28 février 2013

La guerre des chefs au sein du M23 ouvre la voie aux FDLR

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Depuis la signature de l’accord de paix d’Addis Abeba, les tensions se sont aiguisées au sein du M23. Elles se traduisent par de violents combats sur le terrain et surtout par une montée en puissance des combattants hutus des FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) qui occupent les positions laissées vacantes par les rebelles.
Un communiqué signé par le général Sultani Makenga, chef de l’aile militaire du M23 et destituant son porte parole politique Jean-Marie Runiga éclaire quelque peu les dissensions internes au mouvement. Plusieurs chefs d’accusation pèsent sur le « Bishop » Runiga : « malversations financières, divisions, haine ethnique, escroquerie, manque de professionnalisme et d’éthique politique ». Mais surtout, l’ancien chef politique du mouvement est accusé de « haute trahison ». Il se voit reprocher d’avoir « détourné des ressources financières du Mouvement pour appuyer des activités légitimes et prohibées, dont le recrutement de cadres politiques et militaires pour le compte du général Bosco Ntaganda ».

Makenga contre Bosco

Au delà de la personne de Runiga, une opposition latente entre les chefs du mouvement apparaît ainsi au grand jour. D’une part, le général Bosco Ntaganda, qui fait l’objet d’un mandat d’arrêt international, sait que la disparition du M23 le laisserait dans un état de vulnérabilité extrême et qu’il pourrait faire les frais d’un éventuel accord entre Kinshasa et ses anciens compagnons d’armes. Début 2012 déjà, Kinshasa et Kigali avaient envisagé l’éventualité de son arrestation et un accord se dessinait, prévoyant de le faire juger devant des juridictions congolaises et d’éviter son transfert à La Haye. Ces négociations délicates auraient été torpillées par l’apparition du M23 et le début des hostilités. Les premiers combats auraient été provoqués par une tentative d’assassinat du général Makenga ou, tout au moins, par l’interception de son escorte sur la route de Bukavu à Goma.
Considéré comme un opportuniste et un affairiste, Bosco, qui s’était illustré dans l’Ituri (aux côtés de Thomas Lubanga, condamné à la Haye pour recrutement d’enfants soldats) avait rejoint sur le tard le général Laurent Nkunda. Rappelons que ce dernier, très populaire au sein de ses troupes et de la communauté des Tutsis du Congo, avait été « sacrifié » lors des accords de paix de 2009, amené en résidence surveillée au Rwanda et remplacé par Bosco Ntaganda, qui fut qualifié de « traître » par les lieutenants de Nkunda, dont Sultani Makenga.
Les généraux alliés de Bosco, Innocent Zimurinda, (qui fait l’objet d’un mandat international), Innocent Kaina et Baudouin Ngaruye avaient repris de l’autorité lors de la prise de Goma et bénéficiaient de l’appui politique de Runiga.
Quant à Sultani Makenga, ancien homme de confiance de Nkunda et qui avait été intégré dans les FARDC, il entretenait de bonnes relations avec le président Kabila, avec lequel il parlait régulièrement au téléphone.
La scission actuelle au sein du mouvement rebelle, venant après l’accord de paix d’Addis Abeba par lequel les « parrains » des groupes armés se sont engagés à cesser tout appui, pourrait contribuer à la fois à isoler Bosco Ntaganda et à relancer les contacts avec Makenga. A condition que soient abordées des revendications « de fond » de ce dernier, comme le retour des réfugiés tutsis congolais vivant au Rwanda.
Cependant, au delà de ces perspectives de paix à moyen terme, les derniers développements sur le terrain sont dramatiques : Sultani Makenga, qui se méfie du Rwanda depuis la mise à l’écart de Laurent Nkunda, s’est replié à Tchianzu, non loin de la frontière ougandaise. De son côté, Bosco et ses hommes ont quitté les localités de Kiwanja, Rubari et surtout Rutshuru : avant de partir le M23 a évacué ses soldats blessés qui se trouvaient à l’hôpital et par la suite, ce sont les combattants hutus des FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) qui se sont emparés de la ville et de toutes les places fortes du M23. Quant à l’armée gouvernementale, au lieu de reprendre ces zones tenues par les rebelles, elle s’est abstenue d’intervenir et la population redoute désormais d’être prise en tenaille entre les Hutus des FDLR et des Mai Mai Shetani, un groupe armé congolais violemment opposé aux combattants rwandais.
Si les FARDC ne se sont pas manifestées à Rutshuru, par contre, les combats font rage à Kitchanga, opposant les forces gouvernementales à une autre milice, celle des ACPLS : la base de Médecins sans Frontières Hollande a été partiellement brûlée, le CICR a évacué 17 puis 14 blessés, de nombreuses maisons ont été brûlées.
Pour tenter de maîtriser cette situation explosive, qui contredit les résolutions de l’accord de paix d’Addis Abeba, le Rwanda aurait tenté une médiation, mais sans réussir à calmer le jeu.

28 février 2013

Kagame assure qu’il n’est pas intéressé par un troisième mandat

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Comment concilier le changement et la continuité, comment garantir la stabilité et le développement durable ? C’est à ces questions là que le président Kagame, s’entretenant avec la presse, aurait préféré répondre. Mais les interpellations ont plutôt porté sur un sujet qui, déjà, préoccupe l’opinion rwandaise et suscite maintes spéculations : en 2017, à l’issue de son deuxième et, en principe, dernier mandat, se présentera-t-il une fois encore, ce qui l’obligerait à modifier la Constitution ?
Prenant de la hauteur, le chef de l’Etat a répondu qu’ « il n’était pas intéressé par un troisième mandat et qu’il se conformerait à ce qui est prescrit par la Constitution. » Il prit cependant soin d’ajouter « qu’il appartenait au peuple rwandais de décider de ce qui convenait le mieux pour le pays, dans l’intérêt du progrès et de la stabilité qu’il s’agira de maintenir après 2017. »
Autrement dit, même si l’on peut penser que le chef de l’Etat rwandais mettra son point d’honneur à se conformer à la Constitution et que, dans les coulisses (hermétiques) du pouvoir, la succession se prépare déjà, la porte demeure entr’ouverte et Kagame a déjà chargé des cadres supérieurs du Front patriotique de réfléchir à la fois aux perspectives de changement et à la poursuite des progrès déjà réalisés.
Outre l’hypothèse d’un troisième mandat, deux autres points s’avèrent sensibles : le retour au pays d’opposants politiques en exil, et le transfert au Rwanda des archives du tribunal pénal international d’Arusha qui doit bientôt mettre fin à ses travaux. Alors que des élections législatives sont prévues cette année, le président a répété que les opposants en exil étaient les bienvenus. Une offre qui sera bientôt prise au mot par le parti PPD Imanzi, dont le président, Deo Mushaydi est en prison au Rwanda. Les militants du PPD Imanzi, qui ne participeront pas aux prochaines élections législatives, entendent « se préparer pour les présidentielles de 2017, encourager moralement le fondateur de leur parti et promouvoir, à l’intérieur même du Rwanda, un dialogue inclusif ».
Quant au rapatriement des archives du Tribunal international d’Arusha, il s’agît pour le Rwanda d’un sujet très sensible : Kigali estime que cette documentation considérable appartient à l’histoire du pays et doit être mise à la disposition des générations futures, mais des réticences subsistent au sein de la communauté internationale où d’aucuns, considérés par Kigali comme des adversaires, préfèreraient confier ces archives aux Nations unies ou à une instance « neutre », à l’extérieur du pays.

27 février 2013

Premières “victimes” de l’accord de paix: les rebelles congolais

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L’accord de paix global signé à Addis Abeba par onze chefs d’Etat africains, qui, à la fois recommande une réforme de l’armée congolaise et dissuade les voisins du Congo d’encore y soutenir des mouvements armés a déjà entraîné une première conséquence : le mouvement rebelle M23, qui s’était emparé de Goma le 20 novembre dernier, et ne peut plus compter sur d’actifs soutiens venus de l’autre côté de la frontière, semble être sur le point d’imploser. Deux tendances se font face : l’une, menée par le colonel Sultani Makenga, un proche du général Laurent Nkunda toujours retenu au Rwanda, qui était entré en rébellion pour des raisons essentiellement militaires, et l’autre incarnée par le « Bishop » Jean-Marie Runiga et le porte parole du mouvement François Rucogoza, deux personnalités civiles qui avaient mené les négociations de Kampala dans l’espoir, aussi, d’y gagner un meilleur positionnement sur la scène politique. Le général Bosco Ntaganda, toujours visé par un mandat d’arrêt international, serait de leur côté. Il est évident que les trois personnalités précitées ainsi que leurs alliés ont beaucoup à perdre d’un accord global et de l’épuisement de leurs soutiens dans la région : l’étau pourrait se resserrer autour de Bosco Ntaganda, -les Américains ayant même promis 5 millions de dollars à qui pourrait le présenter à la justice- tandis que les négociateurs politiques, qui avaient fait monter les enchères à Kampala et réclamaient même le départ de Kabila, devraient revoir à la baisse leurs ambitions sinon rentrer dans le rang.
Lors de la prise de Goma déjà des divergences étaient apparues : Makenga et les siens, sensibles à la pression internationale, avaient accepté d’évacuer la ville, non sans s’emparer d’un butin considérable, une évacuation que refusait Runiga, qui craignait de perdre là sa meilleure carte.
Actuellement, le colonel Sultani Makenga (qui n’est pas visé par la justice internationale) assure qu’il soutient l’accord de paix global d’Addis Abeba et serait prêt à rentrer dans le rang. Une position qui n’est pas partagée par ses alliés d’hier, toujours soucieux de positionnement politique ou financier.
A terme, cette implosion du M23 ne peut qu’être saluée par Kinshasa, même si plus de vingt morts ont déjà été enregistrés du côté de Rutshuru. Mais dans l’immédiat, des affrontements entre factions peuvent s’avérer doublement dangereux : non seulement l’instabilité s’accroît et les civils sont mis en danger mais le vide qui apparaîtrait dans les régions hier contrôlées par les factions rebelles tutsies pourrait être rapidement comblé par des groupes armés hutus, membres des FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda), que Kigali accuse régulièrement de collaborer avec les forces gouvernementales. Du point de vue des populations civiles, la peste serait remplacée par le choléra…

26 février 2013

Les présumés auteurs de l’attentat contre le Dr Mukwege sont arrêtés à Bukavu

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la police nationale congolaise a présenté à Bukavu les auteurs présumés de la tentative d’attentat contre le docteur Mukwege, médecin-chef de l’hôpital de Panzi, gynécologue mondialement connu pour les soins apportés aux femmes victimes de violences sexuelles. La police a désigné comme auteurs de l’attentat un groupe de huit malfaiteurs, cinq hommes et trois femmes, des voleurs à main armée dont certains seraient passés aux aveux. Selon l’ inspecteur provincial de la police au Sud Kivu, le général Gaston Luzembo, cité par Radio Okapi, le dossier est désormais clos au niveau de la police et les incriminés seront mis à la disposition du parquet de grande instance du Sud Kivu. Le général Gaston Luzembe a indiqué que des objets volés, retrouvés sur les prévenus, allaient être rendus à leurs propriétaires si ces derniers, preuves à l’appui, venaient les réclamer.
Rappelons que le Dr Mukwege avait été l’objet d’une tentative d’assassinat le 25 octobre dernier, alors qu’il rentrait d’un voyage qui l’avait conduit devant l’Assemblée générale des Nations Unies et aussi en Belgique. Il avait dénoncé la persistance des violences sexuelles au Kivu et l’impuissance de la communauté internationale. A son retour, venant de Bujumbura, il s’était directement rendu à son hôpital pour y retrouver ses patientes. C’est à son retour chez lui, en fin de journée, qu’il découvrira cinq agresseurs l’attendant dans sa maison. Ces hommes, sans être inquiétés, s’étaient introduits dans le périmètre de sa parcelle et, installés dans le salon, avaient tenu en respect les deux filles du médecin, attendant son retour. Lorsque, après une demi heure environ, le docteur klaxonna pour qu’on lui ouvre la grille, les hommes sortirent de la demeure. La sentinelle se précipita alors pour avertir Mukwege du fait qu’il était attendu par des hommes armés. Ces derniers firent alors feu, tuant net le malheureux gardien. Le médecin se jeta alors au sol, tandis que l’un des agresseurs, après avoir fait feu sur lui, (on allait retrouver une demi douzaine de cartouches au sol) s’emparait des clés de contact du véhicule.
Alors que le Dr Mukwege ne savait pas s’il avait été blessé ou non, les agresseurs s’installèrent dans sa voiture et prirent la fuite, réussissant une audacieuse manœuvre de marche arrière dans la parcelle. La voiture devait plus tard être retrouvée à quelques centaines de mètres du lieu de l’agression. Après le départ des assaillants, le médecin devait se révéler indemne, mais très choqué par la mort de sa sentinelle, qui travaillait chez lui depuis trente ans. A l’époque, aucun vol n’avait été relevé dans la maison et le médecin et sa famille étaient convaincus qu’il s’agissait bien d’une tentative d’assassinat.
Le Dr Mukwege se rendit par la suite en Belgique, mais après trois mois il décida de regagner Bukavu, appelé par les femmes de la ville, désespérées d’avoir perdu « leur » médecin. A son retour, il fut personnellement accueilli par le gouverneur du Sud Kivu, Marcellin Cishambo, qui assura sa protection. Depuis son retour, le médecin chef de Panzi réside dans une aile de l’hôpital, estimant que c’est là, au milieu de ses patientes et des membres de son personnel, qu’il jouira de la meilleure des protections.

25 février 2013

EN Mauritanie, les prèches contredisent l’appui officiel à la guerre menée par la France au Mali mali

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« Directement concernée par la guerre au Mali, la Mauritanie fait profil bas, mais en réalité elle risque de subir les conséquences directes de l’intervention française : c’est chez nous que les islamistes dispersés viendront se réfugier… »
Abidine Merzough, ingénier de formation, vivant en Allemagne mais effectuant de nombreux séjours dans son pays, suit de près l’évolution de la situation au Mali, même si l’essentiel de son combat personnel se joue ailleurs : lui, il a voué sa vie à dénoncer la situation d’esclavage que connaissent les Mauritaniens noirs. Alors que la situation en Mauritanie va être examinée cette année par la Commission des droits de l’homme de l’ONU, Abidine Merzough a participé à un « sommet parallèle » organisé à Genève par UN Watch, une ONG vouée à la défense des droits de l’homme, qui avait remis sous les projecteurs plusieurs crises oubliées : l’Iran, le Tibet, le Pakistan, le Soudan, le Sud Kivu et même Cuba.
Estimant que la loi de 2007, qui abroge l’esclavage et place sur le même pied, en théorie tout au moins, tous les citoyens de la République islamique de Mauritanie, n’a jamais été réellement appliquée, Abidine Merzough se bat pour sensibiliser l’opinion internationale au sort réservé à ses compatriotes noirs. Il rappelle que la population de Mauritanie est mélangée : les Maures monopolisent tous les postes importants, dans l’armée, l’administration, les affaires, mais en réalité les « Maures blancs » ne représentent qu’un quart de la population. La confusion vient du fait qu’au sein de toutes les familles maures vivent les « Haratins ». Ces derniers représentent 50% de la population, mais ils sont confondus avec les Maures car ils partagent la même culture, le même langage, la même religion, un Islam sunnite de rite melchite et souvent ils vivent sous le même toit. La différence entre les Maures et les Haratins est aisée à résumer : les uns sont les maîtres et les autres des serviteurs dépourvus de droits. Toutes les tâches domestiques leur sont dévolues, la famille « blanche » se repose sur eux pour tout, amener l’eau, cuisiner, nettoyer…En principe certes, ils peuvent, s’ils le veulent, quitter la maison de leurs maîtres. Mais s’ils le font ils n’ont nulle part où aller et sont totalement dépourvus de moyens… Ils sont exclus de la richesse et du pouvoir. On les retrouve aussi dans l’armée, mais ils ne seront jamais officiers… »
Les Haratins ne sont pas les seuls Noirs de Mauritanie : le pays accueille d’autres groupes negro africains, Peuls, Wolofs et Soninke, riverains du Fleuve Sénégal, apparentés à leurs voisins sénégalais, qui représentent 25% de la population et sont eux aussi victimes de discriminations.
Malgré l’abolition officielle de l’esclavage, Abidine Merzough, Haratin lui-même, estime qu’au sein des familles mauritaniennes, des Noirs sont encore captifs : «l’an dernier, nous avons traversé le pays d’Est en Ouest sur 1000 kilomètres et à chaque étape de cette caravane, nous avons organisé des meetings, dit aux esclaves de refuser leur situation. Six d’entre eux sont sortis du rang, nous avons demandé aux autorités de les protéger mais rien n’a été fait… »
La population mauritanienne, qu’elle soit blanche ou négro africaine, suit de près l’évolution de la situation au Mali mais Merzough décrypte le double langage : d’un côté, les autorités, par la voix du président Mohamed Ould Abdelaziz, se déclarent solidaires de l’intervention française au Mali. Mais par ailleurs, nul n’est dupe : « parmi les islamistes traqués au Mali, il y a des Algériens mais aussi des Mauritaniens, des Sahraouis. Chacun sait que, s’ils sont défaits par l’intervention française, ces hommes vont se replier et se réorganiser chez nous… De plus, l’opposition est hostile à la participation de troupes mauritaniennes aux opérations militaires tandis que la population, elle est absolument opposée à la guerre. » Merzough y voit l’influence des prêches dans les mosquées : « chaque semaine, les imans, sans être inquiétés, assurent dans leurs sermons que les Français mènent au Mali une nouvelle croisade et que le devoir de tout vrai Musulman est de s’y opposer. Les autorités assurent qu’elles veulent rester neutres, mais la population, sous influence, assure qu’elle est solidaire de ses « frères »….

25 février 2013

Divisions meurtrières au sein des rebelles congolais du M23

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Au lendemain de l’adoption d’un plan de paix global pour l’Est du Congo, proposé par les Nations unies à Addis Abeba et ratifié par les chefs d’Etat de la région dont les présidents Joseph Kabila et Paul Kagame, des affrontements qui ont éclaté au sein du mouvement rebelle M23 se sont soldés par une vingtaine de morts. Les heurts ont opposé deux factions : l’une dirigée par le chef militaire, le colonel Sultani Makenga (un proche de Laurent Nkunda) et l’autre par le porte parole politique Jean-Marie Runiga. Ce dernier serait soutenu par le général Bosco Ntaganda, qui fait l’objet d’un mandat d’arrêt international.
L’accord-cadre onusien divise profondément les rebelles. Depuis longtemps, le colonel Sultani Makenga, qui dirige les opérations militaires, avait fait savoir qu’il était prêt, en cas d’accord au plus haut niveau, à rentrer dans le rang et à cesser les hostilités. Par contre, le pasteur Jean-marie Runiga s’était investi dans les négociations politiques de Kampala qui, durant deux mois, avaient, sans résultat, mis face à face à face une délégation du mouvement rebelle et des représentants de Kinshasa. En Ouganda, les porte parole politiques des rebelles avaient dépassé de loin les revendications initiales du mouvement, d’ordre purement militaire, et ils avaient récupéré plusieurs thèmes de l’opposition politique congolaise (contestation des élections, assassinat de Floribert Chebeya…) allant même jusqu’à réclamer un changement de régime. L’accord d’Addis Abeba a rendues caduques ces revendications maximalistes (même si certains points de gouvernance mériteraient d’être examinés dans un autre contexte…)et court circuité certaines ambitions politiques…
Même si le M23 campe toujours aux portes de Goma, ces divisions affaiblissent considérablement le mouvement et une médiation rwandaise n’aurait donné aucun résultat.
Runiga s’étant réfugié sur la ville fontière de Bunagana, de nombreux déplacés ont fui en direction de l’Ouganda. Quant à l’armée gouvernementale, elle a renforcé ses effectifs et affecté dans d’autres régions du pays certains de ses officiers originaires du Nord Kivu.

25 février 2013

Alain Destexhe: pourquoi ne pas envoyer de troupes belges en Afrique centrale?

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Quel est le contexte dans lequel a été votée la recommandation déconseillant d’envoyer des troupes belges dans nos anciennes colonies ? Une recommandation que le ministre Didier Reynders propose aujourd’hui d’abroger…

A l’issue des travaux de la commission d’enquête parlementaire qui s’est réunie en 1997, avec pour mission de déterminer les responsabilités de la Belgique au Rwanda et plus particulièrement d’examiner les circonstances de l’ assassinat de dix casques bleus belges à Kigali, plusieurs recommandations ont été adoptées par la Chambre et le Sénat. Je me souviens qu’à l’époque, les conclusions des travaux n’ont pas été votées en séance plénière, car elles mettaient en cause trois personnalités, qui étaient en fonction en 1994 : Jean-Luc Dehaene, Premier Ministre, Léo Delcroix, Ministre de la Défense et Frank Swaelen, alors président du Sénat.
A l’époque, ce qui importait, c’était d’obtenir l’adhésion de toutes les formations politiques, y compris le Cdnv, ce qui signifie que les membres de la Commission Rwanda, qui était dirigée par Guy Verhofstadt, n’ont pas exigé que les conclusions soient acceptées par les deux Chambres.

Quels ont été les effets de cette résolution sur la politique extérieure de la Belgique ?
Alors qu’il ne s’agissait que d’une résolution, qui, au fond, n’avait guère de valeur contraignante, elle a fortement bloqué la politique extérieure de la Belgique en Afrique centrale.
Selon moi, l’une des causes de ce blocage inutile est le vieux fonds pacifiste flamand : il y avait clairement divergence entre le Nord et le Sud du pays, les Flamands ne voulaient plus s’engager militairement, ni dans nos anciennes colonies à la suite du Rwanda ni dans d’autres guerres, comme l’Irak…
Le député SPA Dirk Vandermaele, est l’incarnation de ce courant…

Pensez vous que l’intervention de troupes belges en Afrique centrale pourrait faire la différence ?
Il faut d’abord relever le terrible scandale que représente le déploiement de la Mission des Nations unies au Congo, qui coûte bon an, mal an, un milliard quatre cent mille dollars, une gabegie qui vient encore d’être dénoncée dans un article de Tony Blair publié dans la revue Foreign Policy. Il me semble qu’avant toute discussion sur un nouveau redéploiement de Casques bleus au Congo, une évaluation s’impose. Il faudrait faire un bilan et examiner si ces militaires ont ou non protégé les populations civiles…L’accord de paix qui vient d’être signé à Addis Abeba renforce encore cette coûteuse mission, qui, sur le terrain, n’a pas réussi grand chose. Cela étant, je ne suis pas sûr que le déploiement de militaires belges serait une bonne idée. Certes, des officiers pourraient être détachés au niveau de l’état major, être chargés de certaines tâches de formation ou de renseignement, mais pour ce qui concerne des troupes au sol, je suis plus sceptique…Il ne faut pas sous estimer le climat anti-belge qui a quelquefois régné dans la région, que ce soit au Congo ou au Rwanda…De toutes façons, il faudrait prendre en compte les éventuelles objections des pays de la région…

Quels seraient les cas où un déploiement belge s’imposerait ?

Je crois que, dans certaines circonstances, comme une menace de génocide, il faudrait prendre en compte un impératif moral et déployer tous les efforts possibles pour imposer la paix…Mais cela devrait être exceptionnel, et une telle implication devrait bénéficier du consensus de toute la région…

25 février 2013

le député van der Maelen: d’abord former des troupes africaines

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Quelle serait votre position si l’engagement de troupes belges en Afrique centrale devrait être à nouveau envisagé ?

Ma position, à ce stade, ce serait « ni oui, ni non », j’exigerais avant tout qu’il y ait débat…On ne peut abolir ainsi d’un trait de plume la résolution qui avait été adoptée en 1997. A l’époque, je ne faisais pas partie de la Commission Rwanda, mais je me souviens que ses membres étaient des gens sensés, qui s’appuyaient sur des raisons valables.
Ils estimaient qu’envoyer des troupes belges dans un pays comme le Congo pouvait représenter un risque supplémentaire. Les relations historiques entre la Belgique et l’Afrique centrale pouvaient être utilisées pour rendre plus difficile, sinon déstabiliser toute opération de paix dans cette région où notre pays est toujours considéré comme l’ancienne puissance coloniale.
Dans le même ordre d’idées, lorsqu’il s’est agi d’envoyer des troupes européennes pour stabiliser les Balkans, tout le monde était d’avis qu’au vu du contexte historique, il ne fallait pas faire appel à des troupes allemandes…
Je maintiens donc qu’avant d’abolir les résolutions de la Commission Rwanda, il faut mener un débat en profondeur…
Les raisons avancées en 1997 sont peut-être encore valables aujourd’hui…

Des assouplissements seraient ils envisageables ?

Mais ils ont déjà eu lieu ! Au Congo même, la Belgique s’est engagée dans des tâches de formation d’officiers congolais. Des militaires belges ont déjà formé, avec succès, deux ou trois bataillons congolais.
C’est dans cette optique d’ailleurs que je soutiens l’engagement militaire belge au Mali : sans déployer de troupes combattantes aux côtés des Français, les Belges se sont engagés à former, à équiper des troupes africaines. Je crois qu’une action de ce type est beaucoup plus utile. Au Bénin aussi la Belgique a envoyé des formateurs militaires et tout le monde s’en est félicité.
A notre époque, il est de plus important de soutenir les efforts de maintien de la paix menés par les Africains eux-mêmes, dans le cadre de leurs organisations régionales, la SADC (Conférence des Etats d’Afrique centrale) ou l’Union africaine. Non seulement ces interventions là ont plus de chances de réussir, mais globalement c’est plus positif.
Toute opération menée par des forces européennes, à fortiori si elles ont été envoyées par l’ancienne métropole, dégage un fort relent de néo colonialisme…

Lorsque la Belgique décida d’envoyer des troupes en Afghanistan, vous étiez aussi réticent que lorsqu’il s’agissait de l’Afrique ?
Absolument : depuis 2005, je plaide en faveur d’un départ de l’Afghanistan. Dès le début, je considérais que cette opération était infaisable. Il fallait empêcher Al Qaida de s’organiser dans ce pays… Résultat : les combattants se sont dispersés entre autres dans les pays du Maghreb…Il fallait, à coup de milliards de dollars, installer la démocratie. Résultat : un régime aussi corrompu que celui du président Karzaï…
C’est bien pour cela qu’en Afrique, je crois qu’il faut organiser, entraîner, former les troupes locales, en accord avec les organisations régionales, mais pas faire le travail à leur place…Au Mali, nous allons envoyer des hélicoptères, appuyés par 40 hommes chacun, et dépêcher là bas des militaires pour assurer la défense d’un camp où auront lieu formations et entraînements.

21 février 2013

Les étoiles et les ravines

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Un accord pour le moyen terme… Mais demain ?
Les étoiles et les ravines

Les Etats et les organisations régionales et internationales impliqués dans la recherche d’une solution à moyen et long terme pour la crise dans l’Est du Congo sont de plus en plus nombreux. Tout valant mieux que l’indifférence ou la duplicité, il faut donc se réjouir des bonnes et fortes résolutions contenues dans l’accord, ainsi que de l’assentiment des voisins les plus concernés, en l’occurrence l’Ouganda et surtout le Rwanda, soumis à de fortes pressions internationales et désireux de regagner son titre d’élève modèle.
Cependant, à court terme, c’est-à-dire demain, toutes les questions demeurent posées : à Kampala, deux mois de négociations entre le gouvernement et les rebelles du M23 (qui avaient accepté de se retirer de Goma en échange de ces pourparlers) se sont terminées en queue de poisson. Si les accords militaires de 2009 ont bien été revisités, les revendications politiques des rebelles ont été jugées « hors cadre » et devraient être traitées lors d’un dialogue national qui devrait se tenir à Kinshasa.
Au-delà de la politique et de la diplomatie, la situation sur le terrain demeure sérieuse : les rebelles campent aux portes de Goma, occupent et administrent un vaste territoire et on ne sait qui pourra les déloger. Dans tout l’Est du Congo, et en particulier au Sud Kivu et au Nord Katanga, de nouveaux groupes armés aux noms ronflants apparaissent, relayant plus ou moins ouvertement le M23 qui rêve d’un changement de régime. Même au Katanga, fief de Kabila, l’instabilité gagne du terrain. Quant à la classe politique, l’opposition récuse déjà l’accord cadre d’Addis Abeba, qu’elle juge déséquilibré au bénéfice des pays voisins et, revenant sur la contestation des élections, elle estime que les autorités n’ont pas la légitimité requise pour convoquer un dialogue national. Autrement dit, à Addis Abeba, la communauté internationale, signant un accord longuement négocié et bien ficelé, aura la tête dans les étoiles. Mais sur le terrain, les ravines se creusent, les chausse-trappes se multiplient…
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21 février 2013

L’accord cadre sur la pacification de l’Est du Congo est enfin prêt

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L’accord cadre sur la pacification de l’Est du Congo est enfin prêt

Le cercle de famille s’élargit. Dimanche prochain à Addis Abeba, pas moins de onze chefs d’Etat africains seront invités par le secrétaire général de l’ONU à signer un accord cadre sur la pacification de l’Est du Congo. Les proches voisins du Congo, membres des organisations régionales (Conférence internationale pour la sécurité dans les Grands Lacs et Conférence pour le développement en Afrique australe, SADC) y côtoieront trois nouveaux venus, le Sud Soudan, le Mozambique et la République centrafricaine.
Si les problèmes s’enchevêtrent (deux millions de déplacés et réfugiés, prolifération de groupes armés, exploitation des ressources naturelles, violences à l’encontre des civils, enkystement de la rébellion du M23 aux portes de Goma) le texte est bref : trois pages, qui sont cependant davantage qu’un « ixième » catalogue de bonnes intentions. En effet, M. Ban Ki Moon s’est personnellement impliqué dans la rédaction et la présentation de cet accord cadre, les chefs d’Etat les plus concernés (Joseph Kabila et Paul Kagame ainsi que, de manière moins évidente l’Ougandais Museveni) appuient explicitement les résolutions du document et les pays d’Afrique australe sont prêts à s’engager militairement pour faire respecter les dispositions prévues.
A l’égard des autorités congolaises, les recommandations sont nombreuses : Kinshasa est invité à poursuivre la réforme du secteur de sécurité, c’est-à-dire à rendre plus opérationnelles la police et l’armée, à faire progresser la décentralisation et la réforme des finances, à promouvoir démocratisation et réconciliation nationale. Mais au-delà de ces conseils (qui ne sont pas prodigués à d’autres pays…) le Congo peut se réjouir de la réaffirmation solennelle de certains principes et en particulier celui de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, celui de la non ingérence dans les affaires intérieures des Etats. Ce qui met à mal la thèse d’une « souveraineté partagée » avec le Rwanda pour la gestion de l’Est du Congo…Les recommandations adressées à la région sont d’ailleurs assez précises : elles demandent de ne pas tolérer et de ne pas fournir assistance ou soutien à des groupes armés (dans des déclarations récentes, M. Ban Ki Moon avait clairement confirmé le soutien apporté par Kigali au M23), elles suggèrent de respecter les préoccupations et intérêts légitimes des Etats voisins en particulier en matière de sécurité. Si entre les lignes, il est question de la présence au Congo des rebelles hutus FDLR et de divers mouvements armés ougandais (ADF Nalu, Armée du Seigneur), ce qui peut satisfaire Kampala et Kigali, un point se veut très explicite : l’accord demande aux signataires de s’abstenir d’héberger ou de protéger des personnes accusées de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité, ou visées par des sanctions onusiennes. Ce qui vise directement le général congolais Laurent Nkunda qui coule des jours tranquilles au Rwanda et le général Bosco Ntaganda, qui fait l’objet d’un mandat d’arrêt international…
Alors qu’en janvier dernier, la signature du document avait capoté en dernière minute à cause de divergences entre les Nations unies et les pays d’Afrique australe, cette fois les divergences ont été aplanies : le rôle de la Monusco (Mission des Nations unies au Congo) est réaffirmé comme « étant partie de la solution… » (une formule « reyndersienne » qui fait son chemin…)mais il sera revu et l’appui au gouvernement congolais sera renforcé. En outre, tous les chefs d’Etat signataires seront engagés dans un mécanisme de suivi qui impliquera aussi des pays comme la France, la Belgique, les Etats unis, la Grande Bretagne. Respect de la souveraineté oblige, la situation intérieure au Congo échappera cependant à ce monitoring international.
Cet accord ouvre la voie à des éléments nouveaux : une force africaine de 2500 hommes sera déployée dans l’Est du pays et agira en collaboration avec la Monusco qui lui fournira logistique et financement, le commandement général de cette force devant être confié à un Sud Africain tandis qu’un général tanzanien dirigera la brigade d’intervention. Le mandat de cette force devrait lui permettre d’entrer en action contre les rebelles du M23 et autres groupes armés.
Kinshasa espère que, lorsque sa mission aura été accomplie, le retrait de cette « force neutre » amène la transformation sinon le départ de la Monusco elle-même. En outre, l’ONU devrait bientôt nommer un «représentant spécial pour les Grands Lacs ». Reste à trouver l’oiseau rare : aucun des Africains pressentis ne fait l’unanimité. Quant aux Européens, rares sont les diplomates qui possèdent à fond le dossier et suscitent l’assentiment de tous les acteurs concernés. Dans les coulisses de l’ONU, la diplomatie belge s’est vivement activée pour faire aboutir cet accord global, mais cette implication sera-t-elle suffisante pour se voir proposer le poste ?