26 juin 2013

Barril accusé de “complicité de génocide”

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« Complicité de génocide »… Trois ONG françaises ( Association Survie, Ligue française des droits de l’homme et Fédération internationale des ligues de droits de l’homme) ont déposé plainte auprès du Tribunal de Paris contre l’un des personnages les plus sulfureux de la République, le capitaine Paul Barril, mis en cause pour le rôle qu’il joua au Rwanda en 1994, avant et pendant le génocide des Tutsis. Ancien officier de la gendarmerie nationale, le capitaine Paul Barril avait commandé le Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) puis participé à la création de la cellule anti-terroriste de l’Elysée durant le premier septennat de François Mitterrand. Auteur de plusieurs « coups fumants », il fut impliqué dans l’affaire des Irlandais de Vincennes et dans celle des écoutes secrètes de l’Elysée. Mais c’est le rôle, beaucoup moins médiatisé à l’époque, qu’il joua au Rwanda qui lui vaut aujourd’hui de revenir sous les feux de la rampe et, sans doute, de comparaître devant les juges.
Jeune officier retraité, passé au privé mais ayant gardé ses contacts en haut lieu, Barril, au début des années 90, avait fondé sa propre société, SECRETS, qui opérait principalement en Afrique. Au début des années 90, il fut chargé de la protection personnelle du président burundais Melchior Ndadaye (assassiné à l’automne 1993), il noua des contacts avec le président Mobutu et, il fut engagé par Agathe Kanziga, l’épouse du président Habyarimana. Que faisait-il au Rwanda début avril 1994 ? A certains interlocuteurs il confia qu’il était « chargé d’une mission de courte durée » et, le 7 avril (au lendemain de l’attentat contre l’avion du président Habyarimana) il fut aperçu au Burundi, en provenance de Kigali où les massacres avaient commencé. Plus tard, toujours investi de la confiance de Mme Habyarimana, il retourne à Kigali le 27 avril, inspecte l’épave de l’avion abattu et à son retour, présente les « boîtes noires de l’appareil, qui s’avèreront de simples balises de piste. Mais le subterfuge a marché : avec son info bidon, Barril fait les grands titres et nul ne relaye plus les rumeurs ou les présomptions selon lesquelles le commando qui a tiré sur l’avion aurait été composé de Français…
Les associations françaises qui ont aujourd’hui porté plainte mettent Paul Barril en cause pour un contrat passé le 17 mai 1994 avec le gouvernement intérimaire : il s’était engagé à fournir armes et munitions à l’armée gouvernementale et d’assurer des fonctions d’encadrement, et cela alors que les massacres s’amplifiaient et que le Conseil de Sécurité des Nations unies venait de voter, le 17 mai 1994, un embargo sur les armes et les munitions destinées au Rwanda. Témoin de premier plan, le capitaine Barril a déjà été entendu plusieurs fois par la justice française mais son rôle personnel n’avait jamais été réellement invoqué. La plainte déposée par les ONG va peut-être obliger l’homme de l’ombre à, enfin, étaler toutes ses cartes.