17 janvier 2013

Les femmes de Bukavu vont protéger le Docteur Mukwege

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« Quand je vois toutes ces femmes qui m’attendent, qui m’accueillent, comment aurais je pu prolonger mon exil ? » Venant de Belgique, via Bujumbura, c’est avec beaucoup d’émotion que le Docteur Denis Mukwege a retrouvé Bukavu, l’hôpital de Panzi dont il est le médecin-chef, et surtout ses patientes, ces centaines de femmes victimes de violences sexuelles auxquelles il rend la santé et le goût de vivre.
Venues de l’île d’Idjui, de la cité minière de Kamituga, d’Uvira et de toutes les cités entourant Bukavu, c’est par milliers que les femmes du Sud Kivu ont accueilli « leur » docteur ; certaines d’entre elles, désireuses de financer son retour, avaient même vendu leur récolte de bananes et de manioc pour lui proposer leur modeste cagnotte.
Et surtout, défiant calmement la vingtaine de militaires onusiens, qui entouraient le médecin en tenue de « Robocops » aussi bardés de défenses que s’ils allaient marcher sur la lune, des dizaines de femmes avaient décidé de passer la nuit à l’hôpital de Panzi : « c’est nous désormais qui allons nous relayer pour assurer la sécurité du Dr Mukwege… »
Trois mois après l’agression qui avait failli lui coûter la vie, lorsque cinq tueurs l’attendaient à son domicile alors qu’il rentrait de Belgique, le Dr Mukwege a donc retrouvé Bukavu. Un retour qui s’est déroulé en grande pompe : le représentant spécial de l’ONU au Congo, Roger Meece, a salué le courage du médecin et promis la protection des Casques bleus (dramatiquement absents au moment de l’agression…), une tribune d’honneur avait été dressée sur laquelle avaient pris place tous les notables de la ville, depuis le gouverneur jusqu’aux députés provinciaux. Mais surtout une foule serrée de simples citoyens réserva une ovation interminable au plus célèbre des praticiens du Congo lorsque ce dernier, modeste et simple comme d’habitude, reprit sa blouse blanche de gynécologue.
Dans les heures suivant son retour, retrouvant la routine du médecin chef, le Dr Mukwege devait arpenter à nouveau les couloirs de son hôpital, saluer ses patients, planifier les prochaines interventions. Durant une semaine, il sera aidé par une équipe belge qui avait fait le voyage avec lui, dirigée par le professeur Guy Bernard Cadière, spécialiste des labaroscopies à l’hôpital Saint Pierre. Ce dernier, découvrant la chaleur de l’accueil, les attentes de dizaines de femmes, ne dissimulait pas son émotion : « ici, où tout est prêt pour que je puisse travailler nuit et jour, je me sens particulièrement heureux… »