29 août 2012

Le Rwanda devant le Comité des sanctions de l’ONU: Kabarebe s’exprime

Catégorie Non classé

Au moment où, aux Nations unies, le « comité des sanctions » passe au crible le rapport des cinq experts qui accusent le Rwanda d’avoir soutenu, en hommes et en armes, les militaires rebelles du M23 et où la Ministre rwandaise des affaires étrangères Louise Mushikwabo présente la défense de son pays, le ministre rwandais de la défense James Kabarebe a accepté de recevoir l’envoyée spéciale du Soir.
Compagnon de Paul Kagame depuis la création du Front Patriotique rwandais à la fin des années 80, chef d’état major puis ministre de la défense, le général Kabarebe joua aussi un rôle de premier plan au Congo : en 1996, lorsqu’éclata la première guerre qui mena à la chute du président Mobutu et au démantèlement des camps de réfugiés hutus, c’est lui qui mena l’offensive jusque Kinshasa. Devenu président en mai 1997, Laurent Désiré Kabila nomma Kabarebe au poste de chef d’état major. En 1998, brouillé avec son ancien allié, l’officier rwandais mit sur orbite la rébellion du RCD Goma, ouvertement soutenue à l’époque par les forces rwandaises et il lança un raid audacieux sur la base aérienne de Kitona (Bas Congo) . Connaissant parfaitement le Congo, qu’il a traversé de bout en bout, familier de tous ses acteurs (y compris le président Kabila lui-même) James Kabarebe fut aussi l’inspirateur des accords conclus le 23 mars 2029 entre le pouvoir de Kinshasa et des soldats rebelles conduits par le général Laurent Nkunda. Ce dernier ayant été placé en résidence surveillée, le général Bosco Ntaganda fut placé à la tête des troupes de Nkunda, officiers et combattants du CNDP (Conseil national pour la défense du peuple), un mouvement militaire qui se transforma en parti politique. Mais par la suite, la Cour pénale internationale délivra un mandat d’arrêt contre le général Bosco Ntaganda accusé de recrutement d’enfants dans l’Ituri et la communauté internationale somma les autorités congolaises de procéder au plus tôt à son arrestation. La réconciliation ainsi scellée en 2009 au niveau des présidents Kabila et Kagame permit aux deux armées, rwandaise et congolaise, de mener au Nord et au Sud Kivu, des opérations conjointes contre les FDLR (Front démocratique pour la libération du Rwanda) ces combattants hutus rwandais toujours imprégnés de l’idéologie du génocide et que Kigali considère encore comme une menace.
L’éclatement de la rébellion des « ex-CNDP », les hommes de Nkunda, intégrés dans l’armée congolaise mais aussi frustrés que leurs compagnons d’armes, a fait éclater une alliance qui avait contribué, durant trois ans, à stabiliser l’Est du Congo : les soldats mutins ont dénoncé le fait que les accords du 23 mars 2009 (d’où le nom de leur mouvement, le M23) n’aient pas été respectés, tandis que, s’appuyant sur des témoignages de transfuges recueillis par la MONUSCO (Mission des Nations unies au Congo) Kinshasa accusait le Rwanda d’avoir soutenu les mutins, les approvisionnant en armes, en munitions et en nouvelles recrues.
Estimant que son pays est injustement mis en cause et fait l’objet d’une campagne de désinformation, sinon d’une machination internationale, le général Kabarebe a tenu, durant une heure et demie, à nous recevoir et à rappeler comment le Rwanda a suivi, de jour en jour et de réunion en réunion, la dégradation de la situation du côté congolais.

29 août 2012

Cartes sur table: les quatre vérités du général James Kabarebe

Catégorie Non classé

Exclusif : les quatre vérités de James Kabarebe, Ministre de la Défense du Rwanda

A la veille des élections au Congo, l’automne dernier, vous affirmiez que si vous pouviez aider ce pays à se stabiliser davantage, vous le feriez. Au vu de la situation actuelle, qu’est ce qui a mal tourné ?

Ce n’est pas seulement à la veille des élections que nous avons tenté d’aider le Congo. En 2009 déjà, nous avions tenté de résoudre le problème du CNDP (Conseil national pour la défense du peuple), ce qui avait débouché sur l’arrestation du général Laurent Nkunda et la mise à l’écart de beaucoup d’autres groupes, le Pareco, les Mai Mai Kifwawa, le groupe de Nakabaka, le FRC… Tous avaient fini par être intégrés au sein des troupes gouvernementales. Depuis lors, nous avons rétabli les relations diplomatiques avec le Congo, nos présidents se sont rencontrés plusieurs fois. Une évolution aussi positive surprenait tout le monde, y compris nous-mêmes.
Qu’est ce qui s’est passé ? C’est une question que nous nous posons aussi, mais personne n’est là pour nous répondre. Mais certaines personnes, surtout en Occident, ont décidé d’interroger le seul Rwanda sur ce qui se passe en RDC.

Au lendemain des élections, le président Kabila a été mis sous pression par la communauté internationale qui exigeait l’arrestation du général Bosco Ntaganda, recherché par la Cour pénale internationale. N’y a-t-il pas eu à ce moment une sorte d’accord entre Kinshasa et Kigali pour écarter le général et procéder à son remplacement ?

C’est là que la confusion a commencé.
Pour retracer la genèse de l’histoire, il faut remonter aux accords conclus en 2009 et savoir que, jusqu’au lendemain des élections au Congo et jusqu’au mois d’avril 2012, il n’y a pas eu de problème. En 2009, nous avions aidé à résoudre le problème du CNDP en appuyant l’intégration de ses soldats dans l’armée gouvernementale, de même que les militaires du Pareco, des Mai Mai Kifwawa, Nakabaka, soit une dizaine de groupes. Mais par la suite, la gestion de cette situation aurait du être l’affaire des Congolais eux-mêmes…
Le CNDP (Conseil national pour la défense du peuple) avait donc été intégré à la suite d’un accord signé à Nairobi, sous la supervision des présidents Obasanjo et Mkapa. Le Rwanda avait ainsi contribué à un accord qui, durant trois ans, avait permis de pacifier l’Est du Congo. Or aujourd’hui l’intégration de ces forces a échoué. Cet échec n’est pas le fait du Rwanda, mais il est du à la mauvaise gestion du processus d’intégration des militaires.

Que s’est il passé cette année ci ?

En décembre, au lendemain de son élection, le président Kabila dépêcha un envoyé spécial à Kigali, accompagné de quelques militaires. Le conseiller du président, feu Katumba Mwanke, apportait un message en quatre points : le premier c’est que le président Kabila souhaitait obtenir le soutien du Rwanda pour transférer vers d’autres provinces les soldats d’expression rwandaise qui se trouvaient dans l’Est du Congo. Il souhaitait également notre appui car les Occidentaux le pressaient d’arrêter le général Bosco Ntaganda. Après avoir réalisé ces deux points, nous aurions mené des opérations conjointes pour neutraliser les FDLR. Et enfin, forts d’avoir travaillé correctement ensemble sur les points précédents, nous aurions renforcé la coopération économique entre nos deux pays, relancé plusieurs projets demeurés en suspens.

La délégation nous expliqua que les soldats rwandophones refusaient d’être déployés ailleurs qu’au Kivu et elle espérait que nous réussirions à les convaincre, compte tenu de notre relation historique pas seulement avec les anciens soldats du CNDP mais aussi avec les autres officiers congolais.
D’après eux, ces hommes refusaient d’être transférés dans d’autres parties du pays car Bosco Ntaganda le leur interdisait…Comme de coutume nous avons proposé notre aide même si mon sentiment était que des problèmes de cet ordre devaient être résolus sur une base nationale.
Pour ce qui concerne Bosco Ntaganda, nous avons rappelé que la communauté internationale, qui exigeait l’arrestation de ce dernier, disposait au Congo d’une force de paix onusienne de 20.000 dotés de tanks, d’hélicoptères, de forces spéciales, une force se trouvant en partie à Goma, en face de chez Bosco. Avec lui, les officiers jouaient au tennis, ils fréquentaient les mêmes boîtes de nuit, les mêmes bars et restaurants. Pourquoi ne se sont ils pas chargés de l’arrêter, pourquoi nous ont-ils demandé de le faire ? Nous avons répondu que cette arrestation n’était pas notre affaire, qu’il était un officier congolais très proche du président Kabila, qu’ils avaient fait de curieux business ensemble. Vous souvenez vous de l’histoire de cet avion chargé d’or intercepté à Goma ? De très hauts dirigeants congolais étaient impliqués dans cette affaire. Ntaganda n’était plus sous notre contrôle…
Les membres de la délégation nous ont alors dit qu’ils allaient arrêter Bosco, mais sans le déférer devant la Cour pénale internationale. Nous étions le 5 février et la délégation regagna Kinshasa. Deux jours après cette rencontre, Katumba Mwanke trouva la mort dans un accident d’avion à Bukavu.
Fin mars, le président Kabila renvoya une autre délégation à Kigali, dirigée par le chef des services de sécurité, Kalev, par le colonel Yav Jean-Claude et d’autres. Ils souhaitaient toujours notre assistance car ils ne voulaient pas résoudre les problèmes de l’Est sans notre appui. Quel soutien ? Ils assuraient que Bosco Ntaganda bloquait le transfert de soldats rwandophones dans le reste du pays.
Nous avons alors proposé d’organiser une réunion, à laquelle Bosco Ntaganda participerait et où nous tenterions de le convaincre de le convaincre de laisser ces officiers être déployés ailleurs qu’au Kivu.
La réunion ayant été fixée au 8 avril, le jour dit, nous avons attendu ces gentlemen, mais ils arrivèrent sans Ntaganda car la rumeur avait couru selon laquelle les gouvernements du Rwanda et du Congo se préparaient à l’arrêter. Effrayé, il avait refusé de venir. Les Congolais arrivèrent avec trois officiers, le colonel Sultani Makenka, le colonel Faustin Muhindo et le colonel Innocent Zimurinda. La réunion était censée convaincre Ntaganda, mais ce dernier était absent. « Il a disparu la nuit dernière avec 200 de ses hommes hors de Goma…Peut être se trouve-t-il dans sa ferme du Masisi.. ». J’ai alors fait remarquer que « si Bosco n’est plus là, il ne peut plus empêcher le déploiement de ses officiers, le problème est alors résolu… »
On m’expliqua qu’en fait, il y avait encore un problème et que c’est pour cela que trois officiers étaient là. Nous avons écouté nos interlocuteurs, avec le désir d’aider la RDC, d’une manière amicale, fraternelle. L’importance de cette réunion du 8 avril, c’est qu’il s’agît d’une occasion manquée. Elle marqua le tournant de tout ce qui allait se passer par la suite au Congo.
Si nos interlocuteurs avaient écouté le conseil que nous leur avions donné ce jour là, les choses auraient été bien différentes.
Cette date est cruciale, car lors de cette réunion nous avons écouté les représentants du gouvernement dont Kalev le chef de la Sûreté et le général Yav. Ils ont accusé les officiers rwandophones de refuser d’être déployés ailleurs dans le pays, de ne pas faire partie du système…Kalev a expliqué que le président était déterminé à protéger Bosco Ntaganda, à ne pas le transférer à la CPI mais le faire traduire devant une juridiction congolaise.
Ils ont soulevé tellement de points, j’ai gardé toutes mes notes, les minutes de la réunion… Quant aux trois officiers rwandophones ils ont expliqué : « ce n’est pas Bosco qui nous bloque, mais le fait que beaucoup de points sur lesquels un accord avait été conclu en 2009 n’ont pas été réalisés. Comme préalable à notre déploiement dans d’autres régions du Congo, il fallait rétablir la sécurité au Kivu, régler le problème des FDLR, permettre que nos parents qui depuis tellement longtemps vivent dans des camps de réfugiés au Rwanda puissent rentrer chez eux. » Ils ajoutaient « notre intégration n’a jamais été complète, nous étions payés autrement que les autres militaires, nous avions reçu des grades mais ces derniers n’avaient jamais été confirmés par des arrêtés, et à tout moment nous risquions d’être chassés de l’armée. » Ces officiers évoquèrent la ségrégation, l’exclusion, le fait d’être considérés comme des militaires de deuxième classe… »
De plus ils mentionnèrent le fait que 50 de leurs compagnons d’armes, qui avaient été transférés à Dungu en Province Orientale, avaient été tués en une seule nuit et que le gouvernement n’avait jamais mené d’investigation. Ils citaient le nom du responsable de leur mort, un colonel toujours en service… » « Nous avons été intégrés, certes,mais nous sommes toujours frustrés. Nous étions prêts à contribuer à la paix au Kivu, mais on ne nous aide pas : nous manquons de transport, de communications, de véhicules, d’argent. Rien. Comment pourrions nous ainsi mener des opérations contre les FDLR et d’autres groupes armés ?
Et même lorsque nous entamons ces opérations, les FDLR en sont informés d’avance par des gens qui, depuis les rangs gouvernementaux, leur passent l’information. »
Il y avait tant de plaintes que je ne peux me les rappeler toutes. Je me suis alors adressé à Kalev, lui demandant s’il savait déjà tout cela. Il répondit devant les autres qu’il avait déjà entendu cela tant de fois, qu’il en avait souvent parlé au président mais qu’il n’avait rien pu faire !
J’ai alors demandé comment on pouvait sortir de cette situation. Ils ont répété qu’ils ne pouvaient se déployer hors du Kivu. Les autres ont dit que le gouvernement ne pourrait tolérer l’indiscipline et qu’ils devraient partir. J’ai alors prévenu les représentants du gouvernement, leur disant que cette situation était une bombe à retardement, qu’ils devaient trouver des solutions avant qu’il ne soit trop tard.
Comme je connais très bien la situation du Kivu, que je connais tout le monde là bas, j’ai conclu que l’on se trouvait à la veille d’une guerre. J’ai dit qu’il fallait éviter à tout prix d’en arriver là et que s’ils voulaient quelque assistance, nous étions disposés à les aider à trouver une solution. La guerre, disions nous, va affecter tout le monde, la population congolaise, le Rwanda. De notre point de vue, si la guerre éclate, les FDLR vont regagner du terrain.
A cette même période, le 8 avril, alors que nous recherchions une solution pacifique, le gouvernement congolais envoya vers Goma une importante force militaire, des lanceurs de fusée, des chars T52, des hélicoptères de combat. Goma fut soudain fortement militarisée. Au moment où, avec Kalev le chef de l’information civile et Yav le chef de l’information militaire, nous tentions de résoudre pacifiquement les problèmes, le chef d’état major, le général Etumba et le chef de l’armée de terre Tango Four Amisi débarquèrent à Goma pour renforcer l’effort militaire.
Nous répétions que l’option militaire n’était pas la meilleure, mais ils sont allés de l’avant.
C’ est à ce même moment que des officiers ont commencé à déserter leurs unités, que d’autres ont refusé le déploiement.
Je leur ai alors conseiller de réunifier l’armée, de stopper les transferts, car la situation devenait dangereuse, de se pencher sur l’administration de l’armée, car il y avait beaucoup trop d’irrégularités, de problèmes de commandement, le mécontentement était général.
A propos de Bosco Ntaganda, nous avons dit que s’ il était indiscipliné, cela ne pouvait être toléré, qu’il fallait l’arrêter, où qu’il soit. Ils m’ont dit que cela n’était pas possible car il se trouvait dans sa ferme. J’ai proposé de mener ensemble une nouvelle opération contre les FDLR, de la planifier, de la mener à bien. Quant aux commandants qui avaient refusé de se déplacer, à Kinshasa ou ailleurs, je leur ai conseillé de ne pas être trop durs avec eux, car cela allait créer du chaos. La situation était tellement volatile qu’utiliser contre eux la force militaire pouvait s’avérer dangereux.

Après cette réunion, le président Kabila est venu à Goma, où il a annoncé qu’à tout prix il fallait arrêter Bosco Ntaganda, à tout prix. Ce message était le contraire de ce que j’avais entendu la veille, où on me disait que Bosco pouvait rester dans sa ferme.
A ce moment, il se passait tant de choses ! Lorsque le colonel Zimurinda arriva à Goma, il fut désarmé, mais le même soir, on lui rendit ses armes et son escorte et il rejoignit immédiatement Bosco Ntaganda. Le jour suivant, le colonel Baudouin Ngaruye fut lui aussi désarmé et lorsque le soir on lui rendit ses armes après avoir négocié, il rejoignit Bosco. Le même jour, à Rutshuru le général Amisi donna l’ordre de désarmer tous les soldats de l’ex CNDP. Il y eut alors un clash entre tous ces militaires. Ensuite, à Fizi des officiers de l’ex-Pareco, Saddam et Nsabimana furent désarmés, il y eut des escarmouches et ils fuirent vers Uvira. Le commandant de la région, Delphin Kahimbi, déploya des forces pour les battre à Uvira et Bernard Nyamungu tenta de protéger les fuyards, avant de fuir lui-même vers Bukavu où il fut arrêté. C’est ainsi que commença le chaos.
Quant au colonel Makenga, il retourna à Bukavu après notre réunion. Lorsque le président Kabila arriva à Goma, Makenga était supposé y revenir pour assister à une réunion, et sur la route de Bukavu à Goma, il y eut une embuscade, montée par Delphin Kahimbi. Makenga y échappa et arriva tout de même à Goma mais ne revint jamais à Bukavu.

Cette version est controversée, car selon d’autres sources, Makenga aurait fui par le lac en direction du Rwanda…
Non, il a échappé à l’embuscade et après quelques jours il a appelé Jean-Claude Yav disant qu’il ne pouvait rentrer à Bukavu aussi longtemps que Kahimbi s’y trouverait et il resta à Goma..

Vous êtes sûr qu’il ne s’est pas rendu à Gisenyi à ce moment ?
Non, il est resté à Goma. Makenga n’avait pas l’habitude de venir au Rwanda car il nous en voulait d’avoir arrêter Laurent Nkunda dont il était très proche. Durant ces quelques jours, les combats commencèrent contre Bosco Ntaganda, les FARDC l’attaquèrent dans sa ferme et ils amenèrent des renforts depuis le Sud Kivu. Même Delphin Kahimbi remonta de Bukavu jusque Goma. Le voyant arriver, Makenga quitta Goma à son tour et se rendit à Runyionyi, un endroit qu’il connaissait très bien.
Ce mouvement du colonel Makenga en direction de Runyioni changea tout le scénario de la guerre ; si Bosco n’était pas populaire parmi les soldats, pas même auprès des rwandophones, il n’ en allait pas de même de Makenga : lui il était très populaire auprès des soldats…Son départ provoqua un mouvement de désertion parmi les FARDC..

Les ex CNDP, dans le Masisi, étaient pratiquement vaincus et ils se renforcèrent lorsqu’ils firent mouvement vers Runyonyi. C’est alors que l’on a évoqué l’appui du Rwanda…

C’est faux, hopeless. S’ils étaient vaincus, pourquoi ne furent ils pas capturés ?Entre Masisi et Runyoni, il y a une longue distance, plus de sept heures de route. On aurait pu les arrêter, les bloquer…

Mais un cessez le feu avait été décrété, qui leur a permis de fuir…

Non, il n’y a pas eu de cessez le feu. Ce qui s’est passé, c’est que cette force était intacte, avec ses armes et ses commandants, on ne peut pas dire qu’elle ait été défaite. On l’a peut-être laissée passer, intacte.
Ce qui est important, c’est que lorsque Makenga arriva à Runyonyi, il avait 200 soldats. Dans les jours qui suivirent, ils étaient des milliers : des soldats, des officiers firent alors défection et convergèrent pour rejoindre Makenga, il ne s’agissait pas seulement de rwandophones. D’après nos informations, 80% des forces du M23 sont des Hutus, anciens combattants du Pareco. Bashi, Bahutu, Nande, Barega, beaucoup d’autres groupes rejoignirent le M23. Même des membres de la garde rapprochée du président Kabila, des Katangais, des Kasaïens, firent défection et rejoignirent Makenga, tellement il y avait du mécontentement…

Le mauvais management des troupes est au cœur du problème. Comment pouvez vous envoyer des troupes en opération en leur donnant seulement une poignée de haricots secs ! Au lieu de leur envoyer de la nourriture, vous leur donnez un sac de haricots, sans eau, sans sel, sans riz, sans casserole ni bois de feu… C’est impossible.
On ne peut pas dire que l’armée congolaise a échoué à battre le M23, car le M23 était soutenu par le Rwanda. Non. Ils ont échoué parce qu’ils ne peuvent pas se battre, dans les conditions où ils se trouvent. Ils ne tueraient même pas un rat…..

Ils pourraient se battre s’ils étaient nourris correctement…

La nourriture ne suffit pas. Il faut aussi une bonne structure de commandement…Après avoir rejoint les rangs du M23, les soldats déserteurs commencèrent à mieux se battre. Pas seulement à cause de la nourriture, mais parce qu’ils se battaient contre un système qui les maltraitait… Dire que le Rwanda soutenait le M23, c’est faux et je vais vous le démontrer…

Vous dites qu’aucun renfort n’a traversé la frontière ?

J’ai connu cette région autrefois. Runyonyi ne se trouve pas sur la frontière, marcher depuis la frontière rwandaise jusque Runyonyi, cela prend au moins onze heures de marche, il faut traverser la forêt car il n’y a pas de routes, il n’y a aucun lien entre Runyonyi et le Rwanda. Toute cette histoire de soutien que le Rwanda aurait apporté est une manipulation. Mais une manipulation très compliquée. Elle implique le gouvernement congolais désireux de sauver la face après sa défaite militaire et sommé d’expliquer pourquoi ses soldats n’ont pas combattu. Elle est soutenue par l’Occident, déçu par le fait que Bosco Ntaganda n’ait pas été arrêté par la Cour pénale et que le Rwanda n’a pas coopéré à cette arrestation. Le Rwanda est puni car il n’a pas coopéré pas avec la Cour pénale internationale, cela, c’est le fond du problème. Tout le monde sait que le Rwanda n’a pas un seul soldat au sein du M23, ne lui donne aucun soutien. Même les Congolais savent cela, ils nous le disaient à titre individuel, mais ils devaient sauver la face…

Mais à Goma fin juin, des transfuges ont témoigné du fait qu’ils avaient été recrutés au Rwanda pour venir combattre au Congo…Que faut-il en penser ?

Vous connaissez le Congo, vous savez comment Goma, Bukavu, c’est un melting pot de mensonges, diffusés à la radio par le gouverneur, le ministre de l’information…

Tout de même, ceux qui ont diffusé ces témoignages que vous qualifiez de mensonges ont été nombreux, issus de différents milieux, y compris des observateurs des Nations unies…

C’est pourquoi je parle d’une machination contre le Rwanda, en connivence avec le gouvernement congolais et la communauté internationale. C’est ainsi. Le problème est là. La Monusco a été au Congo durant plus de dix ans, et elle n’a rien résolu. Elle fait du business avec les FDLR, fait commerce avec l’or, le coltan, nous savons tout cela.
Quant au groupe d’experts de l’ONU, ces jeunes hommes et femmes qui ont rédigé le rapport, comme Steven Hege, qui prône la négociation avec les FDLR, il a aussi été manipulé par le gouvernement congolais.
Comment les Nations unies peuvent elles désigner comme experts des gens aussi jeunes, aussi peu expérimentés, qui se perdent même dans les acronymes. Même leur intégrité est sujette à caution…Ils n’ont pas le niveau de compréhension minimum nécessaire dans cette région.
Pour nous, nous n’allons pas cesser d’avoir des contacts avec la RDC. Des le 1er mai, nous avons eu des contacts au niveau de l’état major. Ils nous ont demandé de les aider et nous allons le faire. Nous leur avons rappelé que le 8 avril ils avaient manqué une occasion d’éviter la guerre. Nous leur avons demandé de stopper les combats afin que nous puissions voir que faire, comment les aider.
A cette époque, nos interlocuteurs congolais nous demandaient explicitement de déplacer nos forces à l’intérieur du Congo, afin de les aider à régler le problème. Nous avons
refusé de bouger nos forces..

Cependant vous aviez des forces basées à Rutshuru…

Oui, elles étaient destinées à combattre les FDLR. Il s’agît de deux compagnies de forces spéciales, aux côtés de deux compagnies de forces spéciales congolaises. Cela fait deux ans qu’elles sont là et elles y sont toujours…

Le 3 mai nous avons eu une autre rencontre à Kigali, avec le ministre de la défense congolais et lui aussi nous a demandé d’intervenir. Mais nous ne pouvions pas voir comment on pourrait régler militairement ce problème. Le 12 mai, nouvelle rencontre des ministres de la défense à Rubavu, ils refont la même demande. Le 18 mai, autre réunion à Kigali, le 26 mai nouvelle rencontre, toujours à Kigali, incluant le ministre congolais des affaires étrangères. A ce moment, la défaite des forces gouvernementales était flagrante. Et c’est à cette réunion, que, pour la première fois, les Congolais ont commencé à accuser les Rwandais d’avoir aidé le M23, et cela alors que nous avions déjà eu tant de réunions, pour examiner comment les aider.
Ils ont seulement mentionné cette accusation et de notre côté nous avons dit que certains commandants avaient intégré des FDLR. Nous avons proposé de mettre en place un mécanisme de vérification commun.
Le 29 mai, les chefs d’état major ont lancé le mécanisme de vérification pour dissiper les rumeurs. Le 19 juin, il y eut un nouveau meeting à Kinshasa mais deux jours auparavant le gouvernement congolais, aux Nations unies, avait accusé le Rwanda…

Entre-temps, à Goma, des transfuges avaient expliqué à la Monusco qu’ils avaient été recrutés au Rwanda pour rejoindre le M23…

Nous avions été informés du fait que l’on était en train de fabriquer des preuves pour mettre en cause le Rwanda et nous en avions informé nos interlocuteurs congolais. Nous leur demandions pourquoi ils faisaient cela.
Il y a d’abord eu le cas de ces 11 personnes, des FDLR qui se trouvaient dans le camp de Mutobo et qui furent envoyés à Runyonyi. Après que j’en aie parlé au colonel Yav, l’histoire disparut. Mais elle resurgit ensuite et on retrouva ces 11 transfuges dans le camp de la Monusco. Kalev, le chef de l’ANR, est à l’origine de toutes ces manipulations, l’histoire a été fabriquée à Goma, présentée à la Monusco et de là elle est partie aux Nations unies…
Il y a tant d’histoires… Jusqu’à la dernière où il est question d’un capitaine Saddam qui fut capturé quelque part par les FARDC. On trouva sur lui une carte d’identité rwandaise et on le présenta au groupe d’experts de l’ONU. Or nous ne connaissons pas cette personne, il n’est pas repris sur les listes de notre armée… La vérité, c’est qu’alors que nous nous trouvions à Goma pour une réunion, le chef de l’intelligence militaire congolaise vint me voir dans ma chambre et, à propos de l’histoire de ce capitaine, il me dit « nous commettons une grande erreur en fabriquant ce genre d’histoires contre le Rwanda, cela nous a déjà coûté tellement cher…Ce capitaine Saddam appartient l’armée congolaise, mais c’est Kalev qui a décidé de fabriquer une fausse carte d’identité rwandaise et d’envoyer ce témoignage truqué aux Nations unies…Comment imaginer que des décisions soient prises sur de telles bases ? »

Si le Rwanda est victime d’une machination, elle est tout de même énorme, avec la participation de personnes différentes, c’est beaucoup…

Il y en a eu tellement, c’est vrai… Mais voyons maintenant les choses en face: les Congolais sont victimes d’un chaos qu’ils ont créé eux-mêmes, la communauté internationale le sait, j’ai les minutes de la réunion des onze ministres des affaires étrangères de la conférence sur la sécurité dans les Grands Lacs, à Nairobi. Le gouvernement congolais y déclare très clairement que la première cause de l’instabilité dans l’est du Congo, c’est la pression internationale mise sur l’arrestation de Bosco Ntaganda. Et ensuite, on met la responsabilité sur le Rwanda !
Quant à nous, nous poursuivons réunions et contacts avec les Congolais. Mais il nous est arrivé de voir débarquer à Kigali deux délégations venues du Congo., Chacune a son propre message, différent de l’autre, et refuse une réunion commune…C’est une confusion totale.
Mais ce qui est très clair, c’est que le président Kabila a été nourri de mensonges par ses gens sur le terrain…
Je crois qu’en commençant cette guerre, les Congolais ont pensé que ce serait une opération rapide. Ils se sont surestimés. Mais lorsque les choses ont commencé à changer sur le terrain, ils ont commencé à chercher un prétexte, et à désigner le Rwanda. D’autant plus facilement que chaque fois que quelque chose ne va pas au Congo, on désigne le Rwanda. A cela s’est ajoutée la frustration de l’Occident qui voulait arrêter Bosco Ntaganda et poussait le président Kabila à le faire. Tout cela engendré un grand chaos.

Je reviens avec la même question : vous pouvez mettre en cause les experts de l’Onu, leur compétence, leur niveau, vous pouvez dénoncer Kalev et les manipulations de l’ANR, mais ne croyez vous pas que les Américains, les Britanniques, et même les Belges ont eux aussi leurs sources d’information. Or tous confirment les mêmes faits. Sont ils tous victimes d’une hallucination collective ?

Nous avons de grosses ambassades au Rwanda, et elles ont les moyens de faire du renseignement. Elles surveillent certainement les mouvements de troupes, de logistique, les mouvements vers la frontière. Or depuis les six dernières années au moins, il n’y a aucun mouvement vers la frontière…Comment le Rwanda pourrait il combattre en RDC sans qu’aucun mouvement ne soit visible ?
Ce qu’elles racontent, ce sont des informations qui leur ont été transmises depuis l’autre côté de la frontière, rien de ce qu’elles ont constaté elles mêmes… Au Rwanda même, elles n’ont rien vu…
Comment, dans ce pays très peuplé, le passage de centaines de soldats, d’armes, de camions aurait il pu passer inaperçu ? Aucune preuve ne peut être fournie…

Le ministre belge Reynders a laissé entendre que des « éléments rwandais non contrôlés » pourraient être impliqués. Cela vous paraît il possible ?

Je suis sûr que les militaires rwandais sont plus contrôlés, mieux organisés que les Belges. Si des éléments incontrôlés existent quelque part, ce serait plutôt dans l’armée belge qu’au sein de l’armée rwandaise. L’armée rwandaise est solide, bien organisés, bien commandée, bien disciplinée, des éléments incontrôlés en son sein ne peuvent pas exister…

Et des recrutements incontrôlés, de Tutsis d’origine congolaise qui se trouveraient en territoire rwandais, c’est impossible aussi ?

Cela, c’est possible. Nous avons camps de réfugiés, à Buyumba, Gatsibo, Kibuye et Kigeme et d’autres réfugiés ne sont pas dans des camps. Qu’il y ait des recrutements dans ces milieux là, c’est très possible, à 100%. J’ai dit aux Congolais que s’ils avaient des informations à propos de ces recrutements, ils pouvaient nous les donner, pour que nous y mettions fin. Mais les Congolais préfèrent faire du bruit et accuser le Rwanda…

Des intérêts privés, mafieux, auraient ils pu être mêlés à tout cela ?
C’est de l’imagination, de la fantaisie, de la confusion totale. Comment le Rwanda pourrait il tolérer de tels mouvements ? La société rwandaise est très disciplinée, nous ne pouvons avoir de tels éléments…Et même si cela était, cela n’expliquerait pas comment toute une armée a pu être battue par quelques centaines d’éléments…Vingt deux mille éléments, équipés de tanks, d’hélicoptères ont été mis en échec par quelques centaines de mutins. Cela montre qu’au Congo il n’y a ni gouvernement ni armée, seulement un grand vide.

Tous ces constats étant faits, la pression étant mise sur le Rwanda, quelles sont les pistes de solution ?

Rwanda n’est pas sous pression. Croyez vous vraiment que les Nations unies pourraient mettre le Rwanda sous pression ? C’est un non sens. Même les sanctions ne nous effraient pas, elles ne signifient rien…

Mais si des fonds sont coupés, des budgets bloqués, cela peut faire mal…

L’argent ce n’est pas un problème. Dans la brousse nous avons déjà survécu sans ressources…Sans aide, nous nous développerons mieux, cela nous donnera plus d’énergie encore. S’ils en sont au point de baser leurs sanctions sur des mensonges, laissons les faire, cela ne risque pas d’influencer le Rwanda. Au Congo, nous n’avons pas commencé ces histoires, nous ne les avons pas soutenues et aujourd’hui nous n’allons pas y aller pour nettoyer leur désordre.
Nous compterons sur nous mêmes comme nous l’avons toujours fait…

Quelles sont les solutions possibles ?

C’est aux Congolais qu’il appartient de les trouver. Et aussi aux Etats membres de la Conférence internationale sur la sécurité dans les Grands Lacs, qui vont se revoir le 5 septembre. Je ne suis pas sûr que la force neutre verra jamais le jour. Par contre ce qui fonctionnera, c’est le mécanisme conjoint de vérification, qui sera composé de trois représentants de chacun des Etats membres de la conférence. Le commandement sera exercé par l’Ouganda, le numéro deux sera originaire de Brazzaville, les autres viendront de RDC, du Rwanda, du Burundi, de l’Angola, de la Tanzanie…Ces officiers vérifieront la frontière entre la RDC et le Rwanda, ils contrôleront aussi sur le terrain l’application du cessez le feu entre l‘armée congolaise et le M23 et la présence des FDLR sur le terrain. Tout cela en attendant l’éventuel déploiement de la force neutre. Si elle vient jamais…

Des négociations avec le M23 sont elles envisageables ?

Cela dépend de ce que décidera la conférence. Maintenant il faut laisser jouer les mécanismes régionaux. Nous nous référerons aux décisions de la Conférence présidée par l’Ouganda…
Si l’on veut sortir de cette crise, il faut que la communauté internationale comprenne qu’en exerçant des pressions sur le Rwanda à propos de la situation en RDC, elle ne fait pas de bien à la RDC : les problèmes sont nés là, c’est là qu’ils doivent être résolus. Et les Congolais doivent savoir que la solution à leurs difficultés ne viendra pas de la communauté internationale, mais d’eux-mêmes. C’est en comptant sur eux-mêmes, en construisant leurs propres mécanismes de gouvernance, leur propre système que les Congolais s’en sortiront… …
Si à Kinshasa ou au Kasaï les gens ont faim et se révoltent, en quoi le Rwanda est il responsable de cette situation ? Où est le lien… Si les Congolais continuent à rechercher à l’extérieur les causes de leurs problèmes, ils rencontreront plus de difficultés encore…C’est en eux-mêmes qu’ils doivent rechercher les solutions…

Propos recueillis à Kigali le 29 août

26 août 2012

Le florilège des petites phrases de Reynders

Catégorie Non classé

Outre sa désormais célèbre phrase « si le Rwanda n’est pas une partie du problème, il doit contribuer à la solution » Reynders affectionne les « petites phrases » parfois peu diplomatiques. En voici quelques unes.
A propos des mutins : « il faut mater les mutins ». « Il faut les reconvertir, ailleurs que dans l’armée »

A propos de l’armée congolaise : « A force d’intégrer les indisciplinés, c’est l’indiscipline elle-même que l’on intègre »
« La frontière entre le Rwanda et le Congo doit être rendue étanche »
« Il faut privilégier la pacification, et ensuite la coopération régionale »
« La Belgique défend le principe d’une souveraineté congolaise pleine et entière, sur l’ensemble du territoire . »

26 août 2012

Une cooopération difficile à interrompre

Catégorie Non classé

Coopération belge

Alors que plusieurs partenaires du Rwanda ont annoncé la suspension de leur aide, la Belgique est demeurée réticente, estimant que ses partenaires avaient tendance à privilégier les effets d’annonce. En outre, la suspension voire l’annulation de l’aide au développement apparaît comme une mesure ultime, sur laquelle il est bien difficile de revenir par la suite.
Avec 160 millions d’euros prévus sur quatre ans, plus 40 millions qui pourraient être déboursés comme « incitation » ou comme « récompense », l’ancienne métropole est le troisième partenaire bilatéral de Kigali, et le Rwanda, après le Congo, est le deuxième bénéficiaire de l’aide belge.
A l’inverse d’autres pays, la Grande Bretagne par exemple, la Belgique ne privilégie pas l’aide budgétaire : l’essentiel des appuis vont à des secteurs précis, la santé, l’énergie, la décentralisation et c’est progressivement que la coopération se désengage de l’agriculture et de l’éducation. Cependant, l’aide dite budgétaire représente encore 30% du volume total, mais même dans ce cas, il ne s’agît pas d’une aide dite générale, les fonds sont canalisés vers des secteurs précis, la santé, la justice, l’éducation.
Une suspension de l’aide belge aurait donc pour effet de priver la population rwandaise d’un soutien significatif, alors que le Rwanda, même s’il enregistre une croissance de 7 à 8%, demeure l’un des pays les plus pauvres du monde.
Si la suspension de l’aide suscite des réticences, la Belgique n’est cependant pas dépourvue de moyens de pression.
Le ministre Reynders compte faire rapport de la situation au Congo et au Rwanda lors du prochain sommet européen où il plaidera pour une action concertée ; il prendra également contact avec son homologue français Laurent Fabius, à l’heure où la France préside le Conseil de sécurité. Et surtout, Reynders l’a rappelé haut et fort à Kigali, la Belgique se pliera aux décisions du « Comité des sanctions » de l’ONU : « il ne s’agît pas d’une menace », a précisé le ministre, « mais d’un processus : le Rwanda est mis en cause et pour éviter que de sanctions soient prises, il doit non seulement réussir à convaincre, mais agir positivement en faveur de la paix. »
Kigali peut en être convaincu : si la Belgique est peu favorable à des mesures décidées à titre individuel et sans concertation avec la communauté internationale, en revanche, elle se pliera rigoureusement aux décisions éventuelles du comité de sanctions qui doit décider en septembre de sévir ou non.
.

26 août 2012

Reynders à Kigali: le dernier avertissement

Catégorie Non classé

eynders adresse à Kigali un avertissement amical mais ferme : la coopération belge n’est pas suspendue mais demain peut venir le temps de l’escalade des sanctions

Il n’est pas trop tard, mais est temps. Si le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders a été reçu durant plus de deux heures par le président Kagame, ce n’est pas seulement parce qu’il était le premier Européen à se rendre successivement à Kinshasa et à Kigali depuis de début de la nouvelle guerre à l’Est. C’est aussi parce que, d’une certaine manière, il était le porte parole officieux de la communauté internationale, chargé de rappeler que la souveraineté du Congo est intangible, que le temps des rebellions légitimées par d’improbables négociations est désormais révolu. Sans circonlocutions, Reynders a souligné qu’il était urgent de mettre fin à la violence à l’Est du Congo, urgent aussi de déjouer une « escalade internationale » qui viserait le Rwanda.
C’est pour cela sans doute que les agendas ont été bousculés : après une heure d’entretien avec son homologue rwandaise la ministre Louise Mushikwabo, Didier Reynders a été longuement reçu par le président Kagame.
A l’issue de cet entretien, désireux de rencontrer la presse en compagnie de sa collègue, il a du attendre durant près d’une heure que cette dernière revienne de la présidence où elle avait reçu les dernières instructions avant de s’envoler pour New York. Le Rwanda en effet a souhaité venir se défendre devant le Conseil de Sécurité, et Mme Mushikwabo tentera de démentir le rapport des experts de l’ONU qui accuse son pays d’avoir soutenu militairement la rébellion du M23. La ministre devra aussi présenter ses arguments devant le comité de sanctions de l’ONU qui se réunira en septembre et pourrait adopter des décisions contraignantes que la Belgique, le cas échéant, appliquera dans toute leur rigueur.
A l’heure actuelle, le Rwanda qui conteste toujours la validité de ce document onusien se retrouve de plus en plus isolé dans son déni : même Didier Reynders relève publiquement qu’il ne s’explique pas comment une poignée de mutins, qui avaient subi une défaite dans le Masisi en avril ont pu reprendre une telle vigueur par la suite et, -charitablement ou diplomatiquement-, il a suggéré l’hypothèse de « militaires incontrôlés »…
Le ministre n’a cependant pas insisté publiquement sur cette probable implication rwandaise, préférant aller de l’avant en impliquant la diplomatie belge : l’envoyé spécial pour les Grands Lacs, l’ambassadeur De Coninck, sera envoyé au prochain sommet des pays de la région qui se tiendra à Kampala le 7 et 8 septembre. Constatant que, sur le terrain, les rebelles mettent en place un gouvernement et ont commencé à prélever des taxes, Reynders estime que « le temps joue en leur faveur », et il conclut :« cette situation doit cesser… ». Il souhaite donc que le Rwanda mette en œuvre l’influence dont il jouit au Congo pour contribuer dans la voie d’une solution : « puisque le ministre de la Défense rwandais James Kabarebe connaît tout le monde au Congo, il pourrait peut-être agir positivement en faveur de la paix… »
Manifestement, le ministre belge a refusé de participer à ce que Louise Mushikwabo appelle le « blame game » le petit jeu qui consiste à vilipender le Rwanda, à le rendre responsable de tous les déboires du Congo, et on a le sentiment qu’aux deux protagonistes, Kabila et Kagame, poussés dans les cordes à des degrés divers, il a offert une occasion de sortir du ring sans perdre la face. Car pour Reynders, il importe de rétablir la confiance, de pacifier et de relancer la coopération régionale ainsi que l’exploitation conjointe des ressources, comme, par exemple le gaz méthane du lac Kivu ou le pétrole du lac Albert, pour lequel l’Ouganda s’est à présent doté d’une raffinerie. A noter que, selon certaines sources, le « bloc 5 » de cette nappe de pétrole se prolonge dans la région de Rutshuru, ce qui expliquerait pourquoi les rebelles ont créé leur gouvernement parallèle…
Rencontrant le président rwandais pour la première fois, Reynders a aussi abordé des questions bilatérales, comme le délai de 21 jours imposé par le Rwanda pour l’obtention d’un visa (une procédure qui pourrait bientôt être accélérée) et le soutien que la Belgique apportera à la « phase 2 » du mémorial consacré aux victimes du génocide, à Gisozi et qui doit être terminée d’ici 2014, date du 20eme anniversaire. Dans le domaine économique aussi, la Belgique entend coopérer avec le « jeune tigre » que veut devenir le Rwanda, dans les domaines de l’eau, de l’énergie, de la télédistribution. Mesurant ses paroles, s’abstenant de critiquer un pays dans la capitale de l’autre, Reynders, en cette période de tension, a réussi à être reçu longuement et, semble-t-il, chaleureusement tant à Kigali qu’à Kinshasa, un exercice plus difficile qu’il n’y paraît. C’est qu’il a également su montrer de l’empathie à l’égard des victimes, si nombreuses dans cette région, les femmes de Panzi frappées par les violences sexuelles, les réfugiés du camp de Nkamira au Rwanda, chassés du Masisi, et aussi les âmes mortes qui dorment au mémorial du génocide à Gisozi et rappellent, suivant les propos du ministre « qu’il faut faire vivre la mémoire pour conjurer la violence et la haine »…

26 août 2012

Les parents pauvres de l’armée

Catégorie Non classé

Encadrés

Les parents pauvres de l’armée

Forte (si l’on peut dire…) de 105.000 hommes, l’armée congolaise, l’armée congolaise est la résultante de divers processus d’intégration : en 2002, les accords de paix qui prônaient l’ « équidistance » entre le gouvernement et les diverses forces rebelles décidèrent du « brassage » de plus de 300.000 hommes d’origine et de formation très diverse. Après la démobilisation des soldats trop vieux et des mineurs, après l’élimination des « fantômes », les effectifs furent réduits des deux tiers. Mais la cohabitation d’ex officiers mobutistes, ayant appuyé Jean-Pierre Bemba, avec d’anciens rebelles arrivés dans le sillage de l’armée rwandaise, s’ajoutant aux chefs Mai Mai et aux nouvelles recrues produisit un mélange aussi détonant qu’inefficace :o fficiers détournant les soldes de leurs hommes, revendant les armes, se livrant à des trafics divers. En 2009, les accords conclus en mars avec les hommes de Laurent Nkunda pour prix de son exil au Rwanda scellèrent la descente aux enfers ; des officiers ayant gardé des liens de solidarité ou de sang avec le Rwanda se trouvèrent amnistiés, intégrés, promus ; ils sont aujourd’hui soupçonnés de trahisons, de livraisons d’armes à l’adversaire et même les plus loyaux d’entre eux sont suspectés ; alors que deux bataillons formés par les Belges avaient engagés des opérations couronnées de succès contre les mutins du M23, ils se trouvèrent soudain à court de munitions et à Bunagaga l’adversaire s’empara de grandes quantités de matériel, ce qui renforça les soupçons. Au Kivu, l’application de ces accords a coûté sa popularité au président Kabila, qui se trouve à son tour frappé de suspicion.
A l’avenir, une « nouvelle armée » composée de forces spéciales et d’ « hommes nouveaux » est envisagée et les premiers recrutements auraient déjà commencé.
La faiblesse de l’armée congolaise tient aussi au fait que, comme du temps de la Force publique, les soldats se déplacent avec femmes et enfants. Des familles qui représentent les plus misérables des Congolais…
.

26 août 2012

Hallucination collective?

Catégorie Non classé

Les experts et les Casques bleus de l’ONU, les populations de Rutshuru, de Bunagana et de toute la zone frontalière, d’innombrables organisations paysannes locales, les ONG internationales comme Human Rights Watch, quelques journalistes sont ils frappés d’un mal étrange, une sorte d’hallucination collective, qui les aurait menés, sans s’être concertés, à dénoncer, exemples à l’appui, le soutien apporté aux mutins du M23 par le Rwanda ? C’est un autre des mystères de cette guerre : alors que les témoignages abondent, que les preuves ont été fournies, que des déserteurs, recrutés au Rwanda dès février, ont témoigné sans se contredire et avec force détails concordants, qu’ils avaient été recrutés en territoire rwandais, les autorités de Kigali, avec une formidable énergie, continuent à nier toute forme de soutien. A assurer qu’il ne s’agît que d’un problème entre Congolais, auquel Kigali serait totalement étranger.
Répondant point par point aux accusations de l’ONU, le Rwanda a produit un rapport de 130 pages mais sur place nul n’a été convaincu et à l’étranger, quelques sanctions, plutôt symboliques, ont été décidées par la Suède, les Pays Bas, les Britanniques et même les Etats Unis qui ont bloqué 200.000 dollars d’aide militaire.
Le seul argument convaincant produit par le Rwanda est que cette guerre lui est nuisible : elle ternit la réputation du président Kagale, célébré pour ses succès économiques et sa lutte contre la corruption, elle retarde des investissements prévus dans les régions voisines du Congo (la forêt de Nyungwe entre autres), elle bloque l’intégration régionale, elle ravive les rancoeurs au Congo, elle détruit un équilibre régional relatif, injuste, mais qui avait stabilisé la région depuis 2009, elle suscite des sanctions internationales et risque de replonger la région dans une nouvelle guerre et de rendre du tonus aux groupes de combattants hutus qui étaient en passe d’être défaits par des opérations militaires conjointes rwando-congolaises.
Comment concilier un soutien aux mutins, de plus en plus documenté, avec les intérêts réels du Rwanda, qui a besoin de la coopération régionale ? C’est l’un des mystères que Didier Reynders devra tenter d’élucider…

26 août 2012

Le mystère du M23

Catégorie Non classé

Le mystère du M23

En avril dernier, alors que, cédant à la pression internationale, Kinshasa avait finalement décidé d’arrêter le général Bosco Ntaganda, recherché par la Cour pénale internationale, une mutinerie apparût parmi les troupes opérant au Kivu, et dirigées par des officiers tutsis liés au Rwanda. Ces derniers avaient été amnistiés et intégrés dans l’armée congolaise à l’issue d’accords de paix conclus le 23 mars 2009 entre Kinshasa et Kigali, accords qui avaient permis la mise à l’écart de Laurent Nkunda, un chef de guerre qui avait failli prendre Goma et qui fut amené à Kigali par ses anciens alliés.
Refusant d’être mutés dans d’autres régions du pays et privés de l’accès aux carrés miniers qu’ils contrôlaient, chassés de leur bastion du Masisi où vivent de nombreux Tutsis congolais, quelque 600 soldats et officiers se mutinèrent, prenant le nom de l’accord du 23 mars, un accord qu’ils estiment ne pas avoir été respecté.
Ils exigent une meilleure gouvernance, la fin de la corruption, le paiement des soldes des militaires, le respect des promesses d’avancement, ils refusent d’être mutés loin de leurs familles et de leur région d’origine.
Après avoir subi des revers dans un premiers temps, ces mutins, quittant le Masisi, se sont réfugiés dans le parc des Virunga et, au Nord de Goma, à Bunagana, une région adossée au Rwanda et à l’Ouganda, ce qui a permis l’arrivée de renforts.
Durcissant le ton et désormais dotés d’un « bureau politique » les mutins vont désormais plus loin que la seule exigence de négociations : ils s’en prennent au chef de l’Etat, prélèvent des taxes dans les régions qu’ils occupent au Nord de Goma, mettent en place une administration parallèle. Nul ne les reconnaît ni n’accepte de négocier avec eux, mais ils placent la barre de plus en plus haut. D’où le soupçon : outre Kigali, qui les soutient et dans quel but ?

26 août 2012

Les femmes du Kivu crient leur détresse à Reynders

Catégorie Non classé

La « Grande Barrière » qui sépare la ville congolaise de Goma de sa jumelle rwandaise de Gisenyi est comme une artère qui bat. De jour comme de nuit, camions, véhicules privés, commerçantes, étudiants traversent, dans des deux sens, après un minimum de formalités. Samedi matin, Didier Reynders à son tour, traversera la frontière à pied. Il se rendra compte des multiples liens qui relient le Kivu et le Rwanda, constatera le cousinage des populations, et, plus que jamais, mesurera l’inanité de cette nouvelle guerre.
Avant les rencontres de haut niveau qui sont prévues à Kigali, le ministre belge a appris, sinon à se taire, du moins à répéter que le Rwanda doit contribuer à la solution. Mais à aucun moment, même à Goma où le mouvement rebelle du M23 campe à 28 kilomètres de la ville, il n’a été question de conseiller la moindre ébauche de négociation avec les mutins. Comme si cette petite force de 500 à 600 hommes, qui tient tête à des forces gouvernementales dix fois plus nombreuses, n’était composée que de supplétifs de l’armée rwandaise…

En revanche, le Ministre des Affaires étrangères, a subi de plein fouet le choc des réalités congolaises, entre Lubumbashi, Bukavu et même la petite île d’Idjui. Comment ne pas être frappé par le contraste entre l’impeccable capitale du cuivre, (malgré une atsmosphère imprégnée de la fumée des foyers de retraitement des minerais) et le poussiéreux désordre de Bukavu ? Durant toute la nuit précédent l’arrivée de la délégation, on avait cependant travaillé sur la route de Panzi, qui mène à l’hôpital du Dr Mukwege, arrosé la poussière rouge, aplani fosses et bosses, mais sans réussir à éviter les cahots et un gigantesque embouteillage que même les Casques bleus de l’escorte n’arrivèrent pas à percer.
Lorsqu’il revint, à pas lents, des salles où il s’était longuement entretenu avec les patientes du Dr Mukwege, Reynders avait le visage fermé et dans son entourage, d’aucuns se tamponnaient les yeux. Car sous le regard las de « Papa Mukwege », les récits s’étaient entrelacés, tissant la trame de quinze ans de malheur ininterrompu. Telle femme, voici une semaine avait été violée du côté de Bunyakiri, telle autre mutilée à Mwenga et laissé pour morte, telle petite fille avait été abandonnée, le vagin déchiré. « J’avais beaucoup lu sur le sujet, j’étais au courant, mais le choc du réel, c’est autre chose » murmurait le ministre… Dans les minutes suivantes, il devait subir d’autres chocs encore : « je suis fatigué » lui dit le Dr Mukwege, « fatigué de recevoir des délégations, d’entendre des promesses et de constater que rien ne change : j’ai déjà, ici même, traité plus de 40.000 cas de femmes ayant subi des violences sexuelles, et il en vient toujours davantage… Aujourd’hui encore, des femmes échappées de la guerre au Nord Kivu se traînent jusqu’ici…Le médecin-chef interpella l’homme politique : « la vérité, c’est que nous n’en pouvons plus… Jusqu’à quel niveau ce peuple sera-t-il encore soumis au supplice ? » Mais il conclut tout de même par une note d’optimisme « j’ai le sentiment que vous avez peut-être la baraka, que vous allez peut être changer les choses, mettre votre pouvoir au service de la libération des hommes… » Au nom des femmes du Sud Kivu, plusieurs interlocutrices devaient cependant refléter un nouvel état d’esprit :« l’impunité n’est plus de mise, le Congo doit mettre en place une armée républicaine, avec l’aide de la Belgique… » « Si tel était le cas, je m’engagerais pour défendre mon pays » nous soufflait un médecin…Tous, surtout, demandèrent à la Belgique de choisir son camp et de se décider à sanctionner le Rwanda. Ce que Reynders refusa d’annoncer, tandis que la dramaturge Eve Enssler (auteur des « monologues du vagin ») opinait : « la suspension de 200.000 dollars américains, c’est une blague… »
De l’autre côté du lac Kivu, l’île d’Idjui, à quelques encablures de la côte rwandaise, a cependant démontré que la paix est possible. Ornés de perles et battant tambour, danseurs et musiciens ont accompagné les Belges depuis le ponton jusqu’au centre hospitalier de Bugarula, au dessus de l’ancien domaine du Prince de Ligne, soutenu par l’Ordre de Malte et la coopération belge ainsi que l’hôpital de référence de Monvu. « Idjui n’a jamais connu la guerre, nous avons accueilli les réfugiés rwandais en 1994 puis ils sont partis vers le continent, nous vivons en paix avec nos voisins et n’avons jamais subi la violence des groupes armés » nous a expliqué le Mwami Rubenga. Seule la surpopulation (774 habitants au km2) menace l’île, où les bananiers souffrent d’une maladie mortelle, le wilt, et où le manioc dépérit lui aussi.
Rappelant que l’île est le symbole de la cohabitation entre toutes les ethnies, Marcellin Cishambo, gouverneur du Sud Kivu, devait d’ailleurs rappeler que les Tutsis du Sud Kivu n’avaient pas soutenu l’aventure de leurs compatriotes du Nord et qu’à Bukavu, tout avait été fait pour déjouer les provocations « des jeunes avaient été payés pour frapper les Tutsis, mais nous les avons attrapés… »Le gouverneur est formel : « il est certain que le Rwanda appuie le M23, mais nous n’avons toujours pas compris pourquoi… »
Reynders, ce week end, réussira peut-être à en savoir plus…

22 août 2012

Intégrer les indisciplinés, c’est intégrer l’indiscipline elle-même, dit Reynders à propos du Congo

Catégorie Non classé

Lubumbashi,
L’étape katangaise a donné à Didier Reynders un bel aperçu des réalités congolaises, de ce mélange de gigantisme, d’imprévu et de cordialité qui est l’un des charmes du pays. Mercredi matin, alors que la délégation belge s’attendait à être reçue en audience par le président Kabila, un contr’ordre lui fit mettre le cap sur Tenke Fungurume, à 170 km de Lubumbashi. Sur ce plateau situé à plus de mille mètres d’altitude, le peuple des Bayeke pratique la métallurgie depuis des siècles et, avant la colonisation, c’est ici qu’étaient fabriquées les croisettes de cuivre qui servaient de monnaie à travers toute l’Afrique australe. Aujourd’hui, ce site immense, 1.600 km2, se révèle l’un des plus riches de la planète avec 105 millions de cuivre dont la teneur, 3,1% est considérée comme exceptionnelle.
En 2002, c’est la société américaine Freeport Mac Moran qui a pris le contrôle du gisement et les premiers travaux ont commencé en 2007, tandis qu’en 2010, le litige avec les autorités congolaises à la suite de la revisitation des contrats miniers ayant été aplani, le développement du site et l’exploitation de ses ressources a pu vraiment débuter. Les populations ayant été déplacées et leurs villages reconstruits plus loin, des alignements de maisons préfabriquées abritent désormais des travailleurs venus du Pakistan ou d’Afrique australe, tandis que la société s’efforce de former du personnel congolais qualifié et a ouvert six écoles, appuyées par la coopération belge-ce qui explique la visite-éclair. Dotée de casques, de vestes phosphorescentes, la délégation belge s’apprêtait à parcourir un paysage lunaire, creusé de cratères immenses, dont sont extraits chaque jour 65.200 tonnes de minerai, lorsqu’elle dut soudain rebrousser chemin : le président Kabila attendait Reynders, séance tenante ! Tout le monde mit alors le cap sur la vieille demeure de style afrikaans, ancienne résidence du gouverneur, où le président aime recevoir ses hôtes lorsqu’il se trouve à Lubumbashi.
Alors que l’on s’attendait à rencontrer le chef d’un pays en guerre, l’ambiance était plutôt décontractée : des chaises attendaient sous les arbres du parc, un petit garçon, le fils du président vraisemblablement, jouait au football avec les gardes du corps, des rafraîchissements circulaient.
Les Belges aussi, au propre comme au figuré, avaient enlevé leurs casques et la délégation eut droit à un long entretien avec un président décontracté, en tenue sportive, mais toujours aussi réticent à s’exprimer publiquement. Une heure en groupe, une demi heure en tête à tête, loin de toute oreille indiscrète : Kabila et Reynders ont pris le temps de s’expliquer.
D’après le ministre belge des Affaires étrangères, rien n’a été omis et bien des points soulevés lors de son premier voyage à Kinshasa, en mars dernier, ont progressé : les textes permettant la réforme de la Commission électorale indépendante seront examinés par le Bureau de l’Assemblée nationale dès la rentrée du 15 septembre, la société civile sera représentée, le texte créant la Commission nationale des droits de l’homme est prêt à être ratifié, les instruments de ratification de l’OHADA, régulant le droit des affaires, sont fin prêts, le sommet de la francophonie se réunira du 12 au 14 octobre à Kinshasa, remise à neuf pour la circonstance (même si beaucoup reste encore à faire…), le ministre espère que le procès en appel des assassins de Floribert Chebeya se poursuivra sans dérapage. Bref, si en mars dernier, contre l’avis de beaucoup, il valait la peine de faire le voyage, la visite d’août, elle, a permis de constater de notables avancées dans le bon sens.
Mais, sans surprise, ce satisfecit fut loin d’être au centre des entretiens : la situation à l’Est du pays hante les esprits et le mouvement M23, initialement composé d’officiers et de militaires mutins et qui a établi une administration parallèle à Rutshuru, au Nord Kivu, vient de se doter d’un bureau politique, comme s’il s’agissait de faire monter les enchères avant une éventuelle négociation.
Alors qu’il est attendu samedi à Kigali, Reynders refuse d’abattre ses cartes et de se prononcer sur d’éventuels messages dont il serait porteur auprès des autorités rwandaises. Ayant enregistré le fait que les autorités congolaises considèrent que leurs voisins, en dépit de leurs démentis, appuient les mutins et ayant pris connaissance des rapports internationaux allant dans le même sens, Reynders répète sa « formule magique », selon laquelle le Rwanda, s’il n’est pas partie du problème, doit contribuer à la solution et permettre à une force neutre internationale de « rendre la frontière étanche ». Il note que plusieurs pays d’Afrique australe seraient prêts à mettre des troupes à la disposition de cette force.
Pour ce qui concerne le M23 en revanche, le ministre belge est très clair : aucune négociation ne figure à l’ordre du jour.
Tirant la leçon du passé, Reynders estime que « malheureusement, la communauté internationale a souvent demandé que des mutins intègrent l’armée congolaise. Ce fut une erreur, et il faut qu’aujourd’hui cette armée procède à un certain assainissement, la Belgique étant prête à renforcer sa coopération en la matière. Mais on ne peut plus imaginer des formules de négociation qui conduiraient à la réintégration de mutins dans les forces armées. » Et de conclure : « à force d’intégrer des indisciplinés, c’est l’indiscipline que l’on intègre… »