22 août 2012
Reynders au pied du mur congolais
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Après quatre mois de mutinerie, le ton se durcit à Kinshasa
Bien avant de faire escale à Goma ou Bukavu, Didier Reynders a été interpellé à propos de la situation dans l’Est du Congo : Elysée Munembwe, élue de Walikale s’en est chargée. Dans cette région qui jouxte le Nord et le Sud Kivu, les groupes armés se disputent le contrôle des carrés miniers. « Chez nous » dit Elysée, énergique quinquagénaire, « on ne cultive plus, les femmes, craignant d’être violées, n’osent plus aller aux champs. Beaucoup, chassées de chez elles après avoir été victimes de violences, sont dans la rue. Il n’y a pas de route, mais le minerai est emmené par des porteurs jusqu’aux villes frontalières. Même des hélicoptères viennent chercher leur cargaison de coltan et des déposent au Rwanda…. » Pour la députée, il ne fait aucun doute que l’actuelle rébellion a été inspirée par le désir de prolonger l’exploitation illicite des ressources naturelles, d’empêcher les autorités congolaises de rétablir la souveraineté de l’Etat sur l’ensemble du territoire et elle entend mobiliser toutes les femmes congolaises pour qu’elles s’opposent à cette nouvelle guerre…
Quatre mois après l’apparition de la mutinerie, le ton, à Kinshasa, s’est sensiblement durci. Au départ, les autorités au risque d’être critiquées pour leur mollesse, s’étaient abstenues de nommer le voisin rwandais, se contentant d’enregistrer les rapports de l’ONU et des ONG qui dénonçaient le rôle trouble de Kigali. Aujourd’hui, tant le ministre des Affaires étrangères Raymond Tshibanda que le Premier Ministre Matata Mponyo ou le président de l’Assemblée nationale, avec lesquels Didier Reynders a entamé ses entretiens congolais, ont parlé d’ « agression », exigé que la communauté internationale adopte de sanctions et tous ont mis la prudente Belgique au pied du mur.
Au fur et à mesure qu’il s’exprimait à l’issue de chaque entretien, le ministre belge s’est d’ailleurs fait plus clair. Appréciant visiblement l’effort de redressement économique déployé par le rigoureux Matata Mponyo (ancien ministre des Finances lui aussi…) Reynders a rappelé que le Congo, focalisé sur le développement, ne pouvait être obligé de distraire des recettes supplémentaires pour mener des guerres sans objet. Son interlocuteur lui a expliqué que la gouvernance économique devait s’apprécier de manière globale : « que représentent des succès économiques obtenus en semant le désordre et en puisant dans les ressources du pays voisin ? »
S’exprimant au nom du gouvernement, le Vice-Premier, sans équivoque, a posé des balises : « la Belgique reconnaît la souveraineté complète du Congo sur l’ensemble de son territoire, récuse toute mise à mal de l’Etat de droit, condamne sans équivoque une rébellion avec laquelle il n’y a rien à négocier.. »Voilà une position qui rompt avec les postures adoptées lors des crises précédentes, où les Occidentaux, Belgique en tête, avaient toujours fait pression sur Kinshasa pour que les mutins de l’Est bénéficient de l’amnistie et soient réintégrés (avec des grades…) au sein des forces armées congolaises… « Aujourd’hui nous avons compris qu’il s’agissait d’un processus sans fin » nous confie un diplomate, « et le temps est venu de dire stop.. »
Dans le cas de la Belgique, ce changement de ton, cet alignement sur la position congolaise ne s’accompagne cependant pas (encore) de sanctions à l’encontre du Rwanda, car Reynders veut d’abord creuser d’autres pistes : agir au niveau de l’Union européenne et de l’Union africaine, demander au Conseil de Sécurité de renforcer le mandat de la Monusco (Mission des Nations unies au Congo) afin qu’elle collabore avec la future « force neutre », impliquer le Rwanda dans la recherche d’une solution et « améliorer la capacité de gestion de la frontière », autrement dit empêcher les infiltrations.
A Kampala en effet, un sommet réunissant les ministres de la Défense des pays des Grands Lacs vient de décider de mettre sur pied une force de 4000 hommes, qui devrait être déployée dans les régions où opèrent les mutins. Même si le Rwanda dénonce l’inefficacité de la Monusco, la Belgique insiste sur l’implication de la force onusienne qui a, au moins, le mérite d’être déjà présente sur le terrain.
Le lourd dossier de la guerre à l’Est n’a pas empêché d’aborder d’autres sujets importants : l’élaboration d’un calendrier électoral fixant la date des élections locales et provinciales, le déroulement du procès en appel des assassins de Floribert Chebeya, le militant des droits de l’homme, pour lequel Reynders a exigé la plus grande transparence.