20 septembre 2012

Numbi traduit Thierry Michel en référé

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Alors que le film « Chebeya, un crime d’Etat » va être rediffusé ce samedi par la RTBf, le réalisateur Thierry Michel est cité en référé par le général John Numbi et il devra se présenter le 25 septembre devant le Tribunal de grande instance de Liège. L’ancien chef de la police congolaise, désigné par les défenseurs des droits de l’homme comme le principal responsable de l’assassinat de Floribert Chebeya, -le fondateur de la Voix des Sans Voix-, demeure suspendu de ses fonctions et il attend le verdict de la Cour d’appel de Kinshasa. Le général estime qu’en faisant figurer sa photo sur les affiches de promotion du film, Thierry Michel a réalisé un « montage malveillant » qui porte atteinte à son droit à l’image et à sa dignité, anticipant sur un verdict qui n’a pas encore été rendu. Sommant le réalisateur de retirer de la circulation les affiches montrant sa photo aux côtés de cinq personnes qui ont déjà été lourdement condamnées, le général réclame de lourdes astreintes. Relevons aussi que si la mesure « administrative » ayant entraîné l’expulsion de Thierry Michel a été levée, en principe, en réalité le réalisateur n’a pas encore reçu de nouveau visa….

14 septembre 2012

La méthode Reynders entre les paroles et les actes

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La méthode Reynders : parler peu mais clair, agir en concertation avec d’autres. Mais sans résultat jusqu’à présent.

Prudent, pesant ses mots, Didier Reyders, durant le périple qui l’a mené au Congo puis au Rwanda, a évité de heurter ses interlocuteurs et s’est entretenu longuement –près de deux heures- avec les présidents Kabila et Kagame.
Il a cependant, plus nettement qu’aucun de ses prédécesseurs, rappelé quelques principes de base : la souveraineté totale du Congo sur l’ensemble de son territoire (et aussi sa responsabilité), le refus de négocier avec les mutins ou de les réintégrer dans l’armée mais aussi l’impérieuse nécessité de réorganiser l’armée et les forces de police du Congo.
A Bruxelles, s’exprimant devant les commissions des relations extérieures de la Chambre et du Sénat, Reynders est allé beaucoup plus loin, se déclarant convaincu du soutien « direct ou indirect » du gouvernement rwandais dans ce qui se passe dans l’Est du Congo et pressant le Rwanda d’éviter tout soutien ou toute action qui pourrait encourager cette rébellion. Il a aussi condamné, sans appel, le « M23 » assurant que l’urgence était de mettre fin à cette rébellion et à cette tentative d’administration d’une petite partie du territoire du Nord Kivu. Ce verdict est tombé alors que les rebelles jouent désormais la carte diplomatique : ils se sont entretenus avec le président ougandais Museveni, ont envoyé une délégation en France mais n’ont pas été reçus à Bruxelles.
Cette crise dans l’Est du Congo a permis de découvrir quelques aspects de la « méthode Reynders » : sur le terrain, le ministre fait preuve d’une discrétion extrême et contrôle chacun de ses propos mais il témoigne par la suite d’une volonté claire de s’impliquer et de débloquer une situation aussi figée que dangereuse pour la stabilité des régimes concernés.
Reynders souhaite visiblement que la Belgique continue à jouer un rôle important dans la région des Grands Lacs, mais, multilatéraliste, il entend agir en concertation avec d’autres et respecter les initiatives africaines afin d’encourager la « responsabilisation » régionale. C’est ainsi qu’il a dépêché un observateur au sommet des chefs d’Etat de la région qui s’est réuni le week end dernier à Kampala, en l’absence de Kagame. La conférence sur la sécurité dans la région des Grands Lacs (CIRGL) a remis en chantier le projet d’une « force neutre » déployée sur la frontière entre le Congo et le Rwanda, mais sans régler la question de son financement et de ses effectifs, seule la Tanzanie ayant accepté d’y participer. Par contre, un mécanisme régional de vérification devrait être mis sur pied assez rapidement.
C’est surtout sur le plan multilatéral, au niveau de l’ Union européenne et des Nations unies, que les Belges entendent agir, avec d’autant plus de crédibilité que M. Reynders était le seul ministre européen à s’être rendu sur le terrain depuis le début de la mutinerie. On se souvient qu’à l’issue d’un sommet européen à Paphos (Chypre), réunissant les ministres des Affaires étrangères de l’ Union, c’est la Belgique qui insista sur la détérioration de la situation au Congo et obtint la rédaction d’un communiqué relativement ferme, menaçant le Rwanda de sanctions.
En attendant l’Assemblée générale des Nations unies, Bruxelles et Paris ont développé leur concertation (même si la France, sur ce dossier, demeure bizarrement silencieuse) et cette semaine, à Londres, un « groupe de contact informel » composé de représentants de la Belgique, du Royaume Uni, de la France, des Etats unis, des Nations unies et de l’Union européenne a débattu de la situation.
A la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies, le Premier Ministre Elio Di Rupo évoquera probablement la situation dans l’Est du Congo dans son discours. Auparavant, Didier Reynders aura assisté à un « mini-sommet » consacré au Congo, qui se réunira le 27 septembre à l’initiative du secrétaire général de l’ONU Ban Ki Moon. En effet, en passe d’être dépassée par les initiatives régionales, l’ONU (violemment critiquée par le Rwanda et même l’Ouganda qui dénoncent le manque d’efficacité des Casques bleus qui protègent cependant Goma) désire reprendre la main et le sous secrétaire chargé des questions de paix et de sécurité Hervé Ladsous boucle une tournée dans la région.
Pour Reynders, il s’agira, à cette occasion, de « dépasser le mode déclamatoire et de passer à l’action, mais de manière coordonnée. » La Belgique souhaite que tous les partenaires du Congo et du Rwanda se trouvent sur la même longueur d’ondes afin de déterminer, le plus clairement possible « ce que l’on peut demander au Rwanda » et quelles pressions peuvent être exercées sur Kigali. Rappelons que la Belgique, qui débourse chaque année 70 millions d’euros au titre de la coopération avec le Rwanda (et se félicite de leur bonne utilisation dans les secteurs sociaux) estime que si des sanctions doivent être décidées, il doit s’agir d’une mesure coordonnée, dans un cadre multilatéral et en se gardant de l’hypocrisie de certains effets d’annonce.
Jusqu’à présent, la détermination de la diplomatie belge, qui répète que le temps presse, n’est cependant guère suivie d’effets sur le terrain : la rébellion, si elle n’a guère progressé militairement, a renforcé ses positions, l’armée congolaise a entamé des recrutements massifs afin de renouveler ses effectifs, et le Rwanda qui a spectaculairement retiré deux bataillons qui se trouvaient (secrètement !) à Rutshuru, aurait –selon des sources militaires régionales- envoyé au Nord Kivu de nouveaux renforts tout en persistant dans sa dénégation !

12 septembre 2012

Des témoignages accablants: le Nord Kivu vit dans la terreur

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Protégée par les forces de la Mission des Nations unies au Congo, Goma sait déjà qu’elle ne tombera pas aux mains des rebelles du M23 qui, plus au nord, occupent Rutshuru et ses environs. Cependant, la capitale du Nord Kivu vit dans l’angoisse et des ONG locales dénoncent des mutins qui « sèment la terreur, la faim et la mort ». Les déplacés de guerre affluent dans la ville et, dans le centre don Bosco, plus de 30% des femmes enceintes, faibles et mal nourries, meurent durant l’accouchement. Dans un autre centre, INUKA, soutenu en Belgique par EALE (1), les éducatrices, en trois jours seulement, ont accueilli plus de 90 enfants abandonnés. Leurs cas sont plus atroces les uns que les autres : Marie, recueillie par le CICR, n’a que onze mois. Sa maman avait fui le M23, le bébé attaché sur son dos. Dans la forêt, elle a croisé des guerriers Mai Mai, qui ont arraché l’enfant de son dos et se sont acharnés sur elle à l’arme blanche. Une autre petite fille, Sifa, 13 ans, venue du Masisi, a été violée à trois reprises par les militaires et aux éducateurs, elle a expliqué qu’elle voulait mourir. Une autre fillette, Zawadi, 14 ans, originaire du Masisi elle aussi, a également été violée par les militaires et, stigmatisée dans son quartier, elle a été obligée de fuir vers la ville.
Alors que les habitants de Goma constatent que les prix des produits de base ont explosé, les rebelles exigeant des péages exorbitants, ils s’estiment cependant privilégiés par rapport à leurs compatriotes qui vivent plus au Nord : selon Human Rights Watch, « les rebelles du M23 sont en train de commettre une horrible série de nouvelles atrocités ». Selon les entretiens menés par HRW avec 190 personnes, le mouvement M23 (composé de soldats mutins qui avaient refusé d’être déplacés dans d’autres provinces du Congo) a procédé à des recrutements forcés : dans le territoire de Rutshuru, depuis juillet, 137 jeunes hommes et garçons ont été enlevés à leur domicile, au marché ou alors qu’ils se rendaient aux champs et 33 jeunes, qui essayaient de s’enfuir ont été ligotés et abattus sur place. Quinze civils, soupçonnés d’être hostiles aux rebelles, ont été tués de sang froid tandis que 46 femmes ont été violées, dont une fillette de huit ans.
Les soldats mutins ont longtemps assuré que leur priorité était de combattre les combattants hutus des FDLR, connus pour perpétrer les pires atrocités. Eux mêmes ne sont pas en reste : à Chengerero, le 7 juillet, des rebelles ont défoncé la porte d’une maison, enlevé le mari, battu à mort le fils de la famille. Quant à la femme, ils l’ont violée collectivement puis, après avoir répandu du carburant entre ses jambes, ils y ont mis le feu.
Les exodes de population montrent d’où vient la pire terreur : c’est vers les zones gouvernementales que les civils fuient en masse et parmi eux des autorités locales, des chefs coutumiers, des défenseurs des droits humains et des journalistes, tous craignant pour leur vie après avoir témoigné des atrocités dont ils avaient été témoins.
Les chefs du M23 assurent cependant qu’ils se contentent de recruter des soldats dans leur propre communauté rwandophone et selon certains témoignages, -que nous avons personnellement recueillis à Goma- des appels téléphoniques venus du Rwanda pressent les Tutsis du Congo de soutenir le M23, au nom d’intérêts communautaristes.
Human Rights Watch confirme par ailleurs, avec force détails, que l’armée rwandaise aurait fourni aux rebelles des armes, des munitions, et que plus de 600 recrues, sinon beaucoup plus, auraient été envoyées au Congo. En outre, l’armée rwandaise elle-même est intervenue à plusieurs reprises : plusieurs centaines de militaires, sous les ordres du général Emmanuel Ruvusha, basé à Gisenyi, ont traversé la frontière pour aider les mutins à s’emparer de la ville frontalière de Bunagana, de la base militaire de Rumangabo, des villes de Rutshuru, Kiwanja, Rugari, les anciennes places fortes tenues par Laurent Nkunda en 2009. De nombreux témoins –y compris nous-mêmes- ont vu les militaires rwandais, en grand nombre, circuler à bord de camions chargés d’armes et de munitions, se déployer en direction de la frontière du Congo, afin de participer aux opérations militaires aux côtés des mutins et, le cas échéant, de prendre la direction des opérations.
Selon des déserteurs du M23 qui ont pu se confier à HRW, ce sont des officiers de l’armée rwandaise qui ont dirigé les entraînements des nouvelles recrues, parmi lesquelles beaucoup d’enfants de 13 ou 14 ans. Certaines de ces recrues provenaient du Nord Kivu, mais la plupart d’entre eux était originaire du Rwanda : militaires démobilisés de l’armée rwandaise, anciens partisans de Laurent Nkunda, ex- combattants hutus des FDLR renvoyés au Congo pour l’occasion, et aussi jeunes réfugiés tutsis congolais se trouvant dans des camps à Kibuye, Buymba et aussi Nkamira. Ce centre de transit avait reçu la visite du Ministre Reynders qui s’était étonné d’y trouver tant de femmes et aussi peu d’hommes tandis que les représentants du HCR expliquaient qu’ils avaient été obligés d’installer dans le centre un éclairage électrique a giorno, afin d’empêcher les viols et autres actes de violence…
Ces multiples récits et témoignages, qu’ils aient été recueillis par HRW ou qu’ils émanent de sources privées, décrivent l’atmosphère de terreur régnant dans les zones occupées par le M23, confirment si besoin en était l’implication active du Rwanda aux côtés des mutins et infirment, avec force précisions, les dénégations du Rwanda assurant qu’il ne s’agît là que d’un problème entre ressortissants congolais…

10 septembre 2012

L’épopée fantastique de Van Reybrouck au Congo

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Une interview fleuve,intégrale…

C’est un livre événement qui débarque ce 12 septembre. Près de 700 pages consacrées à l’histoire du Congo, signées par un auteur flamand, David Van Reybrouck (41 ans). Ce livre, l’auteur, archéologue, philosophe, journaliste, écrivain (Le Fléau, Mission, l’Ame des termites chez Actes Sud) connu pour la création du G1000 (gigantesque forum citoyen), espérait vendre au plus 10.000 exemplaires. Il en vendra…250.000, en langue néerlandaise ! Depuis, c’est le tourbillon : prix littéraires, traductions en norvégien, allemand, bientôt chinois et anglais. Et le français. Un moment clé et émouvant pour l’auteur, car il lui ouvre les portes … du Congo.
Congo a pris à David Van Reybrouck, six ans de sa vie. Il a abandonné l’université, trouvé des financements qu’il voulait indépendants et a arpenté ce pays, à la recherche des archives mais surtout – et c’est toute la force et l’émotion de cet ouvrage fresque – de témoins. A l’image de Jamais Kolonga, le premier congolais à faire danser une femme blanche et qui annoncera aux Congolais leur indépendance à la radio. Ce livre raconte la grande histoire du Congo en s’aidant de la petite, du tube de rasage Palmolive que son père avait acheté lors de la sécession katangaise, aux « abacosts » de Mobutu et d’Air Zaïre fabriqués à… Zellick.

Le livre fourmille de témoignages personnels. Comment avez-vous trouvé tous ces gens ?
J’ai interrogé plus de 500 personnes…J’ai dépensé des fortunes en « unités » de téléphone…On dit souvent qu’il est difficile de mener des études historiques au Congo. Oui et non. C’est vrai si on se focalise sur les documents écrits, qui ont souvent été détruits ou dilapidés lors des pillages des années 90. Mais d’autre part on rencontre beaucoup de gens qui ont été témoins, ou qui ont des relations… Qu’ y avait il avant Facebook ? Le Congo ! Les réseaux sociaux fonctionnent… Pour un Congolais, 200 numéros dans la mémoire du portable, c’est beaucoup trop peu. En Chine, on a fabriqué des GSM à double carte Sim, à destination de l’Afrique…Lorsque je suis allé dans le Sankuru, la région natale de Patrice Lumumba, j’ai rencontré des gens qui se souvenaient de son professeur et j’ai retrouvé ce dernier.
Pourquoi l’envie d’écrire ce livre ? Il n’y avait pas de livre d’histoire qui vous plaisait ?
Malgré les centaines de livres écrits sur le Congo, ce que je voulais lire, je ne le trouvais pas. Je cherchais un livre équivalent à celui de Sophie De Schaepdrijver sur la grande guerre, ou celui Robert Hughes sur l’Australie, « The Fatal Shore », « La côte fatale », à propos de la colonisation de l’Australie. De tels livres sont à la fois des ouvrages de synthèse et dotés d’une qualité littéraire… J’étais au café le Greenwich, près de la bourse à Bruxelles, je buvais une bière et je me suis dit, tout à coup, que ce projet pourrait m’intéresser. Nous étions en 2003, et j’avais le projet d’aller au Congo, où mon père avait vécu, j’avais aussi un ami en poste à Kinshasa. Comme je revenais d’Afrique du Sud, où j’avais présenté mon livre « le Fléau » je me suis arrêté à Kinshasa, nous étions la veille de Noël…A l’escale de Lubumbashi, j’ai vu que l’on sortait des centaines de bouteilles d’eau de la cale de l’avion et, tout à la fin, un cercueil, très orné, avec des poignées en cuir ou faux or. Il s’agissait d’un diplomate congolais mort en Afrique du Sud, qui revenait avec les fleurs, les couronnes et un océan d’eau, en pleine savane katangaise…
Quelques heures plus tard, je suis arrivé à N’Djili et le choc a eu lieu : je n’avais pas la carte de vaccination contre la fièvre jaune et cela m’a valu d’être interrogé durant une heure et demie dans un bureau, par un type qui me disait que moi en tant que Belge je devais donner le bon exemple, et qui termina l’entretien en disant : « c’est une grave infraction, qui peut être résolue moyennant une petite contribution de 70 dollars… » C’était son Noël…
Le lendemain jour de Noël, nous sommes descendus vers les chutes de Zongo et au retour la jeep toute neuve était déjà cassée : les routes congolaises…
Pour écrire ce livre, vous avez du faire des choix…
J’ai quitté l’Université en septembre 2005, parce que j’avais envie d’être écrivain. Dans le contexte académique flamand actuel, il n’était plus possible d’écrire des textes généralistes, à portée plus large. Pour obtenir des crédits, il fallait publier dans des revues anglo-saxonnes, et n’atteindre qu’un public international très limité.
J’étais rédacteur d’un journal très spécialisé en archéologie, c’était formidable, mais je crois que les deux démarches sont valables.
Dans l’historiographie belge du Congo, il y a une tradition très empirique. Voyez les travaux incroyables menés par le CRISP (Centre d’études socio politiques) avec une idée de base : documenter avant d’interpréter.
Aujourd’hui encore, Jean-Claude Willame poursuit ce travail en réalisant chaque semaine une revue de presse exhaustive, Gauthier de Villers aussi a fourni d’importantes contributions… Mais à force de travailler sur la documentation, on oublie parfois le travail de synthèse… Rares sont les Willames qui combinent les deux.
J’ai aussi acquis une partie de la formidable bibliothèque de Benoît Verhaegen, (fondateur du Crisp) près de 200 à 300 livres et dans le chapitre sur la décolonisation, j’y ai trouvé des sources précieuses….
Lorsque je me suis lancé, j’ignorais encore la taille que prendrait le projet. C’est comme traverser les Pyrénées, si on avait su, on serait resté à Blankenberghe…Il faut une certaine inconscience…
Pourquoi avoir entreprise ce travail sans commanditaire préalable?
Mon rêve c’était d’arriver à vendre 10.000 exemplaires, à l’instar de mes livres précédents ! Or maintenant, en néerlandais seulement, on en est à un quart de million ! Une personne sur cent qui parle le néerlandais, vieillards et bébés compris, possède ce bouquin. Cela me dépasse complètement. Pour la Flandre, ce livre est arrivé au bon moment mais cela n’explique pas pourquoi 55% des livres ont été vendus aux Pays Bas…Alors que ce pays n’a aucun rapport avec le Congo… Gagner l’AKO Literatuurprijs et le Libris Histoire ont aidé: c’était un peu comme gagner le Goncourt et le Renaudot Essai à la fois.
Comme scientifique, j’ai vu qu’il y avait un vaste matériau à exploiter, et j’avais envie de faire…
Un vaste morceau ?
C’était comme écrire l’histoire de la Russie ou de l’Europe occidentale, mener une entreprise un peu folle.
J’ai commencé ma première candidature en septembre 1989. C’est alors que le mur de Berlin est tombé. Et mon premier livre a été publié à la veille du 11 septembre. Donc toute ma formation a été marquée par le « post modernisme », la fin des grandes histoires. Jeune chercheur, j’étais imprégné par cette idée selon la quelle la « grande histoire » n’était plus possible ni même souhaitable ; puis j’ai pris du recul par rapport à ce paradigme et j’ai eu envie de mêler la petite et la grande histoire…Les choses sont en train de changer, on essaie à nouveau de parler large, d’aborder la grande histoire…

LE SLOW JOURNALISM

Comment avez-vous procédé ?
J’ai beaucoup lu, fait un plan de départ. Mon idée initiale était de passer un an ou deux au Congo, puis j’ai opté pour des séjours fréquents mais plus courts. Les aller retour étaient plus intéressants, il fallait faire des va et vient entre sa documentation et son questionnement…A chaque voyage j’étais capable d’être plus précis, de poser de meilleures questions. J’ai aussi, au départ, passé du temps à tenter de financer le projet, car à ce moment j’avais quitté l’université.
C’est ici que j’écris, dans mon atelier de Cureghem. C’est la meilleure université qui soit, ce quartier très congolais où bat le cœur économique africain de Bruxelles. J’aimais beaucoup cette liberté de travailler ici. Dès le début, je me suis fait entourer par des gens que j’appelais mes oncles, Walter Zinzen, Geert Buelens, Luc Huyse, Ivo Kuyl. Ils étaient mes parrains et grâce à eux, le travail était moins solitaire, ils pouvaient me parler avec une franchise totale…
Si on publie pour trois spécialistes et une tête de cheval comme on dit en flamand, on risque de créer une expertise internationale mais qui n’appartient plus au pays, dans des sphères qui planent au-delà des sociétés, comme des ovnis…
La macro structure du livre, c’est la grande histoire. Mais dans chaque chapitre de petites histoires s’imbriquent. Chaque chapitre commence avec une anecdote, des témoins qui sont des fils conducteurs, des références.
Ces témoins interviennent chacun sur plusieurs chapitres. J’ai travaillé en suivant un schéma synoptique, s’étendant sur plusieurs pages. J’ai rencontré plus de 500 témoins dont une centaine se retrouvent dans le livre.
Sur le plan méthodologique je n’ai ni filmé ni enregistré ; il me semblait que les gens allaient plus loin, me donnaient plus à l’occasion d’une simple conversation, surtout ceux qui n’ont pas l’habitude d’être interviewés…. J’ai gardé tous mes carnets de note. Il m’est aussi arrivé de passer toute une après midi avec quelqu’un, et de ne noter qu’une ligne ou deux. C’est ce que j’appelle le « slow journalism » le journalisme lent…
J’aime cette façon d’être avec les gens, de boire un verre, de bavarder avec les gens…Au Congo il m’arrive de passer cinq heures avec quelqu’un et à la fin il dit « quoi, tu pars déjà… »
Qui furent les principaux fils conducteurs ?
Certainement Etienne Nkazi, il m’a touché par son âge et aussi par son humanité, c’est un type extraordinaire, très chaleureux, très généreux…
J’ai encore trouvé des gens qui avaient la mémoire du début du colonialisme!. En fait, si l’âge moyen est très bas c’est surtout parce que 20% des enfants meurent, mais il y a encore beaucoup de vieux, qui ont de la mémoire…
J’ai rencontré beaucoup de gens formidables, comme Régine Mutijima qui a participé à la conférence nationale, Justine Masika à Goma qui s’occupe des femmes violées.. J’espère que le prochain président sera une femme. Dans ce pays il y a plusieurs Prix Nobel potentiels…
Et Jamais Kolonga..
Il fut très drôle, très précieux….. Je l’ai rencontré après une très longue recherche, il était le premier Congolais à avoir dansé avec une Blanche, Kabasele avait fait une chanson sur lui. Il était l’archétype de l’évolué, une véritable mine d’or. Le Roi Baudouin était venu rendre visite à son père dans sa parcelle, il avait fait le reportage du premier jour de l’indépendance… C’est une figure haute en couleur…
Je rends aussi hommage à Lieve Joris qui m’a transmis le flambeau avec une exceptionnelle générosité. Quant à « Zizi », Isidore Kabongo, il m’avait été recommandé par Lieve et il est devenu un ami, quelqu’un que j’aime profondément…
En 1955 il a encore applaudi le roi Baudouin, puis il a été cameraman formé du temps de Mobutu. Ce dernier, qui voulait créer un sentiment d’unité nationale, avait beaucoup investi dans la formation de toute une génération de journalistes et Zizi, cameraman est celui qui a filmé le célèbre match entre Foreman et Mohamed Ali.

RENDRE JUSTICE A MOBUTU

On a le sentiment, en lisant le livre, qu’à ses débuts, Mobutu tente de rendre une certaine fierté nationale aux Congolais.
Il faut se rappeler qu’au début du 20 eme siècle, à cause de la maladie du sommeil, les gens n’étaient pas autorisés à se déplacer à travers le pays, il fallait un « ordre de mission », le sentiment national était donc assez peu développé et les tensions tribales se sont exacerbées surtout dans les villes lorsque les gens ont commencé à se côtoyer. C’est alors qu’apparaissent les « identités meurtrières », les veilléités de sécession…. Après l’indépendance, Mobutu a voulu décoloniser et achever le projet colonial, le rêve étatique de Mobutu était proche de celui du gouverneur général. Il faut reconnaître qu’en dix ans, il a réussi à donner aux Congolais un sentiment d’appartenance nationale, il a été plus vite qu’en France où il a fallu un siècle…
Il a utilisé à la fois la force, l’armée, et les médias…Tout a été détruit mais un héritage immatériel persiste, celui de l’identité nationale…Très peu de Congolais souhaitent que leur pays soit divisé, même s’il est difficile à gérer, les tendances séparatistes qui apparaissent dans le Bas Congo ou le Katanga sont très minoritaires…
L’Etat congolais est très faible, mais la nation elle est très forte.
Je suis toujours frappé de voir combien les gens tiennent à leur pays, malgré les guerres, les avatars divers…
A l’heure de cette nouvelle rébellion du M23, j’ai tout de même vu des gens qui, à Kinshasa, disaient qu’ils en avaient assez, qui souhaitaient qu’on laisse tomber l’Est du Congo, ils en avaient assez…
La colonisation ? Y eut il des « périodes d’or » ?
Les deux époques qui furent les plus connues sont celles du début, la conquête, l’exploitation du caoutchouc, et celle de l’indépendance, de la mort de Lumumba. Comme si entre les deux, la colonisation belge avait été synonyme d’ordre, de tranquillité. En réalité, dès le début il y a eu contestation de l’ordre colonial, des résistances religieuses ou ethniques comme le kimbanguisme, la révolte pende. La religion et le tribalisme ont pu être des réactions contre la colonisation. Les colonisateurs vivaient toujours dans l’angoisse des évolutions possibles. Il y a aussi eu les révoltes de la Force publique, j’ai du mal à parler d’un « âge d’or »…
Parfois je compare avec ce qui s’est passé dans nos contrées après la colonisation romaine. Les Romains ont été chez nous durant cinq siècles et après la chute de l’empire, il y a eu l’époque mérovingienne où l’architecture a été abandonnée, mais il y eu effervescence des parures, de l’orfèvrerie…Au Congo on n’a pas entretenu les bâtiments, les infrastructures, beaucoup a disparu mais un certain héritage immatériel a subsisté, le désir d’étudier, le foi, la langue…
Il est clair que la colonisation a provoqué une destruction profonde des sociétés africaines : depuis le 15eme siècle le Congo est intégré dans le capitalisme mondial, la globalisation a commencé voici quelques siècles déjà…
La colonisation belge a été nettement plus paternaliste, elle mêlait le contrôle et l’émancipation. Au sein de l’église, d’aucuns disaient qu’il fallait d’abord alphabétiser avant de songer à construire des universités et pour certains, il fallait « faire monter la masse » avant de constituer une élite… Mais pour d’autres, il fallait garder les Congolais « dociles » et dans ce mot il y a aussi « docere », instruire…
A l’heure de la décolonisation le Congo était sans doute le pays d’Afrique doté du taux d’alphabétisation le plus élevé, mais avec le moins d’universitaires, 16 et 500 personnes qui avaient suivi les cours de l’école d’administration. La pyramide était très inachevée…Entre émancipation et contrôle il y avait ambivalence…
L’indépendance est venue trop vite ?
Oui l’émancipation est venue trop tard, l’indépendance bien trop tôt… La Belgique a vu trop tard que l’indépendance était inévitable et la décolonisation n’a pas été préparée. Armée, économie et politique : la Belgique a pensé qu’elle pourrait encore jouer un rôle dans les coulisses et a voulu accorder une indépendance de façade, symbolique. Songez que quinze jours après l’indépendance, la Belgique a envahi militairement le Congo, quel aveuglement…

LUMUMBA AU DELA DU CLICHE

A propos de Patrice Lumumba, vous êtes très dur…
Je ne pense pas. J’ai voulu recontextualiser, aller au-delà de la martyrologie, de l’image romantique ; Patrice Lumumba reste emblématique, sa vision de liberté est une source d’espoir pour tous les opprimés. Mais quand on réclame l’indépendance totale et immédiate, il faut être à la hauteur de la tâche… Or, durant les quelques mois où il a été Premier Ministre, Patrice Lumumba a commis quelques erreurs de jugement très importantes. Il est vrai qu’il a eu tout le monde contre lui, mais il a aussi dressé contre lui-même une partie de l’opinion…
A la limite vous êtes plus positif à l’égard de Mobutu, au début en tous cas, qu’à l’égard de Lumumba…
Un livre s’écrit toujours dans un contexte… Si autour de Lumumba, il y avait une hagiographie à nuancer, autour de Mobutu, il y a une démonisation à nuancer. Il ne faut pas confondre le Mobutu de fin de règne avec celui qu’il était au début, sans oublier cependant des évènements qui ont marqué le début de son règne, comme l’affaire des « Pendus de la Pentecôte » en 1966…Si Lumumba était resté vivant, je ne sais pas si son œuvre aurait été couronnée. Sa mort, cruelle et injuste, a plus contribué à son mythe que ce qu’il aurait pu faire s’il était resté à son poste. Sa décision d’africaniser l’armée était juste, mais l’idée de le faire soudainement, dans la semaine après l’indépendance a eu des conséquences dévastatrices…Et le pays le paye jusqu’aujourd’hui: il n’y a toujours pas d’armée digne de ce nom…Quant à la répression meurtrière commise au Kasaï par cette armée, durant l’été 1960, c’est un épisode peu documenté.
Sa recherche de soutiens internationaux, les Nations Unies d’abord, puis les Etats Unis et l’URSS ensuite, a aussi été menée avec une légèreté incroyable. Cela a provoqué le déclenchement de la Guerre froide au continent africain.
Il arrive que des processus historiques se mettent en place, et dépassent la capacité qu’a chaque individu de les gérer. Voyez Gorbachev et la Russie : il a voulu démocratiser, mais il a été dépassé et on a vu l’implosion totale de l’Union soviétique… Lorsque van Bilsen, en 1955, disait qu’il fallait 30 ans pour que le Congo devienne indépendant, il avait raison, ce délai aurait permis aux structures de base de s’affermir…Mais était-il possible de freiner l’engouement de la population ? Non.
La Belgique a mal joué en pariant sur l’ambivalence, en pensant qu’elle pourrait accorder une indépendance formelle tout en continuant à tenir les rênes du pays…
Quant à Lumumba, c’était tout ou rien, il voulait une indépendance intégrale et immédiate…

IDEALISME IMPATIENT

Il ne faut pas oublier que la Belgique ne voulait ni payer ni se battre pour le Congo…
La marge de manœuvre était très serrée, en Belgique les années d’or de l’après guerre étaient bien révolues. La tragédie du Congo, c’est celle de l’idéalisme impatient : de grands idéaux, que l’on veut réaliser en une nuit…
L’africanisation de l’armée par Lumumba était nécessaire, mais de là à la réaliser en une nuit ! L’africanisation de l’économie nationale, mais zaïrianiser aussi brutalement c’est autre chose… Et bien plus tard, dans les années 80, privatiser du jour au lendemain, imposer l’austérité comme l’ont fait le Fonds monétaire et la Banque mondiale, voilà qui a provoqué la chute de l’économie…
Et plus tard, la démocratisation à travers des élections furtives elle-même a été trop rapide, problématique ? La condition des accords de paix de 2002, c’était l’organisation d’élections dans un délai de deux ans. Impeccables, suivant des normes occidentales.
C’est du fondamentalisme électoral, cela ressemble à une nouvelle évangélisation, j’ai enseigné cela dans mon cours à Leiden l’an dernier…Des élections, ce sont des sacrements : on respecte la forme sans se soucier du contenu…A chaque fois on veut que les idéaux soient réalisés au plus vite…
Nos sociétés occidentales se sont sécularisées, tout doit aller plus vite. Un vieux missionnaire me disait nous avons le temps. Lui il avait un siècle pour éduquer les masses…Il y a aussi des tâches blanches dans la pensée belge et européenne pour ce qui concerne la démocratie, mais je sais que le fondamentalisme électoral, c’est un sujet très sensible…
Qu’il s’agisse du domaine juridique, politique, économique, on veut que des procédures formalistes soient appliquées du jour au lendemain, à la lettre…
Au lieu de l’idéalisme impatient, voire aveugle, je serais plutôt adepte du pragmatisme critique…
Si la route vers l’enfer est pavée de mauvaises intentions, celle qui mène vers le ciel peut être pavée de mauvaises conséquences…
La pensée utopique est très importante mais quelquefois elle peut créer de dégâts importants si on veut réaliser l’utopie du jour au lendemain…

LA DEMOCRATIE EN KIT

Dans les accords de paix conclus en 2002, était incluse l’idée d’installer un régime intérimaire pour deux ans, puis d’organiser des élections, et de réorganiser l’armée. Mais je me demande vraiment si dans un tel contexte des élections stimulent la démocratie… Je fais beaucoup de recherches sur le sujet et je constate que c’est plutôt le contraire qui se passe : les élections apportent beaucoup de choses, mais peu de démocratie, elles réveillent aussi les conflits tribaux, la corruption, la faim, la violence…
Que faut il faire alors ?
Mais des élections locales, commencer par la base…Comme en Angola on n’organise pas des élections pour connaître la volonté du peuple, mais pour légitimer un leader vis-à-vis des bailleurs. Afin qu’une petite classe puisse continuer à toucher de l’aide internationale. Les élections, c’est devenu une mascarade qui coûte beaucoup d’argent et nul ne parle des élections locales, nul ne veut ni les organiser ni les financer…
La communauté internationale est très pauvres en idées lorsqu’il s’agît de gérer un « Etat failli », ce n’est que depuis les années 90 que l’on a commencé à parler de démocratie, de droits de l’homme, de gouvernance. Avant on pensait en termes géostratégiques. Désormais la première idée après la dictature et la guerre c’est de mettre en place un gouvernement d’unité nationale, mixer l’armée, aller aux élections. Imaginez, si les Chinois, après la guerre de 1940-1945, avait enjoint aux Européens de créer un gouvernement dans lequel se seraient retrouvés Goering, Hitler, Churchill, de Gaulle, obligé la résistance française de cohabiter avec les Waffen SS… Tout cela est pauvre en idées, irréaliste…C’est un petit tabouret d’Ikéa, prêt à monter, que l’on envoie là bas dans une boîte en carton. Et si le montage est mal fait, on incrimine l’acheteur local qui a mal assemblé le kit…Au Congo il y a de vrais artisans de paix et de démocratie, à la base, mais on ne leur donne aucune chance…
Il s’agît d’un constat pessimiste…
Les recettes que l’on a essayé d’appliquer depuis vingt ans ne marchent pas : Irak, Afghanistan, Congo, cette idée d’une démocratisation forcée, qui vient d’en haut, cela échoue à chaque fois…
En plus, la « communauté internationale » a bien changé, elle n’est plus seulement composée des Etats Unis et de leurs alliés.
Dans le cas du Congo, ce qui me frappe, c’est que les Européens ont tendance à penser qu’avant qu’ils n’arrivent, c’étaient les ténèbres et qu’après leur départ il n’y aura plus rien, là non plus…En Afrique centrale l’histoire se déroule beaucoup plus vite qu’en Europe. Je suis fasciné par ces nouveaux développements. Les Européens ont beaucoup de mal à admettre qu’ils pourraient être dépassés par les Chinois et par tous ceux qui suivent, le Brésil, la Corée du Sud… Aujourd’hui comme voici un siècle le Congo est au cœur de la mondialisation, mais il a toujours été fournisseur de l’économie mondiale, plus qu’il n’en a été le bénéficiaire…
Ce pays a toujours eu tout ce dont le monde avait besoin, comme un dépôt sans gardien, où tout le monde viendrait passer la main et se servir……
Y a-t-il un héros belge dans le livre ?
Certainement : l’agronome Valdimir Drachoussof, fils de migrants russes ; il avait tout compris, et tout décrit dans son livre « Jours de brousse »signé Vlady Souchard…Quelle richesse littéraire, intellectuelle, morale ! Il parcourt le Congo durant les années 40, au cœur de l’effort de guerre, et il découvre les premières lézardes dans l’édifice colonial, il voit que c’est intenable…
Ce qui fait vivre le livre, c’est aussi la musique, les vêtements, la bière…
C’est que je suis docteur en préhistoire. Pour moi, l’archéologie m’a appris qu’il ne fallait pas recourir seulement aux sources écrites, mais aux sources indirectes. J’ai toujours été fasciné par le quotidien, le vécu, la manière dont les gens mangent, s’habillent, ce qu’ils boivent. La macro histoire se confond toujours avec la micro histoire, le corps exprime beaucoup lui aussi…
Propos recueillis à Bruxelles
Béatrice Delvaux et Colette Braeckman

6 septembre 2012

Une analyse critique de l’interview de James Kabarebe

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Ma lecture de 4 vérités de James Kabarebe

(Une interview de Colette Braeckman, Kigali, 29 août 2012)

Par Frédéric Kabasele, Réviseur Comptable, fkabaselet@yahoo.fr

L’homme parle beaucoup autant qu’il n’est pas établi que tout ce qu’il dit soit nécessairement vrai. Il faut lui reconnaître néanmoins un raffinement sophistique indéniable qui semble séduire…même Colette Braeckman ! Son seul défaut c’est de se persuader qu’il peut mentir tout le monde et tout le temps sans se trahir…Malheureusement dans la présente interview, commandée en duplex de la plaidoirie de sa compatriote devant le Conseil de sécurité, le seul fait nouveau étant le scoop de la présence officielle de 300 militaires rwandais au Kivu, il accrédite inconsciemment plus les thèses congolaises qu’il ne défend son pays, le Rwanda. Dans la multitude de paroles, la transgression ne manque jamais… il y a dans le flot de ses paroles de la matière pour la CPI !

Une maitrise suspecte de la situation militaire du Kivu

Voici comment James Kabarebe étale de mémoire et spontanément devant la journaliste belge le rapport parfait, précis et journalier de ce qui se passe d’heure en heure dans la case du voisin…révélant ainsi au monde qu’il ne peut pas ne pas être mêlé à ce qui se passe au Kivu :

« Comme je connais très bien la situation du Kivu, que je connais tout le monde là bas… Lorsque le colonel Zimurinda arriva à Goma, il fut désarmé, mais le même soir, il rejoignit Bosco Ntaganda. Le jour suivant, le colonel Baudouin Ngaruye fut lui aussi désarmé et lorsque le soir on lui rendit ses armes…il rejoignit Bosco. Le même jour, à Rutshuru le général Amisi donna l’ordre de désarmer tous les soldats de l’ex CNDP. Ensuite, à Fizi des officiers de l’ex-Pareco, Saddam et Nsabimana furent désarmés…Le commandant de la région, Delphin Kahimbi, déploya des forces pour les battre à Uvira et Bernard Nyamungu tenta de protéger les fuyards, avant de fuir lui-même vers Bukavu où il fut arrêté…Lorsque le président Kabila arriva à Goma, Makenga était supposé y revenir pour assister à une réunion, et sur la route de Bukavu à Goma, il y eut une embuscade, montée par Delphin Kahimbi. Makenga y échappa…et après quelques jours il a appelé Jean-Claude Yav disant qu’il ne pouvait rentrer à Bukavu aussi longtemps que Kahimbi s’y trouverait et il resta à Goma.. Le voyant arriver, Makenga quitta Goma à son tour et se rendit à Runyionyi…Les ex CNDP, dans le Masisi, étaient pratiquement vaincus…Même Delphin Kahimbi remonta de Bukavu jusque Goma. Le voyant arriver, Makenga quitta Goma à son tour et se rendit à Runyionyi…lorsque Makenga arriva à Runyonyi, il avait 200 soldats. Dans les jours qui suivirent, ils étaient des milliers : des soldats, des officiers firent alors défection et convergèrent pour rejoindre Makenga, il ne s’agissait pas seulement de rwandophones. D’après nos informations, 80% des forces du M23 sont des Hutus, anciens combattants du Pareco. Bashi, Bahutu, Nande, Barega, beaucoup d’autres groupes rejoignirent le M23. Même des membres de la garde rapprochée du président Kabila, des Katangais, des Kasaïens…Comment pouvez vous envoyer des troupes en opération en leur donnant seulement une poignée de haricots secs … sans eau, sans sel, sans riz, sans casserole ni bois de feu… ! »

On peut voir à travers ces indications précises (noms des acteurs, lieux, heures, nombre, composition, origines, rations des troupes, déplacements, destinations, motifs, ordres du jour des réunions…!) que James Kabarebe reçoit quotidiennement des rapports détaillés de différentes factions de l’armée rwandaise opérant en RDC en sa qualité de leur commandant en chef. Si tel n’est pas le cas à quel titre fait-il en parallèle le travail du Chef d’Etat Major congolais ? Si James Kabarebe n’a rien à voir avec les recrutements au sein du M23, comment procède-t-il pour accéder aux données aussi sensibles d’une armée « étrangère », le M23 : les effectifs, la composition, l’origine des recrues etc. Si toutes les frontières de la RDC étaient si poreuses et constituaient de ce fait une menace pour tous ses voisins pourquoi dans la Sous-région cet intérêt particulier pour la chose militaire en RDC est-il le fait d’un seul voisin (le Congo en a 9 en tous) et curieusement le Rwanda celui-là même qui à deux reprises a tenté de prendre le contrôle de Kinshasa situé à plus de 2000 km de sa frontière

A titre exceptionnel, voici une analyse critique de l’interview du Ministre rwandais de la Défense, James Kabarebe.

James Kabarebe témoigne des efforts inlassables de la RDC pour la paix entre les deux pays

A son arrivée au pouvoir, le Président Kabila s’était engagé devant son Peuple à aller partout et à rencontrerait tout le monde si tel était le prix de la paix à l’Est du pays. Dans cette interview, croyant se donner de l’importance ou infantiliser le pouvoir congolais quand il ne s’en moque pas, James Kabarebe révèle au monde les nombreux actes de bonne foi posés par la RDC en direction du Rwanda au nom de la concorde entre nos deux pays et dans la Sous-région :

« En décembre, au lendemain de son élection, le président Kabila dépêcha un envoyé spécial à Kigali…le président Kabila souhaitait obtenir le soutien du Rwanda pour transférer vers d’autres provinces les soldats d’expression rwandaise qui se trouvaient dans l’Est du Congo…Fin mars, le président Kabila renvoya une autre délégation à Kigali, dirigée par le chef des services de sécurité, Kalev…ils souhaitaient toujours notre assistance car ils ne voulaient pas résoudre les problèmes de l’Est sans notre appui…Des le 1er mai, nous avons eu des contacts au niveau de l’état major…Ils nous ont demandé de les aider et nous allons le faire…Le 3 mai nous avons eu une autre rencontre à Kigali, avec le ministre de la défense congolais et lui aussi nous a demandé d’intervenir….Le 18 mai, autre réunion à Kigali…le 26 mai nouvelle rencontre, toujours à Kigali, incluant le ministre congolais des affaires étrangères, etc. »

Les autorités congolaises sont même allées trop loin espérant enlever au Rwanda tout prétexte d’interférence en RDC au motif de vouloir sécuriser ses frontières, en tolérant en 2009 la présence des militaires rwandais aux côtés des FARDC pour une traque conjointe des FDLR. Mais quand une frange de l’armée congolaise se rebelle contre sa hiérarchie, James Kabarebe s’en fait le porte-parole :

«Quant aux trois officiers rwandophones ils ont expliqué, rapporte James Kabarebe : ‘Nous avons été intégrés, certes, mais nous sommes toujours frustrés. Nous étions prêts à contribuer à la paix au Kivu, mais on ne nous aide pas : nous manquons de transport, de communications, de véhicules, d’argent. Rien. Comment pourrions-nous ainsi mener des opérations contre les FDLR et d’autres groupes armés ? Et même lorsque nous entamons ces opérations, les FDLR en sont informés d’avance par des gens qui, depuis les rangs gouvernementaux, leur passent l’information.»

Comme tout lecteur attentif peut le constater, les officiers rwandophones du M23, intégrés dans l’armée congolaise, viennent faire rapport à un Ministre étranger sur les difficultés qu’ils rencontrent dans la traque des FDLR (leur mission principale en RDC ?) du fait surtout que le gouvernement congolais (supposé être le leur) ne collabore pas. Curieux n’est-ce pas ! Et le lendemain, c’est ce même M23 qui vient d’être présenté ici comme étant démuni et manquant de tout qui le lendemain est capable de l’exploit vanté en ces termes par James Kabarebe :

« …cela n’expliquerait pas comment toute une armée (FARDC) a pu être battue par quelques centaines d’éléments…Vingt deux mille éléments, équipés de tanks, d’hélicoptères ont été mis en échec par quelques centaines de mutins. »

Voici un autre fait curieux rapporté par James Kabarebe :

« Ils (la délégation congolaise à Kigali) assuraient que Bosco Ntaganda bloquait le transfert de soldats rwandophones dans le reste du pays. Nous avons alors proposé d’organiser une réunion, à laquelle Bosco Ntaganda participerait et où nous tenterions de le convaincre de laisser ces officiers être déployés ailleurs qu’au Kivu. La réunion ayant été fixée au 8 avril, le jour dit, nous avons attendu ces gentlemen, mais ils arrivèrent sans Ntaganda car la rumeur avait couru selon laquelle les gouvernements du Rwanda et du Congo se préparaient à l’arrêter. Effrayé, il avait refusé de venir… Il a disparu la nuit dernière avec 200 de ses hommes hors de Goma…». Puisque James Kabarebe n’était pas d’accord avec la méthode forte préconisée par l’autorité congolaise contre Ntaganda, d’où est partie la « rumeur » qui l’a fait fuir ?

«Les problèmes sont nés là, c’est là qu’ils doivent être résolus »

Ces paroles sont celles de James Kabarebe. Au long de cette interview, chacun a compris que les 300 hommes de faction à Rutshuru et le M23 ont un même combat dans le Kivu : les FDLR. Ils répondent de Kigali. « L’armée rwandaise est solide, bien organisés, bien commandée, bien disciplinée, des éléments incontrôlés en son sein ne peuvent pas exister…», ajoute James Kabarebe. Mais quand les messagers congolais vont expliquer à Kigali que le refus d’être déployé ailleurs qu’au Kivu de la part des éléments rwandophones intégrés dans l’armée congolaise était à la fois un acte d’indiscipline intolérable et un réel danger pour le Congo autant que l’était la présence des FDLR à la frontière du Rwanda, écoutons ce que James Kabarebe conseille à ses hôtes :

« Je leur ai alors conseillé de réunifier l’armée, de stopper les transferts, car la situation devenait dangereuse, de se pencher sur l’administration de l’armée, car il y avait beaucoup trop d’irrégularités, de problèmes de commandement, le mécontentement était général…J’ai proposé de mener ensemble une nouvelle opération contre les FDLR, de la planifier, de la mener à bien. Quant aux commandants qui avaient refusé de se déplacer, à Kinshasa ou ailleurs, je leur ai conseillé de ne pas être trop durs avec eux, car cela allait créer du chaos »

Et comme prédit par James, le chao il y en a eu effectivement et on y est encore !

INTOX

James Kabarebe connait bien les Congolais et sait où ça peut faire mal. Il est anglophone, le choix de Colette Braeckman n’est donc pas fortuit, le message est destiné avant tout à l’opinion interne congolaise. C’est souvent une erreur que d’écouter James Kabarebe sans garder présent à l’esprit la trame de fond de son discours. Quoi qu’il dise, il chutera par : « …Cela montre qu’au Congo il n’y a ni gouvernement ni armée, seulement un grand vide » On ne peut mieux pour rappeler au monde la nécessité de la partition de la RDC ! ».

Au sujet du jet américain intercepté à Goma, le journaliste Alain Vicky, qui a mené des profondes investigations sur ce dossier jusqu’à situer l’origine de de la cargaison de l’or saisi dans les mines contrôlées par Bosco Ntaganda dans l’Ituri, écrit exactement ceci quant au contexte de cette interception :

« Le 5 février 2011, la garde présidentielle en poste sur l’aéroport de Goma…intervient à bord d’un Gulfstream V. Ce jet a été loué par la société de Houston Camac Energya…après avoir molesté et menacé de mort ses occupants qui s’apprêtaient à redécoller, la sécurité congolaise découvre à bord du jet une cargaison de 480 kilogrammes d’or…Depuis l’automne 2010, les deux provinces du Kivu ainsi que celle de Maniema sont en effet soumises à une interdiction d’exploitation minière, pour casser les reins, selon le président Joseph Kabila, à une «espèce de mafia impliquant des hommes d’affaires véreux, des officiers militaires et des fonctionnaires ».

C’est vraiment ce Président là qui ferait du business avec Bosco Ntaganda ? Rappelons-nous que c’est James Kabarebe qui a emmené Bosco Ntaganda au Congo. Qui est donc ami à qui ? Pourquoi la garde de corps personnelle de Joseph Kabila molesterait-elle les invités de leur patron ? James Kabarebe n’a-t-il pas perdu de l’argent dans cette affaire ?

Quand est-il de la présence officielle de 300 militaires rwandais à Rutshuru ? Quand on connait l’homme, on sait d’avance qu’annoncé en grande pompe, le « retrait » de ces trois cents hommes ne se fera pas devant témoins et cameras de télévision. Certainement que le Rwanda, à l’insu du pouvoir congolais, n’avait jamais retiré toutes ses troupes venues dans le cadre des accords de 2009 (il y a une partie de la frontière entre les deux pays qui est sous le contrôle exclusif des éléments rwandophones depuis 1998). C’est facile aujourd’hui d’insinuer qu’elles étaient là avec le consentement du Congo. Si tel est le cas puisque le M23 n’est pas moins une force négative pour le Congo que ne l’est les FDLR pour le Rwanda, de quel côté ces hommes se sont-ils trouvés lors des affrontements entre les FARDC et le M23 ? Encore une fois, il ne s’agir que de l’expression d’une longue culture du mensonge vénéneux destiné en l’occurrence à décrédibiliser le pouvoir congolais auprès de son opinion interne et surtout désorienter les troupes au front face au M23. C’est une drôle de façon de la part du Rwanda de réfuter l’accusation de son soutien à Bosco Ntaganda en disant : «Oui, on est bel et bien présent au Congo, mais pas en soutien à Ntaganda mais plutôt à Kabila » !

Frédéric Kabasele
Réviseur Comptable

5 septembre 2012

La guerre du Kivu en sept questions

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1. Quelles sont les causes lointaines du malaise ?Mal élu à la suite du scrutin contesté de novembre 2011, le président Kabila, affaibli, a été mis sous pression : les défenseurs des droits de l’homme et les Occidentaux ont exigé l’arrestation immédiate du général Bosco Ntaganda, qui dirigeait les forces armées congolaises à l’Est du pays. Inculpé par la Cour pénale internationale, Ntaganda ne se contentait pas de combattre les FDLR (rebelles hutus hostiles au Rwanda), il garantissait aussi la pérennité de « circuits parallèles », commerciaux et militaires, en liaison avec le Rwanda. Dans un premier temps, Katumba Mwanke, le conseiller spécial de Kabila, négocia avec Kigali la mise hors circuit de Bosco Ntaganda. Mais après la mort accidentelle de Katumba, en février, Kinshasa, soucieux de donner des gages à une opinion publique qui dénonçait la main mise rwandaise sur le Kivu, voulut aller plus loin et muter ailleurs dans le pays les « ex-rebelles », des Tutsis congolais pour la plupart, mais ces derniers refusèrent leur transfert et préparèrent la mutinerie.
2. Quel fut l’enchaînement de la guerre ? Au lieu de négocier avec les mécontents qui refusaient d’être déplacés dans d’autres provinces et réclamaient de meilleures soldes et la reconnaissance de leurs grades, Kinshasa choisit la manière forte. L’armée concentra à Goma l’essentiel de ses moyens et, dans un premier temps, les rebelles furent mis en échec dans le Masisi, une place forte des Tutsis congolais, qu’ils réussirent à quitter à la faveur d’un cessez le feu ordonné par Kinshasa alors que la victoire était à portée de mains. Quelques centaines d’hommes se replièrent en direction des frontières du Rwanda et de l’Ouganda, dans le parc des Virunga et à Bunagana.
3. Quel fut le rôle du Rwanda et dans quel intérêt ? « Parrain » de l’accord d’intégration des rebelles au sein de l’armée congolaise en 2009, le Rwanda avait gardé, via Bosco Ntaganda et son successeur potentiel, Sultani Makenga, -qui prit la tête des mutins- des relais militaires, politiques et économiques au Nord Kivu. Via ces anciens rebelles, placés à des postes de commandement, ce « réseau pro Kigali » s’était étendu de l’Ituri (Grand Nord) jusqu’aux limites du Katanga. La volonté affichée par Kinshasa de démanteler ces circuits parallèles, cette « armée dans l’armée », s’ajoutant à la militarisation de Goma ne pouvait pas laisser le Rwanda sans réaction. Malgré les démentis répétés, l’implication de l’armée rwandaise aux côtés des mutins, révélée par un rapport de l’ONU, est une évidence pour de nombreux témoins et services de renseignement.
4. Qui sont les « mutins » du M23 ? Quelques centaines ’hommes au départ, mus par des revendications corporatistes, se sont transformés en force militaire et politique qui a pris le contrôle de la ville de Rutshuru et d’une large portion du Nord Kivu, l’armée gouvernementale, mis en échec, s’avérant incapable de la déloger. Capitalisant sur l’inquiétude des Tutsis congolais, sur la déception générale à l’encontre de Kinshasa, sur les frustrations des forces armées congolaises mal dirigées et minées par les dissensions et les rivalités, les mutins ont constitué un « bureau politique » et ils exigent des négociations au plus haut niveau, jusqu’à présent refusées par Kinshasa et déconseillées par Didier Reynders, même si elles finiront par apparaître comme inévitables. Quant aux populations du Nord Kivu, -Tutsis congolais mis à part- elles exècrent et fuient ces hommes qui pratiquent des recrutements forcés, sont considérés comme des supplétifs du Rwanda et comptent en leurs rangs de nombreux criminels, assez pour remplir un charter en direction de la Cour pénale internationale…Les mutins comptent aussi sur des relais dans d’autres provinces, le colonel Tshibangu au Kasaï par exemple, des ex-rebelles qui avaient été intégrés dans l’armée congolaise à la faveur des accords déjà conclus en 2002 mais sont aujourd’hui soupçonnés de n’avoir jamais réellement rompu leurs anciennes allégeances.
5. Les mutins sont-ils la seule source de violence ? Hélas non. La concentration de l’effort militaire sur Goma a dégarni tous les autres fronts du Kivu et permis la résurgence de nombreux groupes armés : les Hutus rwandais FDLR, ennemis de Kigali, ont reconquis des positions, plusieurs groupes Mai Mai hostiles aux Rwandais, comme les Raia Mutomboki se sont lancés dans des massacres d’une violence extrême, d’autres groupes d’origine ougandaise ou burundaise ont repris vigueur ; le désastre humanitaire est total, les déplacés se comptent par centaines de milliers. La reconquête des deux Kivu et leur pacification par Kinshasa s’annonce de plus en plus difficile, d’autant que les Casques bleus onusiens opèrent largement en deça de leur mandat, même s’ils appuient les forces gouvernementales et entendent empêcher la prise de Goma. Le déploiement d’une « force neutre » composés de soldats africains demeure hypothétique .
6. 6. Les sanctions économiques à l’encontre du Rwanda seront-elles efficaces ? PProbablement pas, car elles n’étaient que symboliques, les Britanniques ayant déjà annoncé le rétablissement d’une aide momentanément suspendue. D’autres moyens de pression existent :des mesures ciblées, des blâmes et des exclusions, humiliants pour l’amour propre de l’ancien « enfant chéri » de l’aide internationale. L’offensive diplomatique menée avec succès par Kinshasa pousse Kigali à embarrasser le président Kabila, en révélant que des troupes rwandaises –sous uniforme congolais !- étaient demeurées au Nord Kivu depuis 2009 et viennent d’être spectaculairement retirées.
7. De Kabila ou de Kagame, qui est le plus menacé ? Malgré ses succès et son prestige, la base de pouvoir de Kagame rétrécit, la répression et le contrôle s’intensifient (même Internet est surveillé), les arrestations d’opposants se multiplient mais la capacité d’organisation du Front patriotique rwandais demeure intacte et, en réponse aux sanctions, un fonds national de solidarité a été lancé. Au Congo par contre, en plus des élections contestées, les échecs essuyés au Kivu par une armée minée par les trahisons internes et la désorganisation ont éclaboussé la personne du président Kabila. Il est désormais accusé de « haute trahison » par une opposition qui n’a pas réussi à faire échec au prochain sommet de la francophonie et le Premier Ministre Matata Mponyo qui veut créer une nouvelle armée et lutter contre la corruption est le dernier à pouvoir sauver la mise. La seule « chance » de ces deux présidents qui accomplissent chacun leur deuxième et en principe dernier mandat c’est que les « faiseurs de rois » ne leur ont pas –encore- trouvé de successeur…