10 juin 2013

Jean-Pascal Labille au Rwanda: un terrain miné

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Au Rwanda, Jean-Pascal Labille traversera un champ de mines

Familier du Congo, où il a de la famille, le ministre des Entreprises publiques et de la Coopération Jean-Pascal Labille va découvrir le Rwanda à l’occasion d’une première visite, du 11 au 13 juin. Une visite importante, à plusieurs égards. Tout d’abord parce que la Belgique est le troisième bailleur de fonds du Rwanda et qu’en 2011 encore, la coopération a été renforcée à raison d’une nouvelle enveloppe de 160 millions d’euros destinés à trois secteurs prioritaires, la santé, la décentralisation et l’énergie.
A la différence d’autres pays donateurs, la Belgique n’accorde pas d’aide budgétaire mais affecte directement ses fonds à des projets de développement. Cette approche explique pourquoi, à la différence d’autres partenaires, Bruxelles n’a pas réduit son aide au Rwanda l’an dernier et n’a pas adopté de sanctions concrètes à la suite des rapports de l’ONU faisant état du soutien que Kigali aurait apporté aux rebelles tutsis congolais. Le ministre La bille compte donc se rendre sur le terrain et visiter plusieurs projets liés à la santé et à la décentralisation dans la province du Nord et à Kigali.
Cependant, au-delà de ses aspects techniques, cette visite sera hautement politique. En effet, les relations entre Kigali et Bruxelles se sont fortement dégradées ces derniers mois, qu’il s’agisse de questions administratives ou de divergences politiques et le ministre de la Coopération s’avancera sur un champ de mines.
Des questions mineures en apparence mais hautement symboliques, séparent les deux pays : les Belges, qui doivent attendre 21 jours pour qu’un visa leur soit accordé, estiment être gratifiés d’un « traitement de défaveur ». Du côté rwandais, on a longtemps estimé estime injuste que les comptes de l’ambassade du Rwanda à Bruxelles aient été bloqués, la même mesure étant infligée aux comptes de l’ambassade de Belgique à Kigali. Ces deux questions viennent cependant d’être résolues.
Par ailleurs Kigali est choqué par le fait que des manifestants, plusieurs fois par semaine, soient autorisés à déployer des banderoles et à manifester devant l’ambassade du Rwanda à Woluwe Saint Pierre.
Le climat entre les deux pays, déjà assez froid du côté rwandais, est devenu polaire après l’arrivée de Didier Reynders aux Affaires étrangères. Dans ses propos publics cependant, le ministre s’est montré prudent, se contentant de déclarer, à propos de la situation à l’Est du Congo, que « si le Rwanda ne faisait pas partie du problème il pouvait faire partie de la solution » et rappelant que la Belgique n’envisageait pas de sanction concrète, à l’inverse d’autres « amis » de Kigali comme les Etats Unis ou la Grande Bretagne.
Cependant plusieurs prises de position du ministre ont choqué les Rwandais, très sourcilleux lorsqu’il s’agît de l’ancienne puissance coloniale :le crédit donné au rapport des experts de l’ONU démontrant le soutien apporté par le Rwanda aux rebelles du M23, le fait que les Affaires étrangères aient déconseillé à une mission économique de l’AWEX (agence wallonne à l’exportation) de se rendre au Rwanda après un séjour au Burundi. Mais surtout, l’abstention belge lors du vote sur l’admission du Rwanda comme membre non permanent du Conseil de sécurité a été vécue à Kigali comme un camouflet et lorsqu’à l’occasion d’une séance de travail à New York consacrée aux pays des Grands Lacs Didier Reynders a pris la parole, le président Kagame a quitté la salle au milieu du discours ! A Addis Abeba cependant, en marge de l’anniversaire de l’Union africaine, les deux hommes ont eu l’occasion de se parler à nouveau.
Autrement dit, lors de ses entretiens bilatéraux avec la ministre des Affaires étrangères Louise Mushikiwabo et le Ministre de l’économie et des Finances Claver Gatete Jean-Pascal Labille ne manquera pas de sujets de conversation. Il sera aussi question de l’Est du Congo, le ministre considérant, tout comme Reynders d’ailleurs, que le Rwanda est un acteur majeur pour la stabilisation de la région. Autrement dit qu’il pourrait contribuer à une solution durable…
Le champ de mines sur lequel s’avancera Labille n’est pas seulement belgo-rwandais, il est aussi belgo-belge. En effet, pour que cette mission puisse avoir lieu et être préparée dans un climat de concertation, il a fallu vaincre les réticences initiales de Didier Reynders et déjouer les manœuvres de ceux qui rêvaient déjà d’enfoncer un coin dans la sacro sainte solidarité gouvernementale.