13 juin 2013

Le président Kagame et le ministre Labille apaisent les relations Rwanda Belgique

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Costume clair, silhouette détendue et, après une heure vingt d’entretien, un grand geste de la main pour saluer l’hôte sur le départ : c’est le Kagame des bons jours qui a réservé à Jean-Pascal Labille son meilleur visage.
Le Ministre des entreprises publiques et de la coopération considère son séjour au Rwanda comme un succès : non seulement il a visité des projets proches des populations et porteurs, selon ses propres termes, de « cohésion sociale », mais il a le sentiment que les relations entre les deux pays, très bousculées ces derniers mois, entrent dans une phase d’apaisement.
Belges et Rwandais se sont mis d’accord sur une évidence : les deux pays partagent un passé commun, et souhaitent un futur fort. Les Rwandais demeurent parfaitement conscients du fait que la Belgique, en matière de coopération, représente le troisième de leurs partenaires bilatéraux, avec un montant de 160 millions pour la période 2011-2014 et que Labille a signé trois nouvelles conventions dans le domaine de la santé, du renforcement des capacités et de la décentralisation.
Au-delà des chiffres, tous les interlocuteurs du ministre, sans exception, se sont félicités de la qualité de l’aide belge. Jeudi matin, faisant visiter un centre de santé, un marché regorgeant de fruits et légumes rutilants, une « école aux champs » où les paysans, ont acquis la maîtrise de leur production bananière, le gouverneur de la province du Nord n’a pas mesuré ses éloges à l’égard de ses partenaires. Des partenaires… C’est précisément de cela qu’il fut longuement question avec le président Kagame qui reprit devant son hôte l’un des leit motifs de ses discours : les Africains, sous le couvert de l’aide, n’ont reçu que trop de leçons et ils doivent désormais être traités sur une base d’égalité. Souhaitant qu’in fine l’aide devienne « biodégradable » et donc inutile, Labille ne pouvait qu’approuver ces propos et il prit acte aussi, avec satisfaction, du fait que Kagame approuve les « projets transfrontaliers » que la Belgique, avec la Banque Mondiale, souhaite mettre en œuvre dans le domaine de l’énergie.
A propos du Congo, qui fut au cœur de la brouille avec Reynders, l’entretien aborda son versant le plus abrupt. Le président rwandais répéta que la cause des problèmes au Kivu réside essentiellement dans la mauvaise gouvernance et que la solution ne viendra pas de l’extérieur. Autrement dit, à l’heure où la Brigade africaine d’intervention poursuit son déploiement à Goma, Kagame ne croit pas que la solution, c’est-à-dire le désarmement des groupes armés, en particulier le M23, sera imposée par la force. Il faut, dit-il, « trouver des solutions en profondeur » et assure en avoir souvent parlé avec le président Kabila. Pour lui, il faut que les réfugiés congolais se trouvant au Rwanda (65.000 selon le Haut Commissariat aux réfugiés) puissent rentrer chez eux s’ils le souhaitent et il approuve la « feuille de route » proposée par le secrétaire général de l’ONU. M. Labille ne l’ayant pas interrogé sur le soutien que le Rwanda, selon de nombreux rapports, apporterait aux rebelles, la sérénité de l’entretien ne fut pas troublée. Par contre, lorsqu’il fut question des rebelles hutus, et de suggestion tanzanienne de discuter avec eux, le visage de Kagame s’est fermé, et il a répété sa position : oui à un retour de combattants désarmés, ayant abandonné leur idéologie du génocide, mais non, radicalement non, à toute idée de négociation. Comme la veille, Labille se montra compréhensif à l’égard d’un tel refus.
Droit dans ses bottes, rejetant sur d’autres la responsabilité du désastre humain et politique que représente l’Est du Congo, sceptique face à la Brigade d’intervention africaine, le président Kagame, face à son interlocuteur belge, est demeuré fidèle à lui-même. Les deux hommes ont cependant reconnu qu’une « fenêtre d’opportunité » s’était ouverte, que le « momentum » était plus favorable qu’il ne l’avait été depuis longtemps. Dès cette semaine, un Labille relativement optimiste fera rapport à Didier Reynders et début juillet, à l’occasion d’un voyage dans l’Est du Congo, il sera confronté à la réalité des faits.