23 juin 2013

Goma: info ou intox?

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Tout Kigali en parle et de jour en jour les informations se font plus insistantes : des dizaines, voire des centaines de jeunes Tutsis congolais auraient été arrêtés à Goma et transférés à Kinshasa d’où l’on est sans nouvelle d’eux…
Epuration ethnique, chasse au faciès, prémices de pogroms des Tutsis du Nord Kivu ? Ces informations inquiétantes méritaient vérification sur le terrain. Me Joseph Dunia, correspondant d’Amnesty International, défenseur des droits de l’homme depuis de longues années confirme que, d’après ses sources, 22 personnes, effectivement, auraient été arrêtées. Fraîchement élu bâtonnier du barreau de Goma, Me Dunia ne compte pas épargner les autorités : « dans un pays où les paysans n’ont pas accès à leur récolte, où les déplacés de guerre ne savent pas où placer leur tête pour dormir, nous pourrions, au nom des victimes, nous pourrions nous porter partie civile et assigner un Etat qui n’assure pas sa responsabilité de protéger ses citoyens… »
Alors que des représentants de la section « droits de l’homme » de la Monusco (Mission des Nations unies au Congo) font chaque jour la tournée des prisons, les chargés d’informations revoient le chiffre à la baisse : « nous avons enregistré sept arrestations, parmi lesquelles deux hommes d’affaires libanais et ces suspects ont effectivement été envoyés à Kinshasa mais on ne compte aucun Tutsi congolais parmi eux… »
Des membres éminents de la communauté des Tutsis congolais ne nous font pas état de cette « chasse au faciès » même s’ils déplorent l’échec apparent des négociations de Kampala qui laissaient espérer une solution politique. Quant aux responsables de l’ANR, l’agence nationale de renseignements, ils sont formels : « Kinshasa nous a instruit de protéger tout spécialement les Tutsis du Congo, car il ne faut pas que Kigali puisse invoquer leur protection pour justifier une éventuelle intervention. De la même manière, nos forces armées ne peuvent collaborer ni avec les combattants hutus des FDLR, ni avec les fidèles des généraux Kayumba et Karegeya, des dissidents de l’armée rwandaise… Aucun Tutsi du Nord Kivu n’a été envoyé à Kinshasa…»
D’autres sources, dûment recoupées, nous expliquent cependant le fondement de la colère de Kigali : « sept personnes ont effectivement été arrêtées, deux ressortissants du Sud Kivu, des Bashi, deux ressortissants du Nord Kivu, des Hutus, un originaire du Maniéma et deux Libanais. Ces Libanais appartiennent à la famille Bacri ; ils sont les jeunes frères du dénommé « Héritier ». Ce dernier, après avoir été impliqué en 2001, dans l’assassinat du président Laurent Désiré Kabila, avait fui au Rwanda. La famille Bacri gère le magasin « Kivu market » qui commerce beaucoup avec le Rwanda. » D’après les enquêtes policières, ces sept suspects feraient partie d’un réseau ayant opéré des recrutements en faveur du M23 et mené des actions tentant de décourager les soldats du bataillon tanzanien. Après leur arrestation, les suspects seraient passés aux aveux. Lors de la brève occupation de la ville par le M23 en novembre dernier, ces suspects auraient participé au pillage de la ville et …on aurait retrouvé chez eux des effets personnels du président Kabila dont la résidence avait été envahie… »
Par ailleurs, le démantèlement de ce réseau a été rendu possible parce que d’anciens membres du M23, appartenant à l’aile dirigée par Bosco Ntaganda et aujourd’hui réfugiés au Rwanda, auraient collaboré avec les services congolais…Cette dénonciation aurait entraîné l’arrestation au Rwanda de certains de ces transfuges dont les portables ont été saisis…
A la veille de l’entrée en action de la Brigade d’intervention africaine, cet imbroglio démontre aussi le degré de nervosité des forces de sécurité de tous les pays de la région…Une telle situation requiert la plus extrême vigilance car tout, y compris le pire, demeure possible…
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