30 novembre 2012

Goma en cinq questions

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1. Quelle est la situation sur le terrain ? Pressées de quitter Goma après l’ultimatum formulé à Kampala par les présidents de la région, les forces militaires du M23 devraient avoir quitté Goma ce week end. Elles y sont poussées aussi par le débarquement de 500 policiers congolais, arrivés par bateau, par le prochain redéploiement d’unités des forces gouvernementales et aussi par la perspective d’une arrivée prochaine des premiers éléments de la « force neutre » africaine, soit 800 militaires tanzaniens appuyés par une logistique sud africaine. Ce retrait s’accompagne de pillages massifs : bâtiments officiels vidés de leurs ordinateurs, maisons des autorités de l’Etat pillées, véhicules, qu’ils appartiennent à des particuliers ou des administrations emportés. Lorsque le propriétaire refuse, il est menacé de mort, lorsque la clé manque, une rafale dans le moteur paralyse l’engin. Assiégée par les pillards, la Banque centrale a résisté : des sacs ont été emportés mais le coffre n’a finalement pas pu être forcé. Selon des témoins, les biens pillés ont été emmenés vers Kibumba, au nord de Goma et mis en lieu sûr au Rwanda tandis que des jeunes gens, venus de Gisenyi, ont traversé la frontière pour « se servir ».
2. Le retrait de Goma signifie-t-il un échec pour le M23 ? Alors que les militaires du mouvement ont obéi aux ordres venus de Kigali et de Kampala, l’aile politique a voulu pousser l’avantage, récupérer les griefs de l’opposition pour élargir sa base et susciter des ralliements, remettre en cause le chef de l’Etat. La prochaine négociation avec Kinshasa portera sans doute sur des questions de grades et d’affectations militaires, l’ « armée dans l’armée » restera en place pour quelque temps encore mais les acquis risquent de peser moins lourd que les blâmes : même les Tutsis congolais n’ont pas été unanimes à suivre le mouvement et la région l’a désavoué ; quant à l’opinion congolaise, même si elle se montre critique à l’encontre du président, elle n’a pas pour autant soutenu les rebelles.
3. Quel fut le rôle de la communauté internationale ? Sans avoir pu empêcher la chute infamante de Goma, elle n’est pas restée inactive. Du côté occidental, même les Britanniques ont suspendu leur aide au Rwanda, Hillary Clinton a eu des mots de blâme très durs, la France a rédigé les résolutions du Conseil de sécurité, amendées par l’américaine Susan Rice. Quant à la Belgique, elle s’est payée de mots, mais n’a rien entrepris de concret pour peser sur les évènements, réussissant à la fois à mécontenter le Rwanda et à décevoir Kinshasa. Par contre, les pays africains voisins du Congo ont déployé une activité intense : cinq réunions de chefs d’Etat à Kampala, préparation d’une force neutre dont la Tanzanie prendra la tête, pressions multiples de la diplomatie parallèle assorties de la menace d’une internationalisation du conflit, qui aurait vu débarquer à Goma Angolais et Tanzaniens. Quant à la Monusco, elle n’a empêché ni la chute de Goma ni les pillages mais l’engagement de ses hélicoptères de combat a été plus « robuste » que par le passé et des vols de reconnaissance surveillent désormais le M23.
4. Le président Kabila sort-il affaibli ou renforcé ? La défaite de son armée, minée par les trahisons à tous les niveaux, -malgré la performance de certains bataillons- a considérablement affaibli le chef de l’Etat, qui a même été soupçonné de complicité avec les rebelles via son chef d’Etat major, Amisi Tango Fort, qui a fini par être suspendu. La crise a révélé aussi l’ampleur des critiques à l’encontre du président, son manque de charisme, les défauts de sa gouvernance, les multiples affaires non résolues. Cette décrébibilisation a été accélérée par le travail de sape mené par les rebelles et leurs alliés rwandais, qui ont répandu des accusations fausses, soudoyé des groupes armés au Kivu et dans d’autres provinces, tenté de séduire des personnalités de l’opposition. Cependant, Joseph Kabila en a vu d’autres : s’il a reculé, -comme il l’a déjà fait maintes fois- c’est aussi pour mieux se remettre en piste, même si ses atouts s’inscrivent en négatif : aucun successeur possible ne se distingue au sein de la classe politique, les pays africains, dans leur grande majorité, le soutiennent et ne remettent pas en cause le résultat des élections. Quant au Rwanda et à l’Ouganda, s’ils veulent affaiblir Kabila pour extorquer des concessions et l’empêcher de restaurer la pleine souveraineté de l’Etat au Kivu, ils ont désavoué les rebelles qui rêvaient d’aller jusqu’à Kinshasa imposer un changement de régime. L’homme a reçu des coups certes, il a été mis dans les cordes, mais même KO, il est resté debout.
5. Le Rwanda a-t-il gagné quelque chose ? A court terme, les alliés du M23 obtiendront quelques concessions au Kivu : le glacis sécuritaire se maintiendra, l’accès aux ressources aussi, le retour des réfugiés congolais présents au Rwanda (vrais ou faux) pourrait s’accélérer, l’impunité sera préservée. Mais à terme, l’image du pays est ternie, les manœuvres ont été déjouées et les mensonges éventés, les yeux des amis occidentaux se dessillent en dépit des succès économiques. Certes, les Africains ont porté le Rwanda au Conseil de sécurité mais les illusions se sont évanouies et à l’intérieur du Congo, il faudra à nouveau des années d’effort pour effacer le souvenir de l’agression et de l’humiliation et restaurer un minimum de confiance.