7 octobre 2012

Adieu l’enfer, ou la face cachée de la réalité congolaise

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Un film de Marlène Rabaud et Arnaud Zajtman

Marc-Antoine Vumilla est un acteur politique déterminé, un observateur lucide du microcosme politique congolais, il rêve d’écrire et, en attendant, il manie la caméra. Mais surtout, il a été condamné à mort dans le cadre du procès des assassins de Laurent-Désiré Kabila, -une tragédie à laquelle il affirme être complètement étranger- et il a purgé dix ans de peine dans la prison de Makala, avant de réussir à s’échapper, déguisé en femme !
Son histoire est rocambolesque, elle ne pouvait arriver que dans un pays tel que le Congo : le journaliste Arnaud Zajtman ayant réussi à lui transmettre une petite caméra, cachée dans une Bible, Vumilla, détenu, a filmé l’intérieur du centre de détention.
Ses images, son évocation des lieux, auraient pu être ramenés de bien des prisons africaines, des lieux d’immense misère morale et physique, où des comités de détenus assurent la police intérieure, où l’ordinaire se compose de haricots secs, de mauvais traitements, de conditions de vie éprouvantes. L’intérêt du film est que Vumilla enregistre tout cela, livre ses propres commentaires, évidemment hostiles au pouvoir, rappelle, comme Zajtman l’avait déjà démontré dans un film antérieur, que le procès des assassins de L.D. Kabila a surtout mené à la comparution d’innocents ou de second couteaux et que les véritables commanditaires et exécutants du crime se trouvent toujours en liberté…Les images du grimage du détenu en femme, la manière dont il échappe à la vigilance de ses gardiens sont des morceaux d’anthologie burlesque. Mais tant qu’à utiliser une caméra cachée, on aurait voulu voir et savoir plus, par exemple suivre une déclaration de Nono Lutula, qui fut conseiller spécial de L.D. Kabila, chargé de sa sécurité et qui, très malade, risque de mourir en prison sans avoir livré ses secrets…Le film dévoile certes une « face cachée » du pouvoir au Congo, mais il ne surprend guère et aurait, hélas, pu être tourné dans la plupart des capitales du continent. Ce qui étonnera toujours par contre, c’est le fait que des détenus puissent réceptionner une caméra puis s’évader, qu’un procès comme celui de Chebeya puisse être filmé en direct avec de multiples gros plans sur tous les protagonistes… Une face cachée du pouvoir, certainement, mais qui se laisse dévoiler sans trop de difficultés.
A l’heure où Kinshasa accueille le sommet de la francophonie, c’est cette face là du Congo que Arte a choisi de montrer, histoire de rappeler que même dans les plus belles fêtes de famille, il reste du linge sale…