi que les tirs ayant abattu l’avion ne pouvaient avoir été tirés que depuis un lieu se trouvant dans l’enceinte du camp Kanombe, place forte de la garde présidentielle et sanctuaire des « durs » du régime. Cette conclusion a donc automatiquement exonéré le Front patriotique rwandais qui n’avait pas accès à cette forteresse du régime, mais elle n’a pas, pour autant, permis de définir l’identité des tireurs. On les avocats de la famille Habyarimana ont eux-mêmes rappelé qu’au sein de l’armée rwandaise nul n’avait été formé au maniement de missiles sol air. Le tir fatal n’a donc pu qu’être d’œuvre de spécialistes étrangers ayant accès au camp Kanombe.
Rappelons aussi que cet attentat aux conséquences dramatiques fut accompagné d’une manipulation d’envergure : des militaires belges, présents à Kigali ce soir là, furent désignés comme les auteurs du crime, ce qui mena à la mise à mort de dix Casques bleus belges le 7 avril. Les circonstances exactes de l’assassinat du président Habyarimana n’ont pas encore livré tous leurs secrets et Paul Barril, sous serment, sera peut-être enfin obligé de livrer sa part de vérité.