31 janvier 2013

Eric Kikunda, compagnon d’infortune de Me Yangambi, saisit les autorités belges

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Citoyen belge d’origine congolaise, Eric Kikunda, après trois années passées en prison, s’est décidé à demander la protection de la Belgique et il a chargé Me Georges Henri Beauthier de le défendre. Il estime être une victime collatérale d’un complot policier» ourdi contre son ami l’avocat Firmin Yangambi qui a été condamné à 20 ans de prison par la Haute Cour militaire après avoir été d’abord condamné à mort.
Alors qu’il devait réceptionner un document concernant des contrats miniers douteux que lui adressaitYangambi, avocat à Kisangani, Eric Kikunda avait été arrêté sur le parking d’un supermarché de Kinshasa par des policiers qui avaient été prévenus du rendez-vous et l’attendaient. Il fut accusé d’avoir transporté des armes, en même temps que Benjamin Olangi, un étudiant parent de l’avocat. Les deux hommes étaient accompagnés d’un enfant de 2 ans et demi.
Quant à M<Yangambi, originaire de Kisangani, il s’était d’abord fait connaître par ses activités de défenseur des droits de l’homme puis envisagea de se présenter comme candidat à la présidence de la république, défiant ainsi le président Kabila, avec lequel il avait auparavant entretenu des liens d’amitié.
Les services de sécurité ne tardèrent pas à l’accuser de vouloir mettre sur pied un mouvement insurrectionnel et, comme Kikunda et Olangi, il fut arrêté en septembre 2009. Les trois hommes ont dénoncé les brutalités commises par des hommes que l’assassinat de Floribert Chebeya allait rendre tristement célèbres: l’inspecteur principal Daniel Mukalay, (actuellement incarcéré) le major Christian Ngoy (qui a pris la fuite après la mort du président de l’ONG Voix des sans Voix). Dans son arrêt rendu en appel, la Haute Cour militaire a d’ailleurs reconnu les actes de torture physique et morale commis par des officiers supérieurs de la police et des forces armées: bastonnades, coups de rosse sur la tête, simulacres de mise à mort et d’enterrement…
Comparaissant devant la Haute Cour militaire, les trois hommes ont dénoncé de nombreuses irrégularités de procédure et se sont pourvus en cassation devant la Cour suprême de justice. Les inculpés ont dénoncé l’absence de procès-verbal de constat, le refus des juges de faire comparaître des renseignants cités par les prévenus pour leur défense, d’avoir récusé le témoignage d’un colonel qui évoquait la possibilité d’un ]montage[ policier destiné à piéger Yangambi avec des armes pour pouvoir l’inculper de complot contre la sécurité de l’Etat…
Alors qu’il se trouvait à la Cour Suprême, le dossier des inculpés a disparu et l’avocat de ces derniers, MePeter Ngomo a fait l’objet de menaces téléphoniques. L’existence d’une «main noire» a été évoquée par les avocats de la défense, d’autant plus que lors d’une audience, le ministère public, par la voix du général Mukunto, a déclaré, s’adressant aux juges «<si vous acquittez ces messieurs, je vous enverrai à la retraite<
En désespoir de cause, Eric Kikunda, invoquant la loi de compétence universelle, veut porter plainte devant les tribunaux belges. Via l’ambassade, il a demandé la protection diplomatique de la Belgique, souhaitant, si c’est possible, être expulsé et retrouver ainsi la liberté. De son côté, M<Yngambi, qui mis à profit ses trois ans de détention pour écrire un livre, – sur son Blackberry<- a introduit séparément une demande de libération.

30 janvier 2013

Au nom des experts de l’ONU, Steve Hege se défend

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Le chercheur américain Steve Hege a dirigé le groupe d’experts nommés par l’ONU pour enquêter sur l’implication de pays étrangers, nommément le Rwanda et l’Ouganda, dans la politique de soutien au M23, le mouvement militaire qui a pris Goma en novembre puis s’en est retiré moyennant l’ouverture de négociations actuellement en cours à Kampala.
Les trois rapports publiés par le groupe d’experts ont jeté une lumière crue sur les soutiens extérieurs dont ont bénéficié les soldats rebelles. Ils ont aussi exposé les experts et en particulier le chef de leur groupe, à de vives critiques, tant à Kampala qu’à Kigali. Aujourd’hui que le groupe a terminé son travail et qu’une autre équipe va reprendre le flambeau, Steve Hege, avec l’approbation de ses collègues, a accepté de répondre aux questions du Soir.
Quelle est la qualification des experts membres du Groupe?
Le Groupe d’experts est composé de 6 membres, chacun nommé par le Secrétaire Général de l’ONU après une évaluation par le Secrétariat ainsi que les quinze pays membres du Conseil de sécurité. Les membres sont des enquêteurs et chercheurs indépendants avec une expérience technique dans les différents domaines spécifiques du mandat, c’est-à-dire les enquêtes sur l’approvisionnement en armes, le financement des groupes armés, le commerce des ressources naturelles, les violations graves des droits de l’homme, et les problématiques transfrontalières.
Basée à l’est de la RDC pendant son mandat, l’équipe dispose d’une connaissance approfondie de la région des Grands lacs, notamment des dynamiques régionales concernant les groupes armés étrangers ainsi que nationaux.
Durant notre mandat de 2011-2012, nous avons bénéficié d’une plus grande expérience, étant donné que cinq des six membres faisaient déjà partie du Groupe précédent. Dans mon cas par exemple, c’était mon troisième mandat. Ceux qui contestent aujourd’hui l’objectivité et la crédibilité du Groupe en 2012 doivent garder à l’esprit qu’à une exception près, il s’agit de la même équipe que l’année précédente, où de telles critiques n’avaient jamais été exprimées.

Quelle fut votre méthodologie pour enquêter sur l’implication des pays voisins, dont le Rwanda, dans le soutien du M23 (visites sur le terrain, entretiens, témoignages de première main etc…)

Comme il est expliqué dans l’annexe 2 de notre rapport final, nous avons adopté une méthodologie très rigoureuse et approuvée par le Conseil de sécurité. Avant tout, nous avons privilégié les informations recueillies auprès des témoins directs des évènements, qui sont le plus souvent des ex-combattants des groupes armés. Pour le cas du M23, nous avons notamment interrogé individuellement plus de cent anciens combattants du mouvement rebelle, dont 57 qui ont déclaré être des citoyens rwandais. Tous ont donné des témoignages détaillés sur le soutien du Rwanda aux rebelles.
Nous avons corroboré ces informations avec un réseau de plus d’une centaine d’autres sources notamment des leaders locaux, de commerçants, de simples paysans, d’ex-officiers de l’armée rwandaise, ainsi que des anciens officiers du CNDP qui maintiennent de nombreux contacts avec leurs amis et membres de leurs familles qui ont adhéré au M23. Nous avons aussi suivi de très près des réunions entre les différents groupes armés et mobilisateurs qui ont eu lieu au Rwanda (annexe 41), enquêté sur les transferts d’argent (annexe 34), les relevés d’appels effectués par des individus liés aux groupes armés (annexe 59), des enregistrements de communications radio entre les rebelles et des officiers de l’armée rwandaise (annexe 26), des déclarations officielles des détenus comme Roger Lumbala (annexe 45), des communications par emails et messages sms (annexe 42), des documents d’identification de soldats décédés au combat (annexe 18 &37) ainsi que des images satellitaires montrant très clairement les pistes reliant les quartiers généraux du M23 à des bases militaires rwandaises, ce qui corroborait parfaitement les témoignages des ex-combattants (annexe 6). En plus, comme complément aux informations recueillies sur le ravitaillement en armes par le Rwanda, nous avons documenté l’utilisation quotidienne par le M23 d’armes et équipements traditionnellement utilisés par l’armée rwandaise — notamment certaines armes lourdes et munitions qui ne peuvent pas provenir d’un détournement des stocks officiels de l’armée congolaises, parce qu’elles n’y figurent pas (annexe 17) — ainsi que des tenues militaires rwandaises fabriquées à Kigali (annexe 15).
En plus, à travers nos descentes fréquentes sur le terrain dans des zones contrôlées par les groupes armés nous avons été témoins nous-mêmes d’une coopération étroite entre les rebelles et les forces spéciales de l’armée rwandaise et de livraisons d’équipement militaire en provenance de l’extérieur.
Nous avons également développé nos propres sources actives au sein du M23 qui ont eux-mêmes reconnu le soutien du Rwanda à leur mouvement. En dépit des menaces physiques proférées contre nous et contre nos collaborateurs, nous avons effectué sept visites au Rwanda, souvent dans des localités importantes dans le cadre du recrutement de civils pour le M23, afin de corroborer les détails fournis par les ex-combattants notamment pour l’hôtel Bushokoro à Kinigi, qui non seulement correspondait parfaitement aux descriptions qui nous avaient été données mais qui a aussi été encerclé par des soldats de l’armée rwandaise pour la protection de ce site tellement important pour le M23 (annexe 19).
Finalement, nous avons confirmé nos informations avec des services de renseignements comme ceux de l’Ouganda, du Burundi, de pays occidentaux (annexe 22) ainsi que du gouvernement congolais, même si ce dernier a officiellement refusé de collaborer avec nos enquêtes dans l’élaboration de l’addendum du rapport intérimaire.

Le gouvernement rwandais vous accuse d’être un sympathisant des FDLR et un négationniste du génocide avec un agenda anti-Rwanda, Quelle est votre réponse sur ce point?
Le gouvernement rwandais a d’abord tenté de répondre à notre addendum sur ces violations de l’embargo sur les armes pour que nous le modifions. Ayant échoué, faute d’explications crédibles et convaincantes, le gouvernement a choisi de mener une campagne médiatique, diplomatique et juridique à notre encontre, pour discréditer les conclusions de nos enquêtes.
Nos détracteurs se sont principalement concentrés sur un document de discussion interne, où j’ai été cité comme le point de contact,-ce document a été mis sur internet par inadvertance-, et qui avait pour butd’analyser les réactions éventuelles des FDLR contre la population civile lors des opérations militaires prévuesau début de 2009, ainsi que de réfléchir aux modalités de démobilisation et de rapatriement définitifs des membres de ce groupe dans le contexte politique et historique de la région, y compris les massacres documentés par le rapport « mapping » de l’ONU, qui sont très importants pour comprendre l’idéologie interne des FDLR. Il n’y a rien dans ce document qui nie en aucune façon le génocide rwandais. En revanche, il se réfère directement à l’implication des certains commandants des FDLR dans le génocide.
Cet exercice d’analyse prospective ne concernait d’ailleurs pas uniquement les FDLR, mais aussi d’autres groupes armés à l’Est de la RDC, y compris le CNDP à l’époque, mais cela non plus ne veut pas dire que je défends leurs perspectives.
Tout au début des attaques contre moi, j’ai personnellement demandé que ce document soit retiré d’internet car, en tant que simple document de discussion interne, il n’avait pas vocation à être rendu public et les autres analyses sur les autres groupes armés n’ont d’ailleurs pas été publiées.
Le gouvernement rwandais est parfaitement au courant de mon objectivité en tant qu’enquêteur sur les groupes armés, notamment sur les FDLR. Lors des mandats précédents du Groupe d’experts auxquels j’ai participé en 2010 et 2011, nous avions d’ailleurs établi une bonne coopération avec les services de renseignements rwandais.
Ces derniers nous ont fourni de nombreux éléments d’information que nous avons par la suite tenté de confirmer avec d’autres sources indépendantes, surtout des ex-combattants des FDLR. Même si nos partenaires rwandais n’ont pas été tout-à-fait satisfaits de nos conclusions à propos de liens entre les FDLR et l’opposant Kayumba Nyamwasa en 2011, ils ont, à l’époque, respecté notre approche objective et impartiale qui s’appuie strictement sur les standards de preuve exigés par le Conseil de sécurité.
Par ailleurs, le Groupe d’experts, et moi-même en particulier, avons également coopéré avec les procureurs allemands dans les procès en cours contre l’ancien Président et vice-président des FDLR. En fait c’est dans une large mesure grâce aux efforts du Groupe d’experts pour exposer et documenter les réseaux d’appui externe aux FDLR que le mouvement rebelle se retrouve plus isolé et affaibli aujourd’hui que jamais, malgré ses efforts récents pour renaître dans le contexte actuel de la rébellion du M23.
De plus, avant de rejoindre le Groupe d’experts, en 2006 et 2007, j’ai travaillé comme officier de démobilisation de la MONUC, un poste pour lequel j’ai parcouru à pied à maintes reprises le fin fond des forêts des deux Kivu pour rencontrer des centaines de FDLR et tenter de les convaincre, avec un certain succès, de déposer les armes et de rentrer pacifiquement chez eux. Le gouvernement rwandais a pourtant utilisé ces accusations à mon égard comme un élément clé de sa défense et il a même payé certains officiers FDLR pour qu’ils donnent de faux témoignages, assurant que je leur aurais fourni des armes depuis quatre ans !
Bien que le gouvernement rwandais ait régulièrement exigé ma démission, aucun des membres du Comité de sanctions du Conseil de sécurité ne m’a posé la moindre question à propos de ma soi-disant « partialité ».
Le Rwanda nie absolument toute implication et affirme que vous ne lui avez pas donné un droit de réponse, ni considéré les explications et critiques de vos enquêtes rendues publiques en juillet. Que répondez vous à ces accusations ?

En réalité, nous avons donné au gouvernement rwandais plusieurs opportunités de répondre aux résultats de nos enquêtes. Ils ont refusé une première fois de nous recevoir lors d’une visite officielle à Kigali au mois de mai, en disant que notre présence au Rwanda n’avait rien à voir avec l’embargo sur les armes, un argument assez faible étant donné que l’embargo est la raison d’être-même du Groupe d’experts. Ensuite, lorsque le Comité des sanctions nous a demandé expressément de retarder la soumission de notre addendum au rapport intérimaire sur les violations rwandaises de l’embargo, la ministre rwandaise des affaires étrangères a refusé de me donner la moindre réponse quand je lui ai exposé nos conclusions. Quelques heures après notre rencontre, la ministre a pourtant déclaré, lors d’une conférence de presse, que personne n’avait partagé avec le Rwanda les résultats de nos enquêtes.
En ce qui concerne le démenti officiel écrit par le gouvernement rwandais, c’est un document que nous avons bien étudié et auquel nous avons répondu exhaustivement dans l’annexe 3 de notre rapport final. Nous avons eu l’occasion, lors d’une deuxième visite officielle à Kigali au mois de juillet, d’écouter les remarques du gouvernement rwandais, mais il nous a semblé que nos interlocuteurs cherchaient plus que toute autre chose à nous interroger pour connaître nos sources – qui doivent pourtant rester confidentielles selon la méthodologie du Groupe d’Experts.
Pour l’essentiel, les officiels du gouvernement ont essayé de nous convaincre que nous avions été en fait les victimes d’un grand complot ourdi par le gouvernement congolais et plus particulièrement par ses services de renseignement. En réalité, au début de nos enquêtes, c’est-à-dire entre février et début juin, les autorités congolaises ont tenté de nous bloquer l’accès à des informations sensibles sur l’implication du Rwanda, car elles cherchaient alors à résoudre le problème discrètement avec Kigali. Il n’est d’ailleurs pas non plus très logique que le gouvernement rwandais maintienne d’un côté que le Congo est un Etat en faillite, « un trou noir », et qu’il avance par ailleurs l’argument que ce même gouvernement serait efficace au point de pouvoir fabriquer les faux témoignages de plus d’une centaine d’ex-combattants du M23, sans compter également les centaines de sources locales et témoins directs de l’implication du Rwanda, tous éparpillés entre l’Ituri, le Nord Kivu et le Sud Kivu. Après le mois de juin, nous avons effectivement observé plus de coopération de la part du gouvernement congolais, mais les informations de source congolaise n’ont jamais été la base de nos enquêtes.
Concernant certains détails de l’explication fournie par le gouvernement rwandais, notamment sur les questions d’armement du M23 lors de notre visite à Kigali en juillet, le gouvernement nous a présenté de vieux AK-47 détruits comme la preuve qu’ils n’avaient pas fourni d’armes aux rebelles, y compris des obus de 75 mm. Lorsque que j’ai exprimé mon manque de compréhension à ce propos, le chef des renseignements militaires a répondu que les obus de 75 mm en question avaient été détruits depuis un certain temps, mais qu’ils n’étaient pas visibles car ils se trouvaient par hasard « en-dessous » des AK-47. Un mois plus tard, nous avons appris que le Rwanda a sollicité un appui technique pour détruire des obus de 75 mm etde 120 mm, du même type que ceux que les rebelles ont utilisé pour attaquer Goma.
Même après la reconnaissance officielle par le gouvernement rwandais du fait qu’il pourrait en effet y avoir eu des recrues du M23 en provenance du Rwanda, le gouvernement n’a pas effectué la moindre enquête à ce sujet. Lorsqu’aucune de nos conclusions n’a pu être réfutée, ils sont passés aux attaques personnelles contre nous. Depuis août, ils ont tout simplement refusé de nous rencontrer et de coopérer à nos enquêtes. Pendant cette période, nous n’avons fait qu’observer une augmentation du soutien et de l’emprise directe du gouvernement rwandais sur le M23, culminant avec la prise de Goma en novembre.
Quand est-ce que cette guerre du M23 a commencé à être préparée ? Et quels ont été les premiers signes de l’implication du Rwanda?
Dans notre rapport final de 2011, nous avions souligné le fait que des commandants ex-CNDP se préparaient déjà à un retour à la guerre, car ils s’attendaient à ce que les élections présidentielles soient très contestées. Non seulement Bosco Ntaganda plaçait ses hommes à des postes stratégiques au Nord et au Sud Kivu et contribuait à la manipulation des élections dans le territoire de Masisi, mais Sultani Makenga, de son côté, avait déjà commencé à accumuler de très importantes quantités d’armes grâce à ses réseaux d’appui déjà établis au Rwanda et en Ouganda.
En janvier 2012, Makenga a échoué dans une première tentative de mutinerie à Bukavu, essayant de mobiliser les sympathisants de Vital Kamehre contre la proclamation des résultats des élections présidentielles. Tout en appuyant officiellement la campagne du Président Kabila, les autorités rwandaises avaient aussi contacté des membres de l’opposition à Kinshasa pour leur dire que Kabila s’apprêtait à tricher et les inciter à mobiliser leur base pour l’en empêcher.
Néanmoins, l’implication directe du Rwanda n’a jamais a été aussi évidente que lors que les forces gouvernementales ont mis en débandade les mutins de l’ex-CNDP fin avril. C’est à ce moment-là quand le Rwanda a envoyé des éléments de son armée pour faciliter l’arrivée de Makenga et de Ntaganda à Runyoni, à moins de 7 km de leur frontière, en vue d’y établir le M23 comme un plan B. A partir de ce moment, l’armée rwandaise a déployé ses troupes d’une manière permanente aux côtés des rebelles congolais du M23 et renforcé chaque opération importante au Congo avec des unités entières en provenance des bases militaires de Ruhengeri et Kinigi au Rwanda.
Dans l’interview accordée au Soir par James Kabarebe, le Ministre rwandais de la Défense, y a-t-il des points que vous contestez ?
Lors de notre entretien avec lui en juillet, le Général Kabarebe nous a raconté la même histoire détaillée sur les réunions auxquelles le Rwanda a participé dès le début de la mutinerie de l’ex-CNDP en avril, comme preuve de sa bonne volonté. Effectivement, le gouvernement rwandais a tenté de se positionner comme médiateur et pacificateur de la situation en appui au gouvernement congolais, mais, les faits accablants établis par nos enquêtes permettent de remettre en cause la stratégie du Rwanda. En se positionnant à la fois comme juge et partie, cela leur garantissait, quoi qu’il arrive, l’imposition d’une solution convenant à leurs intérêts à l’est de la RDC.
Kabarebe n’a fait que justifier toutes les revendications du M23 et sa raison d’être, en nous affirmant notamment que tous les groupes armés congolais, y compris les groupes Mai-Mai – lesquels sont d’ailleurs impliqués dans des violations du droit international humanitaire très graves- constituaient avec le M23 une seule et même résistance crédible face au gouvernement congolais. Nous avons trouvé ce discours assez surprenant de la part d’un ministre essayant par ailleurs de se distancer des accusations sur son implication dans le soutien au M23.
Mais dans son interview publiée dans le journal Le Soir, Kabarebe a oublié de mentionner que les leaders congolais du M23 étaient eux-mêmes parmi les pires responsables des travers de l’armée congolaise. Le Groupe d’experts a documenté à maintes reprises les exactions de l’ex-CNDP, les mafias que le mouvement contrôlait au sein de l’armée nationale, notamment pour le trafic illicite des ressources naturelles, le détournement des soldes, les actes de pillage, les viols, l’imposition du travail forcé, ainsi que les assassinats directs de tous ceux qui s’opposaient à leur domination de l’armée. Il n’a également pas mentionné que les évènements déclencheurs de la mutinerie en avril étaient justement les séminaires tenus à Kinshasa sur la réforme de l’armée. Ntaganda, Makenga et Baudoin Ngaruye qui exerçaient déjà un contrôle quasi-total sur l’armée à l’est de la RDC, ont tout fait pour faire échouer les tentatives de réforme et maintenir l’impunité dans les rangs des FARDC.
Dans ses efforts pour décrire le M23 en termes positifs, comme étant un groupe rassembleur composé de toutes les ethnies à l’est de la RDC, Kabarebe a aussi oublié de mentionner le fait que de nombreux groupes ethniques ont refusé d’adhérer au M23, justement parce qu’ils voient très clair dans l’implication et le contrôle direct de ce mouvement par le Rwanda. Ceci est notamment le cas de deux communautés rwandophones très importantes, celle des Banyamulenge, qui sont des Tutsis Congolais vivant Sud Kivu,et celle des Hutus des territoires de Masisi, de Rutshuru, et de Kalehe.
En plus, Kabarebe vous a dit que pour rejoindre le territoire rwandais depuis le quartier général du M23 à Runyoni, il fallait onze heures de marche car il n’y a pas de routes. Cela n’est absolument pas vrai, car il n’y a en réalité que sept kilomètres entre Runyoni et la frontière rwandaise via des pistes en forêt, dont nous avons des photos satellite (annexe 6). Celles-ci ont été établies par l’armée rwandaise en vue de ravitailler les rebelles, ce qui réduit e voyage à une heure et demie de marche maximum. Kabarebe vous a également affirmé que les ex-CNDP ont amené leurs armes et équipements du Masisi vers Runyoni, mais il est impossible de transporter des armes lourdes — comme celles que le M23 a commencé à utiliser une semaine après – à travers deux volcans sans piste, au cœur du parc national des Virunga.
Finalement, Kabarebe vous a aussi affirmé que « les grosses ambassades au Rwanda » n’avaient pas confirmé l’implication du Rwanda en RDC, mais cela est aussi faux. La réalité des relations internationales est telle que des pays ne prennent jamais des décisions comme la suspension de l’aide à un partenaire aussi important comme le Rwanda sans avoir leurs propres confirmations. Un rapport du Groupe d’experts ne sera jamais perçu par ces ambassades de la même façon que des rapports de leurs propres services diplomatiques et de renseignements. L’organigramme dans l’annexe 22 de notre rapport final qui situe Kabarebe comme commandant suprême du M23 n’est qu’un simple exemple illustratif des informations dont les pays occidentaux disposent eux-mêmes.

Dans votre rapport final, vous avez conclu que l’Ouganda est également impliqué dans le soutien au M23. Quel est la différence entre leur appui aux rebelles et celui du Rwanda ?
En fait, nous avons conclu que le gouvernement du Rwanda a créé, équipé, entrainé, et commandé le M23, mais que les rebelles bénéficiaient d’un soutien aussi très important de la part des réseaux composés d’individus au sein du gouvernement ougandais. L’un des faits les plus palpables, c’est la présence de troupes ougandaises venues renforcer les rebelles lors de la prise de Kiwanja et de Rutshuru fin juillet 2012. Cette présence a été confirmée par des dizaines d’ex-combattants, y compris deux Ougandais, des cartouches de l’armée ougandaise trouvées sur les champs de bataille (annexe 28), ainsi que par beaucoup de témoins directs dans les localités où ils ont été déployés.
En outre, nous avons établi grâce à de nombreuses sources, y compris au sein du M23, que les rebelles ont bénéficié d’un appui direct d’officiers de l’armée ougandaise dans leur ravitaillement en armes, logistiques, et recrues. Quand il a fait défection de l’armée congolaise pour rejoindre le M23, Makenga a laissé dans sa résidence à Bukavu des boites vides d’armes lourdes qui appartenaient au Ministère de la défense ougandais (annexe 27). En établissant leur bureau politique à Kampala les rebelles ont bénéficié de conseils techniques de responsables ougandais sur leur stratégie militaire et politique. Au niveau régional, au sud-ouest de l’Ouganda, nous avons constaté une coopération très étroite entre des officiers de l’armée ougandaise et leurs homologues rwandais dans la coordination du soutien aux rebelles déployés au niveau des frontières des deux pays avec le Congo. En outre, des interceptions de communications radio du M23 ont confirmé l’implication d’officiers ougandais (annexe 26).
Même si ce soutien aux rebelles n’est pas le fait d’une politique officielle de l’Etat, nous avons constaté que le gouvernement avait eu une politique de « laissez-faire » vis-à-vis des activités du M23 en Ouganda, en leur laissant notamment un libre passage aux frontières, selon des agents des services de l’immigration ougandais. Nous avons été, nous-mêmes, les témoins directs de la réception d’une cargaison de bottes en plastique à destination des rebelles dans la localité de Bunagana, à la frontière avec l’Ouganda.
Plusieurs sources crédibles au sein du gouvernement ougandais ont confirmé ce soutien aux rebelles à partir de l’Ouganda. Même un haut officier de la police ougandaise, désigné par le gouvernement comme notre interlocuteur officiel pour les questions relatives au M23, nous a avoué qu’en effet, il y avait des individus au sein du gouvernement qui soutenaient les rebelles en leur fournissant des armes, des financements, et en facilitant leur recrutement, mais que le gouvernement allait enquêter et arrêter tous ceux qui étaient impliqués. Plus tard, officiellement, le gouvernement ougandais a changé de position en nous disant que cet officier n’était pas autorisé à parler au nom du gouvernement, et que les rebelles étaient seulement présents à Kampala à la demande du président congolais dans le cadre des initiatives régionales de paix. Cependant nous avons établi que certains officiers rebelles étaient déjà à Kampala en juillet, et collaboraient avec des officiers militaires ougandais avant même que Kabila en soit informé.
Quel est l’impact des rapports auprès du Comité des sanctions de l’ONU?

Le rôle principal du Groupe d’experts est d’informer le Comité de sanctions sur les violations de l’embargo sur les armes et du régime des sanctions le plus rapidement et fréquemment possible. Il n’a pas en tant que tel à se préoccuper des conséquences de ses rapports. Il nous est également demandé de soumettre une annexe confidentielle d’individus et entités que nous recommandons pour inclusion sur la liste des sanctions, qui consistent en un gel des avoirs et une interdiction de voyager. Il est de la prérogative des membres du Comité de sanctions d’examiner nos recommandations.et de mettre à jour la liste officielle. Il n’est pas possible qu’un candidat proposé par le Groupe d’experts soit inclus sur cette liste sans que plusieurs pays membres du Comité de sanctions aient eux-mêmes vérifié et confirmé les conclusions du Groupe.
Le Comité a récemment désigné pour sanctions plusieurs hauts commandants et dirigeants du M23, ainsi que le mouvement entier –de même que les FDLR– et le Conseil de sécurité a réitéré son intention de sanctionner ceux qui apportent un appui externe aux groupes armés en RDC.
Certains diplomates estiment qu’il ne faut pas, dans le cadre de la recherche en cours d’une solution pacifique, accuser ni le Rwanda ni certains officiers ougandaises, mais ces questions ne sont pas de notre ressort. Le Groupe a un mandat très clair et nous n’avons fait que l’accomplir en identifiant les responsables des violations de l’embargo et apolitique.

Pour le groupe des experts, quelles seront les conséquences de l’accession du Rwanda au Conseil de sécurité ?
Le Rwanda est devenu membre du Conseil de sécurité cette année, mais le mandat du Groupe d’experts avait déjà été renouvelé à travers la résolution 2078 et une nouvelle équipe est en train de se mettre en place. Après déjà trois mandats d’un travail très intensif et ardu, je n’ai pas présenté ma candidature pour pouvoir passer plus de temps avec ma famille.
Le Groupe d’experts est un mécanisme ad hoc du Comité de sanctions du Conseil de sécurité qui doit, tout en conservant son indépendance dans ses enquêtes et ses conclusions, prendre en considération les avis de tous les pays membres du Comité de sanctions dans l’exercice de ses fonctions. En faisant partie du Conseil de sécurité, le Rwanda sera obligé de dialoguer et de coopérer avec le Groupe d’experts, ce qu’ils ont refusé de faire l’année passée à partir du mois d’août.
Néanmoins, les réticences du Rwanda à propos de l’utilisation de drones en RDC pour que les Nations Unies puissent prévenir et vérifier les violations de l’embargo sur les armes constitue déjà en soi un exemple des défis qui se présenteront dans le cadre de la nouvelle composition du Conseil de sécurité. En plus, étant donné que le Comité travaille sur la base du consensus, un pays membre pourrait bloquer des candidats proposés pour des sanctions, ainsi que des membres du Groupe d’experts pour des prochains mandats.

30 janvier 2013

Kivu: le plan de paix de l’ONU attendra

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Alors que le soutien au Mali a fait l’unanimité lors du dernier sommet de l’Union africaine, le Congo, déstabilisé depuis dix ans par la guerre au Kivu, a eu, si l’on peut dire, moins de chance : un accord cadre pour la paix et la sécurité, que M. Ban Ki Moon se proposait de faire ratifier par les chefs d’Etat de la région (RDC, Rwanda, Burundi, Ouganda, Angola, Congo Brazzaville, Afrique du Sud et Tanzanie) a été repoussé « sine die » autant dire aux calendes grecques.
Au cœur du problème figure évidemment la situation au Nord Kivu, dévasté par des groupes armés et confronté, à intervalles réguliers, par des rébellions militaires que Kigali appuyées à des degrés divers, par Kigali.
Depuis que la chute de Goma, le 20 novembre dernier, a démontré une fois de plus les carences de la force de maintien de la paix des Nations unies (mandat insuffisant, troupes peu motivées…) une première idée avait été retenue : créer une « force neutre » composée essentiellement de militaires issus de pays d’Afrique australe (Tanzanie, Afrique du Sud, Malawi, Angola…). Cette force aurait été chargée de surveiller la frontière entre le Rwanda et le Congo et de désarmer les « forces négatives » c’est à dire les combattants hutus rwandais (FDLR) mais aussi les soldats mutins du M23.
A côté des préparatifs militaires, les pourparlers politiques se sont avérés délicats : comment concilier le volontarisme des pays membres de la SADC (Conférence des pays d’Afrique australe) avec les ambiguïtés des pays membres de la CIRGL (Conférence sur la sécurité dans les Grands Lacs). Cette organisation est présidée par l’Ougandais Museveni et ce dernier, soupçonné par Kinshasa de faire le jeu de son allié rwandais, a cependant été promu « médiateur » de la crise. A ce titre il a réuni à Kampala –sans succès jusqu’à présent- le ministre congolais des affaires étrangères et le M23, reconnu ici comme interlocuteur valable alors qu’ailleurs ce mouvement miliaire transformé en organisation politique est défini comme une force à éliminer !
En plus de cette ambiguïté politique, le projet initial a été confronté à des difficultés financières et logistiques et il est finalement apparu plus simple de transformer la force africaine (2500 hommes environ) en une Brigade d’intervention rapide intégrée au sein de la Monusco, qui aurait fourni le transport et une bonne partie des moyens financiers, tirés de son budget de 1 milliard 400 millions de dollars par an. Les réticences du Rwanda ayant été vaincues, cette brigade aurait été dotée de trois drônes, loués à des prestataires privés. Cette force africaine aurait du disposer d’un mandat beaucoup plus offensif que celui des Casques bleus actuels, passivement chargés du « maintien de la paix » et une résolution du Conseil de sécurité aurait du muscler ses capacités d’intervention. Mais à Addis Abeba, au lieu d’être finalisé, le projet a –provisoirement- capoté : les pays de la SADC qui étaient prêts à fournir des troupes ont refusé que le commandement effectif de la Brigade soit confié à des officiers des Nations unies, qui, selon eux, auraient depuis dix ans démontré leur incapacité à mettre fin à la guerre. Mettant en cause les avantages financiers des militaires et des fonctionnaires onusiens (des primes de risque s’élevant à 1500 dollars par mois…) les militaires de la SADC auraient aussi réclamé leur « part du gâteau » c’est à dire des contrats de fourniture de matériel, de location d’hélicoptères etc… La Tanzanie, décidée à fournir 600 hommes, a exigé le commandement des troupes.
A ces tiraillements se sont ajoutés , dans le chef de l’ONU, des erreurs psychologiques, les lacunes dans l’information et, du côté des Africains, une méfiance croissante à l’égard d’une organisation jugée inefficace et peu soucieuse, depuis dix ans, de mettre réellement fin à une guerre qui rapporte tant d’avantages à certains membres de son personnel…

29 janvier 2013

Les relations se dégradent entre Bruxelles et Kigali

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De coup d’épingle en coup d’épingle, les relations entre la Belgique et le Rwanda ne cessent de se détériorer. Le dernier incident en date a entraîné le départ d’un adjoint de l’attaché militaire belge à Kigali, en poste depuis deux ans et demi. Cet officier de 52 ans était officiellement chargé de veiller sur la sécurité du personnel de l’ambassade et de garder à jour les plans d’évacuation des ressortissants belges vivant au pays des Mile Collines. « Il n’a fait que son travail » nous assure—on du côté rwandais, sans autre précision. Dans le contexte actuel, il serait cependant douteux que le travail d’un attaché de défense se limite à de banales questions de routine : le sous officier, comme nombre de ses collègues occidentaux, s’intéressait aussi à la situation prévalant sur la frontière congolaise, du côté de Gisenyi, la ville rwandaise jumelle de Goma.
La situation au Kivu en effet demeure explosive : les rebelles du M23 campent à deux kilomètres du centre de Goma, à Addis Abeba, l’Union africaine a remis « sine die » la conclusion d’un plan de paix global pour la région, qui aurait associé les Nations unies et une force africaine à la stabilisation de l’Est du Congo, il est question d’un retour massif de réfugiés hutus en février tandis que des Tutsis congolais sont de plus en plus nombreux à franchir la frontière rwandaise, leur nombre dépassant déjà les 100.000 personnes. Dans un tel contexte, le Rwanda a renforcé ses mesures de sécurité sur sa frontière avec le Congo et, au delà des dénégations officielles, tous les observateurs occidentaux tentent d’évaluer le soutien que Kigali apporte aux rebelles congolais du M23.
Une sollicitude qui n’est pas du goût des autorités rwandaises. Dans un tel contexte, la situation de la Belgique est particulière. Certes, Bruxelles n’a cependant pas adopté de sanctions concrètes à l’encontre du Rwanda et maintient une assistance qui dépasse le milliard d’euros mais elle développe aussi avec le Congo une coopération militaire très appréciée, ayant entre autres formé deux bataillons paracommandos qui se sont trouvés face au M23 et ont sans doute informé leurs instructeurs demeurés à Kindu des soutiens que, selon eux, leurs adversaires avaient obtenu des voisins rwandais. Bref, les Belges, plus que probablement, savent beaucoup de choses, ils les communiquent à leurs alliés occidentaux et ont collaboré avec les experts de l’Onu qui ont rédigé les rapports décrivant l’implication rwandaise au Congo.
L’expulsion de l’attaché de défense doit donc être lue comme un signal de mécontentement adressé de Kigali à Bruxelles et le ministre Reynders a prié l’ambassadeur rwandais à Bruxelles de venir lui fournir de plus amples explications.
Car cet incident n’est pas le premier : on sait que, depuis 2011 les comptes de l’ambassade belge à Kigali sont bloqués, en rétorsion à une mesure semblable décidée par un tribunal belge à la suite d’un litige commercial (ce qui, soit dit en passant, est contraire aux Conventions de Vienne et aurait pu être réglé depuis belle lurette…)De plus, alors que les ressortissants américains, entre autres, peuvent entrer librement au Rwanda, les Belges se voient imposer un délai de 21 jours pour l’obtention d’un visa, une vexation dont ils ont l’exclusivité. A la suite des trois rapports déposés par des experts de l’ONU, plusieurs pays occidentaux, dont les Etats Unis et la Grande Bretagne, alliés traditionnels du Rwanda, ont réduit le volume de leur coopération et lancé de fermes avertissements, sans pour autant subir de mesures de rétorsion. Dans le cas de la Belgique, le Ministre des affaires étrangères Didier Reynders, qui, sans prendre de mesures concrètes, n’a jamais caché sa préoccupation face à l’implication rwandaise au Congo, a eu droit à un « traitement de défaveur » : alors qu’il assistait à une session consacrée à l’Afrique des Grands Lacs en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, le président Kagame quitta la salle alors même qu’il prononçait son discours. Par la suite, lors de l’élection du Rwanda au Conseil de sécurité pour une durée de deux ans, la Belgique décida de s’abstenir, ce qui fut considéré à Kigali comme « peu amical ». Par la suite, Bruxelles devait émettre un autre signal, tout aussi symbolique : mettre fin à sa coopération militaire avec le Rwanda, coopération qui se limitait à la présence, pour six mois, d’un médecin militaire à Kigali. La présence de stagiaires rwandais à l’Ecole royale militaire n’a cependant jamais été mise en cause.
Sans aller jusqu’à la rupture, les relations entre la Belgique et le Rwanda ont rarement été aussi mauvaises.

29 janvier 2013

Les réfugiés hutus de 1994 songent au retiur

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Rutshuru,
Zina pleure encore, mais elle sourit quand même et berce bébé Christophe accroché à sa poitrine. La veille, alors que la jeune femme se rendait aux champs, elle a été agressée par un homme qu’à l’instar de tant d’autres victimes de violences sexuelles, elle décrit en termes convenus : « il était armé, portait pour moitié des vêtements militaires et pour moitié des habits civils, ce n’était pas un vrai uniforme. »
La joviale Christine, qui dirige le « village des mamans » , un centre d’accueil ouvert par MSF à l’hôpital central de Rutshuru (Nord Kivu) traduit tout de suite « en réalité ceux qu’elle désigne ainsi sont des FDLR, (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda), des combattants hutus réfugiés au Congo depuis 1994. »
Zina a été accueillie avec chaleur dans ce centre interdit aux visiteurs extérieurs, où les femmes en souffrance bénéficient d’une aide tant médicale que psychologique. Comme elle s’est présentée dans les 72 heures suivant le viol, le médicament anti-HIV fera son effet. Elle insiste : « au lieu de me rejeter, comme le font tant d’hommes, mon mari m’a consolée, et il m’a payé le bus pour venir me faire soigner… »
Le retour de Zina dans son village de Tongo risque cependant d’être difficile. Si Rutshuru, à 70 km de Goma, est devenue la place forte des rebelles tutsis du M23, qui apposent partout des panneaux (en anglais, swahili et parfois français…) proclamant « non à la corruption » la localité de Tongo, à la lisière du parc des Virunga, rassemble des centaines de combattants FDLR, accompagnés de leur famille. Pour Zina, comme pour tous les villageois de Tongo, cette cohabitation est un cauchemar :« ces gens contrôlent le milieu. Si elle veut se rendre aux champs pour cultiver, chaque famille doit payer 3 ou 5 dollars par mois aux FDLR. Lorsque nous récoltons, leurs hommes passent dans nos champs avec une bassine de plastique. Nous sommes obligées d’y verser leur part de haricots, de manioc. En outre, chaque homme du village doit payer une sorte d’impôt de 500 francs congolais (un demi dollar) par semaine… »
La jeune femme (vingt ans, trois enfants) croit cependant que l’avenir sera meilleur et nous livre une information importante : « ces Hutus réfugiés nous ont expliqué qu’en février prochain, ils allaient rentrer au Rwanda. Ils disent qu’au Congo, cela devient trop difficile…Ils prévoient de quitter en masse, tous ensemble… »
Cette information qui ravive l’espoir des villageois de Tongo est désormais répandue dans tout le Kivu. Selon d’autres sources, plus de 7000 réfugiés hutus (2000 combattants, 5000 «dépendants » civils) se sont rassemblés à Burhinyi au Sud Kivu d’où ils font actuellement mouvement vers Lwindi et les haut plateaux. Plusieurs raisons expliqueraient cette décision collective de rentrer au Rwanda et d’abandonner la lutte armée: les combattants hutus réfugiés au Congo depuis 1994 et qui sèment la terreur dans les campagnes ont récemment subi des coups très durs. Depuis 2009, ils ont été la cible de plusieurs opérations menées par l’armée congolaise et ces derniers mois, ils ont été décimés par les milices Raia Mutomboki, des Congolais originaires de Shabunda au Sud Kivu qui ont commis d’atroces massacres à l’encontre des réfugiés hutus (et aussi de leurs propres compatriotes..).
En outre, la « force neutre » africaine qui se déploiera bientôt dans l’Est du Congo aura pour mission spécifique de combattre les « forces négatives » c’est à dire les FDLR et les réfugiés rwandais redoutent particulièrement les 600 militaires tanzaniens qui feront partie de cette mission de 4000 hommes.
Les Hutus rwandais, qui guerroient depuis 18 ans, accepteront-ils d’abandonner leurs armes à la frontière ?
Zina assure que le retour sera pacifique : « une femme commandant, Chantal, qui était retournée au Rwanda en 2007 vient de revenir à Tongo. Elle a rassemblé tout le monde et déclaré publiquement qu’en février prochain, il faudra que tout le monde rentre au pays. »
Un observateur de la Monusco, qui suit à la trace les mouvements des combattants hutus et garde le contact avec leurs chefs confirme ce revirement : « les FDLR sont terriblement affaiblis. Depuis qu’en 2009, l’armée rwandaise a été autorisée à opérer au Congo, leurs chefs ont été victimes d’assassinats ciblés, ils ont été harcelés. S’il reste 2000 combattants hutus dans l’est du Congo, c’est beaucoup. Dépourvus de capacité militaire, ils ne représentent plus une menace pour Kigali. »

Le coup de grâce

En décembre dernier cependant, une attaque a été menée en territoire rwandais, à Ruhengeri et Kinigi. Jusqu’au Congo, on a entendu le fracas des tirs et des explosions. Cette offensive qui a pris Kigali par surprise aurait aussi porté un coup de grâce aux combattants hutus.
Selon plusieurs sources en effet, plusieurs groupes de
Hutus s’étaient laissé convaincre qu’une attaque éclair de l’autre côté de la frontière provoquerait un soulèvement au sein des troupes rwandaises. Mais l’étincelle qui aurait du mettre le feu aux poudres fit long feu : les 150 assaillants furent décimés par une armée rwandaise en état d’alerte, bien loin d’être démoralisée ou divisée ! Cet échec aurait, nous assure-t-on, convaincu les réfugiés de renoncer à la lutte armée et à l’exil. S’ils rentrent pacifiquement au Rwanda, les réfugiés passeront quelque temps dans le centre de transit de Mutobo, puis regagneront leur colline d’origine sans être autrement inquiétés, sauf pour des crimes commis en 1994 durant le génocide.
Officiellement cependant, le porte parole des FDLR, le commandant Laforce, joint par téléphone, nous assure que « le préalable demeure, nous souhaitons un dialogue politique avec le régime de Kigali… »
Cette dénégation officielle démontre que tous ne partagent pas l’optimisme de Zita et de nos autres informateurs ! A Goma, relayant les craintes et le scepticisme du Rwanda, des Tutsis congolais assurent qu’en réalité des groupes de combattants hutus pourraient être mis en avant par les forces armées congolaises, ouvrant ainsi un nouveau front.
C’est qu’une évidence s’impose sitôt que l’on quitte Goma pour Rutshuru, fief des rebelles : si chacun assure vouloir la paix, tout le monde prépare la guerre. Alors que les pourparlers politiques de Kampala sont en passe d’échouer, les
rebelles tutsis du M23 campent désormais à Munigi, à deux kilomètres du centre de Goma. Depuis leurs tentes accrochées à la colline, ils dominent les troupes indiennes de la Monusco installées le long de la route.
Avant que les FDLR ne rentrent chez eux, au grand soulagement de Zina et de tous les autres Congolais, bien des bouleversements sont encore possibles. Goma, plus empoussiérée et explosive que jamais, campe toujours sous le volcan…

24 janvier 2013

Grands Lacs: la diplomatie parlementaire tente d’éviter le pire

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Alors qu’à Goma, les rebelles campent aux portes de la ville, qu’à Kampala les pourparlers s’enlisent et ne déboucheront sans doute sur rien, à Kinshasa, la « diplomatie parlementaire » tente encore de jeter des ponts et, sinon de trouver des solutions, de permettre le dialogue.
Depuis deux jours, le Forum des parlementaires de la région des Grands lacs, soit 73 délégués, représentant 12 Parlements, est réuni sous les lustres de l’Assemblée nationale.
Plusieurs crises ont été longuement débattues, le Sud Soudan toujours en litige avec Khartoum à propos des recettes pétrolières, la Centrafrique où le président Bozizé fait face à une rébellion armée et, bien sûr, la situation à l’Est du Congo.
Des réunions de ce type, où des parlementaires débattent en public mais multiplient aussi les entretiens privés, ont le mérite de clarifier les positions, de resserrer les liens personnels.
C’est ainsi que les députés zambiens sont longuement intervenus pour demander ce que voulait au juste le M23, un mouvement qui, au départ réclamait l’application d’accords militaires conclus en 2009 et finit aujourd’hui par réclamer le départ du chef de l’Etat et un nouvel ordre constitutionnel ! Quant à la délégation rwandaise, dirigée par le député Denis Polisi, président de l’Assemblée, elle a officiellement déclaré qu’elle s’en tenait à la position des chefs d’ Etat de la région, qui soutiennent les négociations de Kampala. Soumis à un feu de questions, les Rwandais ont répété qu’ils ne soutenaient en rien le M23 et, alors qu’au départ ils étaient réticents, ils n’ont pu qu’approuver le projet de déploiement d’une « force neutre » africaine au Kivu, afin de surveiller la frontière et aussi de désarmer ceux que l’on appelle les « forces négatives » c’est-à-dire aussi bien des Hutus hostiles à Kigali que le M23 hostile à Kinshasa. Même le déploiement de drônes au dessus de la frontière commune ne suscite plus d’objection majeure.
Dans les coulisses comme en séance plénière, le rôle des 4000 hommes qui composeront la force africaine a été longuement évoqué : on sait déjà que le commandement sera confié à la Tanzanie, qui amène un bataillon de 600 hommes ; le Kenya fournira un bataillon ainsi que des forces spéciales, l’Afrique du Sud compte sur son bataillon qui est déjà intégré au sein de la Mission des Nations unies. Le secrétaire exécutif de la CIRGL le professeur congolais Ntumba Luaba, nous a expliqué le « montage » auquel on devrait bientôt assister : « sur le terrain, la force africaine sera une brigade spéciale d’intervention qui opèrera en coordination avec la Monusco, bénéficiera de sa logistique, mais se montrera beaucoup plus offensive et disposera d’une certaine autonomie. »
Alors qu’au niveau des état majors, le « go » final pourrait être donné lors de la réunion des chefs d’Etat africains à Addis Abeba, le week end prochain, la perspective de ce déploiement militaire fait déjà évoluer la situation sur le terrain.
Le M23, qui, à Kampala, a essuyé une fin de non recevoir lorsqu’il posait des exigences politiques, connaît des défections et s’est déjà divisé : un nouveau groupe, composé cette fois de Hutus congolais, a engagé des combats à Binza au nord du Nord Kivu, une fragmentation qui rend la situation de moins en moins lisible. Mais surtout, l’autre « force négative », la plus ancienne de la région, à savoir les FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) est un train d’amorcer un virage majeur : selon plusieurs sources, des milliers de combattants, avec leurs familles, sont en train de se rassembler au Nord Kivu, du côté de Tongo et au Sud Kivu, à Burhinyi, afin, en février prochain, d’enfin regagner le Rwanda en abandonnant l’option militaire !
Ces hommes, qui se trouvent au Congo depuis 1994, redouteraient l’action de la force africaine et tout particulièrement l’armée tanzanienne à la quelle ils ont déjà eu affaire alors qu’ils étaient réfugiés dans le pays de feu le président Nyerere.
Informée de ces projets de retours, la délégation parlementaire rwandaise se montre sceptique et le député Polisi préfère mettre l’accent sur une autre revendication des rebelles du M23, le sort des Tutsis congolais, présentés comme victimes de discriminations.
Alors que l’échec de Kampala apparaît comme inéluctable, on a le sentiment que des coups de théâtre, voire des coups de force, pourraient éclater d’un jour à l’autre : attaque des concentrations de réfugiés hutus qui se préparent à rentrer au Rwanda, reprise de la ville de Goma par le M23 qui campe ostensiblement à deux kilomètres du centre ville…
Le ministre congolais de l’Intérieur, Richard Muyej, est plus explicite encore : « nous sommes au courant de plusieurs complots dirigés contre la personne du chef de l’Etat. Barrés sur le terrain par la force africaine, politiquement défaits à Kampala, nos adversaires pourraient prévoir de frapper à la tête »…

17 janvier 2013

Les armées d’ Afrique australe se mobilisent autour du Congo

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L’anniversaire de la mort de Patrice Lumumba, assassiné le 17 janvier 1961, n’a pas été célébré seulement par un office religieux solennel et une journée de congé qui a suivi un autre jour férié, marquant la mort, le 16 janvier 2001, d’un autre héros national, Laurent Désiré Kabila.
A leur façon, les pays du sud du continent, membres de la SADC (conférence des Etats d’Afrique australe), ont eux aussi salué la mémoire de ces deux figures marquantes du panafricanisme qu’étaient Lumumba et LD. Kabila : une cinquantaine de chefs d’état majors et de militaires de haut rang, venus de Tanzanie, du Zimbabwe, d’Angola, d’Afrique du Sud, du Malawi, se sont réunis à huis clos à l’Hôtel du Fleuve à Kinshasa où ils ont retrouvé leurs collègues congolais.
Ces derniers, ainsi que nous l’a confié le chef d’état major, le général Didier Etumba, sont encore sous le coup de l’humiliation qui leur avait été infligée le 20 novembre dernier, lorsque le M23, appuyé par l’armée rwandaise, s’était emparé de Goma, la capitale du Nord Kivu. Croquis à l’appui, le général Etumba rnous le appelle « nous n’avons pu défendre Goma, car, en appui au M23 que nos forces avaient combattu avec succès, des unités rwandaises ont pénétré en territoire congolais depuis Kibumba, à 30 km au nord de la ville. Comme elles étaient adossées sur la frontière, il nous était impossible de les poursuivre, sauf en déclarant la guerre au Rwanda et en pénétrant sur le territoire du pays voisin ; alors que nous étions attaqués dans le dos, nous étions paralysés… »
Le général se garde cependant bien de rappeler que ses forces avaient aussi déclaré forfait car elles s’étaient retrouvées à court de munitions, souffrant de la faim et d’insolubles problèmes d’approvjsionnement… A cette humiliation des forces congolaises s’est ajoutée l’impuissance de la Monusco, la Mission des Nations unies au Congo, qui s’est avérée incapable d’empêcher la prise de Goma. La ville fut cependant évacuée quelques jours plus tard, en échange de négociations politiques réunissant à Kampala les autorités congolaises et des représentants du M23.
A la suite de ces évènements dramatiques, qui, selon le ministre de l’intérieur congolais Richard Mueyej, « ont provoqué le déplacement de 800.000 civils » la situation a évolué rapidement sur le plan régional : les pays d’Afrique australe, alliés de Kinshasa et hostiles à une déstabilisation du pays, ont décidé de créer une « force neutre » qui sera déployée sur la frontière entre le Rwanda et le Congo. Cette force observera les mouvements suspects et sera chargée de neutraliser les « forces négatives » c’est-à-dire des rebelles hutus rwandais hostiles à Kagame mais aussi les soldats tutsis du M23 alliés de Kigali.
Pour résoudre les problèmes de financement et de logistique qui se poseront à cette force de quelque 3000 hommes, il a finalement été proposé de l’intégrer à la Monusco, la Mission des Nations unies au Congo. Cette dernière, malgré 17.500 hommes sur le terrain et un budget d’un milliard 200 millions de dollars, est régulièrement critiquée pour son impuissance et l’insuffisance de son mandat.
L’intégration de ces militaires originaires de pays d’Afrique australe jaloux de leur autonomie au sein d’une force onusienne largement discréditée pour l’impuissance dont elle a fait preuve depuis dix ans sinon pour ses ambiguïtés et certains trafics ne va cependant pas de soi. Les alliés du Congo reconnaissent qu’ils doivent tenir compte d’impératifs budgétaires : le déploiement de la « force neutre » pourrait coûter 100 millions de dollars et même si Kinshasa a déjà avancé 20 millions, la SADC peine à trouver le complément. C’est pourquoi il apparaît comme une nécessité de pouvoir compter sur la logistique et les moyens de la Monusco, qui pourrait à cette occasion redorer son blason.
Mais avant de se rendre à Kampala pour finaliser l’opération conjointe avec l’ONU, les officiers africains se sont réunis à Kinshasa et, selon certaines sources, ils ont posé des conditions assez « raides » : non seulement ils entendent garder leur autonomie opérationnelle mais certains pays souhaiteraient que leurs hommes remplacent purement et simplement des unités originaires d’Asie, (Inde, Pakistan, Bangla desh) considérées comme inefficaces et manquant totalement de compréhension du terrain. Il y a déjà longtemps que, dans les couloirs de l’ONU circule l’idée de remplacer les bataillons asiatiques par des forces africaines, à condition d’en disposer…
En privé certains alliés ont aussi posé des questions à leurs homologues congolais à propos de l’”état de l’armée, des trahisons en son sein, de la corruption..
L’arrivée au Nord Kivu de 600 militaires tanzaniens, réputés bons combattants, appuyés par la logistique sud africaine et angolaise, rejoints par d’autres contingents originaires du sud du continent modifierait sans doute la donne et un tel déploiement est très mal vu par Kigali. Le Rwanda a déjà repoussé l’idée d’un survol de la frontière par des drônes, ces avions sans pilote qui photographieraient impartialement tous les mouvements suspects, toutes les infiltrations, dans les deux sens.
En outre, inquiets par ces nouveaux développements, Kigali donne une large publicité à des informations selon lesquelles 4000 combattants FDLR, des rebelles hutus, auraient été repérés en provenance de Zambie et pourraient se rassembler sur des sites stratégiques en Province Orientale, au Nord et au sud Kivu.
Du côté congolais, le ministre de l’Intérieur MUeyej, au nom du gouvernement, a formellement nié la réalité de ces concentrations de rebelles hutus. Il y voit plutôt « une nouvelle manœuvre afin de gêner le déploiement de la force neutre. La poursuite de ces Interhahamwe (rebelles rwandais) fournirait le prétexte à une nouvelle incursion de l’armée rwandaise…Nous allons multiplier les vérifications et le déploiement de nos forces de police afin de ne pas prêter le flanc à ces accusations… »
Si les alliés du Congo en Afrique australe se mobilisent, les Belges ne se montrent pas inactifs : ils ont déjà formé les deux brigades qui se sont montrées les plus performantes lors de la dernière guerre du Kivu (malgré de lourdes pertes…) et envisagent d’en former une troisième, à condition que, bien dirigées et orientées elles ne soient pas les premières victimes d’une autre hécatombe. Le général Etumba va plus loin encore : « c’est aux Belges que nous voudrions demander de former nos futures forces spéciales… »Ici aussi les Congolais devront convaincre leurs amis de la réalité de la réforme des services de sécurité et de l’amée… L’annoncede la reddition du chef rebelle de l’ituri Cobra Matata, qjui s’est rendu aux arguments du général Olenga, qui a remplacé le général Amisi à la tête de l’armée de terre, est considérée comme un pas dans le bon sens.

17 janvier 2013

Les femmes de Bukavu vont protéger le Docteur Mukwege

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« Quand je vois toutes ces femmes qui m’attendent, qui m’accueillent, comment aurais je pu prolonger mon exil ? » Venant de Belgique, via Bujumbura, c’est avec beaucoup d’émotion que le Docteur Denis Mukwege a retrouvé Bukavu, l’hôpital de Panzi dont il est le médecin-chef, et surtout ses patientes, ces centaines de femmes victimes de violences sexuelles auxquelles il rend la santé et le goût de vivre.
Venues de l’île d’Idjui, de la cité minière de Kamituga, d’Uvira et de toutes les cités entourant Bukavu, c’est par milliers que les femmes du Sud Kivu ont accueilli « leur » docteur ; certaines d’entre elles, désireuses de financer son retour, avaient même vendu leur récolte de bananes et de manioc pour lui proposer leur modeste cagnotte.
Et surtout, défiant calmement la vingtaine de militaires onusiens, qui entouraient le médecin en tenue de « Robocops » aussi bardés de défenses que s’ils allaient marcher sur la lune, des dizaines de femmes avaient décidé de passer la nuit à l’hôpital de Panzi : « c’est nous désormais qui allons nous relayer pour assurer la sécurité du Dr Mukwege… »
Trois mois après l’agression qui avait failli lui coûter la vie, lorsque cinq tueurs l’attendaient à son domicile alors qu’il rentrait de Belgique, le Dr Mukwege a donc retrouvé Bukavu. Un retour qui s’est déroulé en grande pompe : le représentant spécial de l’ONU au Congo, Roger Meece, a salué le courage du médecin et promis la protection des Casques bleus (dramatiquement absents au moment de l’agression…), une tribune d’honneur avait été dressée sur laquelle avaient pris place tous les notables de la ville, depuis le gouverneur jusqu’aux députés provinciaux. Mais surtout une foule serrée de simples citoyens réserva une ovation interminable au plus célèbre des praticiens du Congo lorsque ce dernier, modeste et simple comme d’habitude, reprit sa blouse blanche de gynécologue.
Dans les heures suivant son retour, retrouvant la routine du médecin chef, le Dr Mukwege devait arpenter à nouveau les couloirs de son hôpital, saluer ses patients, planifier les prochaines interventions. Durant une semaine, il sera aidé par une équipe belge qui avait fait le voyage avec lui, dirigée par le professeur Guy Bernard Cadière, spécialiste des labaroscopies à l’hôpital Saint Pierre. Ce dernier, découvrant la chaleur de l’accueil, les attentes de dizaines de femmes, ne dissimulait pas son émotion : « ici, où tout est prêt pour que je puisse travailler nuit et jour, je me sens particulièrement heureux… »

11 janvier 2013

Le Docteur Mukwege va rentrer à Bukavu

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« Il faut nous rendre notre docteur…S’il a un problème de billet d’avion, nous allons nous cotiser, vendre des légumes et des fruits pour rassembler l’argent…Et s’il a besoin d’être protégé, il peut compter sur nous… »
Depuis novembre dernier, les femmes de Bukavu se mobilisent, sont prêtes à payer elles mêmes pour le retour de « leur » docteur : l’attentat qui avait failli coûter la vie au médecin-chef de l’hôpital de Panzi, le Dr Denis Mukwege, avait secoué la capitale du Sud Kivu et, plus largement, les ondes de choc de cette tentative d’assassinat avaient secoué le Congo tout entier et provoqué d’innombrables protestations à travers le monde.
Exfiltré en Belgique, le Dr Mukwege mit plusieurs semaines à se remettre du terrible choc émotionnel ressenti lorsque cinq tueurs, introduits dans sa propriété, avaient tenu ses filles en joue, abattu à bout portant sa sentinelle et s’étaient finalement enfuis, laissant le médecin au sol et le considérant comme mort. Après avoir voyagé en France, aux Etats Unis, en Suède, repris ses plaidoyers dénonçant les violences sexuelles pratiquées dans l’Est du Congo, le médecin-chef de l’hôpital de Panzi a décidé de rejoindre ses patients, ces femmes auxquelles il apporte autant un réconfort moral que la réhabilitation physique. En compagnie du Docteur Guy –Bernard Cadière, spécialiste de la labaroscopie à l’hôpital Saint Pierre, le Dr Mukwege s’envolera pour Bujumbura puis Bukavu et il regagnera son hôpital.
Plusieurs ministres européens des affaires étrangères ont déjà demandé aux autorités congolaises d’assurer la sécurité d’un homme dont le nom a déjà été plusieurs fois cité pour l’obtention du Prix Nobel. Alors que la tentative d’assassinat s’était déroulée dans le quartier Muhumba, l’un des plus sécurisés de Kinshasa, aucune enquête n’ a encore déterminé l’identité des tueurs, leurs motivations ou leurs commanditaires…

11 janvier 2013

Tout n’a pas été dit à propos de la mort de Louis Rwagasore, le Premier Ministre du Burundi

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Interview de l’historien Ludo De Witte

Pourquoi la tutelle belge voulait-elle éliminer Louis Rwagasore, Premier ministre élu du Burundi

Vous avez retrouvé des documents du Foreign Office démontrant qu’en septembre 1961, le résident belge à Bujumbura, Regnier, qui exerçait la tutelle, avait évoqué à plusieurs reprises la nécessité d’éliminer le prince Rwagasore, même si ce dernier avait remporté les élections. Pourquoi une telle haine des Belges à l’encontre du fils du Mwami Mwambutsa, le roi du Burundi ?

Les Belges combattaient Louis Rwagasore pour plusieurs raisons : ils le considéraient comme peu maniable, échappant à leur contrôle. Il exerçait un grand ascendant sur toute la population, les chrétiens comme les musulmans, les Hutus comme les Tutsis, non seulement car il était le fils du Roi et jouissait d’une légitimité monarchique, mais aussi parce qu’il possédait un charisme extraordinaire.
Sur le plan socio économique, il avait mis en place des mutuelles, et les Belges n’étaient pas loin de le considérer comme un communiste. Ils nourrissaient à son égard une haine pathologique et lui reprochaient en plus d’être un ami de Patrice Lumumba, le Premier Ministre congolais assassiné au Katanga en janvier 1961. De plus, en 1956 déjà, c’est Rwagasore qui avait, le premier, réclamé l’indépendance pour le Burundi et publié un manifeste dans ce sens.

Les Belges pouvaient ils agir directement contre lui ?

Les Belges à l’époque étaient assez faibles sur le plan international, on leur reprochait la mort de Patrice Lumumba au Congo, la sécession du Katanga, ils devaient donc se montrer prudents. Rwagasore et son parti l’Uprona s’étaient vu interdire de participer aux élections communales qui avaient été remportées par le PDC (parti démocrate chrétien, très soutenu par les Belges). En revanche, sous la pression de l’ONU, les élections législatives avaient été libres, Rwagasore et la famille royale y avaient participé et le PDC avait été écrasé.
Sans pouvoir agir aussi ouvertement qu’au Congo, les Belges, au Burundi, avaient attisé les tensions ethniques belges et la disparition de Rwagasore en 61, les divisions croissantes menèrent,en 1965 au putsch militaire de Micombero.

Que révèlent les documents que vous avez retrouvé au Foreign Office ?
Il s’agît de telex et de lettres échangées entre James Murray, l’ambassadeur anglais à Bujumbura et sa hiérarchie à Londres. Murray rapporte que le résident Régnier a évoqué à plusieurs reprises la « nécessité » de tuer Rwagasore, assurant même que « le lac Tanganyika n’était pas loin. » De tels propos, Régnier le savait, allaient être rapportés au chef du parti démocrate chrétien, (PDC) Ntidendereza, qui allait en déduire que la tutelle belge couvrirait l’élimination du prince.

Le roi Baudouin a-t-il joué un rôle dans cette affaire ?

Comme on le sait, un tueur d’origine grecque, Kageorgis, instigué par le PDC, le parti pro belge, abattit Rwagasore à bout portant, deux mois seulement après qu’il soit devenu Premier Ministre. Le magistrat belge Raymond Charles, présent à Bujumbura en janvier 1963, tenta d’arracher une mesure de clémence en faveur des complices de Kageorgis, des dirigeants du PDC. Il tenta aussi d’empêcher l’exécution de Kageorgis. Il apparaît que le roi Baudouin souhaitait gracier le tueur et empêcher l’exécution de ses complices. Il harcela sur ce sujet le ministre des Affaires étrangères Paul Henri Spaak, mais ce dernier refusa de cautionner une demande de grâce. Le gouvernement belge de l’époque pensait, cyniquement, que s’il plaidait en faveur de mesures de clémence, les Burundais allaient en conclure que les Belges étaient derrière l’assassinat de Rwagasore. Suivant cette affaire de près, l’ambassadeur britannique Murray en déduisit qu’un accord tacite avait été conclu entre Bruxelles et Bujumbura : les Belges devaient laisser les autorités burundaises apaiser leur opinion et exécuter les assassins et échange de quoi leur rôle dans l’affaire ne serait pas mentionné…
Le roi Baudouin insista même, en vain, pour que les inculpés soient transférés dans un autre pays que le Burundi, le Congo ou le Rwanda, afin qu’ils échappent à leur exécution, mais il fut débouté de cette demande. Même s’il avait envie de gracier les conjurés, le gouvernement ne l’autorisa pas à le faire…

Toute la vérité a-t-elle été dite à propos de l’assassinat de Rwagasore ?
Il reste encore des pierres à retourner, l’ensemble des échanges diplomatiques de l’époque et le dossier judiciaire lui-même doivent être rendus publics. Même Etienne Davignon, qui était à l’époque le bras droit de Paul-Henri Spaak, avait reconnu que tout le dossier Rwagasore n’était pas accessible… Si elle le souhaite, la famille de Rwagasore pourrait encore réagir. Il n’est pas trop tard…