8 juin 2013

L’abbé Malu Malu revient à la Commission électorale indépendante

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L’abbé Malu Malu revient à la tête de la Commission électorale indépendante

Après un suspense de 45 jours, l’Assemblée nationale congolaise a décidé de nommer l’abbé Apollinaire Malu Malu à la tête de la nouvelle Commission électorale nationale indépendante. La majorité présidentielle qui soutenait sa candidature a rappelé que l’abbé, originaire de Beni Butembo, avait déjà en 2006 organisé les élections présidentielle et législatives après avoir présidé la CENI de 2003 à 20011 et que ce scrutin, la première consultation démocratique depuis des décennies, fortement soutenu par la communauté internationale, avait été considéré comme un succès.
L’abbé Malu Malu remplace, à un poste très convoité, le pasteur Mulunda Ngoy, qui avait organisé les élections de 2011 dans des conditions beaucoup plus hasardeuses : il n’avait pas bénéficié des mêmes soutiens internationaux et, pour respecter les délais prescrits, avait du recourir à la solidarité de pays africains (Afrique du Sud, Angola et même Togo) et surtout il avait du financer les opérations en puisant dans les ressources congolaises. Peu soutenue par l’étranger à cause du changement de constitution qui avait instauré une élection présidentielle à un tour, l’organisation du scrutin fut violemment critiquée par l’opposition et même par des élus de la majorité qui dénoncèrent le désordre et surtout de nombreuses tricheries. Les irrégularités furent également soulignées par les missions d’observation internationales mais finalement, suivant le verdict de Didier Reynders, chacun jugea que ces dernières ne «mettaient pas en cause l’ordre d’arrivée des candidats à l’élection présidentielle. » Il n’empêche que fraudes, irrégularités et désordres, amplement dénoncés dans le pays et à l’étranger, finirent par éroder la légitimité du président Kabila et provoquèrent l’éviction du pasteur Mulunda, désigné comme victime expiatoire.
La tâche qui incombera à l’abbé Malu Malu sera lourde : il devra, pour les élections de 2016, faire oublier le discrédit qui avait frappé le scrutin de 2011. Il devra aussi réussir plusieurs chantiers : organiser des élections locales, toujours différées mais qui représentent la base de la pyramide démocratique et remettre à jour le fichier électoral grossi de millions de nouveaux électeurs. Mais surtout, au-delà de la technique, qu’il maîtrise parfaitement, l’ancien recteur de l’université du Graben à Butembo devra restaurer la confiance des électeurs et reconquérir le soutien de la communauté internationale.
Ce qui n’est pas gagné. En effet, l’abbé Malu Malu de 2013 peut être crédité de la même compétence qu’en 2006, mais entre-temps, l’arbitre jadis considéré comme neutre s’est considérablement rapproché du président Kabila, qui l’a, entre autres missions sensibles, envoyé à Kampala où il a mené les négociations avec le mouvement rebelle, le M23. Homme de confiance du chef de l’Etat, l’abbé Malu Malu est déjà soupçonné par l’opposition d’avoir un « agenda caché », à savoir ouvrir la voie pour un troisième mandat du chef de l’Etat, ce qui impliquerait une nouvelle modification de la constitution.

6 juin 2013

Goma bientôt capitale du rap contre la guerre

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Dans cette région où tous rêvent de la paix et préparent la guerre, il faut avoir la foi chevillée au corps pour croire que les communautés sont destinées à s’entendre, que le pire peut-être conjuré et que le meilleur est à venir, peut-être plus vite qu’on ne l’imagine…Le Belge Eric de Lamotte est de ces croyants là : il connaît et aime le Nord Kivu, il compte de très nombreux amis au Rwanda et au Burundi. Non content de soutenir de nombreuses organisations de développement, d’encourager le tourisme dans la région, d’appuyer depuis sa création le Foyer des jeunes de Goma, il a décidé de parier sur les musiciens et, à travers eux, sur la jeunesse : durant trois jours, du 30 août au 1er septembre, il organisera dans la capitale du Nord Kivu un festival de musique exceptionnel, où se produiront quatre artistes internationaux. Après un premier concert de lancement au stade de Kigali, un public venu de toute la région découvrira à Goma Youssoupha, le fils du célèbre chanteur congolais Tabu Ley Rochereau, l’un des pères de la rumba. Youssoufa, est un rappeur, un conteur passionné qui chante pour que ses frères ne doivent plus se battre. Quant à Freddy Massamba, né au Congo Brazzaville, il s’est illustré dans la soul, le funk, le hip hop et surtout les polyphonies africaines. Lexxus legal, qui sera lui aussi à Goma, est un rappeur congolais, dont les textes, loin du monde de la sape ou du sexe, lui ont valu d’être qualifié d’artiste engagé. Pitcho Womba Konga, lui, se présente comme un « congolais belge », il joue du théâtre (avec Peter Brook entre autres) il écrit, il chante, il témoigne, il s’engage et assure que « les jeunes veulent des modèles » que les artistes congolais veulent eux aussi contribuer à la paix. »
La paix… Ce sera le maître mot de ce festival qui se déroulera au Foyer culturel de Goma durant trois jours et qui réunira non seulement des artistes connus, mais des dizaines d’autres talents. Aujourd’hui déjà, des dizaines de groupes du Burundi et du Rwanda se préparent à gagner Goma et dans la capitale du Nord Kivu elle-même, des groupes de musiciens participent à une sorte de « crochet » dans l’espoir d’être repris parmi les sept groupes sélectionnés pour jouer aux côtés des plus grands.
En même temps que les rappeurs, les groupes traditionnels des trois pays amèneront à Goma leurs danseurs, leurs tambourinaires, leurs chants et ils puiseront au plus profond de leur histoire pour rappeler qu’il est possible de vivre ensemble.
« Kwa Kesho Bora » (pour un meilleur demain) : tel sera le nom d’un espace spécial qui, dans l’enceinte du festival, sera dédié à une quarantaine d’ONG et associations locales qui présenteront leurs objectifs et leurs réalisations, démontrant que les populations de la région, loin de n’être que des récipiendaires de l’aide, sont capables de prendre en mains leur développement, pour peu qu’on leur accorde ce bien précieux entre tous, la paix, « amani »…
Pitcho tient cependant à rappeler avec une insistance de rappeur : « ce sera d’abord un festival de musique, destiné à rassembler les jeunes…. » Et, en conclusion, Eric de Lamotte ajoute : « nous allons leur ouvrir un coin de ciel bleu… »

6 juin 2013

Louis Michel: la Belgique doit pouvoir renvoyer des militaires en Afrique centrale

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A la veille du débat au parlement, où les élus vont débattre de la levée de la recommandation interdisant à des militaires belges de s’engager dans les anciennes colonies de la Belgique, Louis Michel, qui fut ministre des affaires étrangères au moment de la Commission Rwanda donne son avis.

Il est plus que temps de mener un tel débat et, puisque vous me demandez mon avis, je pense qu’il faut lever une telle interdiction. Souvenons nous que cette résolution avait été adoptée à un moment précis, à l’issue des travaux de la Commission Rwanda et que l’opinion d’alors avait été traumatisée par la mort des dix Casques bleus. Mais près de deux décennies plus tard, les temps ont changé. Certes, il faut rester prudents, ne pas engager nos troupes à la légère. Mais elles pourraient fort bien, outre les missions de formation qu’elles assument déjà, être affectées à des missions humanitaires, des tâches de protection etc…

La Belgique, de plus en plus, plaide pour que la communauté internationale s’engage dans l’Afrique des Grands Lacs tout en refusant elle-même de s’impliquer militairement. N’est ce pas un peu facile ?

C’est évident, on pousse les autres et on refuse d’y aller soi-même ! C’est trop simple… Lors de la dernière crise à l’Est du Congo, la Belgique, certes, a agi sur le plan diplomatique, mais je pense qu’elle aurait pu faire plus encore, des missions humanitaires, des tâches de maintien de la paix. A force d’être absente sur le terrain local, la Belgique risque d’être absente aussi lors des grands débats politiques…Et pourtant, son expertise en Afrique centrale continue à être reconnue… Mais pour que cela continue, il faut y aller, il faut s’engager. En particulier du point de vue militaire, si on n’est pas présent sur le terrain, l’expertise disparaît…

Si l’interdiction est levée, cela signifie-t-il que la douloureuse « page Rwanda » sera enfin tournée?

Ce n’est pas si simple, la Belgique garde tout de même, par rapport à ce pays, une responsabilité particulière du fait d’être l’ancienne puissance coloniale. Cependant, lors du génocide, la Belgique a, me semble-t-il, été moins « responsable » que d’autres. Ce qui s’est passé n’avait rien à voir avec le colonialisme, qui n’était qu’une cause bien lointaine de la tragédie…La responsabilité de la Belgique n’est pas directe, à l’inverse de la France. Il est vrai qu’à Bruxelles, dans les premiers jours au moins, on a sous estimé ce qui se passait, la mesure du drame n’a pas été prise…Le gouvernement de l’époque n’est pas assez intervenu durant les trois mois du génocide, il aurait pu faire beaucoup plus. Cependant, il ne faut pas céder à des arguments simplistes et mettre trop l’accent sur la responsabilité belge dans cette tragédie que fut le génocide des Tutsis du Rwanda…

6 juin 2013

Grâce à Boge Bogaletch, les femmes ethiopiennes refusent l’excision

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Kazala,

Ne vous fiez pas aux apparences. Les femmes du village de Kazala
ont des gestes doux, des visages agréables, des fillettes dans les jupes et des bébés sur les bras. Elles évoquent les micro crédits qui leur ont permis d’acheter le beurre sur les marchés locaux puis de le revendre en ville, avec de petits bénéfices. Au cours de cette « conversation de communauté » chaque femme évoque ses besoins, ses souffrances, mais décrit aussi ses talents, ce qu’elle pourrait apporter…A première vue, dans ce village du Sud de l’Ethiopie, au cœur de la province de Kembata Tembaro qui s’étend jusqu’au Kenya et compte deux millions d’habitants, il ne s’agît là que d’une réunion comme tant d’autres, où les femmes débattent des meilleures manières de gagner un peu d’argent et de grappiller quelques miettes de pouvoir, de considération…
Méfiez vous cependant de l’allure accorte d’une femme comme Tadebeh Manira, la coordinatrice du groupe, qui nous accueille avec chaleur. Elle a été élue par ses compagnes pour diriger les débats communautaires, mais avant tout, elle dirige la milice de son « kebele » (terme qui, en Ethiopie, désigne la plus petite unité administrative, composée d’environ 500 personnes). Avec six autres volontaires, cette mère de famille organise des patrouilles afin de venir en aide aux femmes maltraitées : « une femme battue par son mari qui avait pris une deuxième épouse a fait appel à nous. Il est aujourd’hui en prison… » «Nous avons aidé une autre femme, devenue veuve, à sauvegarder ses biens dont sa belle famille voulait la déposséder… »
En réalité, la première activité du « commando de femmes » de Kazala, qui ont suivi, entre autres, des cours d’auto défense, est de délivrer les jeunes filles d’une pratique qui, voici dix ans encore, semblait incontournable, enracinée dans une tradition dont tout le monde avait oublié l’origine, les mutilations génitales féminines. Tadebeh se souvient de l’époque où les exciseuses passaient de village en village. Elles s’occupaient des jeunes filles en fin de puberté, tranchaient petites et grandes lèvres ou coupaient les clitoris. Après cette opération, qui donnait lieu par la suite à des réjouissances, les jeunes filles, désormais considérées comme des adultes, étaient jugées prêtes pour le mariage. Les garçons du même âge étaient circoncis, mais souffraient beaucoup moins que les filles, parfois victimes d’hémorragies ou d’infections. Tadebeh se souvient avec horreur dec cette épreuve : « Avant mon mariage, j’ai du passer par là. Je me souviens de l’atroce souffrance d’une opération à vif, de l’indifférence des matrones, qui touchaient 50 birrs (6 euros) pour leur service et surtout du supplice que représentait par la suite chaque accouchement, le bébé ayant peine à passer à travers les chairs mutilées… »
Approuvée par ses compagnes, Tadebeh explique que les temps ont changé : « cette fois, lorsque l’exciseuse s’annonce et que les familles font pression pour que l’opération ait lieu, les jeunes filles s’adressent à nous. Une femme de la milice passe alors la nuit auprès des futures victimes et les aide à résister. Nous expliquons aux familles qu’il s’agît d’une torture, que les filles, par la suite, auront des accouchements difficiles. Aux garçons, nous expliquons qu’il vaut mieux épouser une fille en bonne santé, qui partagera leur plaisir et ne risquera pas l’hémorragie, voire la mort, à chaque accouchement… Nous leur expliquons aussi qu’une fille « entière » accouchera à la maison, sans problèmes, alors qu’une fille excisée entraînera des frais d’hospitalisation… »

Dans cette région qui compte 48% de protestants et 25% de musulmans, Boge Bogalech, la femme qui connaît la Bible par cœur, assène d’autres arguments encore aux pasteurs et aux imans : « je leur explique que c’est Dieu qui a créé la femme telle qu’elle est. Complète, intacte. Et je leur demande de quel droit eux les hommes voudraient modifier l’œuvre de Dieu, vouloir faire mieux que celui qui a dit « et il vit que cela était bon… »

Lorsqu’elle décida de revenir en Ethiopie après une carrière scientifique aux Etats Unis Boge Bogalech affichait des objectifs modestes : « si je sauve au moins une fille, je n’aurai pas perdu mon temps… »Aujourd’hui, 97% des filles de la province échappent aux mutilations génitales que les vieilles femmes appelaient « enlever la saleté » mais les « rites de passage » ont été maintenus pour les filles de 16 à 18 ans: « aux mêmes périodes qu’autrefois, le temps des récoltes d’août à septembre, nous célébrons avec des fleurs et des cadeaux l’accession des filles à l’âge adulte. Mais les jeunes filles forment aussi des groupes qui s’enorgueillissent d’être intactes. Elles sont fières, à l’inverse de leurs mères, de pouvoir trouver un mari qui les apprécie… »
Les mariages de filles « non coupées » donnent lieu à des réjouissances publiques, et servent d’exemple aux autres.
En moins d’une génération, Boge a imprimé au sud de l’Ethiopie une véritable révolution, dans sa région natale mais aussi dans les provinces voisines: « lorsque je suis partie aux Etats Unis, au début des années 80, la pratique de l’excision était généralisée, nul n’aurait songé à la mettre en cause. Aujourd’hui, quinze ans après mon retour, les femmes ont pris conscience de leurs droits, elles s’organisent sur le plan économique, avec des succès tels que les hommes aussi veulent faire partie de nos groupes… »
Mince, énergique, Boge Bogaletch, a gardé sa rapidité de coureuse de fond même si plusieurs accidents de voiture entravent parfois ses mouvements. Non contente de lutter contre les mutilations génitales, elle veut que ses compatriotes prennent conscience de leurs capacités et de leurs droits de citoyennes. « Lorsque je vivais aux Etats Unis, j’ai été bouleversée, indignée, non seulement par les famines récurrentes qui accablaient mon pays, mais aussi par l’image de dépendance qui était donnée. Je ne supportais plus de voir ces mains tendues, ces files de gens résignés qui attendaient les distributions de nourriture… Alors que ma sœur Fikrite, aujourd’hui décédée, se consacrait aux problèmes de l’accès à l’eau, moi, je me suis concentrée sur l’éducation des femmes, sur la santé reproductive, la prévention du HIV et la lutte contre les mutilations génitales. »
Aux Etats Unis comme auparavant en Israël, Boge Bogaletch , une femme à la peau noire, a aussi connu la discrimination, parfois ouverte, parfois subtile, « il y a des quartiers où je n’aimais pas faire du shopping, on y vérifiait systématiquement mon sac… »Elle s’est frottée aux mouvements féministes et s’est imprégnée des principes de l’action positive. Au début des années 90, n’y tenant plus, elle est rentrée au pays, avec en poche toutes ses économies, soit 5000 dollars, une somme destinée à soutenir des projets de soutien aux femmes.
Ses initiatives, ses propos ne ressemblaient en rien aux discours des missionnaires ou aux actions des organisations non gouvernementales qui pullulaient dans un pays frappé par la sécheresse et la famine. « Dès mon arrivée dans mon village natal, j’ai entrepris de réunir les familles, de mener des discussions ouvertes à tous. Il s’agissait de discuter des besoins, certes, mais aussi d’évaluer les atouts.
Je leur ai demandé ce qu’ils pouvaient déposer dans la balance. Leur capital moral, leur culture et leurs traditions, leur force de travail…Lorsque les gens me répondaient « nous n’avons rien », je rétorquais qu’en plus de leur capacité de travail, ils avaient une rivière et de l’eau en abondance, de l’air non pollué, de la terre à cultiver, un savoir faire et de l’expérience… De réels atouts qui étaient souvent négligés par les développeurs qui amenaient leur savoir faire de l’extérieur…»
De ce contact avec la réalité, les priorités du départ se trouvent bouleversées :« alors que je ne songeais qu’à aider les femmes, j’ai pris le temps d’écouter les gens de mon village. Et il est apparu que ce qui était important pour eux, c’était de construire un pont sur la rivière et d’ouvrir la route. Désenclavés, ils allaient pouvoir vendre leurs produits sur les marchés voisins, envoyer leurs enfants à l’école, circuler plus facilement…Le choix a été vite fait : mes 5000 dollars, j’allais les consacrer à construire le pont, le reste allait venir par la suite… »
La confiance ayant ainsi été nouée, Boge fonde en 1999 son association, KMG (Kembatti Mentti Gezzima), (centre d’auto promotion des femmes) et elle se lance dans plusieurs programmes : lutte contre les mutilations génitales, mais aussi micro crédit, construction de centres communautaires. Elle obtient aussi la confiance des « intouchables », qui ont le même statut que les Pygmée »s en Afrique centrale : dans le sud de l’Ethiopie, ces tribus marginalisées et méprisées ne peuvent posséder de terres. Vivant aux abords des villages, ces populations qui ne cultivent pas vivent surtout de la poterie. Boge les appelle les « mains d’or » et les a lancé dans des projets d’artisanat.
Infatigable, la lauréate du prix Roi Baudouin nous emmène à Kacchabira, un hameau où des femmes, avec une patience infinie modèlent et font briller de hauts pots de terre qui ont la couleur des collines.
Le savoir faire des femmes est indéniable, mais Boge les apostrophe, leur apprend à commercialiser, voire à marchander : « vous vendez à un prix trop bas, vous devez calculer le temps que vous consacrez à chaque poterie… » Les femmes rient, augmentent leur prix et, comme pour se faire pardonner, nous offrent quelques brins de thyms et d’herbes odoriférantes…Dans le village suivant, des femmes sont réunies, pour discuter de la meilleure manière de lutter contre la propagation du HIV. Elles comparent les moyens de prévention et nous assurent : « aujourd’hui que nous avons compris comment la maladie se propage, nous savons aussi que nous sommes nos propres médecins, que c’est à nous de prendre les précautions nécessaires… »
A Yebu, au pied de la montagne sacrée d’Ambachiro, où naissent les sources qui irriguent la province, Boge a créé une pépinière où croissent des plants de café, mais aussi de jeunes arbres qui seront plantés sur les terrasses afin de lutter contre l’érosion. Dans cette région très peuplée, où la densité de population dépasse les 450 personnes au km2, les autorités ont consenti à céder des parcelles à l’entreprenante Boge, qui développe ici des cultures expérimentales, construit là un centre communautaire, ou ailleurs une cafétaria.
Jusqu’à la capitale provinciale Awassa, les projets de KMG se multiplient et ils modifient peu à peu le visage du Sud de l’Ethiopie, qui fut longtemps l’une des régions les moins touchées par le développement.
Grâce au prix de 150.000 euros qu’elle recevra à Bruxelles, et surtout grâce aux portes que lui ouvrira la Fondation Roi Baudouin Boge entend consolider les projets existants mais surtout aller plus loin encore avec les femmes : au-delà de la lutte contre les mutilations génitales, pratiquement terminée, et des projets communautaires, elle rêve dorénavant de permettre aux filles de son pays de suivre son propre itinéraire, de les amener sur le chemin des sciences. Son prochain projet ? Fonder une université technique destinée aux femmes.

6 juin 2013

BOge Bogaletch, la fille qui avait appris la Bible par coeur

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Dans le verger de son enfance, les arbres ont grandi, la maison a été consolidée. C’est avec émotion que Gebre Bogaletch, Boge pour ses amis,  nous amène ici, dans ce petit village où ses souvenirs sont intacts. Jadis, lorsqu’elle revenait de  l’école des missionnaires où, tôt le matin, elle apprenait à lire, son grand oncle lui confiait un ballot de foin ou un fagot de bois qu’elle avait pour tâche de ramener à la maison. Son enfance s’est passée au milieu de ces collines fertiles,  densément peuplées. Rien, à priori, ne distinguait la petite paysanne de ses compagnes, vouées, comme elle, aux tâches ménagères et aux rites imposés aux femmes de cette région de Kembatta, l’excision dès la puberté, le mariage conclu après un simulacre ou un enlèvement. Boge, comme tant d’autres, ignore la date exacte de sa naissance, elle est passée entre les mains de l’exciseuse, elle a porté l’eau et le bois et veillé sur ses jeunes frères et sœurs. Mais la gamine, très vite, a compris qu’elle était différente : «  rien d’autre ne m’intéressait qu’apprendre à lire. Lorsque mon cousin est revenu de l’école avec une ardoise couverte de lettres et de chiffres, j’ai passé la nuit à la déchiffrer, à l’apprendre par cœur. Après quelques jours, je pouvais écrire mon nom. Mon père était fier, certes, mais il aurait préféré constater de telles dispositions chez son fils… »

Les parents de Boge n’ayant rien prévu pour emmener leur fille à l’école, le grand oncle, discrètement, conduit la gamine à la mission où durant quelques heures chaque matin, en plus de la religion orthodoxe, on lui apprend les rudiments de l’écriture en amharique. Sans se vanter, Boge, qui jouit d’une intelligence photographique (elle retient automatiquement tout ce qu’elle lit…), se rappelle qu’en peu d’années elle avait épuisé toutes les capacités de l’école missionnaire et achevé le cycle primaire. Ses parents s’étant résignés à la voir étudier, elle bénéficie d’une bourse qui la conduit dans la seule pension pour filles d’Addis Abeba. Une fois de plus, elle brûle les étapes, passant d’une année à l’autre.

« J’avais 17 ans » se souvient-elle, « lorsque se présenta l’occasion de participer à un tournoi portant sur la connaissance des Livres saints. Comme je n’avais eu que la Bible comme lecture, je la connaissais par cœur et c’est sans difficulté, devant les rabbins et les exégètes chevronnés, que j’ai remporté le concours. Ce succès me valut une bourse pour l’Université hébraïque de Jerusalem. En arrivant en Israël, je m’attendais à trouver « le lait et le miel » dont il est question dans la Bible, mais le pays était sec, les gens me regardaient de haut, moi, une jeune Africaine noire. Je me mis à l’étude de l’hébreu et six mois plus tard je me retrouvai à même de passer des examens dans cette langue.… Après avoir terminé mon premier cycle universitaire, je décrochai une bourse Fullbright qui me conduisit à la faculté des Sciences de l’Université du  Massachusetts, où  je me suis spécialisée en micro biologie et en physiologie, étudiant plus particulièrement la trypanosomiase. Par la suite, c’est à l’Université de Californie que j’allais terminer mon PH D en travaillant sur la leichmaniose avec une équipe de chercheurs. »

Durant ses quinze années de chercheuse aux Etats Unis, celle qui est devenue de Dr Bogaletch et qui, entre temps a fait venir sa jeune sœur, ne perd pas le contact avec son pays natal, et elle sait qu’un jour elle retrouvera le verger de son enfance.

Les images de la famine en Ethiopie, en 1984-85,  viennent chambouler la scientifique : « ces photos qui, par la suite, devaient obtenir le prix Pulitzer, ont réellement « impacté » ma  vie. Ma sœur et moi avons discuté de ce que nous pourrions faire. Fikrite, qui était aussi bonne cuisinière que commerciale avisée, mit au point une sauce originale, conditionne en sachets, qu’elle vendait pour récolter de l’argent. Moi, je me suis mise à courir, me faisant sponsoriser pour participer à plusieurs marathons, à Los Angeles et ailleurs. Sur mon T shirt j’avais écrit «  si mon peuple sait marcher 400 km pour chercher de l’eau, moi je peux courir 26 miles et vous allez m’aider… »

Peu à peu, le Dr Bogaletch se détache des Etats Unis. Son cœur est en Ethiopie, elle multiplie les conférences, les collectes de fonds et de livres, envoie 350.000 ouvrages dans son pays d’origine. En 1997, n’y tenant plus, elle décide finalement de rentrer au pays.

Son objectif ? Regagner son village natal, et changer la vie des femmes. Développer l’éducation, le micro crédit, et surtout lutter contre l’excision.

« Je me disais que si j’arrivais à empêcher une seule femme d’être excisée, cela valait la peine.. »

Dix ans plus tard, 97% de la population de Kembatta assure  être opposée aux mutilations sexuelles tandis que 20.000 femmes et quelques hommes, bien décidées à s’opposer à ces pratiques traditionnelles, participent aux activités des « clubs des  non coupées ».

Lorsque Boge revient avec nous dans le verger de son enfance,  les hommes du village sont une fois encore réunis sous le figuier, le lieu où se discutent les décisions importantes. Ils hèlent celle que tous appellent désormais la « dame de fer », partagent leurs soucis. La citerne du village, où l’eau arrive par gravité, a des fuites et on a besoin de son aide. Boge promet de revenir, de rechercher une solution. « Pour que les hommes m’écoutent quand je parle des droits de leurs femmes, il faut aussi que je sois attentive à leurs problèmes, à leurs priorités… Si l’on ne prend pas en compte les besoins que les gens expriment, le développement est impossible. Avant d’agir, il faut écouter… »

6 juin 2013

Stanley et Leopold II, une fascination réciproque

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Si les Anglais boudent Stanley malgré ses exploits, le roi Léopold II, lui, ne manque aucun de ses articles et en septembre 1876 il a organisé à Bruxelles une conférence géographique consacrée à l’exploration du Congo. Lorsqu’en janvier 1878 Stanley revient en Europe après avoir traversé l’Afrique d’est en ouest, deux émissaires du roi, le baron Greindl et le général américain Sanford, l’attendent à Marseille et en juin, l’explorateur est reçu au palais.
Les deux hommes passent un accord pour une durée de cinq ans : Stanley, promu représentant officiel de Léopold II, va retourner en Afrique centrale, passer un accord avec les tribus, acheter des terres et acquérir le Congo pour le compte du roi. Ce dernier se charge d’officialiser l’opération.
Durant cinq ans, Stanley, qui a trouvé des financements additionnels auprès des sociétés missionnaires, s’emploie à conquérir le bassin du Congo pour le compte du roi, devançant son rival Savorgnan de Brazza qui, sur l’autre rive, emploie des méthodes plus pacifiques. Car Stanley, désireux de remonter les chutes du fleuve, recrute des porteurs, de force s’il le faut, amène de petits batreaux à vapeur sur le pool Malebo, installe des comptoirs. Son énergie, ses méthodes, lui vaudront d’être appelé « Bula Matari » celui qui casse les pierres. » Un surnom qui sera plus tard celui de l’administration coloniale belge.
Rebaptisant le petit village de Kintambo, sur le pool Malebo, Stanley lui donne le nom de son mécène, et Léopoldville devient la capitale de l’Etat indépendant du Congo.
En novembre 1884, Stanley participe à la conférence de Berlin, qui répartit les territoires africains entre les puissances coloniales. Même si le contrat de cinq ans a expiré, Stanley demeure secrètement au service du roi et participera en 1889 à une conférence contre l’esclavage. Bien plus tard, avant de regagner définitivement l’Angleterre, l’explorateur confiera à d’autres carnets : « le roi est d’une incroyable cupidité ».
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6 juin 2013

Les carnets de Stanley racontent l’épopée de l’explorateur

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Achetés par la Fondation roi Baudouin, les carnets de Stanley racontent comment l’explorateur a retrouvé Livingstone puis a taillé au coeur de l’Afrique le futur domaine de Léopold II.

S’adressant à Stanley, son reporter vedette à peine rentré de la guerre d’Espagne, Charles Gordon Bennet, le rédacteur en chef du New York Herald, avait été clair et concis : «retrouvez moi Livingstone, mort ou vif… »
Médecin, pasteur, géographe, David Livingstone avait abordé la côte tanzanienne, -le Tanganyka à l’époque- en janvier 1866. Trois ans plus tard, on était toujours sans nouvelle de lui et la Royal Geographical Society, qui lui avait décerné une médaille d’or, avait communiqué son inquiétude à un vaste public passionné par les découvertes des explorateurs.
Pour donner à son journaliste les moyens de réussir son scoop, Gordon Bennet n’avait pas lésiné, « prenez mille livres à la fois, et encore mille… »
Arrivé à Zanzibar, Stanley prépara soigneusement son expédition : perles, tissus, cauris, devaient lui permettre d’échanger avec les populations de l’intérieur. Il lui fallait des armes aussi, afin de pouvoir parer à toute éventualité et nourrir les membres de son expédition avec de la viande de brousse. Il lui fallait aussi recruter des porteurs, des hommes solides, qui avaient déjà voyagé à l’intérieur du continent. Les « Zanzibarites », originaires des régions côtières, ne se contentaient pas de promesses, ils exigeaient des contrats nominatifs en bonne et due forme, signés par Stanley et dûment estampillés, sur lesquels ils apposaient une croix.
Bourlingueur, correspondant de guerre, Stanley eut l’intelligence de choisir les meilleurs parmi les guides et de leur faire confiance. Avant le départ, Stanley veille aussi à s’informer. Le consul britannique ne lui trace pas un portrait très favorable de Livingstone, à l’inverse de son collègue américain, qui lui dépeint les guerres qui ravagent l’intérieur du continent, où le chef Mirambo tente, du côté de Tabora, de venir à bout de petits sultans. Prudent, Stanley décide de modifier son itinéraire et ce n’est que neuf mois après son départ, qu’épuisé, vacillant sur un âne, il atteint Ujiji où on lui a dit que Livingstone s’est arrêté.
D’une petite écriture serrée, rapide, le journaliste noircit son carnet. Il tient enfin son scoop, et il relate sa surprise, la joie qu’il éprouve à découvrir « un vieil homme coiffé d’une casquette d’un bleu délavé ».
C’est alors qu’il aurait prononcé la phrase passée à l’histoire : « Dr Livingstone, I presume ? ». Ses carnets n’ont cependant pas gardé trace de cette politesse si british : la page qui relate cette première rencontre avec Livingstone a disparu. Arrachée, détruite, vendue, saura-t-on jamais…
Mais qu’importe ? Au fin fond de l’Afrique, les deux hommes se saluent, se reconnaissent comme des semblables : curieux, courageux, ils ont tous deux connu une enfance pauvre, même si Livingstone a mieux compris les populations africaines. Les deux voyageurs décident de partager leurs ressources et leur savoir. Si Livingstone est immobilisé là, sans avoir pu donner de ses nouvelles, c’est parce qu’il a été entièrement dévalisé et Stanley non seulement partage avec lui la moitié de son chargement, les vivres, les objets à troquer, mais il renvoie à Zanzibar une partie de son escorte, afin qu’elle ramène de quoi réapprovisionner le malheureux pasteur. Ce dernier lui explique l’obsession qui l’a conduit çà Ujiji : découvrir les sources du Nil. Il est persuadé que ces dernières se trouvent au nord du lac Tanganyika, à l’embouchure de la rivière Ruzizi. Stanley tient déjà son scoop : il a retrouvé Livingstone vivant. Un simple journaliste se serait hâté de gagner Zanzibar pour communiquer avec son journal. Mais Henri Morton est aussi un aventurier et Livingstone a partagé avec lui son savoir, lui apprenant à manier un sextant, à lire le tracé des rivières. Au lieu de repartir, Stanley décide de longer avec Livingstone les rives du lac, de reprendre la quête des mythiques sources du Nil. Ce sera une désillusion : la Ruzizi se jette dans le Tanganyka ! Le lac est la destination finale et non l’origine.
Les deux hommes repartent alors en direction de Tabora, où Livingstone décide de rester tandis que Stanley poursuit sa route vers Zanzibar et confie ses missives aux caravanes. Les deux hommes ne se reverront plus, car le vieux docteur est fatigué, sa santé décline. La traversée d’une zone de marécages lui sera fatale et ses restes seront inhumés sous un arbre. Plus tard, Stanley lancera une souscription pour qu’une obélisque soit érigée en son honneur. .
Avant l’issue fatale, qui survient en 1973, les informations de Stanley, longuement, minutieusement rédigées, ont franchi les mers. Le patron du New York Herald est ravi, le public s’arrache le journal. Le récit de l’aventure : « comment j’ai retrouvé Livingstone » devient très vite un best seller. Mais en Angleterre, la presse se montre sceptique, la Société royale de géographie elle-même se montre réticente, car sa propre expédition avait échoué. C’est que Stanley n’est pas « du métier » : enfant adopté, citoyen américain de fraîche date, il est autant aventurier que journaliste et son savoir de géographe, il l’a acquis sur le terrain. Il faudra que les enfants de Livingstone s’en mêlent pour authentifier le témoignage : parcourant les lettres que Stanley leur a ramené, ils confirment avoir reconnu l’écriture de leur père.
Jusqu’à la fin de sa vie, Stanley demeuré en relations avec eux, gardera leur confiance. Son exploit vaut au journaliste d’être reçu par la reine Victoria, qui lui trouve un affreux accent américain. Peu importe : désormais célèbre, assuré de moyens importants, Stanley repart depuis Zanzibar en 1874 et traverse l’Afrique d’est en ouest. Lorsqu’il atteint la rivière Lualaba, il croit qu’il a enfin trouvé le Nil. En réalité, il navigue sur le bassin du Congo et lorsqu’il arrive à une trentaine de kilomètres de l’océan atlantique, il envoie un messager vers le village de N’Boma « y a-t-il parmi vous un gentleman qui parle anglais ? ». Et en post scriptum, derrière son nom, il précise « je suis celui qui a retrouvé Livingstone. »
COLETTE BRAECKMAN

S’adressant à Stanley, son reporter vedette à peine rentré de la guerre d’Espagne, Charles Gordon Bennet, le rédacteur en chef du New York Herald, avait été clair et concis : «retrouvez moi Livingstone, mort ou vif… »
Médecin, pasteur, géographe, David Livingstone avait abordé la côte tanzanienne, -le Tanganyka à l’époque- en janvier 1866. Trois ans plus tard, on était toujours sans nouvelle de lui et la Royal Geographical Society, qui lui avait décerné une médaille d’or, avait communiqué son inquiétude à un vaste public passionné par les découvertes des explorateurs.
Pour donner à son journaliste les moyens de réussir son scoop, Gordon Bennet n’avait pas lésiné, « prenez mille livres à la fois, et encore mille… »
Arrivé à Zanzibar, Stanley prépara soigneusement son expédition : perles, tissus, cauris, devaient lui permettre d’échanger avec les populations de l’intérieur. Il lui fallait des armes aussi, afin de pouvoir parer à toute éventualité et nourrir les membres de son expédition avec de la viande de brousse. Il lui fallait aussi recruter des porteurs, des hommes solides, qui avaient déjà voyagé à l’intérieur du continent. Les « Zanzibarites », originaires des régions côtières, ne se contentaient pas de promesses, ils exigeaient des contrats nominatifs en bonne et due forme, signés par Stanley et dûment estampillés, sur lesquels ils apposaient une croix.
Bourlingueur, correspondant de guerre, Stanley eut l’intelligence de choisir les meilleurs parmi les guides et de leur faire confiance. Avant le départ, Stanley veille aussi à s’informer. Le consul britannique ne lui trace pas un portrait très favorable de Livingstone, à l’inverse de son collègue américain, qui lui dépeint les guerres qui ravagent l’intérieur du continent, où le chef Mirambo tente, du côté de Tabora, de venir à bout de petits sultans. Prudent, Stanley décide de modifier son itinéraire et ce n’est que neuf mois après son départ, qu’épuisé, vacillant sur un âne, il atteint Ujiji où on lui a dit que Livingstone s’est arrêté.
D’une petite écriture serrée, rapide, le journaliste noircit son carnet. Il tient enfin son scoop, et il relate sa surprise, la joie qu’il éprouve à découvrir « un vieil homme coiffé d’une casquette d’un bleu délavé ».
C’est alors qu’il aurait prononcé la phrase passée à l’histoire : « Dr Livingstone, I presume ? ». Ses carnets n’ont cependant pas gardé trace de cette politesse si british : la page qui relate cette première rencontre avec Livingstone a disparu. Arrachée, détruite, vendue, saura-t-on jamais…
Mais qu’importe ? Au fin fond de l’Afrique, les deux hommes se saluent, se reconnaissent comme des semblables : curieux, courageux, ils ont tous deux connu une enfance pauvre, même si Livingstone a mieux compris les populations africaines. Les deux voyageurs décident de partager leurs ressources et leur savoir. Si Livingstone est immobilisé là, sans avoir pu donner de ses nouvelles, c’est parce qu’il a été entièrement dévalisé et Stanley non seulement partage avec lui la moitié de son chargement, les vivres, les objets à troquer, mais il renvoie à Zanzibar une partie de son escorte, afin qu’elle ramène de quoi réapprovisionner le malheureux pasteur. Ce dernier lui explique l’obsession qui l’a conduit çà Ujiji : découvrir les sources du Nil. Il est persuadé que ces dernières se trouvent au nord du lac Tanganyika, à l’embouchure de la rivière Ruzizi. Stanley tient déjà son scoop : il a retrouvé Livingstone vivant. Un simple journaliste se serait hâté de gagner Zanzibar pour communiquer avec son journal. Mais Henri Morton est aussi un aventurier et Livingstone a partagé avec lui son savoir, lui apprenant à manier un sextant, à lire le tracé des rivières. Au lieu de repartir, Stanley décide de longer avec Livingstone les rives du lac, de reprendre la quête des mythiques sources du Nil. Ce sera une désillusion : la Ruzizi se jette dans le Tanganyka ! Le lac est la destination finale et non l’origine.
Les deux hommes repartent alors en direction de Tabora, où Livingstone décide de rester tandis que Stanley poursuit sa route vers Zanzibar et confie ses missives aux caravanes. Les deux hommes ne se reverront plus, car le vieux docteur est fatigué, sa santé décline. La traversée d’une zone de marécages lui sera fatale et ses restes seront inhumés sous un arbre. Plus tard, Stanley lancera une souscription pour qu’une obélisque soit érigée en son honneur. .
Avant l’issue fatale, qui survient en 1973, les informations de Stanley, longuement, minutieusement rédigées, ont franchi les mers. Le patron du New York Herald est ravi, le public s’arrache le journal. Le récit de l’aventure : « comment j’ai retrouvé Livingstone » devient très vite un best seller. Mais en Angleterre, la presse se montre sceptique, la Société royale de géographie elle-même se montre réticente, car sa propre expédition avait échoué. C’est que Stanley n’est pas « du métier » : enfant adopté, citoyen américain de fraîche date, il est autant aventurier que journaliste et son savoir de géographe, il l’a acquis sur le terrain. Il faudra que les enfants de Livingstone s’en mêlent pour authentifier le témoignage : parcourant les lettres que Stanley leur a ramené, ils confirment avoir reconnu l’écriture de leur père.
Jusqu’à la fin de sa vie, Stanley demeuré en relations avec eux, gardera leur confiance. Son exploit vaut au journaliste d’être reçu par la reine Victoria, qui lui trouve un affreux accent américain. Peu importe : désormais célèbre, assuré de moyens importants, Stanley repart depuis Zanzibar en 1874 et traverse l’Afrique d’est en ouest. Lorsqu’il atteint la rivière Lualaba, il croit qu’il a enfin trouvé le Nil. En réalité, il navigue sur le bassin du Congo et lorsqu’il arrive à une trentaine de kilomètres de l’océan atlantique, il envoie un messager vers le village de N’Boma « y a-t-il parmi vous un gentleman qui parle anglais ? ». Et en post scriptum, derrière son nom, il précise « je suis celui qui a retrouvé Livingstone. »