28 mars 2013

Faustin Twagiramungu annonce son retour au Rwanda

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« Une balle, ça va encore… Même s’il est vrai qu’on ne choisit pas… La mort je ne la crains pas, même si tous ceux qui étaient dans la politique en même temps que moi ne sont plus de ce monde, Gafaranga, Gatabazi, Shendashonga… »Ancien Premier Ministre du Rwanda de juillet 1994 à août 1995, candidat malheureux à la présidence en 2003, M. Faustin Twagiramungu, depuis lors exilé en Belgique, a gardé à la fois sa verve et son esprit critique. Pour lui, les changements spectaculaires opérés au Rwanda par le régime dominé par le Front patriotique rwandais ne sont qu’une façade : « le développement, ce ne sont ni des buildings dans la capitale, ni de beaux quartiers portant des noms anglais…Le monde rural, lui, n’a pas progressé. Dans ce régime de « monarchie militaire », le président Kagame concentre tous les pouvoirs. Quant à nous, nous estimons que le peuple rwandais voudrait retrouver la liberté ; il a besoin de respirer. Notre décision est prise : nous rentrons au pays… »
En même temps que M. Gérard Karangwa, vice-président du parti PDP-Imanzi, (pacte de défense du peuple) dont le président Déo Mushaydi est en prison à Kigali, M. Twagimamungu a communiqué sa décision à la presse, au nom de sa formation, RDI-Rwanda Rwiza (Initiative du rêve rwandais) : « même si je ne vous communique pas le numéro du vol que je prendrai, sachez que d’ici juin, je vais exercer mes droits de citoyen rwandais et, sans avoir aucunement négocié avec le pouvoir, je vais regagner mon pays. »
Les deux dirigeants en exil estiment que leurs partis respectifs, qui doivent encore s’implanter au Rwanda, ne seront pas prêts pour participer aux prochaines élections législatives de 2013. Quant à l’échéance des élections présidentielles de 2017(qui verront s’achever le deuxième et dernier septennat du président Kagame) M. Twagiramungu, qui, visiblement n’en pense pas moins, refuse de se prononcer mais annonce que « toutes les options sont ouvertes… Ce que nous voulons, c’est ouvrir une alternative politique et surtout permettre à la population à vaincre la peur. En 2003, j’étais seul à me présenter, mais cette fois nous formons un groupe et nous voulons défendre une cause…»
Les deux dirigeants, sitôt arrivés au Rwanda, assurent qu’ils suivront la procédure légale, c’est à dire demander l’enregistrement de leurs formations politiques respectives. Ils plaideront aussi, dans le cas du PDP-Imanzi, pour la libération des prisonniers politiques, dont Déo Mushaydi et Victoire Ingabire, condamnée à huit ans de prison et qui, cette semaine, comparaît en appel.
Tous deux estiment aussi qu’il est urgent d’ouvrir au Rwanda un « dialogue interrwandais hautement inclusif » c’est à dire ouvert à des formations et des groupes qui ne sont pas membres du « forum des partis politiques ».
S’adressant à un public occidental, MM. Twagiramungu et Karangwa se sont aussi employés à démystifier les progrès dont s’enorgueillit le régime : « les paysans n’ont plus le droit de disposer de leurs lopins de terre, la jeunesse est désemparée car privée d’accès à l’emploi dans sa grande majorité tandis que de nombreux petits commerçants sont obligés de cesser leurs activités pour cause de harcèlement fiscal. » A propos de Bosco Ntaganda, détenu par la Cour pénale internationale, M. Karangwa a relevé que le prévenu n’était que le «maillon d’une longue chaîne qui s’est nouée au Rwanda… »

25 mars 2013

La chute de Bangui dégarnit la frontière nord du Congo Kinshasa

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Indignée, l’Union Africaine a suspendu la Centrafrique, et refusé de reconnaître le nouveau pouvoir, dirigé par l’un des chefs de la coalition rebelle, Michel Djotodia. C’est que, en dépit de deux cycles électoraux et de dix années d’une stabilité apparente, l’histoire se répète : le président François Bozizé, qui avait lui-même pris le pouvoir voici dix ans avec le soutien des forces tchadiennes, a été chassé du pouvoir par une coalition, la Seleka, dont on ne connaît pas encore tous les contours mais qui, cette fois, n’a pas rencontré sur sa route de militaires tchadiens, ces derniers étant actuellement mobilisés au Mali où ils épaulent les forces françaises. Seule l’armée sud africaine a tenté, jusqu’au bout, de protéger le président sortant, mais cet engagement a été payé au prix fort : treize soldats ont été tués, en plus de nombreux blessés.
Cette prise de pouvoir par la Seleka (un terme qui signifie alliance, en sango) a des aspects connus : les troupes rebelles se sont emparées de la capitale et des pillages ont éclaté, le président sortant aurait fui en direction de la République démocratique du Congo (seul le fleuve Oubangui sépare Bangui de la province congolaise de l’Equateur et de Gbadolite, ancien sanctuaire du président Mobutu). Quant aux rebelles de la Seleka, ils s’inspirent, avec plus de succès, des revendications présentées par le M23, qui a implosé au Congo Kinshasa. En effet, l’entrée en guerre de la coalition rebelle a été motivée, au départ, par le non respect des accords de paix signés en 2007. Ces accords prévoyaient, sur le même modèle qu’en RDC, la réinsertion et l’indemnisation des combattants rebelles. Par la suite, alors qu’en décembre dernier déjà, les rebelles menaçaient de s’emparer de Bangui, des accords furent signés à Libreville, avec la médiation de la Communauté des Etats d’Afrique centrale. Ils prévoyaient la mise sur pied d’un gouvernement d’union nationale, la libération des prisonniers politiques et le départ des troupes sud africaines qui avaient prêté main forte au président Bozize. Selon la Seleka ces accords ne furent pas appliqués, ce qui a justifié l’offensive actuelle.
Tout n’est cependant pas répétition : la rapidité et l’efficacité des rebelle ont surpris ainsi que la relativement bonne tenue des combattants. Selon des observateurs, les membres de la coalition, relativement bien armés et disciplinés, seraient descendus de la frontière soudanaise et en particulier de la province du Darfour où sont déployés des casques bleus de différentes nationalités dont un contingent rwandais, très apprécié.
La situation en Centrafrique est suivie de très près à Kinshasa, car le président François Bozizé était un allié du président Kabila. On se souvient en effet que, voici dix ans, lorsque cet ancien général était arrivé au pouvoir par les armes, il avait chassé son adversaire Ange-Félix Patassé avec le soutien de l’armée tchadienne. Patassé à l’époque, bénéficiait aussi du soutien de Jean-Pierre Bemba, dont les troupes, qui campaient à Gbadolite, avaient traversé le fleuve pour se porter au secours du régime. C’est d’ailleurs le comportement des soldats du MLC (Mouvement pour la libération du Congo) qui vaut à Jean-Pierre Bemba d’être toujours détenu par la Cour pénale internationale : alors que le principal challenger du président Kabila se trouvait à cette époque en train de négocier à Sun City, en Afrique du Sud, il avait été tenu pour responsable du comportement de ses troupes qui, à Bangui, placées sous commandement centrafricain, s’étaient livrées à des viols et des pillages. A l’époque, l’opposition congolaise dénonça le « service » que François Bozizé, après son arrivée au pouvoir, avait rendu à son voisin Kabila, en permettant l’inculpation de Jean-Pierre Bemba.
Autre signe des temps : le changement de pouvoir actuel a eu lieu sans qu’intervienne la France, ancienne puissance coloniale. Une telle passivité eut été impensable jadis, où la Centrafrique était considérée comme un « porte avions » de la France : située aux confins du Tchad, qui entretenait des relations troubles avec la Libye de Kadhafi, voisine des deux Congo et du Cameroun, ouverte sur le soudan et de là sur l’Afrique de l’Est, la Centrafrique, qui ne manque cependant pas de ressources naturelles, (or et diamants entre autres) valait surtout pour sa situation stratégique et la France avait installé deux bases militaires dans le pays, l’une dans la capitale, l’autre à Bouar, tournée vers le Tchad et rendant possible les interventions régionales.
Cette importance stratégique de la Centrafrique avait justifié, à l’époque du président Giscard d’Estaing, l’un des épisodes les moins glorieux de la « Françafrique » : le sacre, en 1977, de l’ « empereur » Jean Bedel Bokassa, un ancien caporal qui avait servi dans les forces françaises en Indochine et en Algérie. A l’époque, un ministre français, Robert Galley, assista au sacre de l’empereur et de l’impératrice Catherine, accompagné d’une palanquée d’hommes d’affaires. Deux ans plus tard cependant l’empereur, devenu gênant fut renversé et finit ses jours dans son château d’Hardicourt en France.
De telles complaisances semblent appartenir au passé : la France a fermé la base de Bouar pour ne garder que 250 hommes à Bangui (même si des renforts viennent d’être envoyés) et le président Hollande a déclaré que « si nous sommes présents, ce n’est pas pour protéger un régime, c’est pour protéger nos ressortissants et nos intérêts. Et en aucune façon pour intervenir dans les affaires intérieures d’un pays. Ce temps là est terminé. »
Au-delà de cette volonté de non ingérence et de ce changement de politique, François Bozize, qui avait cependant été élu deux fois après sa prise de pouvoir mais s’était lui aussi illustré par la corruption de son régime, a aussi été une victime collatérale de l’intervention française au Mali, qui mobilise toutes les forces disponibles. Quant à ses alliés africains, l’Afrique du Sud et, plus discrètement, le Congo Kinshasa, ils se sont avérés impuissants à enrayer l’avancée des rebelles qui, sur le plan militaire tout au moins, avaient peut-être bénéficié des conseils des stratèges du M23…

24 mars 2013

Des Mai Mai révoltés envahissent Lubumbashi

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Lubumbashi a commencé le week end dans le crépitement des balles et les cris des manifestants. « Les combattants Mai Mai étaient vêtus de costumes traditionnels, brandissaient des manchettes, des arcs et des flèches et ils criaient « Kata Katanga », nous raconte un ressortissant belge, encore sous le choc de la violence avec laquelle les forces de l’ordre ont dispersé quelque 300 manifestants.
Venus du Nord Katanga, les miliciens Mai Mai accompagnés de femmes et d’enfants sont entrés dans la ville par la commune de Ruashi, puis ont gagné la place de la poste, en plein centre ville. « Ils marchaient, sans que rien ne les arrête » assure notre témoin, « et même lorsque les forces de l’ordre ont commencé à tirer, ils poursuivaient leur progression. C’est ainsi que l’on déplore au moins cinq morts dans les rangs des manifestants. »
Dans l’après midi, alors que la panique était générale au sein de la population de Lubumbashi, quelque 150 miliciens Mai Mai se sont dirigés vers le siège de la Monusco où ils se sont rendus et ont été désarmés. La police a par la suite procédé au ratissage de la ville.
D’après notre témoin, les manifestants, qui brandissaient le drapeau du Katanga ne scandaient pas de slogans politiques mais exprimaient plutôt un ras le bol social : « ils criaient : on n’en peut plus, nous ne sommes pas des esclaves »…
Le gouverneur du Katanga, M. Moïse Katumbi, s’est dit indigné par cette manifestation violente et il a promis de mettre ces miliciens à la disposition de la justice. Il a aussi évoqué des complicités politiques : « ceux que nous allons interroger vont citer des gens que nous allons arrêter… »
Il apparaît en effet que derrière le malaise social, le Katanga traverse aussi une crise politique : la province du cuivre, l’entité la plus riche du pays, vit très mal la perspective d’être découpée en quatre provinces distinctes, très inégales sur le plan économique. Dans le Nord Katanga en particulier, berceau de la famille du président Kabila, les Balubakat redoutent d’être coupés du « Sud utile » où se trouvent les principaux gisements miniers générant l’essentiel des ressources de la province.
En outre, plusieurs « Balubakat » importants, comme le général John Numbi (mis en cause dans l’assassinat de Floribert Chebeya) ou le pasteur Mulunda Ngoy(critiqué à la suite des élections de novembre 2012) sont écartés du pouvoir tandis que le député de Pweto, Katumba Mwanke a péri dans un accident d’avion. Se sentant de plus en plus écartés du pouvoir présidentiel, dont ils ont été la matrice, des notables « Balubakat », dénonçant l’ « ingratitude » du chef de l’Etat, laisseraient volontairement fermenter la révolte d’une base frustrée, qui craint d’être privée des progrès économiques de la province. Ce week end, la révolte a gagné Lubumbashi, mais il y a déjà plusieurs semaines que le Nord Katanga affronte la révolte des Mai Mai…

22 mars 2013

La dernière cavale de Terminator

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Dans son centre d’accueil, où il apprend la menuiserie, Raphaël a certainement appris avec un mélange de soulagement et de tristesse que son « afande » (commandant) Bosco Ntaganda avait pris la direction de la Cour pénale internationale. C’est un appareil américain de couleur noire, pareil à ceux qui transportaient les détenus de Guatanamo, qui a décollé de Kigali pour La Haye, avec l’appui des autorités rwandaises. Durant des années, Raphaël, aujourd’hui âgé de 17 ans, a suivi Bosco Ntaganda comme son ombre. Recruté à l’âge de douze ans, le jeune homme a tout fait pour son chef : le protéger, le servir, mais surtout exécuter ses ordres, au quart de tour. « Lorsqu’il interrogeait quelqu’un, ou se fâchait, il suffisait qu’il me jette un coup d’œil, et je comprenais ce qu’il me restait à faire : tirer une balle dans la tête de celui qu’ « afande » avait condamné. » Lorsque nous l’avions rencontré à Goma, voici quelques mois, Raphaël, bien que décidé à revenir à la vie civile, avouait cependant : «si mon chef, sachant que je suis ici me demande de repartir avec lui, je reprends le fusil, tout de suite… »
C’est bien cela qui, durant tant d’années, a fait la force de Bosco Ntaganda, un mélange de violence brutale, sans scrupules, mais aussi un magnétisme qui lui permettait de s’attacher, par la peur ou la persuasion, la fidélité de ses combattants, recrutés au début de l’adolescence.
A mois de 40 ans, Bosco Ntaganda a traversé toutes les guerres de la région des Grands Lacs : né en 1973 à Kinigi, près de la ville rwandaise de Ruhengeri, ce jeune Tutsi rejoint en 1990 le Front patriotique rwandais alors en lutte contre le président Habyarimana. En 1994, il participe aux combats qui mettent fin au génocide des Tutsis et installent le FPR au pouvoir. En 1996-97, lors de la première guerre du Congo, il fait partie des forces spéciales qui traquent les réfugiés hutus et lors de la deuxième guerre du Congo (1998-2002), il rejoint les rebelles du « Rassemblement congolais pour la démocratie », soutenus par le Rwanda.
En 2002, il met le cap sur l’Ituri, (dans le « grand nord » du Kivu), déchiré par les affrontements entre les Lendus (proches des Hutus) et les Hemas (apparentés aux Tutsis). Il y rejoint l’Union des patriotes congolais (UPC) dirigé par Thomas Lubanga (un chef politique qu’il retrouvera d’ici peu derrière les murs de la CPI où il purge une peine de 14 ans de prison…).
Placé à la tête des opérations militaires, Ntaganda se livre à de véritables épurations ethniques contre les Lendu afin de les chasser d’un territoire qui possède d’importantes réserves d’or : des villages sont incendiés, des femmes violées, des garçons recrutés comme miliciens. Au fil des massacres, il gagne son surnom de « Terminator ».
Lorsque les Casques bleus rétablissent la paix dans l’Ituri, c’est vaincu, désargenté, que Ntaganda arrive au Kivu et propose ses services à un autre officier tutsi, lui aussi issu de l’armée rwandaise, Laurent Nkunda. Amnistie et réconciliation obligent, les deux hommes seront intégrés au sein de l’armée congolaise, mais ne se rendront jamais à Kinshasa pour y recevoir leurs grades. Se posant en protecteurs des Tutsis du Kivu, ils créeront plus tard un autre mouvement rebelle, le CNDP (Conseil national pour la défense de la démocratie).
« Désireux de conclure la paix avec Kabila et d’écarter Laurent Nkunda, j’ai proposé Bosco pour le remplacer »…James Kabarebe, le ministre rwandais de la Défense, qui est resté le vrai patron des deux hommes, nous expliquera plus tard comment, en 2009, il plaça Bosco Ntaganda à la tête des 3000 hommes du CNDP qui avaient accepté leur intégration dans l’armée congolaise. Cette « armée dans l’armée », qui avait gardé ses propres structures de commandement, n’allait pas seulement tenter d’éliminer les rebelles hutus des FDLR (toujours perçus comme une menace par le Rwanda) elle allait aussi, Bosco en tête, prendre le contrôle des principaux carrés miniers du Nord et du Sud Kivu, protéger de juteux trafics et coopérer avec des hommes d’affaires tutsis congolais. C’est que le chef de guerre, avait aussi pris goût au business et à la bonne vie : tout le monde à Goma connaissait sa villa, ses restaurants préférés, les courts de tennis où il entretenait sa forme avec des officiers de la Monusco. Propriétaire d’une station service, d’un hôtel, faisant exploiter à son profit les mines de Nyumbe, Nyabibwe et surtout de Lweshe (niobium) et faisant passer ses minerais au Rwanda via une frontière contrôlée par ses hommes, Bosco Ntaganda s’était aussi lancé dans un juteux trafic d’or.
Trop riche, trop arrogant, visé par un mandat d’arrêt de la CPI, dénoncé par tous les défenseurs des droits de l’homme, Bosco Ntaganda, début 2012, avait fini par devenir gênant et Kinshasa comme Kigali avaient convenu de l’écarter, sans pour autant déférer devant la justice internationale un homme détenteur de tant de secrets.
C’est alors qu’éclata une nouvelle rébellion, le M23, dirigée par le colonel Sultani Makenga (un ancien fidèle de Nkunda). Bosco Ntaganda, passé du côté des mutins et retranché dans sa ferme du Masisi, réussit à passer entre les filets de l’armée congolaise qui s’avéra impuissante à l’arrêter.
C’est finalement l’implosion du M23 qui eut raison de « Terminator » : de violents combats opposèrent les fidèles de Bosco, -l’aile dure du mouvement- aux troupes de Sultani Makenga, désireux de trouver un accord avec le gouvernement. Vendredi dernier à Kibumba, Makenga, qui contrôlait les collines et les réserves d’armement, infligea de lourdes pertes à son ancien chef. Laissant sur le terrain 150 morts et de nombreux blessés, Bosco conseilla à ses fidèles de fuir en direction des forêts de Walikale via le parc des Virunga ou de rallier l’armée gouvernementale congolaise. Quant à lui, il franchit la frontière du Rwanda près de Ruhengeri, sa région d’origine, sans savoir quel sort l’attendait tandis que 600 de ses hommes arrivaient à Gisenyi.
C’est là qu’un véhicule du chef d’état major rwandais le général Kayonga, vint chercher le fugitif, lui annonçant qu’il était attendu pour une réunion à Kigali. Dans un premier temps, des sources militaires rwandaises démentirent catégoriquement la présence de Ntaganda dans le pays. Mais à mesure que se multipliaient les informations sur le sujet, le sort de Terminator se décida : il serait abandonné par ses anciens protecteurs. C’est dans le véhicule l’amenant à Kigali qu’il apprit ce qui lui restait à faire : traverser seul le trottoir de l’ambassade américaine, se présenter et demander son transfert à la CPI. Sans tenter d’aller à gauche ni à droite, sous peine d’être « cueilli » tout de suite…
La suite est connue : le Rwanda déclara n’avoir rien à voir avec le sort de Bosco Ntaganda, les Etats Unis, même ne reconnaissant pas la CPI, décidèrent de l’extrader vers La Haye par avion spécial.
Reste à savoir qui touchera la prime de 5 millions de dollars que les USA avaient offert à celui qui livrerait « Terminator » : Sultani Makenga a déjà rappelé que c’est lui qui l’avait forcé à fuir, tandis que le Rwanda souligne que le fugitif s’est rendu, « volontairement »…

22 mars 2013

Ne pas pavoiser trop vite…

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La reddition et le transfert de Bosco Ntaganda représentent certainement un succès pour la CPI car le fait que les Etats Unis, qui ne sont pas signataires, pas plus que le Rwanda, aient accepté de coopérer avec la justice internationale, représente un précédent important, un avertissement pour d’autres criminels.
Cette issue de la cavale de « Terminator » réjouira aussi tous ceux qui luttent contre l’impunité et mettra peut-être un peu de baume au cœur des victimes.
Cependant, les populations du Kivu demeurent circonspectes : il y a trop longtemps qu’un chef de guerre en cache un autre, que les accords de paix, fondés sur l’amnistie et l’impunité, portent en germe de nouvelles rébellions. Il faudra que la pression internationale soit forte pour que Kinshasa s’interdise la solution de facilité, consistant à intégrer, sans autre forme de procès, les anciens mutins de Makenga et à récompenser leur chef, qui a permis la neutralisation de Bosco Ntaganda. Mais il faudra aussi, pour empêcher d’éventuelles récidives, que le rétablissement au Kivu de l’autorité de l’Etat s’accompagne de mesures concrètes : améliorer la gouvernance et la justice sociale, reconstruire une région sinistrée, permettre le retour des déplacés et des réfugiés. Sinon les prétextes de nouvelles guerres demeureront posés.

22 mars 2013

Un complot serait parti de Belgique

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Un complot est parti de Belgique pour renverser Kabila

Un complot parti de Belgique a été déjoué à Kinshasa et deux suspects, dont l’un est un Congolais de nationalité belge, ont été présentés par le ministre congolais de l’Intérieur Richard Muyej.
Ces comploteurs ont bénéficié de l’ « appui » d’un député belge, qui semble être le parlementaire indépendant Laurent Louis, que l’on sait proche des opposants « Bana Congo ». L’un des suspects, M. Kanku Mukandi, de nationalité belge, vit à Hoeilaart. Détenu depuis un mois à Kinshasa, il serait le fondateur d’un mouvement appelé « Mouvement Debout Congolais » et son complice, Isidore Madimba Mongombe, est un ancien policier. M. Mukandi aurait tenu plusieurs réunions en Belgique avec des Congolais expatriés, et eu des contacts en Allemagne et en France. Selon d’autres sources, son contact français serait un ex-militaire, M. Mbuku, lié avec certaines « officines » de l’Hexagone.
Les suspects sont accusés d’avoir comploté afin de renverser les institutions et d’éliminer le chef de l’Etat. Cinq armes automatiques, un lance-roquette et des munitions ont été saisis dans un hôtel de Kinshasa. Ce groupe serait en contact avec les signataires du « traité de Nice » une sorte de pacte signé par des représentants de l’opposition cédant l’île de Mateba dans le Bas Congo en échange du renversement du régime.

17 mars 2013

KIgali dément la présence de Bosco Ntaganda sur son territoire

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Les informations selon lesquelles le général Bosco Ntaganda, vaincu par les forces de son rival Sultani Makenga, commandant militaire des forces rebelles du M23 aurait traversé la frontière du Rwanda ont été formellement démenties à Kigali. Des sources autorisées rwandaises nous ont fait savoir que l’officier congolais se trouvait « quelque part dans la forêt congolaise, accompagné par certains des militaires qui lui étaient restés fidèles ». Cette version des faits confirme certaines hypothèses, de source occidentale, selon lesquelles Bosco Ntaganda aurait trouvé refuge dans le parc naturel des Virunga, d’où il tenterait de gagner Walikale afin de faire sa jonction avec le groupe armé congolais Sheka.
Cependant, selon des informations recueillies à Goma, dans des milieux indépendants des officiels congolais (qui pourraient avoir intérêt à accuser le Rwanda d’abriter un homme recherché par la justice internationale), il se confirme que le général Sultani Makenga était plus fort que Bosco, qu’il disposait de plus d’hommes et de plus d’armement et que, lors des combats de Kibumba, ses forces avaient réussi à prendre le contrôle des collines contrôlant la localité.
En outre, soutenant les négociations de Kampala engagées avec une délégation gouvernementale congolaise, il souhaitait ramener ses hommes dans les rangs des FARDC, à condition que soient respectées les dispositions de l’accord de paix de 2009.
Après de très violents affrontements entre les deux factions du M23, le général Bosco, qui voulait se battre jusqu’au bout, dut reconnaître sa défaite, manquant d’hommes et de munitions. Après avoir subi de lourdes pertes (plus de 150 tués) plusieurs centaines de ses hommes prirent la direction du Masisi, espérant se fondre ensuite dans la forêt tropicale du côté de Walikale.
Quant à lui, il se serait présenté vendredi après midi déjà à la frontière rwandaise où il a été officiellement refoulé.
Il se serait alors replié vers le volcan Karisimbi et c’est de là que, le samedi matin, il a réussi à gagner le Rwanda par un passage peu contrôlé.
Cette arrivée très discrète s’est peut-être opérée à l’insu des officiels rwandais absorbés, à Gisenyi, par l’accueil et le dispatching des généraux Ngaruye et Zimurinda (aussitôt hospitalisé) et plus de 150 blessés, ce qui peut expliquer le démenti de Kigali.
De toutes manières, le général Bosco Ntaganda représente désormais une personnalité très embarrassante pour tous les chefs d’Etat de la région : il est visé par un mandat d’arrêt émis par la Cour pénale internationale, accusé de nombreux crimes de guerre. Ayant guerroyé dans l’Ituri où il commandait les forces de Thomas Lubanga (aujourd’hui détenu à la Haye) il rallia ensuite le général tutsi congolais Laurent Nkunda qu’il remplaça, en 2009, à la tête du CNDP (Conseil national pour la défense du peule) et il devint le chef militaire le plus important du Kivu. Début 2012, des négociations étaient en cours entre Kigali et Kinshasa pour lui retirer ses fonctions, le faire comparaître devant la justice congolaise et lui éviter la publicité de la justice internationale. Ces négociations ayant échoué après la disparition du député Katumba Mwanke, très influent auprès du président Kabila, la guerre reprit au Kivu, avec les conséquences que l’on sait…

16 mars 2013

Le Docteur Mukwege dresse à Kinshasa le martyrologue des femmes du Kivu

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Du jamais vu au Centre Wallonie Bruxelles à Kinshasa. Lorsque le Dr Mukwege cesse de parler, l’assistance, spontanément, observe une minute de silence. Des ombres de femmes torturées planent sur l’assistance. Des larmes coulent, des questions se bousculent mais devant tant de douleur si sobrement évoquée, les voix s’étranglent. Et puis soudain un chant jaillit, entonné à l’unisson : « Debout Congolais, unis par le sort »L’hymne national absorbe les sanglots, lave les humiliations. Demain, dit le texte «nous construirons un pays plus beau qu’avant. »
Peut-être. En attendant, le Dr Denis Mukwege, médecin-chef de l’hôpital de Panzi, au Sud Kivu, a ramené dans la capitale le martyre des femmes de sa province. Violées. Mutilées. Eventrées. Brûlées. Contaminées. Chassées. Condamnées.
Voilà plus de vingt ans que ce gynécologue- obstétricien est confronté à un phénomène nouveau dans la région : le « terrorisme sexuel » qui utilise le corps des femmes comme champ de bataille. La violence sexuelle est devenue un instrument pour briser les résistances, conquérir des terres ou des carrés miniers, imposer la fuite ou la servitude. Et aussi pour hypothéquer l’avenir avec ces bombes humaines que sont les femmes porteuses du VIH, ou ces milliers d’enfants nés du viol, rejetés par tous, traités de « serpents » ou d’Interhamwe, chair à canon des guerres de demain.
Durant trois jours, invité par WBI, le Dr Denis Mukwege a rencontré des publics très différents, des journalistes, des représentants d’ONG de la place, des responsables politiques dont la Ministre du Genre, Mme Inagozi et enfin des collègues, des praticiens travaillant dans plusieurs hôpitaux de la capitale. Il leur a projeté d’insoutenables images de vagins détruits, de lésions inguérissables. Il a pris ses confrères à témoin : « que faire, lorsqu’au moment d’opérer une fillette de six ans, éventrée, les larmes vous obscurcissent la vue ? »
Comme il se doit entre spécialistes, les termes sont précis, accablants : « déchirure de la cloison recto vaginale », « sphyncter explosé », « cloaque recto vaginal »… Au-delà des clichés cliniques et du diagnostic, le médecin analyse la méthodologie de ces violences : les viols sont systématiques, massifs, des villages entiers sont attaqués et chaque bande armée a son mode opératoire. Les uns brûlent les vagins, les autres enfoncent de l’acide, les autres vident leur fusil. Tous ces actes se déroulent en public, pour qu’à la souffrance s’ajoute l’humiliation, pour que les enfants survivants soient marqués à vie et les maris frappés d’impuissance. Il dit aussi que ces crimes ne sont pas motivés par la recherche du plaisir, de la jouissance : ils naissent de la perversion, de la volonté de conquête, de domination.
Le lauréat du prix de la Fondation Roi Baudouin en 2011 ne se contente pas de soigner, -l’hôpital Panzi a déjà accueilli 40.000 femmes en souffrance-, il veut aussi apporter aux victimes une aide à la fois juridique, psychologique et économique, sous forme de micro crédits et des « guichets uniques » ont été créés à cet effet.
Mukwege ne se contente pas de dresser le martyrologue des femmes de son pays, il tente de remonter aux causes. Pour lui, si les bandes armées ont choisi de pratiquer le viol comme arme de guerre, c’est parce que l’impunité leur a toujours été garantie ; au fil des accords de paix successifs, les criminels ont été amnistiés, gratifiés, promus. Des violeurs, des voleurs d’enfants sont devenus officiers, intégrés dans l’armée dite régulière. Et dans les territoires du Kivu où opèrent les bandes armées, combattues par les forces gouvernementales qui souvent ne valent guère mieux, on assiste à une « réduction démographique » : les déplacés de guerre meurent, les femmes deviennent stériles et les hommes impuissants trouvent leur salut dans la démission ou la fuite. De plus, l’année a mal commencé dans la région : au cours des deux premiers mois de 2013 l’hôpital de Panzi a enregistré plus de 300 cas de femmes venues se faire soigner à la suite de violences sexuelles, soit autant que durant toute l’année 2011. Cette détérioration de la situation est due à la multiplication des groupes armés dans l’Est du pays et à la reprise des combats dans le Nord Kivu.
Ayant choisi non seulement de soigner mais aussi de témoigner pour remonter aux causes de ces atrocités, le Dr Mukwege est invité à toutes les tribunes du monde.
Mais à Kinshasa, ce médecin du lointain Kivu était demeuré un inconnu. Des jaloux s’interrogeaient sur les récompenses internationales accumulées, des politiques voyaient en lui l’un des interlocuteurs favoris des Occidentaux et se méfiaient de son éloquence, le grand public ignorait non seulement son nom mais la réalité du fléau qu’il combat.
Grâce à WBI, cet anonymat est désormais brisé. Le médecin de Panzi a été largement médiatisé et surtout, tous les politiques, ayant enfin compris le sens de son combat, ont tenu à lui apporter leur soutien : les présidents du Sénat et de l’Assemblée, la ministre du Genre, le gouvernement provincial de Kinshasa et surtout le Premier Ministre Matata Mponyo qui a promis quelques mesures concrètes en faveur de l’hôpital de Panzi. Les Kinois frondeurs, si volontiers enclins à la critique, au dénigrement, ont été galvanisés par les propos de ce médecin qui, même s’il parcourt le monde, adjure ses compatriotes de se prendre en charge : « personne ne viendra vous protéger, vous sauver, excepté vous-mêmes ; il faut réformer la police, l’armée, c’est aux forces de sécurité nationales qu’il appartient de protéger les citoyens de ce pays. » Et de citer des exemples d’anciennes victoires militaires de la Force Publique, Gambela, Saïo, Asossa, ou plus récemment des combats remportés par l’armée zaïroise au Tchad, au Rwanda. Le médecin est loin d’être un belliqueux, mais il estime que, pour réduire les bandes armées, le recours à la force est nécessaire et la fin de l’impunité indispensable.
Le Dr Mukwege a tenu à rappeler qu’il était avant tout un médecin, un « muganga » : la fin de son séjour a été consacré à des consultations gratuites à l’hôpital Saint Joseph, à Limete. Il a pu y constater que la souffrance des femmes congolaises ne se limite pas au Kivu. A Kinshasa aussi, l’épidémie du viol s’est étendue, les maladies sexuellement transmissibles sont légion. « Désormais, je plaiderai aussi pour les femmes de Kinshasa » assure le Kivutien « il est inconcevable que dans une ville de huit à dix millions d’habitants, il n’y ait pas un seul « point focal » où les femmes en détresse puissent recevoir à la fois une aide médicale, psychologique, juridique, bref bénéficier d’une approche holistique… »

Désormais reconnu et soutenu dans la capitale de son pays, le gynécologue de Panzi demeure cependant un homme inquiet, craignant pour sa vie et mal protégé.
On se souvient qu’en octobre dernier, alors que, rentrant de voyage et ayant passé sa journée à l’hôpital, il regagnait son domicile, cinq hommes armés l’attendaient dans sa maison, tenant ses filles en joue. Lorsque sa voiture franchit la grille, les tueurs ouvrirent le feu, tuant la sentinelle qui s’était précipitée. Par miracle, Mukwege échappa à la mort et par la suite, il passa trois mois en exil. Mais en janvier dernier, il n’y tint plus : toutes les femmes de Bukavu priaient pour son retour, les commerçantes de l’île d’Idjui vendaient leurs légumes pour lui payer son avion, les patientes de Panzi réclamaient « papa Mukwege ».
Il choisir alors de rentrer à Bukavu où il fut accueilli en triomphe.
Son épouse et ses filles l’accompagnaient : « nous avons décidé de rester ensemble, de ne pas nous séparer… C’est cette solidarité là, celle de ma famille, de mes malades, de mes compatriotes, qui me soutient et tient lieu d’appui psychologique.. »
Mais depuis lors, il vit dans son hôpital, pratiquement cloîtré : « ce sont les femmes, les malades qui me protègent car les Casques bleus de la Monusco refusent de se déployer pour surveiller l’accès de Panzi. Et cela alors que plus de 2000 personnes vivent dans l’enceinte de l’hôpital, malades, personnel médical, familles. N’oublions pas non plus le fait que nombre de femmes représentent des témoins gênants que leurs bourreaux pourraient décider de supprimer… »
Pour protéger le médecin-chef, les autorités congolaises ont dépêché six policiers, à charge pour lui de les rémunérer, à raison de 300 dollars chacun dont 200 sont versés au Trésor public. Malgré son coût, une protection aussi faible, aussi vulnérable, ne laisse pas d’inquiéter Mukwege, qui s’interroge aussi sur l’étrange enquête menée par les autorités policières de Bukavu : « à aucun moment ni mes filles ni moi n’avons été interrogés, personne n’est descendu sur les lieux du crime, ni le procureur, ni les services de sécurité… »
Voici deux semaines cependant, le chef de la police locale, sans avoir jamais interrogé les témoins de la tentative d’assassinat, a déclaré qu’une bande de voleurs avait été arrêtée et que les objets volés allaient être restitués à leurs propriétaires…Cette parodie d’enquête inquiète le médecin : « rien n’a été volé dans ma maison, c’est pour tuer qu’ils étaient venus… »
Kinshasa a réservé un accueil chaleureux au médecin de Bukavu. Les femmes de la francophonie se préparent à l’ovationner à Paris. Le ministre belge de la Coopération Labille a tenu à le rencontrer dès son arrivée. Mais lorsqu’il retournera dans son hôpital de province, qui protègera réellement cet homme qui soigne, qui témoigne, et, sans doute, en dérange plus d’un ?

16 mars 2013

En débandade, une faction du M23 se réfugie au Rwanda

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S’agît-il d’un tournant dans la guerre à l’Est du Congo ou d’un nouveau leurre ? Une fraction du mouvement rebelle du M23, considérée comme l’aile dure, a franchi samedi matin la frontière du Rwanda à la hauteur de Goma. Une soixantaine d’hommes de troupes ont été publiquement désarmés avant d’être acheminés dans des camps militaires rwandais, à Kibumba entre autres. Cette débandade avait été précédée de combats très violents du côté de Kibumba, où les hommes de Bosco ont enregistré 150 tués et ceux de Makenga une cinquantaine.
Quant aux officiers, ils ont été accueillis par leurs homologues rwandais : les colonels Ngaruye, Rwagati, Badege, Muhirwe, Karagwa, Nyabirungu ont été envoyés à Gisenyi par l’armée rwandaise ; deux autres officiers se sont rendus entre les mains de la Monusco dans le village de Kararuchinyia. Le général Zimurinda, grievement blessé (sa mort avait déjà été annoncée) a été transporté vers Kigali. Les cadres politiques du mouvement, dont le pasteur Runiga, le chef politique du mouvement, ainsi que MM Canisius, Rwemesha, Gafishi ont également gagné le Rwanda. Runiga aurait été accueilli par le général Gatama, chef des forces spéciales de l’armée rwandaise qui a collaboré à son exfiltration.
Même si plusieurs des officiers en fuite sont accusés de massacres et de crimes de guerre et si le pasteur Runiga est frappé par des sanctions internationales, dont l’interdiction de voyager, c’est évidemment le sort du général Bosco Ntaganda qui suscite l’intérêt général.
Il apparaît que, cerné par les hommes de son adversaire Makenga et à court de munitions, Bosco Ntaganda, lâché par ses troupes et ses lieutenants, aurait envoyé vers Masisi et Walikale une centaine de ses hommes. Trois cent mille dollars auraient été offerts aux groupes hutus de la région afin qu’ils ouvrent un couloir permettant aux partisans de Bosco de rejoindre leur allié Sheka, le chef de l’un des groupes armés congolais. Alors que des sources occidentales assurent que le général en fuite aurait cherché refuge dans le parc naturel des Virunga et tenterait de gagner Walikale, où il pourrait créer un nouveau maquis dans la forêt dense et deviendrait à nouveau insaisissable, de très bonnes sources congolaises décryptent cette « manœuvre de diversion » et démentent que Bosco soit resté en territoire congolais. Nos informateurs assurent que « tôt le matin, les officiels rwandais à Gisenyi avaient assuré une grande publicité au franchissement de la frontière par les rebelles. Mais renonçant à gagner son fief du Masisi, le général Bosco a lui aussi fini par traverser la frontière samedi vers 10 heures du matin, franchissant le poste de Kabuhanga, plus discret que Goma. »
C’est au lendemain de la signature de l’accord cadre d’Addis Abeba que le M23 s’était scindé en deux factions antagonistes, qui depuis lors se battent férocement : la première, dirigée par le général Makenga, et rassemblant la majorité des troupes, était généralement considérée comme plus ouverte à un accord avec Kinshasa tandis que la deuxième, avec à sa tête le pasteur Runiga et, dans les coulisses, le général Bosco Ntaganga, présentait, lors des négociations de Kampala, des revendications plus larges, d’ordre politique et souhaitait visiblement reprendre les hostilités. Cette intransigeance pouvait s’expliquer par les ambitions politiques du pasteur Runiga, mais aussi par le jusqu’auboutisme d’officiers visés par un mandat d’arrêt international et ne pouvant plus guère espérer leur réintégration dans les forces gouvernementales.
Les combats sur le terrain, les dénonciations et destitutions réciproques, les divergences de stratégie avaient rendu impossibles les négociations de Kampala : après avoir demandé au médiateur ougandais de déterminer quel était l’interlocuteur valable, le chef des négociateurs congolais, l’abbé Malu Malu, avait décidé de jeter l’éponge et de regagner Kinshasa ce week end.
Face à l’implosion du M23, Kinshasa redoute un nouveau coup fourré : en effet, le gros des troupes rebelles, en plus d’une centaine de partisans de Bosco ralliés en dernière minute à Makenga, serait «sauvé » et candidat à une nouvelle intégration dans l’armée congolaise tandis que le « noyau dur », politiquement embarrassant, aurait été isolé sinon sacrifié. Kinshasa examine dès à présent la possibilité de réintégrer les hommes de troupe, à condition qu’ils n’aient pas commis de crimes de guerre, et songe à les disperser dans d’autres provinces. Quant aux officiers comme Makenga, il paraît peu probable, au vu de la pression internationale, qu’ils puissent bénéficier de mesures d’amnistie, même si leur revirement a permis l’implosion du groupe rebelle.
Par ailleurs, Kinshasa se tourne désormais vers le Rwanda, demandant à Kigali d’arrêter et de livrer les officiers mutins se trouvant sur son territoire. L’un des points de l’accord cadre d’Addis Abeba, signé par onze chefs d’Etat de la région, dont le président Kagame, prévoit en effet d’interdire tout soutien à des forces rebelles originaires de pays voisins.
Signataire de l’accord d’Addis Abeba, membre et bientôt président du Conseil de Sécurité, le Rwanda ne pourra vraisemblablement que se conformer au droit international et arrêter des officiers qui furent durant longtemps ses hommes de main sur le terrain et sont responsables de nombreux massacres. Cependant, beaucoup
doutent que le général Bosco Ntaganda soit jamais arrêté et livré : celui que les habitants du Nord Kivu et de l’Ituri appelaient « Terminator » et dont les Américains ont mis la tête à prix est probablement dépositaire de trop de secrets, auteur de trop de crimes, pour jamais finir devant un tribunal.

7 mars 2013

Kitchanga (Nord Kivu) ville martyre

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Kitchanga, ville martyre

Une semaine après que onze pays africains aient, sous l’égide de l’ONU, signé un accord-cadre censé ramener la paix dans l’Est du Congo, les cris de détresse des habitants de Kitchanga et les témoignages des humanitaires démentent cruellement l’optimisme des diplomates. A Kitchanga, localité du Nord Kivu, située dans le territoire du Masisi à 80km de Goma, les cadavres jonchent les rues, des dizaines de maisons ont été brûlées, le siège de Médecins sans Frontières-Hollande a été attaqué, l’hôpital Saint Benoît a été pris sous le feu de salves d’obus. Selon des témoignages recueillis par téléphone, des blessés ont été arrachés de leur lit d’hôpital et achevés, des civils ont été massacrés du seul fait de leur appartenance ethnique. Le Comité international de la Croix Rouge, peu prolixe d’ordinaire, assure que parmi les nombreux morts et blessés, militaires et civils, il y a de très jeunes enfants. Il juge la situation « dramatique », car « Kitshanga offre une véritable scène de désolation et notre équipe sur place est sous le choc ». Le chef de la délégation du CICR au Congo a ajouté que la présence en ville de combattants incontrôlés rendait la situation plus préoccupante encore. Plus de 100.000 personnes auraient fui la zone et de nombreux blessés ont été acheminés sur Goma.
Quelle sont les séquences de cette explosion de violence ? Pour les comprendre, il faut savoir que Kitchanga est une localité assez étendue, jouxtant à la fois le territoire du Masisi et celui de Rutshuru, ce dernier ayant été le bastion des rebelles tutsis du M23. La population de Kitchanga est mélangée : y vivent côte à côte des Hutus congolais (régulièrement soupçonnés de sympathiser avec leurs « cousins » hutus rwandais) des Hunde (Congolais autochtones) et aussi des Tutsis congolais ainsi que des réfugiés originaires du Rwanda. Plusieurs groupes armés sont issus de ces groupes ethniques : les « Mai Mai Nyatura »recrutent parmi les Hutus, l’ACPLS (Alliance pour un Congo libre et souverain) assure représenter les Hunde, l’ethnie majoritaire dans la région. Quant au M23, un mouvement politico-militaire tutsi soutenu par Kigali qui contrôlait la zone depuis le printemps 2012 et combattait les Hutus rwandais des FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) il vient de se diviser en deux ailes qui se sont affrontées militairement : l’une est dirigée par le général Bosco Ntaganda (recherché par la justice internationale) et l’autre par le colonel Sultani Makenga. Ce dernier, qui a destitué le chef politique du mouvement, jean-Marie Runiga, serait entré en pourparlers directs (et secrets) avec le président Kabila afin de négocier d’ici le 15 mars sa réintégration au sein de l’armée gouvernementale.
Dans un premier temps, les forces gouvernementales, après avoir permis le déploiement dans la ville de combattants hutus FDLR, avaient repris le contrôle de Kitchanga. Elles y avaient trouvé des groupes de miliciens Nyatura et ACPLS qui attendaient d’être intégrés au sein de l’armée régulière. Des observateurs décrivaient alors la situation comme un baril de poudre, car face aux miliciens hutus et hunde, les officiers gouvernementaux étaient des Tutsis, appartenant au 812e régiment., des hommes issus de l’ex CNDP, fidèles à Laurent Nkunda. A la tête des troupes se trouvait un officier tutsi lui aussi, le colonel Mudahunga, ancien rebelle réintégré en 2009 et qui était demeuré dans l’armée gouvernementale. La baril de poudre ne tarda pas à exploser, les combattants (Hunde) de l’ACPLS, dirigés par le colonel Janvier Buingo Karairi, entamant des combats avec un régiment considéré comme « pro rwandais ».
Dans un premier temps, s’étant trouvée à court de munitions, l’armée régulière dut reculer et laisser Kitchanga aux mains de l’ACPLS, ce qui entraîna la fuite de nombreux civils rwandophones. Lorsque la contre-offensive reprit, lundi dernier, elle fut sans merci : hôpitaux bombardés, maisons détruites. A l’issue de combats extrêmements violents, l’ACPLS finit par être repoussée à 6 km de la localité tandis que les civils tentaient de s’abriter dans les églises, les écoles, les familles d’accueil.
Depuis lors, le régiment qui pourrait être accusé de crimes de guerre à l’encontre des civils a été remplacé par d’autres unités, la Monusco assure qu’elle a prêté son concours à l’armée congolaise pour empêcher la progression des miliciens, qu’elle a fait usage d’hélicoptères de combat et que des civils en fuite ou grièvement blessés ont été accueillis dans les bases des Casques bleus. MSF-Hollande déclare cependant avoir de « gros soucis » par rapport à la santé des civils regroupés à la paroisse Saint Benoît et dans la base de la Monusco.