17 juillet 2013

Un témoignage en provenance du Nord Kivu…

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C’est un cri de rage qui nous arrive depuis Goma: un journaliste local a assisté à Munigi à l’offensive des FARDC contre le bastion du M23. Il a vu, de ses yeux, la Monusco en train de bloquer la route aux FARDC avec leurs chars pour empêcher les chars d’atteindre la ligne de front avec leurs munitions.
Selon ce témoin, la population est alors intervenue: jetant des pierres en direction de la Monusco elle a fini par ouvrir la route aux forces gouvernementales. D’après cecollègue, tout semble indiquer que la Monusco, suivant en cela l’avis de Mary Robinson,n l’enviyée spéciale de l’ONU dans les Grands Lacs, souhaiterait que les négociations de Kampala puissent se poursuivre, afin de trouver une solution de compromis qui passerait vraisemblablement par la réintégration d(‘éléments du M23 dans le camp gouvernemental. Les FARDC, peu soucieux de “remettre le ver dans le fruit” et de s’exposer à de nouvelles mutineries, ne l’entendent pas ainsi et la population du Nord Kivu encore moins, car elle souhaiterait qu’il soit mis fin définitivement au cycle des “négociations réintégrations rebellions”. La population locale encourage l’armée sur la ligne de front et assure qu’elle mènera la guerre elle-même…Quitte alors à se faire qualifier de “Mai Mai” par la Monusco. Rappelons que, dans la tradition congolaise, les Mai Mai sont d’abord des forces d’auto défense locales, qui ont quelque peine à comprendre la logique des Etats et plus encore celle des complicités internationales…

17 juillet 2013

Jean-Pascal Labille touché par le “double cri” des Congolais

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Revenant d’un périple au Congo, qui, après Kinshasa, l’a mené à Kisangani, Bukavu et Goma, le ministre des entreprises publiques et de la coopération Jean-Pascal Labille a rendu compte de son voyage devant le Parlement. Auparavant, il a tenu à nous faire part des conclusions tirées de ses nombreux contacts sur le terrain.
Le ministre, comme d’autres avant lui, a été frappé par le « double cri » adressé par les Congolais aux Belges : « vous êtes ceux qui nous connaissez le mieux, revenez, et en tous cas, plaidez notre cause sur le plan international… » Au Sud Kivu, et plus particulièrement à l’hôpital de Panzi, où sont soignées les femmes victimes de violences sexuelles, c’est un cri d’effroi qui a saisi le ministre : «j’ai été saisi par la dignité des femmes qui se sont adressées à moi. Il n’était pas question de vengeance, mais seulement de paix…Mais moi, j’ai été envahi par l’émotion en voyant une petite fille de deux ans, qui avait, littéralement, été ouverte comme un poisson : ses agresseurs lui avaient fendu le vagin et l’avaient rempli de sel. Un jour, on forgera un mot qui définira de tels actes. Aujourd’hui, on ne peut, moi en tous cas, que s’engager par des promesses…. » Dans l’immédiat, la coopération belge a fourni à l’hôpital de Panzi un appareillage permettant la fourniture en oxygène des personnes opérées, ce qui a été très apprécié par le médecin-chef, le Dr Mukwege.
Convaincu du rôle particulier, irremplaçable, que peut jouer la Belgique, Jean-Pascal Labille a communiqué au Roi Albert II sa détermination, ainsi qu’à ses collègues du gouvernement : « la Belgique doit demeurer la caisse de résonance pour ce qui se passe au Congo. Certes, il y a la Syrie, l’Egypte, le Mali. Mais ce qui se passe au Congo est tout aussi grave et j’entends bien, lors du prochain sommet européen de décembre prochain, ramener le sujet à l’ordre du jour. Il s’agît d’un devoir moral, envers un pays, une population, une région, qui souhaite la paix… »
Rappelant qu’il s’est déjà rendu au Rwanda précédemment et qu’il va poursuivre ses tournées dans la région des Grands Lacs, Jean-Pascal Labille insiste : « je suis persuadé que dans toute la sous région, les populations ont l’habitude de vivre ensemble, elles veulent la paix. » Et en proposant des initiatives concrètes, il entend bien persuader tous les dirigeants de la région que « les dividendes de la paix, durables et collectifs, sont bien supérieurs à ceux de la guerre, qui sont dangereux et éphémères… »
Sur le plan politique, le ministre veut relancer la coopération économique entre les pays des Grands Lacs, encourager le commerce transfrontalier et plaider en faveur d’un plan Marshall qui permettrait le décollage « d’une région qui a tout, les minerais bien sûr, mais aussi l’énergie, les ressources agro alimentaires, les populations… » Pour libérer toutes ces énergies positives, « il faudrait privilégier une approche globale, et non des interventions ponctuelles et isolées. Il faut aussi continuer à travailler sur la traçabilité des minerais… »
Lorsqu’il se trouvait à Goma, le ministre a, évidemment, été averti de l’imminence d’une reprise des combats. Mais, fidèle à l’attitude déjà adoptée lors de son voyage au Rwanda en juin dernier, il ne veut stigmatiser personne et se garder de toute conclusion hâtive : » s’il y avait une solution simple au problème, elle serait déjà depuis longtemps trouvée. Ce qui compte pour moi, à ce stade, c’est de voyager dans la région, d’écouter, de prendre note des attentes à l’égard de la Belgique et de maintenir ma détermination : je suis convaincu du fait que la Belgique a un rôle à jouer, et je veux qu’il en soit ainsi… »

16 juillet 2013

L’étau se desserre autour de Goma

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« Cette fois, le bruit des mortiers s’est éloigné, le M23 ne tient plus la ville sous le feu. » Soulagé, un habitant de Goma confirme les déclarations des porte parole congolais, selon lesquelles les forces gouvernementales, engagées depuis dimanche dans de violents combats avec le mouvement rebelle, auraient réussi à déloger ce dernier de plusieurs positions dans les faubourgs nord de la ville. Kibati aurait ainsi été repris et le M23 serait en passe d’être chassé de Kibumba.
Ces combats sur sa frontière ne laissent pas le Rwanda indifférent : dénonçant un « acte de provocation », Kigali assure que deux obus seraient tombés, sans faire de victimes, au nord de la ville frontière de Gisenyi et dénonce la collusion entre les forces congolaises et les rebelles hutus des FDLR.
En réalité, ces incidents se seraient produits lundi soir : chassés de deux quartier périphériques de Goma appelés Virunga et Ngango, les rebelles auraient aussi envoyé des obus en direction du Rwanda, comme pour attirer l’attention ou susciter une intervention. Jusqu’à présent en effet, le Rwanda s’est gardé d’interférer dans les combats en cours même si la situation est suivie de très près.
Quant aux Nations Unies, ni les casques bleus ni les soldats africains de la Brigade d’intervention ne sont intervenus, mais ils sont en « état d’alerte » et depuis New York le porte parole de l’ONU a déclaré que « toutes les mesures nécessaires seraient prises afin de protéger les civils. »

16 juillet 2013

A GOma, rebelles et gouvernementaux jouent le tout pour le tout

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Qui, de l’armée gouvernementale congolaise ou des rebelles du M23, est décidé à jouer le tout pour le tout ? Depuis dimanche, de violents combats ont repris au nord de Goma et la capitale du Nord Kivu, durant toute la journée de lundi, a été secouée par le crépitement des tirs et l’écho des canonnades. Selon le porte parole du gouvernement de Kinshasa Lambert Mende, les pertes sont lourdes : 120 rebelles et dix soldats gouvernementaux auraient été tués, et de source humanitaire, on relève la présence de nombreux blessés.
Depuis plusieurs semaines, les forces du M23, qui connaissent cependant de nombreuses désertions, avaient renforcé leurs positions au nord de Goma, tandis que l’armée congolaise, sur le même front, déployait trois de ses meilleurs de ses bataillons, soit quelque 2000 hommes au total.
C’est que les deux parties ont intérêt à déclencher l’ « offensive finale » : les rebelles du M23 constatent que les pourparlers de Kampala, censés trouver une issue politique à la crise, se trouvent dans l’impasse, entre autres parce que les représentants du gouvernement, désireux de mettre fin à l’impunité, refusent désormais d’intégrer les officiers et les cadres du M23 et les leaders du mouvement estiment qu’ils n’ont pas obtenu les garanties souhaitées. Ce qui expliquerait la tentation de « jouer le tout pour le tout » et de jeter leurs dernières forces dans la bataille.
Du côté gouvernemental, le moral de l’armée a été « boosté » par plusieurs mesures, l’affectation sur le front nord des meilleurs bataillons, une amélioration des soldes et des conditions de vie, une plus grande cohérence dans le commandement, surtout depuis la suspension du général Amisi. Soupçonné de trahison, le commandant en chef de l’armée de terre avait été suspendu et remplacé par le général François Olenga qui aurait remis de l’ordre dans les rangs. Les FARDC ne cachent pas leur souhait de « régler » une fois pour toutes le sort du M23 et d’autres mouvements rebelles, rétablissant ainsi l’autorité de l’Etat sans attendre la Brigade d’intervention africaine qui n’en finit pas de se déployer en répétant qu’elle « ne fera pas le travail à la place des Congolais ».
Tout semble indiquer que les FARDC, dont les équipements et les stocks de munitions ont été renforcés, souhaitent reprendre le contrôle de la route de Sake et des faubourgs nord de Goma et empêcher leurs adversaires de frapper un grand coup. La Monusco a déjà exprimé son inquiétude et les humanitaires constatent que la situation demeure extrêmement tendue dans toute la province : quatre membres d’un staff humanitaire ont disparu à Kamango d’où l’armée congolaise a chassé des rebelles ougandais, un pillage attribué aux rebelles hutus a eu lieu à Kiwanja, des combats se déroulent dans le Massis…Tout se passe comme si tous ceux qui dans la province détenaient des armes ou une parcelle de pouvoir étaient décidés à entrer en action pour améliorer leur position avant qu’une Monusco renforcée par les 3000 hommes de la Force africaine ne vienne sonner la fin du match…
Dans un contexte aussi explosif, la partie gouvernementale réitère ses accusations faisant état de la présence de « shebabs » d’origine somalienne, ou de recrues d’origine musulmane aux côtés des forces combattantes, mais cette évocation suscite de violents démentis : Masudi Kadogo, le représentant provincial de la communauté musulmane du Nord Kivu, réitère son attachement à la paix et il énumère les nombreuses actions menées pour mettre fin à la guerre, dont un voyage à Bunagana en compagnie d’autres chefs religieux pour demander au M23 de déposer les armes. Quant à Ali Musagara, chef du département « jeunesse » du M23, il a lui aussi démenti, avec plus de fermeté que de courtoisie, toute présence de shebabs somaliens aux côtés du mouvement rebelle et tout recrutement de jeunes appartenant à la communauté musulmane.
A noter que, si des shebabs se trouvent au Nord Kivu, ils auraient plutôt été recrutés par le mouvement rebelle ougandais ADF qui fait régner l’insécurité autour de Beni. Rappelons cependant que des sources humanitaires, présentes sur le terrain, assurent n’avoir aucune connaissance de cette intervention de shebabs qui assurent-elles, seraient très facilement reconnaissables…
La virulence des réactions aux informations de ce type et la vigueur des démentis montre aussi à quel point les évènements actuels portent à nouveau à incandescence les sentiments d’appartenance communautaire…

16 juillet 2013

Le prix Hideyo Noguchi, aussi important que symbolique

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Créé en juillet 2006 par le gouvernement du Japon, le prix qui porte le nom du Dr Hideyo Noguchi a pour objectif d’ honorer des individus qui ont réussi des avancées importantes dans le domaine de la recherche médicale et le combat contre les maladies infectieuses en Afrique.
Le Dr Hideyo Noguchi, considéré comme un héros national au Japon et dont le nom figure sur des billets de banque, incarne ce type de recherche engagée : au début du siècle dernier, après des études aux Etats Unis, il a travaillé sur les maladies infectieuses en Afrique et a finalement été emporté par la fièvre jaune qu’il étudiait.
Décerné tous les cinq ans lors de la conférence internationale de Tokyo sur le développement africain, (TICAD) le prix, d’un montant de100 millions de yen, 800.000 euros, est le plus important dans le domaine de la recherche médicale. Le Dr Piot est le deuxième lauréat à l’emporter.

16 juillet 2013

Peter Piot, chercheur et homme d’action

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Le Dr Peter Piot, chercheur et homme d’action

Né à Anvers en 1949, le Dr Peter Piot obtint son doctorat à l’université de Gand et son Ph. D en microbiologie à l’Université d’Anvers. Il est aujourd’hui professeur et directeur à la London School of Hygiene and tropical medecine. Le Dr Piot entama sa carrière à l’Institut de médecine tropicale d’Anvers, se spécialisant en épidémiologie, en virologie et en analyse des maladies infectieuses en Afrique. C’est ainsi qu’il participa à la découverte de la fièvre hémorragique Ebola dans la province congolaise de l’Equateur en 1976 et participa à la première équipe internationale qui se rendit sur place, à Yambuku. Par la suite, il travailla sur les maladies sexuellement transmissibles à Nairobi (Kénya) au début des années 80 en en 1983, à Kinshasa, il dirigea une équipe qui révéla l’existence d’une maladie encore peu documentée à l’époque, l’épidémie de HIV Sida, établissant que la transmission pouvait s’opérer lors des rapports hétérosexuels. Cette découverte fit l’objet d’une publication majeure dans The Lancet en 1984. Le Dr Piot découvrit aussi l’association entre le virus HIV et la tuberculose. Par la suite, le Dr Piot s’attacha à étudier les comportements à risque et il fut l’un des premiers à relever les effets préventifs de la circoncision masculine.
A la tête d’ONUSIDA, le Dr Piot s’attacha à développer le Global Fund, un mécanisme permettant de financer la lutte contre le sida, la tuberculose et la malaria et, tout au long de son mandat onusien, il s’efforça de faire baisser le prix des trithérapies en recourant entre autres aux médicaments génériques. Il a relaté son parcours et ses combats dans un ouvrage « No time to lose » (Norton and Company, 1912) et reçut en 1995 le titre de baron des mains du roi Albert II.(C.B.)

16 juillet 2013

Les souvenirs du dr Peter Piot

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Le Dr Peter Piot, lauréat du prix Hideyo Noguchi pour l’Afrique en ancien directeur d’ONUSIDA livre ses souvenirs

Deuxième lauréat du prix Hideyo Noguchi, vous avez été reçu par l’empereur du Japon. Quelle est la signification de ce prix?

Il récompense les recherches que j’avais menées avant 1996 (Ebola, la transmission et la prévention du vih/Ssida…) Dans le domaine et dans notre domaine, celui de la recherche médicale en Afrique, il s’agît du prix le plus important qui soit et je suis , ne serait ce que par son montant, 100 millions de yens, soit 800.000 euros…Ce prix est donné tous les cinq ans, lors de la conférence TICAD, qui réunit le Japon et ses partenaires africains. Comme le prix précédent avait été donné à un chercheur travaillant dans la même institution que moi, la London School of Hhygiene &and t Tropical m Medeicine, je ne croyais pas que j’avais une chance de l’emporter…J’ai été d’autant plus heureux de le recevoir qu’il cparticulièrement heureux de recevoir ce prix qui couronne la recherche en Afrique et célèbre la personnalité du Dr Noguchi, un homme extraordinaire : issu d’une famille très pauvre, il s’était brûlé la main durant son enfance et c’est par miracle qu’il a pu faire des études de médecine…qui était déjà un «global citizen » un Il a travaillé en Chine, au Brésil, en Equateur et finalement au Ghana où il est mort de la fièvre jaune. que j’aime beaucoup ( y compris la nourriture) j’y compte Le Dr Noguchi m’a toujours fasciné par son côté tenace et héroïque, j’avoue que je me suis même un peu identifié à lui…
Lorsqu’à Yohohama, je me suis retrouvé entre l’empereur du Japon, le Premier Ministre Abe, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon, le président de la Banque mondiale et 26 chefs d’Etat africains, j’avoue que j’ai ressenti une certaine fierté… Ma motivation, au début de ma carrière, c’était la science, l’Afrique, l’humanitaire mais par la suite je me suis, de plus en plus, intéressé aux questions politiques et stratégiques. En réalité, Il s’agît d’espaces totalement différents, la recherche scientifique et des questions plus politiques mais tout est lié…

A quoi allez vous utiliser le montant du prix ?

Je veux vais le consacrer à créer des bourses pour des étudiants africains, pour les aider à mener des recherches, faire des doctorats, à Londres, et en Afrique et au Japon. De c’est un peu paradoxal, mais telles bourses sont de plus en plus rares : il y a de moins en moins de bourses de ce type : les coopérations occidentales accordent aux pays en développement des aides budgétaires, qui tombent directement dans l’escarcelle des gouvernements, mais elles ne soutiennent plus des secteurs spécifiques, comme la santé.
Voyez la Belgique : elle n’appuie plus le secteur médical en Afrique et en particulier au Congo, ce qui me fait mal au cœur…On assure que c’est du ressort de l’Etat congolais, tout en sachant que la réalité est bien différente.
La qualité des universités africaines a terriblement baissé au cours des dernières décennies, même si et cela alors que le développement économique de certains pays africains est parmi les plus élevés au monde…, même si ce n’est pas encore le cas partout…AAvec toutes les ressources nouvelles que l’on découvre, gaz, pétrole, en plus des minerais, l’Afrique se trouve à un tournant : soit elle demeurera une terre d’extraction, soit elle transformera ses richesses. est , mais il ne dispose pas d’une raffinerie…
Si l’Afrique veut faire partie de la « global knowledge economy » de l’économie globale du savoir et ne pas être réduite à la seule économie d’extraction, elle devra disposer de gens bien formés, des ingénieurs, des économistes, des médecins. Il faut donc considérer que La la recherche, l’enseignement supérieur doivent donc faire partie de l’agenda du développement. Certes, les classes supérieures envoient leurs enfants étudier à l’étranger, surtout aux Etats Unis…

Ne faut-il pas lutter contre l’exode des cerveaux vers des pays comme les Etats Unis ou le Canada ?

Un nouveau phénomène apparaît, celui de la « migration circulaire »… A Londres, j’ai travaillé avec deux professeurs africains, Nous, à Londres, nous venons de recruter deux l’un est rentré au Ghana, l’autre au Malawi, estimant chacun qu’ils devaient faire quelque chose pour leur pays d’origine…En Inde aussi, on constate le retour d’une certaine diaspora. On va vers Je crois que l’on s’oriente vers un système plus fluide, où les gens passent quelques années de leur vie à l’étranger puis retournent dans leur pays d’origine, où ils ramènent toutes leurs connaissances… Il ne faut pas oublier que La la liberté d’émigrer, cela fait aussi partie des droits humains, et que les inégalités économiques vont continuer à continueront a stimuler les migrations… Moi aussi, je suis un migrant…

Le travail que vous avez mené au Congo, dans les années 70 et qui a abouti à l’identification du virus Ebola, serait-il encore possible aujourd’hui ?

Il faut rappeler que L’l’essentiel de mes recherches en Afrique avait été financé par des fonds américains et aussi par la coopération belge. Dans les années ’80 Nous pouvions travailler à l’hôpital Mama Yemo de Kinshasa fonctionnait encore pour une bonne partie avec des fonds venant de la coopération belge, ce qui facilitait grandement nos recherches sur le sida. Ce ne serait plus possible aujourd’hui, malheureusement…
Lorsque l’épidémie de la fièvre Ebola s’est déclarée à Yambuku, elle a été identifiée dans une mission catholique belge et lorsque j’ai été dépêché sur place, notre délégation était financée par la coopération belge. Aujourd’hui, tres difficile impossible la Belgique accorde encore des bourses à des étudiants candidats à l’Institut tropical d’Anvers, mais la coopération universitaire elle-même est désormais menacée…
C’est paradoxal : alors que le monde est de plus en plus globalisé, on est en train de rétrécir le champ d’action des coopérations nationales et, il faut le dire aussi, la coopération internationale, c’est de plus en plus l’extension de la politique étrangère et de la politique commerciale d’un pays…

En 1976, lorsque le virus Ebola apparut dans le Nord du Congo, vous avez foncé à Yambuku… N’y avait il pas là une certaine inconscience ?

A l’époque, je n’avais que 27 ans, je travaillais comme médecin microbiologiste épidémiologiste à Anvers. et l’idée de Découvrir découvrir un nouveau virus dont on ignoreait totalement le mode de transmission, cela n’arrive pas tous les jours…J’étais passionné, je voulais savoir…
Rétrospectivement ce n’était peut-être pas très responsable : avec toute une équipe, nous sommes allés au centre de la province de l’Equateur. A l’époque, il n’y avait ni téléphone mobile, ni liaison satellite, nous communiquions uniquement par la phonie des missions. Si l’un de nous avait été infecté, cela aurait posé un sérieux problème, mais je n’y pensais vraiment pas. J’ai saisi ma chance car d’autres chercheurs du CDC (cCenters for dDisease cControl) d’Atlanta, ) plus âgés, refusaient d’aller sur place. C’était aussi mon tout premier voyage en Afrique.
Après une journée à Kinshasa, où j’ai examiné une patiente qui souffrait de la fièvre hémorragique, nous sommes partis pour Bumba, dans l’Equateur. Les pilotes avaient tellement peur de la contagion qu’ils nous ont fait descendre sans même arrêter le moteur, pressés qu’ils étaient de repartir au plus vite.

Comment étiez vous protégés ?

Nous n’avions pas grand-chose : des masques, des gants ;, je portais des lunettes de motard… L’équipement de protection, avec les masques adéquats, est arrivé par la suite, mais en le portant nous ne pouvions pas respirer, tant il faisait chaud…On a fait attention, tout de même, et tout le monde est revenu sain et sauf. Les prélèvements ont été envoyés à Anvers et aussi à Atlanta. Dix ans plus tard je suis retourné à Yambukun lorsque nous avons fait les tests pour détecter les anti-corps dans le cadre de notre recherche sur le sida. Nous avons alors testé ces mêmes prélèvements et découvert qu’en 1977, il y avait déjà des gens séropositifs, ce qui prouvait que le VIH circulait déjà dans l’Equateur à cette époque mais à un niveau très bas. Dix ans plus tard, le niveau d’infection était resté pareil. Il a fallu que cela atteigne Kinshasa pour que cela se transforme en épidémie.

Qu’est ce qui explique l’explosion du sida au début des années 80 ?

Moi, Je je crois que le VIH vient d’un virus equi se trouvait chez les chimpanzes. , ce qui a été découvert par Martine Peeters qui travaillait dans mon laboratoire. A un moment donné, le virus a du contaminer un chasseur puis il s’est installé, de manière endémique, dans les populations vivant entre le Cameroun et le Nord du Congo. C’est dans les grandes villes qu’ilIl s’est amplifié, entre autres à Kinshasa à cause de la promiscuité sexuelle élevée dans les grandes villes ainsi qu’aux et aux Etats Unis au sein de la population gay.
C’est là qu’a eu lieu la véritable explosion. Je me souviens qu’en Afrique du Sudn, dans les années 83-84, il n’y avait pratiquement pas de Sida. Ce n’est qu’au moment de la chute de l’apartheid, autour des années 90, que le VIH a fait sa percée en Afrique du Sud, facilitée par les grandes concentrations d’hommes seuls dans les townships.

Quel fut le rôle de Mandela ?

Je me souviens que ce n’est que Lors lors de la le dernière ere journée mondiale sur le sida, le 1er décembre 1998, alors qu’il terminait son mandat présidentiel, de son mandat comme Président discours à la nation prononcé par que Nelson p Mandela s’est adressé àa la nation et il a été a mentionné que l’un de ses fils était mort du sida. Avec le président Thabo Mbeki, ce fut beaucoup plus difficile. Au début, je croyais qu’il refusait seulement de reconnaître le Sida comme désastre national, à cause du coût du traitement. Mais après des heures de discussionsavec lui, il m’a dit textuellement qu’il croyait en une conspiration des firmes pharmaceutiques occidentales dans le but d’empoisonner les populations africaines ! Là je me suis dit que la discussion était terminée…Dans la « Lettre du président » Mbeki m’a aussi accusé d’être un médecin belge colonialiste…Cette attitude entraîna un retard considérable dans l’introduction du traitement, ce qui a causé la mort de plusieurs centaines de milliers de patients.
Aujourd’hui l’Afrique du Sud a établi le plus grand programme au monde de traitement du Sida. Le gouvernement fait énormément d’efforts.
Ma plus grande frustration, c’est la Russie. L’ex Union soviétique est la seule région au monde où le taux de VIH continue de croître, surtout parmi les toxicomanes. Poutine et après lui Medvedev n’ont jamais voulu adopter les mesures qui marchent, comme les échanges de seringues, le traitement par méthadone. Ils agissent comme s’ils étaient homophobes, comme s’ils préféraient que ces « éléments anti-sociaux » comme ils disent, disparaissent…e? Dans les prisons aussi il y a beaucoup de violences sexuelles… En Russie, je n’ai rien pu faire, l’échec est total…En Ukraine, Il faut tout de même se rappeler qu’

En Belgique, y a-t-il encore des risques ?

Certainement : on constate une recrudescence de nouvelles infections, surtout dans le milieu gay. C’est inquiétant. La perception, même chez les plus âgés c’est que si la maladie se déclare, il suffira de prendre quelques médicaments…En réalité le traitement est pour la vie, il a des effets secondaires, et la discrimination n’a pas disparu.

L’accès au traitement est il devenu plus facile en Afrique ?
Aujourd’hui plus de huit millions d’Africains sont sous traitement anti-rétroviral. Voici dix ans ils n’étaient pas plus que 200.000. Le dogme était que le traitement n’était pas possible, et les coopérations au développement , les spécialistes en santé publique ne voulaient pas prendre en charge le traitement des patients. Le Sida a permis de changer la manière d’aborder les problèmes de santé dans les pays pauvres : les médicaments sont toujours sous brevet, mais ils sont également vendus comme génériques. On a même pu changer les règles du jeu : à Doha il a été décidé avec l’OMC que les pays à bas revenus pourraient importer des médicaments génériques n’étant pas sous brevet, pour des raisons de santé publique.
Les prix ont chuté de manière spectaculaire : le traitement est passé de 12.000 dollars par an et par personne en 1998 à 200 dollars, soit moins d’un dollar par jour. C’est le résultat de plusieurs facteurs : d’un côté, l’activisme, le militantisme, et de l’autre des négociations menées avec l’industrie pharmaceutique. Il y a aussi eu changement des lois sur la propriété intellectuelle en Inde, ce qui a permis aux producteurs de génériques indiens d’arriver sur le marché.
Il y a eu mondialisation des risques, mais aussi mondialisation des opportunités…

La circoncision est-elle devenue un mode de prévention ?

Certainement : auparavant on ne disposait que des préservatifs, ou de l’abstinence… Puis voici cinq, six ans, des essais cliniques en Afrique du Sud puis en Ouganda ont démontré que la circoncision des hommes protégeait à peu près à 50% contre le VIH, ce qui équivaut presque à un vaccin…Dans nombre de pays la circoncision fait partie de l’identité, des programmes se mettent en place. Pour moi la solution àa long terme serait plutôt d’instituer, dès la naissance, une circoncision à grande échelle. Les médicaments contre le VIH peuvent aussi être utilisés pour la prévention.

Vous avez été candidat à la direction de l’Organisation mondiale de la santé. Avez-vous tourné la page ?

Au moment même, la déception fut vive. voulais Alors qu’il parait que Ttous les pays africains, excepté l’Erythrée, avaient voté pour moi, mais j’ai perdu, à une voix près. Au début, les Européens n’avaient pas voté pour moi, et ce n’est qu’après les pays du sud qu’ils ont fini par le soutenir. Lele sida, la santé reproductive, l’avortement, tout cela ne les n’enthousiasmait pas.
Deux autres éléments ont du jouer : les Etats Unis n’avaient pas oublié que la Belgique avait refusé sa participation et mis son veto à l’utilisation des bases de l’OTAN par leurs avions. En outre, le Premier Ministre gouvernement Verhofstadt de l’époque avait dit clairement « pas de promesse, pas de compensation, il faudra une campagne absolument éthique et propre. » J’étais totalement d’accord mais , mais il ne s’est pas montré super actif non plus. face au candidat de la Corée du Sud, j’ai perdu l’élection. Aujourd’hui, je vis à Londres, à deux heures de train de Bruxelles, à trois heures du domicile de mes parents et l’institution que je dirige est de loin la plus grande école de santé publique en Europe.
Les étudiants viennent de 60 nationalités différentes, les professeurs sont originaires de 40 pays, c’est un peu les Nations unies de la médecine…. En plus j’adore ma culture cosmopolite de Londres. Je vis entre le Nigeria, la Sierra Leone et au sud c’est la City. Tout cela se mélange et me plaît beaucoup…

11 juillet 2013

Internationalisation? Des shabbabs au Nord Kivu?

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Un nouveau front est-il en train de s’ouvrir dans le Nord Kivu ? La situation est de plus en plus tendue dans le territoire de Beni, proche de l’Ouganda et jeudi à l’aube, l’armée congolaise a repoussé une attaque au niveau de la localité de Komango, qui faisait suite à d’autres offensives. De l’avis des observateurs, les assaillants, lourdement armés, se sont comportés comme des combattants expérimentés. L’armée congolaise estime qu’elle se trouve en face d’une coalition rassemblant des miliciens Mai Mai (mouvements armés congolais recrutés sur une base communautaire) et des rebelles ougandais ADF-Nalu.
Ces attaques répétées expliquent la mise en garde proférée voici quelques jours par le gouverneur du Nord Kivu, Julien Paluku, qui avait dénoncé la présence du groupe terroriste Al-Shabbab aux côtés des rebelles ougandais et assuré que cette coalition préparait une attaque contre la ville de Beni. Selon lui, la situation est d’autant plus inquiétante que lors de l’attaque de la prison de Beni le 1er juillet dernier, qui avait fait quatre tués, 244 détenus avaient réussi à s’évader.
Alors qu’à Goma, des observateurs étrangers avaient négligé cette mise en garde du gouverneur, estimant que les autorités congolaises avaient tendance à dramatiser la situation dans l’espoir d’accélérer le déploiement et l’entrée en action de la Force d’intervention africaine (3000 hommes venus de Tanzanie, d’Afrique du Sud et du Malawi, toujours en train de s’installer…), l’implication de combattants islamistes est confirmée dans le dernier rapport des experts de l’ONU consacré à la situation à l’Est du Congo. Le document, daté du 20 juin et soumis au Conseil de Sécurité, relève que l’ADF (Forces démocratiques alliées) est un mouvement rebelle ougandais opérant dans les Monts Ruwenzori, dans une zone d’accès difficile, s’étendant sur l’ouest de l’Ouganda et le « Grand Nord » du Kivu. Les forces de l’ADF comptent de 800 à 1200 combattants, elles recrutent en Ouganda mais aussi au Congo et selon les observateurs, très rares sont les rebelles qui acceptent de se rendre ou de fuir, l’organisation exerçant une forte emprise sur ses membres. Les sources consultées par les experts onusiens assurent que Jamil Mukulu, le leader de l’ADF, a établi son quartier général en territoire congolais, au nord est de la localité d’Eringeti, dans un camp appelé Tawheed Muwaheedina (MTM) et que d’autres camps ont été récemment ouverts. ADF bénéficierait de réseaux de recrutement en Ouganda et au Burundi, qui tous ramènent les nouvelles recrues vers le Congo. En outre, les autorités congolaises estiment qu’en 2013 seulement, 80 civils, dont des femmes et des enfants, ont été enlevés en territoire congolais, dans les environs de Oicha et de Seringeti. S’ils n’ont pas été utilisés comme porteurs, les civils enlevés ont reçu une formation militaire, les garçons y étant soumis dès l’âge de 10 ans, les filles de 15 ans.
Les sources de financement de l’ADF sont multiples : transferts d’argent en provenance de Londres, du Kenya et de l’Ouganda, contributions, volontaires ou non, des « taxis motos » opérant entre Butembo, Beni et Oicha, bénéfices tirés de l’exploitation de l’or et du bois exportés vers l’Ouganda. Les services d’information ougandais et burundais interrogés par les experts onusiens ont confirmé la collaboration entre l’ADF et les « shababs » somaliens.
Du côté congolais, des responsables de la police nous ont détaillé plusieurs indices inquiétants : dans le nord du Nord Kivu, des enfants sont enlevés dès l’âge de 6 ans et convertis à l’Islam, la présence de combattants étrangers (rwandais, soudanais, tanzaniens) a été repérée au sein des combattants rebelles et dans les camps d’entraînement certains des instructeurs seraient d’origine arabe.
Si le gouverneur du Nord Kivu accuse les rebelles ougandais d’ « importer » des « shababs », d’autres sources policières mettent également en cause le mouvement M23, dirigé par des officiers tutsis proches du Rwanda. Le chef du département « Jeunesse » du M23, Ali Musagara, de confession musulmane, aurait toutes facilités pour recruter au sein de sa communauté et le président de la communauté musulmane du Nord Kivu serait proche du M23.
Des sources militaires congolaises nous précisent également que des combattants venus du Darfour et du Sud Soudan (où le Rwanda a déployé un important contingent de Casques bleus) auraient été repérés au sein du M23 alors que le mouvement connaît en ce moment d’importants mouvements de défection et que des armes seraient venues de Somalie.
Ces différents indices traduisent une dangereuse internationalisation du conflit. En effet, les divers mouvements rebelles, que l’armée gouvernementale tente de réduire, sont désormais rejoints par des combattants étrangers ou des jeunes recrutés sur une base religieuse (la communauté musulmane de Goma connaît une rapide expansion). Et par ailleurs, le camp gouvernemental s’estime militairement renforcé par le déploiement de la Brigade d’intervention africaine et politiquement conforté par les prises de position du président tanzanien Jakaya Kikwete, qui a conseillé au Rwanda d’entamer lui aussi des négociations avec les rebelles hutus, ce qui a jeté un froid entre Kigali et Dar es Salaam…