7 novembre 2012

Notre Dame du Nil: Une Rwandaise remporte le Renaudot

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Selon leurs propres dires, les jurés du Renaudot tournaient en rond, hésitant entre deux valeurs sûres, Philippe Dijan et Valessis Alexakis. Soudain, Jean-Marie Le Clezio, le premier à regarder au-delà de l’Hexagone, le plus sensible à d’autres cultures, lança le nom de Scholastique Mukasonga et de son dernier ouvrage « Notre Dame du Nil ». Un livre publié, comme ses romans précédents, par Gallimard, dans une collection –curieusement- réservée aux auteurs d’origine africaine, « Continents noirs. Avec six voix au dernier tour de scrutin, Scholastique Mukasonga, née en 1956 au Rwanda, a été la première surprise de ce verdict : « je croyais que c’était une blague »…
Il est vrai que « Notre Dame du Nil » tranche sur la plupart des romans ou des témoignages personnels, écrits à la suite du génocide de 1994 au Rwanda. Ici, l’action se situe bien avant le déchaînement de la violence, dans l’atmosphère feutrée d’un couvent pour jeunes filles de bonne famille, installé en un lieu idyllique, sur la crête qui sépare les bassins du Nil et du Congo. Au cœur de la géographie africaine. Sur l’épicentre des sentiments. L’institution, imaginaire mais tellement plausible, est censée préserver ces âmes pures des passions qui couvent dans le pays. En réalité, derrière les hauts murs, c’est un huis clos qui se joue : la méfiance couve entre les étudiantes d’origine hutue, dont les parents appartiennent à l’ethnie alors dirigeante et les très rares filles d’origine tutsi, qui sont tout juste tolérées et auxquelles, à tout moment leurs compagnes font sentir qu’elle sont des intruses, des ennemies potentielles. Le style est lisse, volontairement retenu, précis, jamais dénonciateur. Les phrases brèves mènent inéluctablement vers le drame. Rien n’est explicité, mais aucun des facteurs qui mèneront au génocide des Tutsis n’est omis : la haine fondée sur la rivalité et la jalousie, l’hypocrisie des enseignantes, la trouble attirance d’un vieil aristocrate européen pour des jeunes filles trop belles, la violence qui rode et finira par l’emporter. Ce livre démontre, magistralement, à quel point le génocide des Tutsis n’était pas un phénomène « spontané » voire « improvisé » mais la fatale résultante d’une longue pédagogie de la haine et de l’exclusion…