13 mai 2013

Katumbi/Thierry Michel: ni excès d’honneur, ni indignité

Catégorie Non classé

Les projections des films de Thierry Michel sont toujours des évènements. On y retrouve des aficionados passionnés, des détracteurs rabiques, des nostalgiques, des Belges épris du Congo et des Congolais qui attendent les Belges au tournant. A la sortie, lorsque les lumières s’éteignent, il y a toujours de la passion, des humeurs, bonnes ou mauvaises, des commentaires en sens divers. De la mauvaise foi aussi et l’utilisation abusive de certains propos.
Cela nous est arrivé, lors de la projection du dernier film de Thierry Michel consacré au gouverneur Moïse Katumbi. Autant le répéter, alors que « Katanga business » avait suscité l’enthousiasme, ce film ci fut une déception : images déjà vues, critiques assez unilatérales et superficielles, le tout donnant une impression d’assemblage « vite fait bien fait » comme pour répondre à Dieu sait quel critère de production à tout prix… La déception fut d’autant plus vive que Moïse Katumbi est un personnage de roman : son enfance, sa jeunesse pourraient donner lieu à des séquences passionnantes, faisant revivre toute une époque de la guerre froide et de la fin du mobutisme. Mais pour cela il eut fallu retrouver des amis d’enfance, des témoins inédits. Bref, mener sur le terrain une enquête inédite et minutieuse, ce que Thierry Michel, pour des raisons étrangères à sa volonté, n’a plus le loisir de faire et il faut le déplorer.
Ces critique, ces réserves, nous en avons fait par au cinéaste et à son équipe et, interrogée par un vidéaste congolais, nous avons tenu le même langage, estimant que les propos tenus dans le film étaient « assez manichéens ». Mais comment imaginer que ces libres propos, tenus en toute amitié à l’égard de Thierry et avec beaucoup d’admiration pour l’ensemble de son travail, allaient être repris, redécoupés et assaisonnés dans une charge publiée par Le Potentiel ? Le quotidien, qui nous a cependant habitués à des traitements plus équilibrés de l’information, n’a pas hésité à titrer que le film consacré à Katumbi et les critiques qu’il avait suscitées étaient « le signe annonciateur d’une fin de carrière de cinéaste » et à utiliser, totalement hors contexte, les propos que nous avions tenus à la sortie de la projection.
Outre qu’il est dangereux de « vendre la peau de l’ours », alors que Thierry Michel sait rebondir et aura certainement l’occasion de revenir au Congo, doté d’un nouveau visa, cette utilisation de nos propos nous paraît pour le moins abusive et « limite » sur le plan intellectuel.
Alors que la polémique entre Thierry Michel et le gouverneur Katumbi prend de l’ampleur, il nous paraît, en définitive, que tout ce tapage est abusif : le film en question ne mérite ni cet excès d’honneur ni cette indignité, car il est tout simplement médiocre et ses détracteurs tirent au canon sur un agaçant moustique. Gageons que, lorsque Thierry Michel pourra retourner au Congo, il y tournera des scènes originales qui rendront compte de la réalité d’un pays en pleine évolution, et que, mieux instruit de la complexité de personnages à plusieurs facettes, il pourra à nouveau nous proposer des portraits subtils et des images évocatrices…