24 avril 2013

Transparence: le Congo peut mieux faire

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TDes progrès certes, mais le pays pourrait faire mieux…L’Initiative pour la transparence des industries extractives, (ITIE), une coalition composé de gouvernements, d’entreprises, de représentants de la société civile et d’organisations internationales, sorte de « watchdog », (chien de garde) des contrats miniers dans le monde, vient de suspendre pour une année la République démocratique du Congo, estimant que les données fournies manquaient de transparence. Le maître mot de l’ITIE est « publiez ce que vous payez », enjoignant ainsi aux entreprises minières de rendre publics tous les paiements effectués lors de l’exploitation des ressources naturelles. La communication du montant des impôts, taxes et autres redevances permet ainsi de mesurer l’exacte contribution du secteur minier au budget de l’Etat. La publication de cette information, consignée dans de minutieux rapports, a pour but premier de rendre impossibles les dessous de table et autres paiements illégaux. Certes, l’organisation reconnaît que « des progrès importants ont été réalisés au cours des cinq dernières années, en matière de transparence et de recevabilité, mais elle ajoute que des mesures correctives devront encore être adoptées afin que la RDC puisse atteindre le statut de « pays conforme ».
Cette « conformité », qui permet à un pays de devenir membre de l’ ITIE représente une sorte de label de qualité, dont le but premier est de rassurer les investisseurs et de les prémunir contre d’éventuelles critiques. L’ITIE compte à ce jour vingt pays jugés conformes et seize candidats.
Première source de revenus de l’Etat, le secteur minier congolais représente 25% du produit national brut et le gouvernement, désireux d’être admis au sein du « club » des pays validés par l’ITIE a déjà rendus publics, non sans mal, plus de 100 contrats miniers. Cependant, les mauvaises habitudes héritées du passé ont la vie dure, et les scrutateurs de l’ITIE ne digèrent pas l’une des transactions conclues par la Gecamines, où l’ancienne société d’Etat reconnut avoir reçu 15 millions de dollars pour prix d’une de ses sociétés, SMKK, vendue à l’homme d’affaires israélien Dan Gertler, lequel la revendit par la suite à une multinationale d’origine kazakhe, ENRC, pour le montant de 75 millions de dollars, la différence entre les deux montants ayant abouti dans les îles Vierges…
Cet étrange marché avait déjà déclenché les foudres du Fonds monétaire international, qui décida l’an dernier de suspendre une ligne de crédit de 561,1 millions de dollars.
Un malheur ne venant jamais seul, cette sanction était survenue alors que la ville de Goma venait de tomber aux mains des rebelles du M23, et elle avait failli entraîner la chute du Premier Ministre Matata Mponyo, cependant connu pour la rigueur de sa gestion.
Considérant que le cours du cuivre a considérablement augmenté pour atteindre les 8000 dollars la tonne et que la production congolaise dépasse actuellement les montants atteints dans les meilleures années de l’ère de Mobutu, soit plus de 450.000 tonnes par an, les représentants d’ITIE rappellent qu’en 2010 déjà, le Congo fut privé de 88 millions de dollars de revenus miniers, qui avaient pris une autre direction que les caisses de l’Etat.

18 avril 2013

Rwanda: les menteurs n’étaient pas ceux que l’on pensait

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Comme le temps passe… C’était voici 19 ans, le 6 avril 1994 : l’avion ramenant de Tanzanie le président rwandais Habyarimana était abattu alors qu’il se préparait à atterrir à Kigali. Cet attentat, qui allait aussi emporter le président du Burundi, fut le déclencheur du dernier génocide du 20eme siècle. Dans les minutes qui suivirent le crash, les barrages se mirent en place dans la capitale. Les dirigeants politiques de l’opposition (hutus et tutsis) furent systématiquement éliminés, des civils tutsis, désignés à la mort par leur carte d’identité, furent abattus à leur domicile, dans les rues ou sur les collines. En trois mois, le massacre des Tutsis allait faire 800.000 morts (un million selon les autorités rwandaises). Quant à la Belgique, elle n’a pas oublié la mort honteuse de dix Casques bleus : les Belges ayant été accusés d’avoir abattu l’avion présidentiel, le petit groupe commandé par le lieutenant Thierry Lotin et chargé de protéger le Premier Ministre Mme Agathe Uwilingyimana fut fait prisonnier, amené dans un camp militaire et sauvagement abattu par des soldats en furie. Avant d’être emmenés, les soldats de la paix, sur le conseil de leurs supérieurs qui respectaient scrupuleusement le mandat onusien, avaient accepté de céder leurs armes et, durant les quelques heures de leur mise à mort, rien ne fut tenté pour les rechercher ou les délivrer.
Depuis 19 ans, l’enquête sur les auteurs de l’ « attentat du siècle » a d’abord patiné puis généré des versions contradictoires : les extrémistes hutus, très vite, ont attribué l’opération à un commando du Front patriotique rwandais après avoir d’abord accusé les Belges. Et cela alors que sur le terrain, les premières informations, les premiers commentaires de témoins mettaient en cause les extrémistes hutus et plus particulièrement les membres de l’ »Akazu » (petite maison) c’est-à-dire les « durs » du régime, incarnés par la belle famille du chef de l’Etat qui n’entendait en aucune manière partager le pouvoir avec le FPR abhorré.
Des accusations ayant été formulées contre des militaires belges participant à la mission des Nations unies, entraînant la mort de dix Casques bleus, et finalement le retrait de tout le contingent (ce qui paralysera la Mission des Nations unies au Rwanda) l’auditorat militaire belge, tout naturellement, fut le premier à mener l’enquête..
Mais le dossier tomba rapidement en déshérence et fut transmis à la justice pénale, complétant le dossier instruit Bruxelles par le juge Damien Vandermeersch, concernant cette fois le seul assassinat des dix paras. Durant les premiers mois, les Belges furent donc les seuls à travailler sur l’affaire, avec à la fois un avantage et un handicap : ils eurent accès à des dizaines de témoins de premier plan, dont les souvenirs n’étaient pas « pollués » par les polémiques ultérieures. Mais leur désavantage fut de n’avoir pas accès aux lieux du crash : durant un mois et demi, alors que la guerre faisait rage, les forces armées rwandaises interdirent aux Belges d’accéder au périmètre de sécurité entourant l’épave de l’avion. Seuls les militaires français allaient et venaient…
Il fallut plusieurs années pour que soit relancée la polémique à propos des auteurs de l’attentat, lorsqu’en 1998 le juge anti- terroriste Jean-Louis Bruguière fut saisi de l’affaire et mena une instruction largement médiatisée, presque exclusivement à charge du Front patriotique rwandais et qui se traduisit par l’inculpation de neuf hauts dirigeants à Kigali. La rupture des relations diplomatiques entre la France et le Rwanda (rétablies par la suite par Nicolas Sarkozy) fut le point culminant de cette guerre médiatique et judiciaire, qui avait pris le relais de la guerre diplomatique et surtout du soutien que la France de François Mitterrand, avant, pendant et après le génocide, avait apporté aux tenants du Hutu Power, les extrémistes hutus dont l’exode vers le Congo avait été facilité par l’Opération Turquoise. L’ouvrage de Pierre Péan, « Noires fureurs, blancs menteurs » (éditions Fayard) largement inspiré par le travail du juge Bruguière et les archives de l’Elysée, avait été l’un des éléments de cette guerre par opinion publique interposée.
En Belgique, le journaliste Philippe Brewaeys, en collaboration avec l’équipe de « Devoir d’enquête » menée par Catherine Lorsignol, a entrepris de répliquer à Péan et de porter le coup de grâce à l’enquête Bruguière, déjà largement déconsidérée par les travaux du juge Trevidic, qui a repris les investigations et s’est rendu, lui, sur le terrain.
Le titre de l’ouvrage de Brewaeys «Noirs et Blancs menteurs » (éditions Racine) renvoie explicitement à Péan. Mais les sources ne sont pas les mêmes, et les conclusions sont radicalement différentes.
Brewaeys, qui a un long passé de chroniqueur judiciaire, s’est attaché, avec méthode et précision, à relire les travaux de l’auditorat militaire belge. Il cite en particulier l’enquêteur principal, Guy Artiges, qui s’était retiré de la circulation et que Catherine Lorsignol a retrouvé en Grèce. La conclusion d’Artiges (qu’il nous avait déjà livrée voici 19 ans et qui avait inspiré nos propres articles) est sans ambages : « c’est manifestement du côté des Hutu, des FAR (Forces armées rwandaises et du gouvernement en place qu’il faut rechercher les commanditaires de l’attentat. Avec une aide qui pouvait venir de l’étranger. Ma conviction, c’est que la France a joué un rôle. » Et Artiges de poursuivre : « des renseignements que nous avions, tout était mené par Mme Habyarimana et son frère Séraphin Rwabukumba, avec l’aide du colonel Théoneste Bagosora. J’ai eu des informations, qui n’ont d’ailleurs pas été traités et vérifiées, concernant une réunion à l’hôtel Diplomate entre Bagosora, l’archevèque de Kigali et deux autres personnes. Quand ces gens ont appris que l’attentat avait réussi, ils se sont rendus à Kanombe pour voir si le président était bien mort. Ils sont revenus à l’hôtel Diplomate pour fêter cela au champagne… »
Voilà une thèse bien éloignée de la version française incriminant le FPR…Reprenant toutes les pièces, tous les témoignages récoltés par les Belges, y ajoutant de nombreuses références (livres, articles de presse) et des entretiens personnels, Brewaeys retrace méthodiquement une autre histoire de l’attentat, celle d’un complot ourdi par les extrémistes hutus, avec des complicités françaises. Toutes les manipulations, les contre-vérités de l’enquête Bruguière sont décryptées, le rôle de Paul Barril est passé au crible, les témoignages dûment sollicités voire préfabriqués (dont celui d’ Abdul Ruzibiza, un transfuge qui se rétracta par la suite) sont démontés une fois encore et l’auteur rappelle la principale des conclusions à laquelle sont arrivés les juges Trevidic et Poux lorsqu’ils se sont rendus à Kigali : d’après les experts, entre autre des acousticiens, convoqués par les magistrats, les missiles, de fabrication soviétique, ont été tirés à très courte distance, depuis le camp de la garde présidentielle, sur la colline de Kanombe. Un lieu hautement sécurisé, où le FPR n’avait guère accès et où seuls les coopérants militaires pouvaient accéder librement…

18 avril 2013

Kivu: une rébellion peut en cacher une autre

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Au Kivu, une rébellion peut en cacher une autre

Les apparences sont trompeuses : si, dans la presse rwandaise, les informations en provenance du Congo sont reléguées dans les pages internationales et si les officiels assurent que les remous agitant leur grand voisin ne les concernent guère, la réalité est bien différente.
Mis en accusation par plusieurs rapports de l’ONU décrivant le soutien apporté aux militaires rebelles du M23, le Rwanda, aujourd’hui membre non permanent du Conseil de Sécurité, a été soumis à de fortes pressions et à des mesures de suspension de l’aide d’autant plus douloureuses que près de la moitié du budget est fournie par l’aide internationale.
C’est donc sans barguigner que le président Kagame, en même temps que dix autres chefs d’Etat de la région, a signé le 24 février dernier l’accord cadre d’Addis Abeba s’engageant à ne pas interférer dans les affaires des pays voisins et à ne pas y soutenir de mouvement armé.
C’est au lendemain de cette promesse que le mouvement M23, qui s’était brièvement emparé de Goma en novembre 2012 et n’avait accepté d’évacuer la ville qu’en échange de pourparlers de paix avec une délégation gouvernementale a commencé à se déliter. Les rebelles se sont scindés en deux blocs antagonistes, chacun accusant l’autre d’avoir été « corrompu » par Kinshasa. Alors que l’aile militaire, menée par le colonel Sultani Makenga, se contentait d’exiger un retour aux conditions de l’accord précédent (signé en 2009) c’est-à-dire de meilleures conditions d’intégration au sein de l’armée congolaise et le retour des réfugiés tutsis vivant au Rwanda, l’aide « politique » menée par le pasteur Runiga, allait plus loin, dénonçant la mauvaise gouvernance, réclamant un changement de régime sinon la tête du président Kabila. Runiga était soutenu par le général Bosco Ntaganda, qui, faisant l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale, savait que toute mesure d’amnistie était exclue.

La suite est connue : des affrontements violents mirent aux prises les deux tendances du mouvement M23 jusqu’à ce que, vaincus sur le terrain, Runiga, Bosco Ntaganda et plusieurs centaines de leurs hommes soient obligés de traverser la frontière et de se réfugier au Rwanda. Ntaganda, dans des circonstances encore mal élucidées, finit par se présenter à l’ambassade américaine à Kigali et demanda à être transféré à la Cour pénale internationale, préférant manifestement les lenteurs de la procédure judiciaire au risque de recevoir une balle dans la tête… « Terminator » prit ainsi place à bord d’un vol spécial vers la prison de Scheveningen et devant la CPI il devra répondre de crimes contre l’humanité, commis dans l’Ituri en 2002 et 2003 et de recrutement d’enfants soldats.
S’ils se déclarent soulagés, les citoyens du Kivu se gardent cependant de pavoiser trop vite.
En effet, ils ont appris qu’un groupe rebelle pouvait en cacher un autre et que les causes des guerres à répétition étaient loin d’avoir disparu.
Aux appétits du Rwanda, qui a longtemps rêvé d’une sorte de « souveraineté partagée » sur le Nord et le Sud Kivu, d’un accès aux ressources et du maintien d’un glacis sécuritaire, s’ajoutent en effet de nombreux problèmes spécifiquement congolais : les lenteurs de la décentralisation, qui devrait accorder 40% des ressources aux provinces, le clientélisme, la corruption, le manque de fiabilité des forces gouvernementales qui ont été obligées d’intégrer de nombreux groupes armés et qui sont minées par les trahisons et les intérêts personnels, les frustrations politiques nées de la contestation des élections de novembre 2012….
Ce cocktail détonnant a failli, au début 2013, faire exploser le Sud Kivu lorsqu’un homme politique déçu par le résultat de élections, Gustave Bagayamukwe, ancien animateur de l’ADIB (Association pour la défense des intérêts de Bukavu) fonda l’ « Union des forces révolutionnaires du Congo », un mouvement politico militaire composé de civils et de politiques mais surtout de plusieurs groupes armés opérant dans la région, dont des combattants Mai Mai (guerriers traditionnels) dirigés par le quasi mythique combattant « Foca Mike » alias Albert Kahasha.
L’URFC envisageait de se lancer dans la lutte armée en appliquant le même modèle qu’un an plus tôt le M23 : attaquer le Sud Kivu le 12 février 2012 au départ de la ville de Fizi dans le Sud de la province, remonter sur Bukavu via Kamanyola (lieu d’une victoire historique des forces du président Mobutu dans les années 60).
Les combattants de ce mouvement se présentant comme « authentiquement congolais » étaient issus de plusieurs groupes ethniques du Sud Kivu, Bafuleros, Bembe, Bashis et ils capitalisaient sur la malaise social et politique ainsi que sur la baisse de popularité du chef de l’Etat.
Avant d’opérer, les dirigeants du mouvement s’étaient rendus au Nord Kivu, à Bunagana, un village situé sur la frontière entre le Rwanda et l’Ouganda, où ils avaient pris contact avec des dirigeants militaires du M23, dont Sultani Makenga et obtenu l’ouverture d’un couloir d’approvisionnement en armes via le Burundi.
Informées de ce complot, les autorités provinciales de Bukavu mirent M. Bagayamukwe aux arrêts deux jours avant le début de l’opération et l’homme politique fut immédiatement transféré à Kinshasa. Interrogés par les services congolais, des transfuges accusèrent le Ministre de la Défense du Rwanda, James Kabarebe, d’avoir été « à la manœuvre » et d’avoir personnellement séjourné à Bunagana pour coordonner l’extension de la guerre au Sud Kivu et même au Maniéma.
Ils déclarèrent aussi que les combattants hutus FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) qui sèment la désolation dans la région depuis la fin des années 90 et ont toujours été présentés par le Rwanda comme une menace sécuritaire, étaient sur le point de regagner leur pays d’origine ou, au moins, d’y renvoyer leurs familles (une information confirmée par des sources locales).
Quant aux hommes les plus aguerris, peu désireux de retrouver la vie civile au pays des mille collines, ils seraient prêts à poursuivre des opérations militaires au Congo, à condition de trouver des commanditaires.
Ce qui ne devrait pas être bien difficile, alors que l’autorité de l’Etat peine toujours à s’imposer dans l’Est du pays.
A ces informations qui remontent à quelques semaines s’ajoutent d’autres constats, tout aussi inquiétants: à Bukavu, plusieurs personnalités en vue (des avocats et défenseurs judiciaires, un chef coutumier) ont été abattus à leur domicile par des hommes en armes non autrement identifiés tandis que d’étranges mouvements ont été enregistrés à Nyamukubi, un village sur le lac Kivu, où des hommes ont débarqué d’une pirogue et se sont dirigés les uns vers Bukavu, les autres vers les haut plateaux…

18 avril 2013

Le chaos s’installe à Bangui, la France appelée au secours

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« L’insécurité est permanente, les pillages se poursuivent. Ils visent les quartiers supposés soutenir le président déchu François Bozize et, sous prétexte de rechercher des hommes en armes, les maisons particulières sont systématiquement pillées et vidées par les rebelles de la coalition Seleka, les véhicules emportés. Quant aux organisations humanitaires, elles représentent une cible de choix : depuis la chute de Bangui, elles ont été attaquées et pillées à plusieurs reprises, qu’il s’agisse des agences de l’ONU ou des ONG. »
Joints par téléphone, des témoins requérant l’anonymat font état d’un chaos persistant dans la capitale centrafricaine où la coalition Seleka (alliance en sangho) non seulement peine à établir son autorité mais surtout s’avère incapable de discipliner ses propres troupes. Ses combattants, des hommes recrutés dans le Nord du pays, mais aussi au Tchad et au Soudan, et parmi lesquels on retrouve bon nombre d’enfants soldats issus de l’Armée de libération du Seigneur de Joseph Kony, se livrent depuis leur victoire du 24 mars à une véritable mise à sac de la capitale. L’archevêque de Bangui a dénoncé à hauts cris le saccage d’un orphelinat et le week-end dernier, des opérations de fouille dans des maisons particulières ont fait une vingtaine de morts dans un quartier situé au sud de Bangui et des civils ont tenté de traverser le fleuve Oubangui pour se réfugier en République démocratique du Congo, où la province de l’Equateur compte déjà plus de 30.000 réfugiés venus de Centrafrique.
Non contents de faire face au désordre, les nouveaux maîtres de Bangui se retrouvent dans une impasse politique : les pays voisins refusent de reconnaître le nouveau régime et l’organisation des Etats d’Afrique centrale, réunie à N’Djamena, la capitale du Tchad, a refusé d’inviter le nouveau président autoproclamé, Michel Djotodia, même si le Premier ministre a, lui, été accepté.
Souhaitant que la France l’aide à restaurer l’ordre, le nouveau régime s’est heurté, sinon à un refus poli, du moins à une exigence de légitimation des institutions, formulée par Laurent Fabius. En outre, un porte parole du quai d’Orsay a précisé que : « la persistance des violences à l’encontre des populations civiles n’est pas acceptable, il est urgent que les autorités assurent l’ordre et la sécurité. »
Il faut cependant rappeler que l’ancienne puissance coloniale, demeurée très présente dans un pays longtemps considéré avant tout comme une base militaire, n’avait rien fait pour soutenir le président François Bozizé. Ce dernier, lui-même porté au pouvoir voici dix ans par une rébellion militaire, avait remporté par deux fois des élections présidentielles mais son pouvoir était considéré comme étant à bout de course, miné par la corruption. En outre, Paris ne lui avait pas pardonné de vouloir céder des mines d’uranium à des sociétés chinoises.
Dans un premier temps, il apparut que la rébellion Seleka jouissait de plusieurs atouts : la France était trop occupée au Mali tandis que le Tchad, qui avait soutenu Bozize voici dix ans, accompagna cette fois les rebelles jusqu’aux portes de Bangui. En outre, le Nord de la Centrafrique, musulman, appuyait le principe d’une revanche sur les zones chrétiennes du Sud.
Certains mystères ont continué à entourer l’avancée fulgurante des combattants Seleka, car les carences de l’armée centrafricaine n’expliquent pas tout. Dans la région, des observateurs se demandent si les rebelles, dont les revendications ressemblaient à des « copier coller » de celles du M23 au Nord Kivu n’auraient pas, via le contingent de Casques bleus rwandais déployés au Darfour, bénéficié de soutiens de même nature que les mutins congolais.
Lors de la prise de Bangui, seul un bataillon sud africain tenta de défendre la ville, au prix de lourdes pertes, 13 morts et de nombreux blessés, ce qui a provoqué une tempête au Parlement sud africain et semé le doute sur l’efficacité du millier de soldats qui devraient bientôt être déployés dans l’Est du Congo et qui auront pour tâche de désarmer le M23 et autres groupes..
Manifestant son intérêt soutenu pour la Centrafrique, l’Afrique du Sud s’est cependant invitée au sommet régional de N’Djamena, où les pays voisins, Tchad en tête, vont s’efforcer de définir une « feuille de route » permettant de sortir de la crise institutionnelle et d’enrayer le chaos grandissant.
Même si Kinshasa se montre discret, la situation en Centrafrique est suivie avec attention. Non seulement parce que les nouveaux dirigeants, issus du Nord du pays, n’ont guère de liens familiaux, politiques ou ethniques avec leurs voisins congolais, mais parce que le flot de réfugiés qui fuient les désordres et traversent le fleuve pèsera inévitablement sur la RDC. De plus, l’arrivée à Bangui d’un nouveau pouvoir « peu sympathisant » (le mot est faible…) dégarnit le «front nord » de la RDC, pourrait créer un nouveau foyer de tension alors que des opposants armés se trouvent déjà au Congo Brazzaville et que la province de l’Equateur n’est pas favorable au chef de l’Etat…

16 avril 2013

KIgali accuse la justice internationale de “trahison” et réclame les archives

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Même si les relations entre le Rwanda et le Tribunal pénal international chargé de juger les crimes commis durant le génocide de 1994 ont toujours été difficiles, cette fois Kigali ne décolère pas : le Ministre de la Justice, Tharcisse Karugarama, a accusé le TPIR de « trahison », ajoutant qu’il avait échoué à atteindre ses objectifs.
S’exprimant à l’occasion d’une rencontre convoquée par le président de l’Assemblée générale de l’ONU Vuk Jeremic, le ministre a vivement reproché au TPIR de refuser de céder au Rwanda les archives des procès des « génocidaires » qui se son tenus à Arusha (Tanzanie) depuis la mise sur pied du tribunal en 1995.
« Les technocrates gérant ce tribunal ont nié au Rwanda le droit d’abriter ces archives, qui appartiennent cependant à l’histoire du pays. Pour d’obscures raisons, ils ont privé les Rwandais du droit de s’approprier leur histoire et le Rwanda se sent trahi par cette attitude. »
Pour Eric David, professeur de droit international à l’ULB, le refus de céder les archives du TPIR au Rwanda est une décision « juridiquement correcte, mais moralement discutable. En effet, le TPIR ayant été mis sur pied par les Nations unies, qui l’ont financé et organisé, ses documents sont la propriété de l’ONU. Cependant, il s’agît ici d’éléments de la mémoire d’un peuple, de documents qui relatent une partie importante de son histoire et qui, de ce fait, font partie du patrimoine du Rwanda. Or, de nos jours, les questions de patrimoine, de propriété des biens culturels s’avèrent de plus en plus sensibles : voyez les remous suscités par la vente des masques hopis, la fureur de la Grèce lorsque l’Etat de Macédoine s’est approprié le nom de l’une de ses provinces…Au vu de la vigilance avec laquelle les noms de marques commerciales sont protégées, on peut se demander pourquoi la mémoire des peuples, aussi douloureuse soit-elle, ne pourrait pas bénéficier des mêmes droits ? » Et le juriste de suggérer un arrangement de bon sens : « transmettre au Rwanda les originaux des archives du TPIR et en garder une copie dans les tiroirs des Nations unies »…. Du côté rwandais, même si le sort des archives est volontiers présenté comme un casus belli, on suggère cependant que des compromis seraient possibles, comme la protection maximale des dossiers et la règlementation des règles d’accès aux plus sensibles des documents.
En réalité, alors que le TPIR doit fermer ses portes en janvier 2014, le conflit à propos de ses archives n’est que l’une des facettes des incompréhensions qui ont émaillé ses relations avec le pouvoir rwandais. Déjà la localisation du tribunal à Arusha, en Tanzanie, avait été mal perçue par Kigali, qui aurait souhaité que la justice internationale puisse, dans le pays même, travailler sous le regard des victimes et participer ainsi au travail de pédagogie et de réconciliation.
D’autres frustrations ont émaillé les 17 années d’existence du tribunal : en 17 années de travail, 88 prévenus ont été mis en accusation, 44 ont été condamnés, 10 ont été acquittés. Ont ainsi comparu l’ancien premier ministre du « gouvernement intérimaire » Jean Kabanda, le bourgmestre de Taba Jean-Paul Akayesu, accusé d’avoir fait assassiner 2000 Tutsis et commandité des viols collectifs, le colonel Bagosora, appelé le «cerveau du génocide » tandis que le « procès des médias » a permis d’analyser l’idéologie de la haine et les méthodes de la propagande.
Cependant d’importantes personnalités sont toujours en liberté, comme Félicien Kabuga, considéré comme le financier du génocide, Protais Mpiranya, qui dirigeait la garde présidentielle ou l’ancien ministre de la défense Augustin Bizimana. Avec amertume, le Ministre de la Justice rwandais rappelle que « avec 1.500.000 dollars, le TPIR a jugé 75 personnes alors que le Rwanda, avec un budget de 52 millions de dollars, a fait comparaître deux millions de citoyens devant les tribunaux « gaçaça » (ndlr.sorte de tribunaux populaires dont les audiences publiques ont généré beaucoup d’aveux et de témoignages inédits, mais qui ont aussi été accusés de procédures expéditives)»
En réalité, le TPIR, qui, avec le tribunal sur l’ex-Yougoslavie, représentait une première depuis Nuremberg, a donné la priorité à la création de sa propre jurisprudence, en veillant à appliquer une procédure inattaquable, mais lente, au lieu de se mettre au service de la reconstruction politique et morale du Rwanda.
Cette contradiction a été reconnus par le président de l’Assemblée générale lui-même, qui a déclaré, à quelques mois de la fermeture des tribunaux sur le Rwanda et l’ex-Yougoslavie, que la question essentielle demeurait posée : «comment la justice internationale peut-elle, dans des situations post conflit, aider d’anciens adversaires à se réconcilier et à vivre ensemble ? »

15 avril 2013

Les rebelles du Nord Kivu tentent de dissuader la future brigade africaine

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Longtemps accusée d’impuissance, l’ONU muscle sa présence dans l’Est du Congo : le département des affaires politiques a nommé Mme Mary Robinson, l’ancienne présidente de la République d’Irlande au poste d’envoyée spéciale pour les Grands Lacs, tandis que le département chargé du maintien de la paix s’active à mettre sur pied une brigade d’intervention africaine de 3.069 hommes qui pourraient être déployés entre mai et juillet prochains. Trois pays, l’Afrique du Sud, le Malawi et la Tanzanie fourniront chacun un bataillon d’infanterie de 850 hommes soit un total de 2. 550 hommes. Les 550 hommes restants seront répartis en une compagnie d’artillerie, une compagnie de forces spéciales et une unité de reconnaissance, l’ensemble de la brigade étant placée sous le commandement d’un officier tanzanien. Rappelons que c’est le 28 mars dernier que le Conseil de Sécurité de l’ONU, après de longs débats, a adopté une résolution créant cette brigade chargée de lutter contre les groupes armés sévissant dans l’Est du Congo, parmi lesquels les rebelles hutus FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) présents dans la région depuis 1994, plusieurs groupes armés congolais se réclamant de la mouvance Mai Mai et surtout le mouvement M23, un groupe composé de militaires tutsis. Apparu début 2012, le M23 a été décrit dans plusieurs rapports de l’ONU comme un mouvement fortement soutenu par le Rwanda, ce qui avait entraîné de lourdes sanctions internationales à l’encontre de Kigali.
L’électrochoc représenté par la prise de Goma par le M23, le 20 novembre 2012, avait accéléré la décision de déployer une brigade d’intervention africaine, dotée d’un mandat plus robuste que les impuissants Casques bleus. La perspective de ce déploiement militaire a déjà précipité la scission du M23, dont l’ « aile dure » incarnée par le pasteur Runiga et le général Bosco Ntaganda, a été militairement vaincue fin mars. Alors que Kinshasa considérait,- un peu vite-, que le M23 avait « implosé », décapité par l’envoi de son chef, Bosco Ntaganda à la Cour pénale internationale, les rebelles se sont faits menaçants. Bertrand Bisimwa, le porte parole politique de la faction victorieuse du M23 dirigée par le général Sultani Makenga s’est adressé au Parlement de Tanzanie, lui demandant d’annuler le projet d’envoi de troupes et il a mené la même démarche auprès du Parlement sud africain, tablant sur l’émotion provoquée par la mort de 13 soldats sud africains en Centrafrique.
Le M23 a aussi promis de « riposter » au cas où il serait attaqué par la Brigade d’intervention et a déjà multiplié les vexations à l’encontre de convois onusiens. Les observateurs reconnaissent que les 2500 hommes du M23 sont des combattants aguerris, dotés d’un armement important, et qu’ils poursuivent formations et recrutements. Nombre d’entre eux espèrent qu’au terme de la négociation qui, à Kampala, devrait reprendre avec le gouvernement, ils seront réintégrés au sein des forces gouvernementales mais les pressions internationales, dont celles de la Belgique, bloqueront sans doute cette option. Les rebelles essaient aussi de mobiliser la société civile du Nord Kivu, afin que les rwandophones locaux s’opposent à la Brigade d’intervention, mais les autres communautés de la province espèrent, elles, que les soldats africains les délivreront des mutineries et des guerres à répétition.