26 octobre 2012

Le Dr Denis Mukwege échappe à la mort

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« Vivre, c’est relatif… Vaut-il la peine de vivre jusque 80 ans en voyant ce que je vois chaque jour… »Lundi dernier à Bruxelles, le Dr Denis Mukwege, médecin-chef de l’hôpital de Panzi à Bukavu, concluait par cette phrase désabusée une soirée-débat où, une fois de plus, il avait témoigné du sort des femmes du Kivu victimes de violences sexuelles et s’était interrogé sur l’impuissance de la communauté internationale.
Deux jours plus tard, soit jeudi soir, alors qu’il venait de rentrer à Bukavu, quatre hommes en civil, lourdement armés, le guettaient dans sa maison du quartier de Muhumba, commune d’Ibanda. Peu avant 18 heures, il avaient forcé la porte, menacé les deux filles du médecin et leur ami, les obligeant à se coucher sur le sol en attendant le retour de leur père. Trente minutes plus tard, alors que la voiture approchait, les deux hommes se mirent en position de tir et se dirigèrent vers la porte de la maison. C’est alors que la sentinelle se précipita vers le véhicule, hurlant au docteur qu’il était menacé. Le malheureux gardien fut abattu sur le champ. Quittant la maison, les tueurs s’approchèrent alors du Dr Mukwege, l’arrachèrent de sa voiture en prenant les clés du véhicule. Le médecin se jeta au sol, tentant d’échapper aux tirs. C’est de justesse qu’il eut la vie sauve. En effet, les cris de la sentinelle, le bruit du coup de feu avaient alerté le quartier et les voisins se précipitèrent sur les lieux. Les deux assaillants prirent alors la fuite dans le 4X4 de leur victime et l’ abandonnèrent peu après pour un autre véhicule après y avoir mis le feu.
Sous le choc, le Docteur Mukwege appela alors ses amis et collègues de Bruxelles, qu’il avait quitté la veille, en particulier Louis Michel. Ce dernier poussa la Monusco à dépêcher vers Ibanda des équipes de protection tandis que le gouverneur du Sud Kivu, Marcellin Cishambo, s’activait de son côté. Dans les heures qui suivirent, les Casques bleus, qui n’avaient jamais accordé de protection particulière à un homme particulièrement menacé, s’affairèrent à prendre des photos des lieux du crime et à préparer des rapports.
Ce soir là, la sentinelle du Dr Mukwege ne fut pas la seule victime : des sources locales nous ont rapporté un autre assassinat dans le quartier populaire de Kadutu tandis que plus au sud, la ville d’Uvira, voisine du Burundi, était déclarée ville morte à cause de l’insécurité.
Si l’on ignore l’identité des tueurs en civil, équipés d’armes de guerre, la population du Sud Kivu redoute d’être victime à son tour d’une stratégie de la tension, à l’instar de Goma, la capitale du Nord Kivu, endeuillée par une vague d’assassinats jusqu’à ce que les autorités se décident à fermer la frontière avec le Rwanda.
Les circonstances de l’agression, manquée de justesse, contre le Dr Mukwege rappellent la manière dont d’autres personnalités de premier plan furent assassinées à Bukavu, dont l’évêque Mgr Munzihirwa, qui avait dénoncé, lors de la première guerre du Congo, les menées d’intérêts étrangers désireux de prendre le contrôle des ressources du pays.
Le médecin-chef de l’hôpital de Panzi était, lui aussi, devenu de plus en plus précis dans sa dénonciation de la stratégie de la terreur, expliquant comment le viol est utilisé comme arme de guerre, pour démoraliser, humilier et finalement soumettre une population.
C’est que Denis Mukwege, gynécologue formé à Angers en France, estimait qu’il ne suffisait pas, inlassablement, de porter secours aux femmes détruites par les violences sexuelles, de les guérir de la fistule et de traiter leurs atroces blessures : il avait décidé d’utiliser sa notoriété, les nombreux prix internationaux ( Prix Olof Palme, prix de la Fondation Roi Baudouin, prix Jean Rey et bien d’autres) qui avaient couronné son action, pour prendre à témoin l’opinion internationale. Cette année encore, le Docteur Mukwege s’était adressé à l’Assemblée générale de l’ONU, il avait voyagé dans les pays scandinaves où son nom avait été cité pour le Prix Nobel, il avait été reçu en 2011 par le roi Albert II qui, dans une démarche tout à fait inhabituelle, s’était adressé personnellement au secrétaire général de l’ONU pour lui demander de prendre en compte le témoignage du médecin-chef de Panzi.
Le seul à n’avoir jamais reçu en audience particulière l’un des plus connus des Congolais est le président Kabila, qui, à plusieurs reprises, a cependant visité l’hôpital de Panzi et fait des dons privés à certaines de ses sections, dont la maternité, tout en refusant de se rendre dans les salles réservées aux femmes victimes de violences sexuelles. C’est que le Docteur Mukwege ne dérange pas seulement les voisins du Congo et en particulier le Rwanda, considéré comme la matrice de la violence qui déferle sur la région depuis 1994. Il dérange aussi le pouvoir de Kinshasa, qui, depuis les accords de paix conclus avec Kigali en 2009, aurait voulu faire croire que la région allait retrouver la paix et faisait preuve d’un optimisme que les populations locales ne partageaient guère.
La guerre menée aujourd’hui au Nord Kivu par les mutins du M23, soutenus par le Rwanda, les tentatives de déstabilisation du Sud Kivu, confirment, tragiquement, les mises en garde du Docteur Mukwege qui a failli être victime du fait d’avoir eu raison car il répercutait, lui, le cri de désespoir des victimes et non les impératifs de la raison d’Etat.

22 octobre 2012

Les morts oubliés du régime Kabila

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Le procès en appel de Floribert Chebeya doit reprendre cette semaine et la date du 23 octobre pourrait s’avérer décisive.
Sans que nul n’ose affirmer clairement qu’il entend faire pression sur les juges, il est évident que la médiatisation extrême du procès, dont les révélations de Paul Mwilambwe concernant l’implication supposée du président Kabila lui-même ne sont qu’un dernier exemple, amène à conclure que, s’ils veulent rendre crédible la procédure, les juges n’ont d’autre choix qu’inculper directement le général John Numbi qui était à l’époque chef de la police ! Comment examiner sereinement les faits dans un tel climat ?
Malheureux Floribert Chebeya ! Le zèle dont il fait l’objet, la récupération politique qui s’installe autour de sa mémoire ne risquent-elles pas de ternir l‘image de ce militant courageux et indépendant ? On finira par se demander quelles sont les raisons qui motivent réellement cette pressante sollicitude française, qui, en d’autres époques , ne s’est guère manifestée à propos du journaliste Norbert Zongo assassiné au Burkina Faso, parmi d’autres exemples…
En outre, la focalisation autour du procès Chebeya, que Thierry Michel a tout de même reçu l’autorisation de filmer, risque d’éclipser d’autres affaires, au moins aussi problématiques pour le pouvoir et qui n’ont jamais trouvé le début d’une élucidation ou d’un procès.
Parmi les « affaires étouffées » rappelons le cas de Claude Duvignaud, un sujet belge assassiné dans la nuit du 14 au 15 février 2007 à Beni. Jusqu’alors planteur de café, bien connu dans l’Est du Congo et dans le « Grand Nord », Duvignaud a été assassiné à son domicile alors qu’il venait de commencer à s’intéresser à l’exploitation minière.
La nuit de sa mort, sa sentinelle a été ligotée et jetée dans la piscine. Quant au responsable local de l’ANR qui avait entamé une enquète, il fut lui aussi assassiné. « Affaire hautement sensible » laissa entendre à l’époque l’ambassade de Belgique, qui n’intervint que très mollement…
Faut il parler des journalistes disparus, abattus à bout portant comme Serge Maheshe, rédacteur en chef de radio Okapi ou Déo Namujimbo, lui aussi journaliste onusien à Bukavu, du militant des droits de l’homme Pascal Kabungulu, d’Achille Paluku directeur de l’aviation civile à Bukavu, assassiné le 25 mars 2008 à Bukavu par ‘des hommes en uniforme » qui parlaient lingala…
Quant à Albert Prigogine-Ngezayo, grand défenseur des parcs naturels de l’Est du Congo, dont toute la famille est belge, qui était l’une des figures les plus connues et les plus populaires de Goma, il fut assassiné le 13 mars 2008 à Goma. Le crime fut commis dans l’un des lieux les plus « sécurisés » de la ville : en face du bureau des renseignements militaires, à proximité du Parquet de la République et non loin de la résidence officielle du gouverneur de la province. Un vendeur de journaux, témoin de la scène, qui aurait pu identifier les assaillants, a été liquidé sans délai…
Lors de ce qu’il faut bien appeler une exécution, aucun responsable des forces de sécurité n’est intervenu au moment des tirs. Un témoin affirme aujourd’hui qu’il aurait été recruté à l’époque par le commandant de la 8eme région militaire du Nord Kivu (aujourd’hui en charge des opérations au Sud Kivu) mais comment vérifier ses dires, comment le confronter avec d’autres récits et témoignages : malgré les efforts de la famille, aucun procès n’a encore été ouvert…

En matière de défense des droits de l’homme, Floribert Chebeya était le plus ancien, le plus courageux, le plus radical des militants. Mais il ne faudrait pas que l’ombre de ce baobab éclipse d’autres crimes, d’autres affaires non élucidées…
Si le Premier Ministre Matapa Mponyo veut récurer les écuries d’Augias, il devra avoir un long balai…

22 octobre 2012

Rwanda: barrage sans effet au Conseil de sécurité

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C’est sans succès que la diplomatie congolaise a tenté de s’opposer à l’élection du Rwanda comme membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, qui a finalement été acquise avec un vote de 148 voix sur un total de 193 pays membres : «le fait qu’un pays qui a été nommément cité par un rapport d’experts de l’ONU pour son implication directe dans la guerre à l’Est du Congo puisse accéder au Conseil de Sécurité, cela représente pour nous une violation de la Charte de l’ONU » a rappelé M. Matata Mponyo. Didier Reynders de son côté a expliqué que lors du vote à l’ONU, la Belgique désireuse de « marquer le coup », avait choisi de s’abstenir, abstention qui en bout de course a été comptabilisée comme une opposition. « Voir un pays être à ce point impliqué dans un dossier et siéger au Conseil de Sécurité, cela ne correspond pas à nos priorités » a conclu le ministre belge. Compte tenu du rapport onusien qui met également en cause l’Ouganda, les deux ministres éprouvent des doutes à l’égard d’une « force neutre » interafricaine et estiment que priorité doit être donnée au renforcement de la Mission des nations unies au Congo, qui représente « une alternative réaliste et crédible. »

22 octobre 2012

Le Premier Ministrre congolais invite Di Rupo à KInshasa

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Après le succès mitigé du sommet de la francophonie et les critiques formulées par le président François Hollande, Kinshasa compte ses amis en Europe et fait monter en ligne ses meilleurs cavaliers, parmi lesquels le Premier Ministre Augustin Matata Ponyo Mapon, qui passe deux jours en Belgique avant de se rendre en Allemagne.
Chef de gouvernement depuis cinq mois, c’est à l’ancienne métropole que M. Matata a réservé sa première sortie.
Il s’en explique en soulignant «la profondeur des liens historiques entre nos deux pays, mais aussi le fait que la RDC est particulièrement satisfaite de la position adoptée par la Belgique à propos de la crise dans l’Est du pays et de la rébellion du M23. »
Sans surprise, c’est au Ministre des Affaires étrangères Didier Reynders que M. Matata a réservé son premier entretien : les deux hommes se connaissent et s’apprécient depuis le temps où ils étaient tous deux Ministres des Finances et parlaient le même langage, celui des réformes économiques, de la rigueur.
Des réformes, M. Matata les a multipliées depuis son entrée en fonction : « il faut que la croissance économique, qui atteint aujourd’hui les 7,2%, bénéficie à la population, mais il s’agît là d’une œuvre de longue durée. Dans un premier temps, nous avons stabilisé le cadre économique, les prix sont stables, le taux de change est bloqué. Nous avons aussi agi au niveau des salaires : désormais, ils sont payés le 15 de chaque mois et, dans le cas des fonctionnaires, sont réglés sur un compte bancaire. Cette « bancarisation » représente une véritable révolution, qui va être appliquée aussi au secteur privé. » Sa politique de rigueur ayant généré des recettes supplémentaires (tous les « robinets » ont été scellés…), le Premier Ministre a injecté de l’argent public dans plusieurs secteurs : « la micro finance étant une priorité, nous avons injecté 10 millions de dollars dans la Sofide, (société de financement des petites entreprises) 23 millions dans la réforme du secteur agricole, nous avons acquis des équipements médicaux permettant scanners et dialyses, acheté 200 bus pour la capitale. En outre, nous avons presque terminé la « réunification routière » qui va permettre de rejoindre toutes les capitales de province par voie terrestre. L’agriculture sera la première bénéficiaire de ce rétablissement du trafic routier… »Le Premier Ministre, qui rencontrera des opérateurs économiques belges, entend aussi convaincre ses interlocuteurs de l’amélioration du climat des affaires : « la croissance est de 7,2% en 2012 et devrait atteindre 8,2% en 2013 et nous croyons que le secteur privé devrait être le moteur de cette croissance, le Congo ayant adhéré à l’Organisation pour l’harmonisation du droit des affaires. »Au vu de cette embellie, « la Belgique et la RDC envisagent de mettre sur pied une commission bilatérale pour traiter des questions économiques, dont les investissements que les Belges pourraient réaliser en RDC ».
Le Premier Ministre ne s’émeut pas exagérément de l’attitude critique adoptée par François Hollande : « nous pensons qu’il n’a pas été suffisamment informé des avancées démocratiques dans notre pays, il a jugé le Congo à l’aune des droits de l’homme dans de vieux pays tels que la France et la Belgique, sans mesurer d’où nous venons. De toutes façons, poursuivre sur la voie des réformes, de la stabilisation, de l’Etat de droit c’est la meilleure des réponses à proposer au président Hollande. »
Jouissant visiblement de la confiance du chef de l’Etat, le Premier Ministre a été également chargé de réformer les services de sécurité et plus particulièrement l’armée : « c’est avec rigueur et professionnalisme que je veux m’impliquer dans la réforme du secteur de sécurité, procéder à de nouveaux recrutements militaires. Comment réussir le chantier économique et social si nous ne sécurisons pas nos frontières ? A propos de la guerre à l’Est, il est vrai que privilégions la solution politique ou diplomatique. Mais il est vrai aussi que rien n’est exclu, y compris une solution militaire, nous devons nous y préparer… »
Bruxelles et Kinshasa partagent en effet le même point de vue après la publication du dernier rapport des experts de l’ONU sur l’implication du Rwanda dans la guerre à l’Est. Preuve de ce beau fixe des relations bilatérales, M. Matata Ponyo sera reçu par le Premier Ministre Elio Di Rupo et il l’invitera à se rendre en visite officielle à Kinshasa, ce qui dissipera sans doute l’ombre d’une récente absence…

22 octobre 2012

Hollande aurait du lire le Petit Fûté

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Si, non content d’être poli, François Hollande avait été malin, il aurait, avant de quitter Paris pour le sommet de la francophonie, lu le dernier « Petit Fûté » consacré à Kinshasa et son grand frère consacré au Congo. Mais n’étant sans doute ni l’un ni l’autre, du moins pour ce qui concerne une Afrique qu’il ne connaît pas, le chef de l’Etat français a préféré limiter l’escale congolaise au strict minimum et adopter un comportement à la limite de la bienséance.
Gageons que s’il avait lu les deux guides précités, ces ouvrages auraient certainement éveillé sa curiosité, son désir d’en savoir plus et de palper personnellement les réalités de l’un des pays les plus fascinants d’Afrique. Il aurait découvert que la richesse économique (potentielle) n’est pas tout, que le Congo c’est aussi une nature luxuriante, des lacs, des fleuves, des forêts et surtout une extraordinaire diversité culturelle et ethnique. Le Congo c’est le pays où près de 400 groupes ethniques vivent ensemble, partagent le même sentiment d’unité nationale, la même musique, la même convivialité, la guerre à l’Est apparaissant comme un épiphénomène dont les causes ne sont pas intrinsèquement congolaises…
S’il avait été accompagné du Petit Fûté, dans sa déclinaison kinoise ou nationale, Hollande aurait pu prononcer quelques mots en lingala ou en swahili, aurait pu traverser la ville en nommant ses quartiers, il aurait compris l’évolution de l’architecture, mesuré la vitalité des arts populaires, la créativité des artisans, des artistes et des musiciens, saisi pourquoi Picasso et les surréalistes avaient trouvé en Afrique centrale leurs sources d’inspiration et mesuré les jalons du parcours vers la démocratie…
Répondant indirectement au président français, le Tunisien Moncef Marzouki, dans son discours au sommet de la francophonie, avait d’ailleurs tenu à rendre hommage au Congo de Patrice Lumumba, à ce message de liberté qui était parti des bords du fleuve et avait illuminé toute l’ Afrique.
Plus qu’un simple guide touristique, le « Petit Fûté » est aussi une introduction à l’histoire du Congo, il rappelle les heures douloureuses de la colonisation, de l’indépendance et présente les personnages qui ont marqué l’histoire du pays depuis un demi siècle, en débouchant sur l’actualité la plus immédiate et les chantiers de la modernisation.
Pour tout voyageur en partance un tel compagnon est indispensable par ses conseils pratiques, ses mots clés, ses itinéraires conseillés. Mais diplomates et chefs d’Etat auraient eux aussi intérêt à mettre ces ouvrages dans leurs bagages à main, afin, en débarquant, d’éviter les impairs et la suffisance et de se rendre compte qu’au-delà des difficultés de l’heure, ils ont la chance de découvrir un peuple debout, dynamique, un pays où l’avenir est ouvert…

14 octobre 2012

Francophoie: occasion manquée pour DI Rupo

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Alors qu’à l’Assemblée générale des Nations Unies, Elio Di Rupo a été écouté poliment par moins de dix personnes, à Kinshasa, les chefs d’Etat et de gouvernement qui se sont succédé à la tribune se sont adressés aux représentants de 70 pays, à des délégations venues des cinq continents, réunies par l’usage de la langue française mais aussi par l’attachement à des valeurs communes de démocratie, de droits de l’homme, de respect des identités culturelles de chacun. Des valeurs qui forment le socle de cette Belgique fédérale que le Premier Ministre incarne. Mais il n’était pas là pour les rappeler.
A Kinshasa, dans ce Congo qui émerge lentement des années de guerre et de désordre, où la population acquiert peu à peu une réelle culture démocratique (en dépit des dérapages, des durcissements et des écueils), la Belgique demeure une référence, elle garde un capital de sympathie et de respect dont peu d’anciennes puissances coloniales peuvent se prévaloir. Mais le Premier Ministre belge n’était pas aux côtés des Congolais lors de cette plus grande rencontre jamais tenue sur le sol de leur pays, une rencontre qui marque le retour de leur pays sur la scène internationale.
Le sommets de la francophonie, jadis voués aux questions institutionnelles, aux ronronnements diplomatiques, deviennent, de plus en plus, des lieux d’échange où l’on discute de gouvernance mondiale, où les partenaires abordent avec franchise des crises majeures et suggèrent des pistes de solution. Le rôle du français dans le monde, langue de la diversité culturelle, langue d’une Afrique émergente, a été réaffirmé. Dans le passé, aucun Premier Ministre belge –flamand-n’avait manqué le rendez vous. Mais le premier chef de gouvernement francophone depuis Edmond Leburton (à l’époque la francophonie n’existait pas encore…) avait renoncé à faire le voyage.
Certes, il y a Mons. Il y a Anvers. Mais l’absence de Di Rupo à Kinshasa, en dépit de la présence positive de Reynders et de Demotte pour la fédération Wallonie-Bruxelles représente, au minimum, une occasion manquée.

14 octobre 2012

Les points forts de la francophonie

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Le Mali : la francophonie soutient le principe d’une intervention militaire menée par les pays de la région mais prône aussi la négociation avec les forces politique maliennes.
Le Nord Kivu : des sanctions ciblées sont recommandées contre tous les responsables d’exactions ainsi que la poursuite en justice des criminels de guerre. Malgré les réserves du Rwanda, c’est une victoire pour Kinshasa.
Les droits de l’homme : leur importance a été réaffirmée, menant à des résolutions sur Madagascar, le Mali la Guinée Bissau (pour cause de trafic de drogue) qui sont suspendus de l’organisation. François Hollande en a fait le leitmotiv de sa visite, par son discours mais aussi par des gestes concrets, rencontrant la société civile et des membres de l’opposition politique dont Etienne Tshisekedi, qui n’a cependant pas été accompagné de ses « combattants » tenus à l’écart du centre ville par un fort dispositif policier.
Le « match » Hollande-Kabila : précédé par les critiques du président français qui dénonçait « des réalités inacceptables » l’entretien de trente minutes entre les deux hommes a été « franc et direct », le contact glacial. Mais à la fin du sommet, le président congolais ne s’est pas montré déstabilisé, assurant qu’il n’était pas « complexé » par le niveau de liberté, de démocratie, de droits de l’homme et qu’il pratiquait la démocratie « par conviction et non par contrainte ». De toutes façons, le seul fait que le sommet ait pu se dérouler à Kinshasa dans de bonnes conditions représente un exploit logistique et un succès politique.
La place de l’Afrique : l’Afrique ne représente pas seulement l’avenir de la langue française, ce « butin de guerre » des peuples jadis dominés, elle est aussi, d’après François Hollande, la « jeunesse du monde » et la francophonie soutient son exigence d’obtenir un siège au Conseil de Sécurité afin de combler ce qu’Abdou Diouf appelle « un déficit de démocratie » dans les relations internationales.

14 octobre 2012

Hollande snobe Kabila, Diouf recadre

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Rarement sommet de la francophonie fut plus improbable, plus controversé que celui de Kinshasa. Et pourtant, non seulement il a eu lieu, bénéficiant d’une organisation impeccable, d’un ordre quasi militaire qui a tenu à l’écart tous les manifestants éventuels, mais il s’est soldé par une réelle avancée pour l’organisation elle-même. En effet, rompant avec les grand messes consensuelles du passé, la francophonie s’est résolument affirmée comme acteur politique, réitérant ses valeurs de démocratie, de respect des droits de l’homme et proposant ses bons offices dans les situations de crise.
S’il a été répété que l’avenir de la langue française se trouvait en Afrique, c’est aussi l’Afrique qui a imposé à l’agenda deux crises aigües, la conquête du Nord du Mali par des groupes islamistes, et la guerre dans le Nord Est du Congo. Alors que le Conseil de Sécurité venait de donner son feu vert au déploiement d’une force internationale, François Hollande a réaffirmé sa « grande détermination » à lutter contre le terrorisme. L’instabilité provoquée par les trafiquants de drogue a d’ailleurs mené la francophonie à suspendre la Guinée Bissau, aux côtés de Madagascar et du Mali. Quant à la situation dans l’Est du Congo, le président Kabila, prenant ses hôtes à témoin, a dénoncé cette « guerre injuste, imposée par des forces négatives à la solde d’intérêts extérieurs » tandis que dans la salle, des « femmes en noir » rappelaient la souffrance des victimes. Si un consensus sur le Mali fut obtenu sans trop de débats, en revanche l’Est du Congo suscita une âpre bataille de procédure, le ministre rwandaise des Affaires étrangères Louise Mushikwabo luttant pied à pied pour imposer les « réserves » que son pays entendait émettre sur l’adoption de sanctions ciblées contre tous les responsables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité et sur la nécessité de les traduire en justice. Aux yeux de nombreux participants, ces « réserves » défendues avec tant de vigueur et dans un tel isolement apparurent aussi comme un aveu déguisé, même si jamais le Rwanda ne fut nommément cité, y compris par les intervenants congolais.
L’Afrique, c’est aussi le continent où les démocraties sont encore en chantier, où les droits de l’homme demeurent fragiles. Sur ce terrain, François Hollande, qui avait longuement hésité à faire le voyage, a posé des gestes forts, tenu des propos sans équivoque : après avoir donné satisfaction aux Congolais en rappelant le caractère « intangible » des frontières de leur pays, il plaça sa visite sous le signe des droits de l’homme, donnant le nom de Floribert Chebey à une médiathèque inaugurée à l’Institut français de Kinshasa, rencontrant des personnalités de l’opposition, dont Etienne Tshisekedi et des représentants d’ONG.
S’il ne dénonça pas comme «inacceptable » la situation au Congo, l’attitude de Hollande à l’égard du chef de l’Etat fut à la limite de la goujaterie : il remercia le « peuple congolais » pour son accueil, mais sans jamais s’adresser au président et il abrégea ostensiblement la poignée de mains avec son hôte. Alors que les deux hommes étaient assis côte à côte, on avait l’impression qu’un iceberg les séparait et c’est sans broncher qu’un Kabila granitique écouta le président tunisien Moncef Mazzouki évoquer en termes émouvants son « pélerinage » au pays de Patrice Lumumba. Avec diplomatie, le secrétaire général de la francophonie Abdou Diouf devait, in fine, recadrer les perspectives en mettant en cause « la politique de deux poids deux mesures deux discours, qui permet de dénoncer chez certains les manquements que l’on s’abstient de dénoncer chez d’autres au nom d’intérêts commerciaux et stratégiques. » En fin de mandat, Abdou Diouf, 77 ans, fut récompensé par le choix de Dakar comme rendez vous du prochain sommet.
Si l’Afrique n’est toujours pas présente au Conseil de sécurité, il est certain en revanche qu’elle domine désormais l’agenda de la francophonie, avec ses crises et ses espoirs.

12 octobre 2012

KInshasa commente François Hollande

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Kinshasa a joué la montre avant l’ouverture du 14eme sommet de la francophonie qui doit rassembler plus de 3000 délégués du 12 au 14 octobre. Partout s’affairent des peintres, des plombiers, des employés municipaux emportent les dernières charrettes de détritus et à l’aéroport, en dehors des voies balisées, les chaussures restent collées dans l’asphalte encore frais.
Sans aucun doute, la ville est méconnaissable avec ses larges avenues bien éclairées, ses trottoirs piétonniers, ses feux de signalisation, ses gratte ciels en construction… Mais les atours retrouvés de Kin la Belle sont déjà éclipsés par un coup de théâtre venu de Paris, où le président François Hollande, sans ménagements, a déclaré en présence du secrétaire général de l’ONU que « la situation en RDC est tout à fait inacceptable sur le plan des droits, de la démocratie et de l’acceptation de l’opposition. » Des propos aussitôt recadrés par le porte parole du gouvernement, Lambert Mende, qui a déclaré que « ces propos ne correspondaient à aucune réalité », invitant le président français à « compléter son information. »
Si cette réplique se veut mesurée, en coulisses, les réactions pourraient être beaucoup plus vives et dans la rue le débat va bon train : « avant même d’arriver, on insulte son hôte, cela ne se fait pas », dit Philippe, un vendeur de journaux, tandis qu’un jeune journaliste rappelle qu’à Kinshasa seulement il y a plus de 50 chaînes de télé dont la plupart sont hostiles à Kabila…
Par contre, les « parlementaires debout », qui commentent inlassablement les titres du jour sans avoir les moyens d’acheter un journal, se préparent à accompagner samedi le vieux leader qui devrait rencontrer le président français à la résidence de l’ambassadeur de France. Porte parole d’Etienne Tshisekedi, Albert Moleka a invité les « combattants » à accompagner pacifiquement le « président élu » en formant un cortège qui traversera la ville depuis Limete jusqu’aux rives du fleuve. Cette promenade de soutien donne déjà des sueurs froides à tout le monde : «nous redoutons les provocations, les débordements des services de sécurité, alors que déjà Limete est sous haute surveillance » nous déclare Moleka tandis que les autorités espèrent qu’en ces jours de sommet « fériés, chômés et payés » les citoyens décideront de rester chez eux et de ne pas gâcher la fête. On peut gager que la garde républicaine sera mobilisée pour canaliser les manifestants en amont et sans doute les empêcher d’atteindre le centre ville.

Sur le fond, comment expliquer la sortie de François Hollande ? Assurer que le président français serait « mal informé », qu’il ne connaît guère l’Afrique et encore moins la République démocratique du Congo, un pays qui ne fait pas partie du « pré carré » franco africain, que Kabila n’a pas donné satisfaction aux ambitions économiques de la France, en en particulier de la société Areva chargée de prospecter les ressources en uranium, est sans doute un peu court.
En réalité, si le président français, longtemps hésitant, s’est décidé à venir à Kinshasa, c’est parce qu’il a été talonné par l’Organisation internationale de la francophonie, pressé par les collègues africains de Kabila et finalement convaincu de l’importance que revêt le plus grand pays francophone d’Afrique. Mais Paris avait posé quelques conditions, assez modestes au demeurant : une réforme de la Commission électorale indépendante, la poursuite du procès en appel des assassins de Floribert Chebeya et l’examen des responsabilités de l’ex-chef de la police le général John Numbi, le rétablissement du visa de « résidence » accordé au cinéaste Thierry Michel. Sur aucun de ces points, satisfaction n’a été donnée : la réforme de la CENI n’est pas terminée, le procès Chebeya reprendra après le sommet de la francophonie et Thierry Michel attend toujours. A cela, Kinshasa répond que les diverses procédures sont en cours et ne peuvent entrer en collision avec l’agenda d’une rencontre internationale, attirant l’attention des « amis francophones » sur une priorité autrement plus dramatique : la guerre à l’Est, la perte de contrôle d’une partie du territoire, les centaines de milliers de déplacés. Sur ce point en effet, les Congolais remarquent avec amertume que la France se montre singulièrement discrète, s’abstenant de toute mise en cause du Rwanda et de toute dénonciation des violations des droits de l’homme commises par les mutins du M23, même si François Hollande a dénoncé l’ « agression » sur la frontière du Kivu.
Au-delà de ces polémiques, il est certain que l’atmosphère se tend : sous les parures de la fête et les sourires de l’accueil, on devine la poigne d’un régime fragilisé, qui n’entend permettre aucun débordement. La classe politique est la première à en faire les frais : Jean Chalupa, un député élu en 2006, passé à l’opposition en 2011 aux côtés de Tshisekedi, vient d’écoper de quatre années de prison ferme, au motif que la nationalité de ce « Congolais blanc » aurait été usurpée. Une accusation qui, si elle était appliquée à tous, éclaircirait les rangs de la classe politique où nombreux sont les détenteurs de passeports étrangers…

12 octobre 2012

Francophonie: quelques chiffres

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Depuis la création à Niamey (Niger) de l’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT) et la réunion, en 1986, du premier sommet à Versailles, la francophonie, devenue OIF (Organisation internationale de la francophonie) s’est enrichie et diversifiée : elle rassemble, sous la bannière de la langue française, des journalistes, une communauté de radios publiques, une conférence des ministres de l’éducation ; elle associe des universités, des parlementaires, des ministres de la justice, organise des jeux et des prix littéraires. Elle s’est aussi élargie à des pays n’ayant qu’ « en partage » l’usage du français, comme le Vietnam, l’Egypte, l’Arménie, la Bulgarie.
La francophonie représente 220 millions de personnes, dont 72 millions de locuteurs partiels et le français, présent sur cinq continents, est la 9eme langue la plus parlée.
L’avenir du français est en Afrique, avec 96,2 millions de francophones, dont 60 millions en République démocratique du Congo.
TV5 monde est le deuxième réseau international de télévision, diffusé dans 200 pays etterritoires.