10 juin 2013

Mandela lemédiateur africain n’était pas infaillible

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Dès sa libération Nelson Mandela fut porté au pinacle, célébré comme un héros par son propre pays, par l’Afrique toute entière et par l’opinion mondiale. De partout il fut sollicité, comme si son intercession, à elle seule, pouvait réussir des miracles comparables à celui de la renaissance de la « nation arc en ciel »
Cependant le fait d’avoir été quasiment sanctifié de son vivant n’était pas pour autant une garantie d’infaillibilité politique. On se souvient de cette surprenante image, prise en 1998 sur le bateau sud africain Outenika, où Nelson Mandela encadrait paternellement Laurent Désiré Kabila et le président Mobutu, déjà très malade et qui allait bientôt être chassé de Kinshasa. Le principal souci du président sud africain était de nouer un contact entre ces deux hommes que tout opposait et d’éviter au président Mobutu un surcroît d’humiliation. Mandela ignorait-il que les jeux étaient déjà faits ? Toujours est il que l’ultime tentative de médiation échoua, ouvrant la voie à l’assaut final sur Kinshasa. Par la suite, lorsqu’un an après la prise de pouvoir de Kabila une nouvelle guerre éclata, on retrouva un Mandela étrangement équanime, qui mettait sur pied les rebelles fortement soutenus par l’armée rwandaise et les nouvelles autorités de Kinshasa qui s’efforçaient de restaurer l’autorité de l’Etat.
Quelque temps plus tard, Nelson Mandela, toujours auréolé d’un extraordinaire prestige, fut sollicité comme médiateur pour le Burundi. A ce titre, il présida les interminables négociations qui, à Arusha, réunirent les partis à dominante hutue et les formations représentant les Tutsis. Il investit toute son énergie dans cette médiation, enseignant l’art du dialogue, la patience, la tolérance. Mais son présupposé de départ était contestable : calquant son expérience sud africaine sur la situation burundaise, il n’hésitait pas à comparer les Tutsis à la minorité blanche d’Afrique du Sud ! Négociations, palabres de coulisses, partage des postes et des prébendes aboutirent cependant à un compromis à la burundaise, bien éloigné de l’exemple sud africain mais dans lequel les signataires reconnurent qu’ils devaient beaucoup à l’énergie constructive et à la patience de Mandela..
L’Afrique tirera-t-elle un enseignement de l’extraordinaire exemple du premier président noir de l’Afrique du Sud ? Sans doute, car son sens du pardon, sa volonté de réconciliation, sa générosité puisent au plus profond de la tradition africaine. Mais par ailleurs le continent change, rapidement, et tourne le dos à l’enseignement du vieil humaniste. L’argent, la violence, le communautarisme érodent son héritage, y compris dans son propre pays.
En ces temps de renaissance africaine, où, lentement, difficilement, se tourne la page du colonialisme et d’un demi siècle de post colonialisme, le continent qui se remet debout se souviendra de cet homme qui, au début du siècle dernier déjà, luttait pour la dignité et l’émancipation non seulement de l’homme noir, mais de tous les humains.