30 décembre 2012

Pourquoi il sera difficile de “sauver le soldat Bozizé”

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En position de force, les rebelles centrafricains demandent désormais le départ du président François Bozizé et n’excluent plus de s’emparer de Bangui. Dans la capitale, les habitants, terrés chez eux, espèrent que le président de l’Union africaine, M. Boni Yayi, arrivé sur les lieux, réussira à instaurer un dialogue entre le président et les rebelles du Séléka, une coalition de mouvements d’opposition, essentiellement issus du Nord du pays. Alors qu’ils ont plutôt la réputation de recruter des enfants-soldats et des « coupeurs de route », -ces bandes armées qui entretiennent l’insécurité dans la région-, les hommes du Séléka se sont mesurés avec beaucoup de professionnalisme et de pugnacité à des forces gouvernementales faibles. En outre, alors qu’en 2003, le président Bozizé avait conquis le pouvoir avec l’appui de forces tchadiennes et l’assentiment de la France, il n’a pu, cette fois, compter ni sur le soutien du président du Tchad, Idriss Deby ni sur celui de la France. Même si Paris a envoyé une centaine d’hommes en renfort, c’est en précisant qu’ils avaient pour seule mission de protéger les quelque 120 ressortissants français sur place.
Ancien directeur de Jeune Afrique, le journaliste et politologue Jean-Louis Gouraud connaît bien la Centrafrique et il estime que le président François Bozizé « n’a jamais eu réellement sa chance » : « lorsqu’il est arrivé au pouvoir en 2003, il a trouvé un pays ruiné par les régimes précédents, l’ « empereur » Bokassa, le général Kolingba, son précédesseur Ange-Félix Patassé, ce dernier ayant été défendu par les milices de Jean-Pierre Bemba et soutenu par le colonel Kadhafi. Alors que les caisses étaient vides, que fonctionnaires et militaires n’avaient plus été payés depuis des années, les Européens, Français et Belges en tête, exigeaient, avant tout soutien budgétaire, l’organisation d’élections générales.
Bozizé a alors remporté deux scrutins successifs, il a négocié avec les groupes armés mais il a aussi demandé l’aide de la Chine, qui lui a consenti certains crédits. IL fut alors soupçonné de vouloir confier à la Chine l’exploitation des mines d’uranium, alors que la société française Areva, très présente sur le dossier, estimait que la demande mondiale n’était pas suffisante pour réaliser des investissements en Centrafrique. »
En dépit des circonstances atténuantes, Gouraud reconnaît les échecs du régime : « faute de moyens, l’administration n’a jamais été réellement remise en route, le bois tropical a continué à être exporté illégalement via le Cameroun, le diamant sort toujours en fraude. Et les hommes de l’Ougandais Joseph Kony, chef de l’Armée de libération du Seigneur, opèrent sans être inquiétés… » Avec réalisme, l’analyste français assure que : «même si le président a été élu par deux fois, et que l’arrivée à Bangui des rebelles risque de se traduire par la pagaille sinon par un bain de sang, la France n’est pas disposée à s’engager pour « sauver le soldat Bozizé ». La Centrafrique, ce n’est pas la Côte d’Ivoire, il y a moins d’intérêts en jeu… »
C’est au Congo Kinshasa, de l’autre côté du fleuve Oubangui, que l’évolution de la situation est suivie avec le plus d’intérêt. L’opposition congolaise accuse le président Kabila d’avoir envoyé à Bangui des éléments de la garde présidentielle. Gouraud rappelle que « avant 2001 déjà, Bozizé, opposant à Patassé, avait bénéficié de l’appui de Laurent-Désiré Kabila, il a ensuite été soutenu par son fils Joseph car il s’opposait aux hommes de Jean-Pierre Bemba… »
Si Bangui tombait aujourd’hui aux mains de rebelles étrangement bien armés et bien organisés, dont les revendications ressemblent à s’y méprendre à celles du M23 (respect de différents accords de paix) Kinshasa, via le fleuve, pourrait être prise à revers par des éléments hostiles.