30 décembre 2012

Pourquoi il sera difficile de “sauver le soldat Bozizé”

Catégorie Non classé

En position de force, les rebelles centrafricains demandent désormais le départ du président François Bozizé et n’excluent plus de s’emparer de Bangui. Dans la capitale, les habitants, terrés chez eux, espèrent que le président de l’Union africaine, M. Boni Yayi, arrivé sur les lieux, réussira à instaurer un dialogue entre le président et les rebelles du Séléka, une coalition de mouvements d’opposition, essentiellement issus du Nord du pays. Alors qu’ils ont plutôt la réputation de recruter des enfants-soldats et des « coupeurs de route », -ces bandes armées qui entretiennent l’insécurité dans la région-, les hommes du Séléka se sont mesurés avec beaucoup de professionnalisme et de pugnacité à des forces gouvernementales faibles. En outre, alors qu’en 2003, le président Bozizé avait conquis le pouvoir avec l’appui de forces tchadiennes et l’assentiment de la France, il n’a pu, cette fois, compter ni sur le soutien du président du Tchad, Idriss Deby ni sur celui de la France. Même si Paris a envoyé une centaine d’hommes en renfort, c’est en précisant qu’ils avaient pour seule mission de protéger les quelque 120 ressortissants français sur place.
Ancien directeur de Jeune Afrique, le journaliste et politologue Jean-Louis Gouraud connaît bien la Centrafrique et il estime que le président François Bozizé « n’a jamais eu réellement sa chance » : « lorsqu’il est arrivé au pouvoir en 2003, il a trouvé un pays ruiné par les régimes précédents, l’ « empereur » Bokassa, le général Kolingba, son précédesseur Ange-Félix Patassé, ce dernier ayant été défendu par les milices de Jean-Pierre Bemba et soutenu par le colonel Kadhafi. Alors que les caisses étaient vides, que fonctionnaires et militaires n’avaient plus été payés depuis des années, les Européens, Français et Belges en tête, exigeaient, avant tout soutien budgétaire, l’organisation d’élections générales.
Bozizé a alors remporté deux scrutins successifs, il a négocié avec les groupes armés mais il a aussi demandé l’aide de la Chine, qui lui a consenti certains crédits. IL fut alors soupçonné de vouloir confier à la Chine l’exploitation des mines d’uranium, alors que la société française Areva, très présente sur le dossier, estimait que la demande mondiale n’était pas suffisante pour réaliser des investissements en Centrafrique. »
En dépit des circonstances atténuantes, Gouraud reconnaît les échecs du régime : « faute de moyens, l’administration n’a jamais été réellement remise en route, le bois tropical a continué à être exporté illégalement via le Cameroun, le diamant sort toujours en fraude. Et les hommes de l’Ougandais Joseph Kony, chef de l’Armée de libération du Seigneur, opèrent sans être inquiétés… » Avec réalisme, l’analyste français assure que : «même si le président a été élu par deux fois, et que l’arrivée à Bangui des rebelles risque de se traduire par la pagaille sinon par un bain de sang, la France n’est pas disposée à s’engager pour « sauver le soldat Bozizé ». La Centrafrique, ce n’est pas la Côte d’Ivoire, il y a moins d’intérêts en jeu… »
C’est au Congo Kinshasa, de l’autre côté du fleuve Oubangui, que l’évolution de la situation est suivie avec le plus d’intérêt. L’opposition congolaise accuse le président Kabila d’avoir envoyé à Bangui des éléments de la garde présidentielle. Gouraud rappelle que « avant 2001 déjà, Bozizé, opposant à Patassé, avait bénéficié de l’appui de Laurent-Désiré Kabila, il a ensuite été soutenu par son fils Joseph car il s’opposait aux hommes de Jean-Pierre Bemba… »
Si Bangui tombait aujourd’hui aux mains de rebelles étrangement bien armés et bien organisés, dont les revendications ressemblent à s’y méprendre à celles du M23 (respect de différents accords de paix) Kinshasa, via le fleuve, pourrait être prise à revers par des éléments hostiles.

26 décembre 2012

Pourquoi le roi Albert II s’inquiète à propos de l’intégrité du Congo

Catégorie Non classé

Que le roi Albert II soit sensible aux souffrances du peuple congolais et qu’il admire le Dr Mukwege, qui soigne les femmes du Kivu victimes de violences sexuelles, ne représente pas une grande surprise. A plusieurs reprises, le roi des Belges avait déjà exprimé son intérêt personnel pour le Congo et rappelé discrètement aux Belges à quel point ce pays fait partie de son histoire et de son devoir de solidarité. lire la suite

19 décembre 2012

Obama appelle Kagame pour le mettre en garde

Catégorie Non classé

« Ca va aller…Même les plus pessimistes osent à nouveau respirer, Goma ne sera probablement pas attaquée… »
L’appel téléphonique du président Obama au chef de l’Etat rwandais Paul Kagame a rasséréné Goma, où la population redoutait un mouvement des forces rwandaises, sous prétexte d’une attaque imminente des miliciens hutus FDLR. De nouveaux combats auraient rendu difficile sinon impossible le déploiement de la « force neutre » composée de pays d’Afrique australe (Tanzanie, Zimbabwe, Afrique du Sud sinon Angola). Ce détachement de 800 hommes, sitôt qu’il sera à pied d’œuvre, aura pour mission de désarmer les « forces négatives » c’est à dire les miliciens hutus mais aussi les militaires mutins du M23 et il se chargera de surveiller la frontière entre le Congo et le Rwanda.
Sous l’influence de Susan Rice qui représentait son pays aux Nations unies et qui vient de renoncer à prendre la succession d’Hillary Clinton au département d’Etat, la diplomatie américaine s’était jusqu’à présent montrée très circonspecte, refusant d’évoquer explicitement la responsabilité rwandaise dans la déstabilisation de l’Est du Congo. L’appel du président Obama vient de briser cette omerta : selon un communiqué de la Maison Blanche, le chef de l’Etat a mis en garde son homologue rwandais contre « tout soutien au groupe rebelle M23, incompatible avec le désir de paix et de stabilité du Rwanda ». Les deux hommes ont aussi discuté des problèmes de gouvernance en République démocratique du Congo au Congo et le président Obama, prenant sans doute Paul Kagame au mot, a salué son engagement « à promouvoir la recherche d’une solution pacifique dans l’Est de la RDC. » et il a lancé un appel en faveur d’un accord politique, adressant le même message à Joseph Kabila.
Entre les lignes et au delà des formules de politesse, le message d’Obama représente un tournant dans la politique américaine, puisque Kigali se voit directement interpellé, sinon mis en garde, à quelques heures peut-être de nouveaux bouleversements dramatiques qui avaient déjà plongé Goma en état de psychose.
Didier Reynders, en voyage au Koweit, ne s’y est pas trompé : il a qualifié d’ « important » l’engagement du président Obama dans le dossier, rappelant que toute solution passe aussi par la restauration de l’Etat de droit en RDC et par la « transparence » de la frontière entre le Rwanda et l’Ouganda.
A Kampala aussi, les négociateurs ont compris que la donne avait changé : alors que, les jours précédents, les porte parole du M23 avaient haussé leur niveau d’exigence, allant jusqu’à revendiquer l’administration de la ville de Goma et mettre en cause le président Kabila, ils ont choisi mercredi de suspendre les pourparlers avec la délégation gouvernementale. De leur côté, les représentants de Kinshasa s’étaient plaints du climat de peur et d’insécurité régnant à Goma, l’attribuant à des actions de propagande menées par les rebelles. Ils avaient aussi rappelé le dernier incident en date : après avoir volé un million de dollars dans un fourgon de la banque BIAC, des inconnus ont traversé avec leur butin la frontière rwandaise avec leur butin, laissant derrière eux un blessé et des armes.

18 décembre 2012

Psychose et compte à rebours à Goma

Catégorie Non classé

Alors qu’à Kampala, les négociateurs (gouvernement congolais et représentants du M23) ont décidé de prolonger leurs discussions jusqu’au 31 décembre mais qu’en réalité ils n’ont guère avancé, la ville de Goma connaît une véritable psychose. Tous les civils qui le peuvent vont s’installer dans des hôtels ou des appartements de la ville rwandaise jumelle de Gisenyi, ou, en beaucoup plus grand nombre, prennent d’assaut les vedettes se dirigeant vers Bukavu ou même la grande île d’Idjwi qui est réputée plus calme malgré la situation de quasi famine qui y règne à cause de la perturbation des approvisionnements.
Ces départs sont provoqués par des faits objectifs, mais aussi par des rumeurs et des incertitudes. Les faits objectifs ne manquent pas : au lieu de se replier à 20 km de la ville, comme convenu à Kampala, les rebelles du M23 se trouvent dans les faubourgs même de Goma, à Kibati, Murambi, Ruwindi. La société civile du Nord Kivu rapporte que le colonel M23 Baudouin Ngaruye commande des troupes qui se trouvent à Mudja, que les colonels Douglas et Kamanzi se trouveraient sur l’axe Munigi-aéroport tandis que Murambi, Joli Bois et le quartier Bujovu seraient infiltrés également. Ce non respect des accords a suscité la réunion en urgence à Kampala des chefs d’état major de trois pays, Rwanda, Ouganda et Congo.
En outre, l’insécurité règne dans la ville où l’on relate plusieurs braquages, dont des banques, des attaques à main armée ainsi que des assassinats, visant des civils mais aussi des policiers : le major de police Bertin Chirumana qui avait accompagné le premier déploiement de policiers après le départ des rebelles a été retrouvé criblé de balles, sa jeep calcinée. Selon le gouverneur de la ville, Julien Paluku, le suspect serait un ex-militaire ayant des liens avec le M23. Plusieurs habitants de Goma nous ont déclaré avoir reçu des appels téléphoniques anonymes leur conseillant de quitter les lieux avant une nouvelle attaque, et selon eux, le M23 entend ainsi signifier qu’il garde la capacité de reprendre Goma à tout moment. Un véhicule de la banque BIAC a également été attaqué et les dirigeants de certains établissements bancaires envisagent de quitter provisoirement Goma pour Gisenyi.
Quant aux rumeurs, elles se croisent elles aussi et il est bien difficile de les recouper. Les plus insistantes font état d’une mobilisation de l’armée rwandaise qui aurait concentré d’importants équipements militaires (artillerie, chars de combat) à Gisenyi et Ruhengeri, le long de la frontière congolaise ainsi qu’en face de Bukavu.
Si les troupes rwandaises se trouvent en état d’alerte, c’est parce qu’elles redouteraient une attaque imminente, qui pourrait être menée en territoire rwandais par les miliciens hutus FDLR. Ces derniers, profitant des troubles récents, se seraient à nouveau concentrés au Nord Kivu. Kigali assure qu’ils combattent aux côtés des forces gouvernementales, ce que dément l’état major congolais. Si elle devait se produire, une attaque des miliciens hutus serait évidemment présentée comme une justification du retour des troupes rwandaises en territoire congolais.
Cette exacerbation des tensions militaires et de la guerre psychologique s’explique aussi par une échéance bien réelle : il se confirme que la « force neutre », composée de plusieurs centaines de militaires tanzaniens disposant d’une logistique fournie par l’Afrique du Sud pourrait se déployer assez rapidement à Goma. Sa mission, qui lui a été fixée par la conférence des chefs d’Etats de la région lors du sommet de Kampala, serait, au minimum, de surveiller la frontière entre le Rwanda et le Congo afin d’empêcher toute infiltration et elle pourrait aussi tenter de paralyser le M23 décrit par les Nations unies comme une « force négative » -mais avec lequel des représentants de Kinshasa acceptent cependant de négocier à Kampala. Lors de leur dernière rencontre en Ouganda, les dirigeants des pays d’Afrique australe, soutenant officiellement le principe de la souveraineté du Congo sur l’ensemble de son territoire et de l’intangibilité de ses frontières, ont réaffirmé leur appui à Kinshasa et accéléré les préparatifs militaires. Des appareils sud africains chargés de matériel logistique ont déjà atterri à Goma. Officiellement, les représentants du Rwanda ont accepté le principe du déploiement d’une force neutre, mais on peut imaginer que la possible neutralisation du M23 ne fasse pas l’unanimité…
La psychose militaire a encore été accentuée par le discours solennel prononcé samedi dernier par le président Kabila devant l’Assemblée nationale et le Sénat dans lequel il a affirmé que « priorité serait donnée à la défense de la nation » et à la création « d’une armée dissuasive, nationale, apolitique et professionnelle » Pour la première fois, sortant d’une réserve qui lui a souvent été reprochée dans le passé, le chef de l’Etat a clairement dénoncé la « guerre d’agression » menée par le Rwanda allié aux insurgés du M23.
A Goma, le compte à rebours a désormais commencé…

13 décembre 2012

Congo: Susan Rice dans le collimateur

Catégorie Non classé

C’est un vieux diplomate, familier des débats au Conseil de Sécurité, qui l’affirme : « chaque fois qu’il s’agît de rédiger une résolution concernant la guerre à l’Est du Congo, dénonçant les appuis extérieurs apportés aux rebelles du M23, la même scène se reproduit : le représentant français au Conseil de Sécurité tient la plume et la représentante américaine, Susan Rice, intervient avec force pour adoucir le texte, évitant que le Rwanda soit explicitement nommé et mis en cause. »
Ce constat, partagé par des ONG influentes à Washington comme Human Rights Watch, risque de coûter cher à Susan Rice dont le nom est souvent cité pour succéder à la secrétaire d’Etat Hillary Clinton. Mme Rice, une diplomate noire américaine, peut certes compter sur le soutien personnel du président Obama, un ami de longue date, et sur une solide expérience des relations internationales. En effet, alors que, de 1992 à 1997 elle travaillait au Conseil national de sécurité, elle fit ses classes sous la houlette de Madeleine Albright, chef de la diplomatie américaine sous la présidence de Bil Clinton. C’est de là, assurent ses détracteurs, que lui vient son « biais pro-rwandais » qui l’a amené, ses derniers temps à prendre des positions de plus en plus controversées : elle a tenté de bloquer et a réussi à retarder la publication du premier rapport des experts de l’ONU décrivant, avec force détails, le soutien apporté par le Rwanda au rebelles congolais, elle a jusqu’à présent réussi à éviter que Kigali soit explicitement cité et blâmé par le Conseil de Sécurité, le communiqué du 20 novembre dernier se contentant d’exprimer sans autre précision « le profond souci qu’inspirent les appuis extérieurs apporté au mouvement ». D’après ses détracteurs, Mme Rice tenterait aussi de protéger des critiques le président Kagame lui-même, préservant ainsi l’ image du chef de l’Etat aux Etats-Unis.
Un article publié le 10 décembre par le New York Times va plus loin encore : la journaliste Hélène Cooper assure que Mme Rice, alors qu’elle travaillait pour la firme d’intelligence stratégique « Intelligency » en compagnie d’autres ex-membres du cabinet Clinton dont Anthony Lake, membre du Conseil national de sécurité et un ancien directeur de la CIA, aurait eu le président rwandais comme « client ». D’où le soupçon de conflit d’intérêt…
Cette polémique doit évidemment être interprétée dans le contexte politique actuel à Washington, où le président Obama, entamant son deuxième mandat, se prépare à changer quelques pièces maîtresses de son administration et, en particulier, à remplacer Hillary Clinton et Johnny Carson, secrétaire d’Etat adjoint. Ce dernier, comme Susan Rice, a toujours affirmé qu’il soutenait le principe de la « diplomatie tranquille » et que le Rwanda, étant considéré comme une « partie de la solution » dans la région, ne devait pas être attaqué de front.
Aux critiques sur sa politique rwandaise s’ajoute le fait que le caractère abrupt de Susan Rice ne lui vaut pas que des amis. Ses collègues lui reprochent aussi sa mauvaise appréciation de l’attentat de Benghazi en Libye, le 11 septembre dernier, qui a coûté la vie à l’ambassadeur américain Chistopher Stevens. Mme Rice, dans un premier temps, avait refusé d’y voir la main d’ Al Qaida.
Initialement considérée comme un atout, la longue implication de Susan Rice dans la politique africaine pourrait se retourner contre elle. En effet, en 1994, Madeleine Albright, à la tête du département d’Etat, ordonna aux diplomates américains de s’abstenir d’utiliser le terme « génocide » à propos du Rwanda, afin d’éviter aux Etats-Unis toute obligation d’intervenir pour stopper les massacres. Par la suite, Bill Clinton devait se rendre à Kigali et demander publiquement pardon pour cette abstention tandis que le Département d’Etat tout entier, y compris Mme Rice, développait à la fois un sentiment persistant de culpabilité et une grande estime personnelle à l’égard du président Kagame . Ce dernier, lors des deux guerres du Congo, fut même présenté comme le chef de file des « nouveaux leaders africains » et il fut assuré de l’appui du Département d’Etat et du Pentagone. Une perception qui est aujourd’hui sérieusement ébranlée.

11 décembre 2012

Mali: “trop tôt pour y vopir clair”

Catégorie Non classé

« La situation est très complexe, il est un peu trop tôt pour y voir clair… » Le Ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian a résumé ainsi, de manière lapidaire, les sentiments que suscite la nouvelle crise qui vient de surgir au Mali : alors qu’il avait été nommé à son poste par consensus, sous la pression internationale, le premier ministre malien, Cheick Modibo Diarra a annoncé sa démission et celle de son gouvernement. Quelques heures plus tôt, il avait été arrêté à son domicile par des militaires que l’on croyait sur la touche mais qui ont ainsi rappelé qu’ils avaient gardé la réalité du pouvoir : ils obéissaient au capitaine Amadou Haya Sanogo, chef de la junte qui en mars dernier, avait chassé du pouvoir le président Amani Touré, à quelques semaines des élections.
A l’époque, le putsch avait eu deux conséquences.
En premier lieu, il avait dévoilé le fait que la démocratie malienne, cependant citée en exemple en Occident, était fragile, masquant mal un système profondément corrompu, aussi impuissant face au trafic de drogue que face à la détérioration de la situation dans le Nord du pays. Unanimement blâmé à l’extérieur du pays et sommé de céder le pouvoir, le capitaine Sanogo avait même trouvé des soutiens au sein d’une population désabusée !
En outre, et surtout, le coup d’Etat de Bamako avait donné des ailes aux indépendantistes du Nord : rentrés de Libye dotés d’un arsenal important, les combattants touaregs avaient cru que le moment était venu de conquérir enfin l’indépendance de l’Azawad, dans le Nord du pays. Mais le MNLA (Mouvement pour la libération de l’Azawad) fut rapidement rejoint et dépassé par des groupes islamistes dont des membres d’Al Qaida, qui prirent le contrôle de Tombouctou et d’autres villes et instaurèrent la charia.
Depuis lors, France en tête, la communauté internationale prépare une opération militaire pour bouter les islamistes hors du désert malien, intervention approuvée par la Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et qui attend encore le feu vert de l’ONU. Il s’agirait de déployer une force africaine de 3.300 hommes dans le Nord du Mali et l’Union européenne a approuvé lundi l’envoi à Bamako d’une mission de 400 militaires, dont 250 formateurs qui seraient chargés de former et d’entraîner l’armée malienne.
C’est précisément là que le bât blesse : non seulement l’intervention militaire contre les islamistes est contrée par plusieurs pays de la région (le Burkina Faso et l’Algérie qui privilégient la négociation et tentent de susciter des divisions entre les combattants touaregs et leurs alliés islamistes) mais elle ne fait pas l’unanimité à Bamako. Soutenu par Washington et Paris, M. Modibo Diarra, un ingénieur de la Nasa plus familier de l’espace que des confins sahariens, avait sollicité une intervention militaire de la CEDEAO avec appui français, mais l’armée ne l’avait pas suivi.
En effet, le capitaine Sanogo, chef des putschistes, qui a conservé un ascendant certain au sein des troupes, estime, via son porte parole, que « l’armée malienne a les ressources nécessaires et la volonté d’aller libérer le pays ». Farouchement opposé à une intervention armée étrangère dans le Nord, ce capitaine de 40 ans estime, contre l’avis de tous les observateurs que l’armée malienne aurait la capacité, seule, de reconquérir les régions occupées, qui couvrent les deux-tiers du territoire malien.
Même si un successeur à M. Modibo Diarra est nommé sans tarder, la démonstration de force des ex-putschistes affaiblit plus encore l’autorité civile à Bamako et hypothèque le déploiement d’une force internationale qui n’aurait, de toutes manières, pas été opérationnelle avant septembre 2013.

11 décembre 2012

Goma Tombouctou: la paix introuvable

Catégorie Non classé

Même si les situations sont apparemment dissemblables, Goma et Tombouctou présentent cependant des points communs. Dans les deux cas, des revendications locales ont été exacerbées par la négligence du pouvoir central ; la corruption des autorités légitimes a créé le terreau favorable à la tentation du recours aux armes et au développement d’ambitions autonomistes ou indépendantistes. Dans les deux cas, des militaires en rupture de ban ont utilisé comme prétexte un malaise bien réel au sein de leur communauté pour obtenir l’appui de forces extérieures, des combattants islamistes dans le cas du Mali, des militaires rwandais -s’il faut en croire trois rapports de l’ONU et de nombreux témoignages oculaires, dans le cas du Nord Kivu.
Face à ces deux situations, très coûteuses en termes humains (application de la charia au Mali, déplacement d’un demi million de civils au Kivu) les Occidentaux multiplient résolutions et communiqués, mais, refusant d’intervenir en première ligne, ils se défaussent sur les organisations régionales tandis que l’Union africaine elle-même se retranche derrière les pays de la région.
Avec des résultats qui révèlent tant la faiblesse de ces organisations que les pressions qu’elles subissent. En effet, c’est à la CEDEAO (Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest) qu’a été attribuée la responsabilité de monter une force militaire africaine de 3.300 hommes, chargée de chasser du Nord Mali les islamistes étrangers, Français et autres Européens refusant de s’engager en première ligne. Jusqu’à présent, la CEDEAO, dont certains membres sont fortement influencés par la France, est divisée, elle manque de moyens et se heurte à l’hostilité d’une bonne partie de l’armée malienne. Quant au Nord Kivu, là aussi, l’Union africaine s’est défaussée sur une petite organisation régionale, la Conférence internationale pour la sécurité dans les Grands lacs (CIRGL) qui tente, depuis des mois, de mettre sur pied une « force neutre » de 4000 hommes, censés s’interposer sur la frontière entre le Congo et le Rwanda afin d’empêcher infiltrations et soutiens aux rebelles tandis que les Nations unies s’avèrent impuissantes et que l’Europe reste au balcon. Si au sein de la CEDEAO, la neutralité du médiateur, le président du Burkina Compaoré est souvent mise en cause et que l’influence de Paris est dénoncée, au sein de la CIRGL, il est clair que l’Ouganda (médiateur officiel !) et surtout le Rwanda jouent un double jeu.
Cependant, dans les deux cas, les enjeux sont d’importance et ils dépassent de loin le cadre régional : l’éclatement de l’Etat malien pourrait entraîner la désagrégation d’autres pays de la région et créer une zone de non droit dangereuse pour l’Europe elle-même tandis que le pourrissement de la situation au Nord Kivu pourrait déstabiliser le pouvoir de Kinshasa et entraîner des répercussions imprévues jusque Kigali. Pour l’Europe, la solidarité avec ces régions d’Afrique en péril ne doit pas se limiter à l’aide humanitaire, c’est aussi sur le plan politique qu’il y a urgence.

11 décembre 2012

Trois Congolais lauréats du prix Harubuntu

Catégorie Non classé

En kirundi, « Harubuntu » signifie : « ici, il y a de la valeur »…Lors de chaque sommet Africités, en présence de 5000 élus locaux africains, huit prix, des trophées de bronze réalisés par l’artiste congolais Lyiolo, sont remis à de simples citoyens porteurs d’un projet d’avenir. Cette année, trois personnalités congolaises exceptionnelles se sont retrouvées sur le podium, citées comme des exemples de courage quotidien, de capacité d’innovation et de générosité.
Père et mère mariés trop jeunes puis séparés, accusé par sa belle famille d’être un enfant-sorcier et jeté à la rue à l’âge de 7 ans, David Ollie, voici quelques semaines encore, était une figure connue de Kinshasa. Le jour, installé au cœur de la Gombe, il mendiait, visage collé sur les vitres des 4X4, portait les paquets des clients de Peloustore, surveillait les voitures en stationnement devant l’Ibizabar. La nuit, il dormait sur un carton d’emballage…Depuis longtemps, Ollie fait tout pour s’en sortir : il a fréquenté des cours d’enseignement professionnel, milité pour Jean-Pierre Bemba, tenté l’asile au Cameroun… Il a aussi créé l’ « association pour l’encadrement des jeunes et enfants de la rue au Congo » rassemblant, à Kinshasa seulement, 16.000 jeunes. A la suite d’une émission de télévision d’un producteur local, Jean-Marie Kassamba, la chance d’Ollie a tourné : passant un contrat avec son association, l’hôtel de ville a loué les services des enfants pour qu’ils maintiennent la propreté sur le boulevard du 30 juin. Désormais David, le « roi des débrouillards » , a sa page Facebook « shege.com » et à Dakar, sous les ovations, il a dédié ce prix à tous ses copains de la rue.
Quant à Jolly Kamuntu, 36 ans, elle n’a jamais regretté d’avoir mené de front des études de droit et la pratique du journalisme. Aujourd’hui directrice de radio Maendeleo,une radio communautaire e Bukavu, cette mère de trois enfants qui a suivi plusieurs formations spécialisées, couvre plus particulièrement les procès intentés aux auteurs de violences sexuelles et s’intéresse au fonctionnement des tribunaux militaires. Au Sud Kivu, son métier est particulièrement risqué : Serge Maheshe, Didace Namujimbo et Bruno Coco, trois de ses éminents confrères ont été assassiné, son prédécesseur à la tête de radio Maendeleo, Kizito, élu député national, a fait l’objet d’un complot. Elle même, voici trois ans, a été menacée de mort tandis que voici quelques semaines Solange Lusiku, (directrice du journal Le Souverain) recevait un message assurant que son nom allait être gravé dans la pierre…Malgré tout, Joëlle Kamuntu demeure optimiste : « au Congo, la liberté d’expression a pris racine, la population n’accepte plus qu’on la trompe et elle est capable de se mobiliser. Dans ce pays, on ne peut plus faire ou dire n’importe quoi, c’est pourquoi cela vaut la peine de poursuivre la lutte. »
Mouna Murbabazi Namegabe, originaire de Bukavu lui aussi, a le calme de ces hommes qui, chaque jour, font face à des situations dangereuses. Directeur du Bureau pour la protection de l’enfance (BVES) il accueille et ramène à la vie civile des centaines d’enfants qui ont quitté les groupes armés. A chaque fois que les Casques bleus de la Monusco, le Comité international de la Croix Rouge ou des ONG découvrent des mineurs d’âge au sein des groupes belligérants, ils font appel à Murhabazi. Ce dernier part alors en forêt avec ses équipes, pour tenter, non sans mal, de persuader les chefs de guerre de laisser partir leurs petits soldats. Garçons et filles (ces dernières étant parfois accompagnées d’enfants en bas âge) sont alors accueillis dans les centres du BVES. Leurs hardes sont brûlées en public, des psychologues, des enseignants essaient de donner à ces enfants perdus de nouvelles perspectives tandis que des enquêtes sont menées pour retrouver les familles et tenter la réinsertion des jeunes dans les communautés d’origine.
A Dakar, Murhabazi, très ému, a dédié son prix à toute la population congolaise, espérant que le prochain sommet Africités, cette vaste rencontre d’une Afrique de la base, puise un jour se tenir à Kinshasa…

9 décembre 2012

Africités, un sommet, un salon, un marché

Catégorie Non classé

L’Afrique des pouvoirs locaux s’est mise en marche

Dakar, envoyée spéciale,

Maria Helena Correia Langa est venue de Mandlakazi, une localité de la province de Manjacaze au Mozambique, voisine de la frontière sud africaine. « Durant longtemps, » assure-t-elle « la guerre, qui a immédiatement suivi la période coloniale, nous a empêché de progresser. Mais aujourd’hui que nous connaissons la paix et la sécurité, que les touristes se pressent sur nos plages, notre ville a besoin de tout : d’équipements modernes, de mobilier urbain, et surtout d’idées neuves… »
Vice présidente du réseau des femmes responsables municipales, Maria Helena ne perd pas une miette du sommet Africités : en route dès le matin, elle ne manque aucune des sessions qui se déroulent dans l’immense hôtel « King Fahd » construit en bord de mer avec des fonds saoudiens et elle participe activement à tous les débats, qu’il s’agisse des moyens de financer le développement des villes, d’appliquer les impôts fonciers, de viabiliser les bidonvilles, de créer des remblais pour protéger les zones inondables. Aussi bien lors des débats publics qu’à l’occasion d’échanges privés, Maria Helena prend des photos, ramasse de la documentation et surtout échange avec ses collègues projets d’avenir et cartes de visite.
Africités, qui a réuni à Dakar 5000 élus locaux venus de toute l’Afrique, est à la fois un sommet international où l’on discute des grands enjeux du continent (la guerre au Mali, les migrations, la démocratisation) une foire aux idées où les municipalistes partagent leurs préoccupations et leurs expériences de terrain, un vaste salon où l’on « socialise » dans les couloirs et les rencontres privées, un marché aussi, d’où l’on repart lesté d’idées et de prospectus.
Applaudi par ses collègues, le maire de Dakar Khalifa Sall s’est montré formel : « dans une ville, il y des règles à respecter. Nous ne sommes plus dans un « grand village africain », mais dans un monde où il y a des codes, où les habitants doivent accepter de payer pour l’eau, pour l’électricité, où l’on ne peut pas construire n’importe où et n’importe comment. » Sa collègue, la maire de Monrovia, ; embraie, avec les accents d’une énergique grand-mère : « il y a une majorité de jeunes dans nos villes. Moi, je leur enseigne la propreté, comme on le faisait au village. Je leur explique l’importance de l’hygiène, je leur dis que nous n’avons pas besoin des Blancs pour savoir cela. Et j’ajoute que les contrevenants auront des amendes et que, s’ils refusent de les payer, ils iront en prison. Mon idéal est simple : Monrovia doit devenir aussi propre que Kigali »
Comment créer des espaces publics ? Comment empêcher les gens de s’installer dans les zones marécageuses ? Comment créer des emplois pour les jeunes ? Comment persuader le gouvernement central d’attribuer aux pouvoirs locaux des moyens suffisants et comment, le cas échéant, dégager sur place les moyens d’une action planifiée ? Durant des jours, les élus locaux ont débattu de ces questions et de bien d’autres, démontrant le dynamisme de cette Afrique de la base, bien souvent ignorée de ceux qui se contentent de visiter les palais présidentiels. Jean-Pierre Elong Mbassi, cheville ouvrière d’Africités et secrétaire général du CGLUA (Cités et gouvernements locaux unis) se réjouit du succès de cette cinquième rencontre du mouvement municipaliste africain : « la colonisation a mené au dépeçage de l’Afrique, à la création d’Etats nations aux frontières inviolables, mais qui sont demeurés fragiles. La construction de l’Afrique par le haut, au départ des Etats, a bien souvent échoué, les frontières ont artificiellement dépecé les peuples et les communautés. Par contre, l’Afrique, au départ des territoires, des pouvoirs locaux, se reconstruit, elle redécouvre la richesse de sa diversité. La décentralisation est la clé du mouvement. Plus proches de leurs administrés, les pouvoirs locaux sont amenés à être les premiers acteurs du développement… »
Tous en conviennent désormais : la croissance des villes africaines est loin d’être terminée, la génération des « primo arrivants » qui venait tout droit du village cède la place à des jeunes de plus en plus formés, dynamiques, exigeants. C’est une bombe, et aussi un défi. Nicéphore Soglo, qui fut président du Bénin et aussi administrateur de la Banque Mondiale, ne considère pas qu’en acceptant « à la demande des femmes » de devenir maire de Cotonou il ait régressé : «c’est dans nos villes que l’Afrique amorce sa transition, qu’elle part à la conquête du monde… A Paris, nous n’envoyons pas que des éboueurs, il y a aussi des médecins, du personnel soignant, des nounous, des musiciens, des prêtres…Les institutions internationales avaient tout simplement oublié les villes dans leurs agendas de développement ! Désormais, cette réalité est incontournable… »
Le maire de Dakar entend bien brûler le calendrier fixé par ces mêmes institutions : « ce premier demi siècle d’indépendance a été marqué par trois décennies d’aide au développement, suivies par deux décennies d’ajustement structurel. Nous en sommes maintenant aux programmes dits de « réduction de la pauvreté »… Nous, c’est de la richesse que nous voulons créer, et nous en avons les moyens ; nos villes, ce sont aussi des marchés, nous pouvons lever des capitaux pour financer notre développement… »
Entre deux séances de travail, Maria Helena Correia a aussi fait son marché. En face du palais des Congrès, elle a visité le salon « Africités » où le nombre et la qualité des exposants démontraient combien les pouvoirs locaux africains sont aussi des clients à séduire : ils ont besoin de feux de signalisation, de pavages, de mobilier urbain, de systèmes d’adduction d’eau et de canalisations, de panneaux solaires. Signe des temps, ici aussi la concurrence s’annonce rude : à côté des partenaires traditionnels, les agences de l’ONU, les ONG et quelques coopérations européennes, de nouveaux intervenants ont déboulé sur le marché, les Chinois, mais aussi les Turcs, les Brésiliens, tous invités d’honneur, moins présents cependa nt que le Maroc, champion de la décentralisation, et qui partage volontiers son savoir faire et ses moyens avec les pays du Sud du Sahara.

6 décembre 2012

Kampala: comment parler … du non dit?

Catégorie Non classé

De quoi sera-t-il question à Kampala, lors des discussions entre les représentants congolais et ceux du M23 ? On peut déjà prévoir de beaux débats en perspective, car les revendications qui seront officiellement présentées soit ne valaient pas une guerre (plonge-t-on toute une région dans un coma de violence pour une obscure question de solde ou de grade ?) soit ne relèvent pas de la compétence d’un mouvement militaire rebelle, même s’il s’est doté d’une aile politique. Car si cela devait être le cas, le précédent serait dangereux pour plusieurs dirigeants de la région: si les représentants de Kinshasa doivent être amenés à discuter d’enjeux politiques avec les porte parole d’un groupe qui a été qualifié de « force négative » et compte dans ses rangs de nombreux criminels de guerre, pourquoi à l’avenir le Rwanda ne serait-t-il pas lui aussi contraint d’ouvrir un « dialogue interrwandais » avec ses propres « forces négatives », les porte parole politiques des FDLR, qui viennent encore de démontrer, lors de récentes attaques, leur capacité de nuisance ? Et le président Museveni ne pourrait-il pas être contraint de discuter gouvernance et lutte contre la corruption avec ses propres rebelles, les ADF Nalu ou même l’atroce Joseph Kony ?
En réalité, le dialogue de Kampala s’annonce difficile parce que ce qui pourra être négocié sera sans importance ou sans objet et que le « non dit », par définition, ne pourra être exprimé ouvertement. Comment discuter de l’indicible, comment débattre du dessous des cartes : l’amnistie des crimes de guerre, la mise à disposition des ressources économiques, le retour des réfugiés parmi lesquels nombre de personnes non identifiées, le maintien d’une sorte d’administration parallèle, d’une « armée dans l’armée », non sujette aux lois de la république, la création, au Nord Kivu et peut-être au Sud, d’une zone de souveraineté partagée, au mépris de toutes les règles internationales, les va et vient des FDLR dont le nombre gonfle ou diminue au fil des relations entre Kigali et Kinshasa ?

Par ailleurs, ce n’est pas parce que le M23 a quitté Goma que la situation s’est améliorée pour les habitants de la région. Selon des informations qui nous sont parvenues du terrain, les M23 sont toujours présents dans les environs de Goma, et jusque dans les banlieues de la ville, dotés de cartes d’électeurs qui leur tiennent lieu de cartes d’identité. En outre l’insécurité et la peur règnent sur toute la bande frontalière, depuis le Nord Kivu jusque Fizi, y compris Walungu, Kabare, Shabunda, Kalehe, Walikale, Masisi et dans la presqu’île de Bulenga, en face de Goma, la présence militaire effraie tout autant : chaque propriétaire de champ doit payer une chèvre et 12 bouteilles de bière Primus comme taxe de sécurité. Si les forces gouvernementales ne sont pas régulièrement payées, chacun redoute le retour des tracasseries…C’est ce qui s’appelle tomber de Charybde et Scylla…