6 juillet 2012
Déstockage des troupeaux par vétérinaires sans Frontières
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Akadaney,
Après des mois de sécheresse, les pluies soudain ont déboulé sur le Niger. En quelques nuits d’averse, des pistes se sont transformés en fondrières, des rivières ont débordé. A Tizigouru, près de Ouallam, sur la piste menant vers le Mali, les villageois n’ont même pas eu le temps de se réjouir. En une nuit, des pluies diluviennes ont emporté les chèvres et les vaches qui attendaient le retour de l’eau douce. C’est avec espoir qu’Aziza Abdou accueille dans sa maison Abdourahmane Mahaman, le chargé de programmes de Vétérinaires sans Frontières, en expliquant que sur la centaine de chèvres que possédait la famille, il ne lui en reste plus que sept. VSF, qui a promis de lui fournir deux femelles et un mâle, incarne ses espoirs de survie.
Vers Akadaney, le miracle s’est déjà produit : la savane, hier encore ocre et poussiéreuse, est ourlée de vert. Les chèvres broutent déjà, les vaches, étiques, épuisées, doivent encore prendre patience. Elles se traînent péniblement vers une mare qui s’est reconstituée dès les premières pluies. Lima Sounanka et Tambaya Jouli, des nomades venus de la région d’Agadez, regardent leur bétail avec inquiétude : l’un assure que sur vingt vaches, quatre sont malades, l’autre montre les 33 bêtes efflanquées qui peinent à se redresser. Si tout va bien, si les pluies reviennent réellement, ces Peuls Woodabe, d’ici quelques semaine, célèbreront ici mariages et naissances, les femmes sortiront leurs bijoux, les hommes se maquilleront longuement de khol. Mais en attendant, M. Beodari Seybou, chef du projet PACAP (atténuation de la crise alimentaire et pastorale) se veut modeste : « tout ce que nous pouvons faire, c’est atténuer les effets de la sécheresse, améliorer la santé du bétail, organiser des campagnes de vaccination, former des vétérinaires privés. Nous avons aussi ouvert des boutiques d’intrants, où nous vendons à bas prix des aliments pour bétail, afin d’aider les éleveurs à faire la soudure. A travers le pays, nous avons créé 12 banques d’aliments pour bétail et 25 banques de céréales.»
Amourou Youssouf, qui gère une boutique d’intrants à Dakoro, ne tarit pas d’éloges à l’égard de VSF : « ils m’ont permis de suivre des formations, afin que je puisse conseiller les éleveurs, leur expliquer comment procéder au déparasitage et autres traitements et mes produits phytosanitaires sont vendus à des prix abordables… ».
Cette année, VSF a lancé à Akanadey une grande opération de « déstockage » : les pasteurs sont invités à revendre les plus malades de leurs vaches, celles qui refusent de se lever, trop faibles pour aller boire. L’opération est intéressante et une dizaine de Peuls ont accepté le marché, revendant au prix de 60.000 CFA (90 euros) des bêtes malades dont un équarisseur leur proposerait le tiers. Sous le regard curieux ou consterné de la foule, (c’est à contre cœur que les Peuls sacrifient leurs bètes…) un boucher halal tranche, conformément aux rites religieux, la gorge de l’animal condamné et le découpe ensuite en quartiers. En quelques minutes, la viande est séparée des os, placée dans de petits sachets et distribuée à des familles identifiées comme les plus nécessiteuses tandis que la carcasse est enterrée profondément dans le sable.
Dans l’immédiat, il s’agît d’un secours financier et matériel apporté à des familles au bord de la détresse alimentaire, mais sur le long terme, l’opération « déstockage » correspond à la volonté du Niger de réduire la taille de ses troupeaux, estimant que 36 millions de tête de bétail représentent un cheptel trop important pour être soutenable.
VSF forme aussi des « vétérinaires de proximité », qui se rendent dans les zones de concentration des troupeaux et dispensent leurs conseils. La surpopulation des pâturages, les aléas du climat ne sont pas leur seul souci : au Niger comme ailleurs dans le Sahel, le désert est souillé par des sacs en plastique qui volent, s’accrochent aux arbres, se mélangent au sable. Lima Soumanka, qui se prépare à sacrifier deux de ses vaches malades, nous prend à témoin : « le boucher qui les découpera va découvrir qu’elles ont au moins deux kilos de plastique dans l’estomac, c’est de cela aussi qu’elles meurent… »