30 août 2013

La ville rwandaise de Gisenyi touchée à son tour

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Gisenyi

Au lendemain de l’explosion de deux bombes au cœur de la ville de Gisenyi, la population rwandaise demeure sous le choc : alors que l’un des points forts du régime de Kigali est la sécurité assurée à tous les citoyens, la guerre est revenue aux frontières et la peur a marqué des points. Dans le quartier populaire de Mudugudu, une pièce de métal informe gît au milieu de la rue principale, à quelques mètres d’un marché où, au moment du tir, la foule se pressait devant les étals. Une passante a été tuée sur le coup, son enfant grièvement blessé. Devant une maison aux murs griffés par les éclats, les gens commentent les évènements à voix basse, avec une réserve qui contraste avec les colères des Congolais d’en face. A l’instar des motards stationnés au bord du lac Kivu, qui ont failli être touchés par une autre bombe, -qui a heureusement fini sa trajectoire dans un arbre-, tous assurent que les projectiles proviennent de l’armée congolaise qui, juste en face, s’efforce de capturer deux positions d’artillerie du M23. Le constat n’ est sans doute pas faux, mais il ne veut rien dire. En novembre dernier en effet, les rebelles s’étaient vantés d’avoir emporté d’importants stocks de munitions après la prise de Goma et jusqu’aujourd’hui, niant recevoir le moindre soutien de la part du Rwanda (ce que contestent tous les observateurs militaires) ils affirment n’être dotés que d’armes d’origine gouvernementale.
Alors qu’autrefois, la guerre du Kivu se déroulait pratiquement à huis clos et que les accusations en miroir se succédaient, chacun accusant l’autre de ses propres forfaits, aujourd’hui la présence à Goma de nombreux observateurs étrangers rend plus difficile la guerre des communiqués. Et le verdict du Conseil de sécurité n’a pas tardé : dans une résolution très ferme, c’est le M23 qui a été accusé d’avoir bombardé le territoire de son allié rwandais !
Pourquoi avoir ainsi touché un quartier pauvre, populaire, où la population est très mélangée, et avoir épargné le quartier dit « RCD » (rassemblement congolais pour la démocratie) où les anciens notables de la rébellion pro rwandaise d’avant-hier se sont fait construire de jolies villas à étages et colonnettes ?
S’il s’avère que les tirs proviennent du M23, ce dont la communauté internationale est persuadée et que le Rwanda dément avec énergie, la seule explication est que les rebelles, sérieusement pilonnés depuis six jours, veulent ainsi contraindre l’armée rwandaise à exercer un droit de poursuite pour protéger son territoire, se portant ainsi ouvertement à leur rescousse.
Jeudi après midi, la manœuvre semblait sur le point de réussir. Sur la route descendant vers Gisenyi, c’est toute une armée que nous avons vu descendre vers la frontière : vingt semi remorques transportant chacun deux blindés, 40 camions avec à bord 50 soldats chacun. Recevant le représentant spécial de l’ONU au Congo, l’Allemand Martin Kobler, le président Kagame n’a pas caché son intention de défendre le territoire de son pays et de briser une éventuelle offensive des forces congolaises alliées aux rebelles hutus. Car Kigali n’en démord pas : il estime que face aux M23, l’armée congolaise aligne les ennemis de toujours, les FDLR, ces miliciens hutus ayant commis le génocide de 1994.
Mais dans la soirée, même si au Conseil de Sécurité le Rwanda –membre non permanent- a réussi de justesse à bloquer une condamnation en bonne et due forme, les Nations unies, représentant la communauté internationale, ont persuadé le Rwanda de demeurer l’arme au pied et de ne pas traverser la frontière. Reste à savoir si cette retenue persistera lorsque les forces congolaises, assistées par la Monusco, auront atteint Kibumba, sur la frontière même du Rwanda…
Après six jours de pilonnage intensif en effet, les rebelles auraient amorcé un repli en direction de la frontière alliée, déserrant ai,si la menace sur Goma. Mais à Gisenui, nul ne croit que cette bataille, très couteusement gagnée part les forces coalisées (Sud Africains et Tanzaniens déplorent déjà des pertes…) marque la fin de la guerre: les soldats du M23 sont aguerris, ils maîtrisent le territoire et ont gardé des troupes à l’arrière, du côté de Rutshuru, une région jusqu’à présent parfaitement calme mais où, très près de la frontière du Congo, on signale une importante concentration de troupes ougandaises…

30 août 2013

Des bombes sur Goma

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Les injonctions de la Monusco à son personnel sont claires : «ne sortez qu’en cas d’absolue nécessité, tout peut arriver… » Elles sont aussi inutiles : les habitants de Goma sont désormais tétanisés par la peur et loin de songer à manifester contre la « communauté internationale » ou les autorités, chacun songeant plutôt à se mettre à l’abri. Mais quel abri ? Lorsque mercredi soir deux bombes sont tombées sur les quartiers de Mabanga nord et de Majengo, les gens étaient chez eux, tranquillement assis dans leur parcelle et les minces planches de bois des maisons, vaguement dressées sur les pierres taillées dans la lave du volcan n’ont pas résisté à la déflagration. Quelques heures plus tard, rue Kindu à Majengo, chacun se presse devant les maisons sinistrées, mesure l’impact de la bombe qui a décapité un arbre et grièvement blessé le jeune Nzamba Kateta, qui jouait dans la cour. Un peu plus loin, la maison de la famille Kasereka n’existe plus : les moellons de pierre se sont écroulés dans la pièce minuscule qui forme la salle à manger et une douzaine de blessés ont été transportés à l’hôpital Heal Africa. Les garçons du quartier sont formels : pour eux, le tir n’est pas venu du Nord, où se trouvent les positions du M23, mais de l’Est, c’est-à-dire la frontière rwandaise. Léonard un chauffeur de taxi, précise cependant que les bombes de la semaine dernière portaient les numeros de l’armée congolaise et il ajoute qu’il n’y a rien d’étonnant à cela puisqu’en novembre dernier, alors qu’ils occupaient Goma, les rebelles ont pillé tous les stocks de munitions… Alors que les voisins, oreille collée au portable, prennent des nouvelles de Mabanga, où toute une famille a été soufflée par l’explosion, un bruit sourd vient interrompre la discussion : cette fois, c’est à l’est de la ville, du côté de la frontière dite de la « Grande Barrière », qu’une bombe est tombée.
Lorsque nous y parvenons, le quartier Birere, le plus commerçant de la ville, ressemble à une fourmilière où l’on s’agite dans tous les sens. Des femmes ployant sous les sacs de braise viennent du Rwanda et crient qu’elles ont fui le marché de Mudugudu, sur lequel une bombe vient de tomber, faisant de nombreuses victimes. Des Congolaises renoncent à traverser le pont mais se demandent où la guerre finira par les rattraper.
Dans ce fouillis humain, où se mélangent les commerçantes venues du Rwanda et du Congo, les changeurs de monnaie, les agents de la province qui empochent les taxes, les motards et autres transporteurs, on se rend compte à quel point, sur le plan local, l’économie des deux pays est imbriquée, à quel point les deux populations vivent et travaillent ensemble…
Mais les militaires ont d’autres logiques et l’heure est désormais à l’épreuve de force : le Rwanda pourra-t-il abandonner ses alliés du M23 ? Les Tanzaniens et Sud africains de la Brigade d’intervention africaine, qui vivent ici leur baptème du feu et déplorent déjà un mort et un blessé, pourront ils accepter d’être mis en échec ? Depuis le Rwanda, des convois de blindés se dirigent vers la frontière et le chef de la Monusco, l’Allemand Martin Kobler, a gagné Kigali en urgence pour s’y entretenir avec le président Kagame. Est-il encore temps d’arrêter l’escalade ? Les hélicoptères de combat de la Monusco déchirent le ciel de Goma, se portant en renfort de l’offensive militaire conjointe qui vise à déloger les rebelles de Kibati, au lieu dit « les deux antennes ». C’est de ces deux collines en effet que seraient partis les tirs dirigés sur Goma, une ville totalement indéfendable. L’armée congolaise, les Casques bleus et la Brigade d’intervention africaine entendent désormais imposer le périmètre de sécurité promis aux habitants.
Si les rebelles sont chassés de Kibati, ils devront se replier sur Kibumba, sur la frontière rwandaise et de là aussi la coalition entend les repousser, afin de rendre impossible l’acheminement des renforts en hommes et en munitions . Car ici, à Goma, tout les observateurs militaires-Congolais et étrangers- en sont persuadés : il est impossible que les forces du M23, qui ne dépassent pas les 2000 hommes et ont subi de lourdes pertes, tiennent tête à quatre bataillons de l’armée congolaise, résistent à six jours d’intenses pilonnages aériens de la Monusco et aux tirs d’artillerie des contingents tanzanien et sud africain qui sont entrés en action depuis samedi. Revenu du front, -qui n’est qu’à 17 km de Goma !-un observateur souligne que «les coalisés ne progressent que mètre par mètre, ils rencontrent une résistance imprévue, car Kibati tient toujours. » D’où la conviction que face à la coalition internationale qui s’est engagée à Goma, c’est l’armée du pays voisin qui s’est engagée, avec toute la pugnacité qu’on lui connaît…

28 août 2013

La bataille de Kibati a commencé

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Goma,

Les obus lancés la semaine dernière sur Goma étaient ils aussi des bombes à retardement ? Leurs ondes de choc se font lourdement sentir dans la capitale du Nord Kivu. En effet, les esprits échauffés ont choisi la Monusco comme bouc émissaire, les casques bleus étant accusés de passivité, les Blancs, symboles d’une « communauté internationale » impuissante sont régulièrement pris à partie et les Tutsis, même s’ils sont loin de tous soutenir le M23, se sentent de plus en plus mal à l’aise. Au siège de la mission des Nations unies, les menaces ne sont pas minimisées : « si une autre bombe tombe sur la ville, nos véhicules seront brûlés par une foule en colère, nos maisons assiégées. Et si l’ordre de repli est donné, ce sera la fin de l’intervention onusienne au Congo. Mais peut-être est cela que d’aucuns souhaitent ? »
C’est pour endiguer cette radicalisation des esprits que le Ministre congolais de l’Intérieur, Richard Mueij, a fait le voyage de Goma. Imposante délégation, composée aussi de la ministre du genre et de la famille Mme Inagozi, de chargés de mission, porteurs de mallettes et autres gardes du corps aux lunettes fumées. Durant des heures, le ministre de l’Intérieur a reçu « le tout Goma » qui attendait son temps d’audience dans les fauteuils de l’hôtel Ihusi : les représentants de la fédération des entreprises congolaises se sont plaints des taxes, du ralentissement des affaires, de l’embargo frappant les produits miniers. Aux représentants des motards (qui sont souvent des jeunes démobilisés issus des groupes armés), aux étudiants qui s‘en prennent trop facilement à leurs condisciples tutsis, aux représentants de la société civile divisés sur le sort à réserver au M23 (les pro gouvernementaux veulent la fin des négociations de Kampala et préconisent une solution militaire, les autres veulent amener les rebelles à Kinshasa afin qu’ils participent aux « concertations nationales ») aux chefs des divers quartiers de la ville, le ministre a tenu un langage ferme. Richard Mueij adjure ses compatriotes : « ne cédez pas à l’ethnisme, à l’intolérance, vous faites le jeu d’éventuels provocateurs. Car des brimades contre les Tutsis serviraient à justifier une intervention rwandaise. Quant aux forces de l’ONU, pourquoi les provoquer, risquer de susciter le départ de la mission alors qu’enfin elles ont décidé de se battre ? »
Plus tard, le ministre nous donnera un point de vue plus politique : « il y a des mois que la délégation gouvernementale et celle des rebelles tournent en rond à Kampala. Or les sujets désormais mis en avant par le M23, la gouvernance, la lutte contre la corruption, intéressent tout le pays. Pourquoi ne pas venir en discuter lors des concertations nationales ? Lors de ces assisses tout le peuple sera représenté, la majorité, l’opposition, la société civile : c’est à ce niveau que sera, éventuellement, signifié la fin du tête à tête de Kampala… »

Il nous faudra discuter avec d’éminents représentants des Nations unies pour comprendre que la carotte et le bâton, la solution militaire prônée par le commandant des forces le général Cruz et la solution politique, défendue par l’envoyée spéciale de l’ONU Mary Robinson ne sont pas forcément incompatibles.
Dans un premier temps, c’est la solution militaire qui prévaut : chargée de neutraliser tous les groupes armés, la Monusco et la Brigade africaine d’intervention s’en prennent d’abord au M23, mais comptent bien, ensuite, en finir avec toutes les milices y compris et surtout les combattants hutus FDLR. «Nous avons engagé toutes nos forces », assurent les porte parole militaires de l’ONU à Goma. « Depuis cinq jours, dès le lendemain des bombardements de la ville, nous avons commencé à pilonner Kibati, à 17 km. Nous voulons occuper les deux positions du M23 d’où sont partis les tirs d’artillerie et depuis mercredi, nous avons engagé la bataille terrestre. »
Autrement dit, les forces gouvernementales congolaises combattent au sol et, selon d’autres sources « elles progressent mètre par mètre ». Les forces de la Monusco bombardent les positions rebelles depuis leurs hélicoptères de combat, les militaires tanzaniens et sud africains, sans attendre la venue tardive de leurs collègues du Malawi, sont engagés dans des duels d’artillerie et les tirs de mortiers s’entendent depuis le collège don Bosco au nord de la ville. Le but de l’opération n’est pas, pas encore, de remporter une victoire définitive sur le M23 mais de l’obliger à reculer jusque Kibumba, afin de desserrer l’étau sur la capitale du Nord Kivu.
Mettre Goma hors d’atteinte empêcherait aussi les rebelles d’alléger la pression sur le front en créant, à coups de bombes, des mouvements de panique en ville.
Cela étant, la résistance des rebelles surprend tous les observateurs « comment expliquer que ce groupe, qui compte 2000 hommes au maximum, résiste aussi bien à une telle armada, oblige cette dernière à se battre pied à pied ? » s’interroge un observateur militaire. Aux yeux des civils congolais la réponse ne fait pas de doute : le M23 n’est pas seul, il est renforcé par d’importants effectifs de l’armée rwandaise qui rapatrie ses morts et ses blessés.
Refusant de se prononcer sur la réalité d’éventuels renforts, les Nations unies se bornent à attendre le déploiement de drônes, qui permettront l’observation aérienne de la frontière et photographieront les éventuelles infiltrations.
Si les coalisés, malgré les difficultés de l’heure, estiment avoir de bonnes chances de remporter la bataille de Kibati, ils n’oublient pas le volet politique, l’indispensable « carotte ». « Lorsque le M23 aura déposé les armes, renoncé à imposer ses revendications par les armes, le temps sera venu d’examiner ses revendications politiques » estime le représentant de l’ONU à Goma, le Hondurien Virgilio Torres. « Il faudra reconstruire le Nord Kivu, donner des garanties à toutes les communautés, les persuader que nous serons aussi fermes dans la lutte contre les groupes armés, dont les FDLR, que contre les rebelles tutsis. Du reste, sachant qu’ils seront les prochaines cibles certains groupes armés, les Mai Mai Kifwawa ou Raia Mutomboki ont déjà commencé à se rendre. »Le fonctionnaire onusien insiste : « il n’entre pas dans le rôle de l’ONU d’anéantir qui que ce soit, nous allons obliger le M23 à déposer les armes mais ensuite nous allons discuter de ses revendications. Contrairement à certains radicaux congolais, nous pensons qu’il faut éviter l’humiliation, ne pas fermer la porte au dialogue. C’est cela, la solution politique dont parle Mary Robinson. »
En attendant, même s’ils se montrent optimistes, les militaires se gardent bien d’augurer de l’issue finale de la bataille : «la nuit peut réserver bien des surprises et Goma demeure indéfendable… »

27 août 2013

Dans Goma survoltée, le festival de la paix est postposé

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Goma,

Le rêve est brisé. Les banderoles colorées qui, dans les rues de Goma annonçaient le festival Amani (paix en swahili) ont pris un coup de gris, les organisateurs ont les larmes aux yeux, les jeunes du centre culturel murmurent « c’est le camp de la guerre qui a gagné ».
Le week end prochain en effet, Goma aurait du accueillir un évènement sans précédent : un festival de musique pour la paix, réunissant des vedettes du rap comme Youssouffa, Freddy Massamba, Pitcho et le kinois Lexxus legal, avec à leurs côtés 185 artistes venus du Kivu, du Rwanda, du Burundi, rappeurs, rockeurs, chanteurs de blues, sélectionnés depuis des mois par les auditeurs des radios locales. Ils se seraient mêlés à des groupes de danseurs traditionnels, auraient donné des concerts à travers la ville et popularisé leur slogan « playing for change, singing for peace » ( jouer pour le changement, chanter pour la paix…). Le Belge Eric de Lamotte, organisateur de la rencontre, avec en renfort les 450 jeunes du centre culturel, avait vu grand et n’attendait pas moins que 40.000 spectateurs.
C’est cette audience qui, en dernière minute, l’a fait reculer : alors que le M23 contrôle les hauteurs au dessus de la ville, alors que, jeudi et samedi dernier, des bombes sont tombées sur les quartiers populaires, comment assurer la sécurité d’un aussi grand nombre de jeunes ? Comment empêcher de mortelles paniques, d’incontrôlables débordements, des actes d’agressivité menaçant la force des Nations unies, de plus en plus mal vue ? Le week end dernier encore, cernés par une foule en colère, des Casques bleus uruguayens ont ouvert le feu, laissant deux morts dans la poussière. Une enquête a été ouverte mais Goma, menacée, survoltée, demeure au bord de la crise de nerfs. Les vedettes internationales ont été les premières à renoncer au voyage, et les groupes locaux se produiront samedi en milieu de journée, en format réduit, afin que chacun puisse ensuite regagner son domicile et se mettre à l’abri.
De Lamotte a l’optimisme chevillé au corps : promis juré, le festival aura lieu en février prochain, lorsque la paix sera revenue. Mais Tonton Lusambo, l’un des musiciens, murmure «depuis que je suis né, je n’ai connu que la guerre, mes larmes sont à sec. Pour l’instant, j’essaie avant tout de rester en vie… »Et Nathalie, l’une des jeunes organisatrices, soupire : « ce festival, c’était un moyen de dire non à la guerre, c’est aujourd’hui qu’il aurait fallu émettre le message.. »
Il suffit cependant de traverser Goma pour comprendre la prudence des organisateurs. Médard, qui travaille dans les services de protection civile, ne se fait pas prier pour nous montrer les sites les plus touchés. C’est le jeudi 22 août que les premières bombes sont tombées sur le quartier Murara, écrasant la villa de la famille Kayumba, dévastant l’enceinte de l’église anglicane. Comment croire à une erreur de tir ? Ces quartiers sont bien repérables, dans le cœur résidentiel de la ville. Sur le seuil de l’église Consolata Nyirasabimana couve du regard une gamine qui barbote dans une bassine d’eau. Les deux aînées ont reçu des éclats d’obus, l’une est morte sur le champ, l’autre est blessée. La femme a le regard usé, comme résigné au malheur : la bombe l’a rattrapée alors qu’elle avait déjà fui les combats se déroulant entre le M23 et les forces gouvernementales sur les collines de Kanaruchinya. Dans la quartier de Katindo, lui aussi très central, la belle maison de Beaufils, qui travaille à la Monusco, a été éventrée et un enfant qui jouait dans le jardin a été blessé. Dans la zone populaire de Ndosho, où les jeunes se qualifient eux-mêmes de Mai Mai il faut palabrer pour entrer dans les parcelles et découvrir que la maison de bois de la famille Radjabu n’est plus qu’un amoncèlement de planches, que Dorcas Kaberege, 17 ans, a été décapitée sur le seuil de sa maison. « On n’a même pas retrouvé sa tête » murmure l’un de ses frères, sans lever les yeux de son jeu de dames…
Tous les témoignages convergent : les bombes étaient de très gros calibre, elles ont explosé au sol et envoyé partout des éclats mortels, qui luisent encore sur les pelouses.
Finalement mis en confiance, les garçons de Ndosho retraçent avec minutie la trajectoire des projectiles : « ils venaient du Nord, des collines où se trouve le M23, et aussi du côté du lac, c’est-à-dire de la frontière rwandaise… » Alors qu’à Kigali, on soupçonne une provocation de l’armée congolaise, qui aurait tiré sur sa propre population pour contraindre la force onusienne à intervenir, les garçons sont formels : « nos troupes sont engagées bien plus haut, à 20 km de la ville… »
Les membres de la protection civile avancent, eux, que, tirés par le M23, des obus seraient effectivement tombés en territoire rwandais, dans le village de Bugu, qui a reçu la visite de la mission de vérification conjointe. Par ailleurs, une bombe non explosée, découverte dans un jardin proche de l’université et soumise aux experts, n’a pas encore livré tous ses secrets et son analyse pourrait révéler l’origine exacte des tirs……
Depuis lors, si le calme est revenu la circulation n’a pas retrouvé son rythme habituel, les jeeps blanches, censées appartenir à la Monusco, reçoivent des jets de pierre à chaque sortie. Les seuls à se faire applaudir sont les soldats tanzaniens : s’exprimant en swahili, ils discutent avec la population, sortent en patrouille, acheminent vers le front un matériel impressionnant. Des gens murmurent sur leur passage : « ces soldats noirs, Tanzaniens ou Sud Africains, ce sont nos frères, les Blancs eux, ne servent à rien… »Exaspérée, la population de Goma n’est pas loin non plus de renouer avec les démons de l’ethnisme et plusieurs Tutsis, malgré les objurgations des autorités, ont déjà été pris à partie…
Sur les banderoles, les quelques notes de musique du festival de la paix semblent s’envoler vers le ciel…

26 août 2013

L’exfiltration de mineurs au sein d’un groupe armé, une entreprise délicate

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Bukavu,
« Vous vous croyez à l’église ? Repos, cela ne signifie pas les bras croisés… Tenez vous droits, la tête levée… »
Sur le plateau du camp militaire de Nyamunyinyi, le colonel Omar Mutunda s’époumonne. Il apostrophe les recrues, alternant encouragements et menaces : « à l’avenir, vous allez faire partie des forces armées congolaises. Désormais, d’où que vous veniez, vous ne serez plus qu’un. Une seule armée, un seul peuple. Mais attention : je vais vous remettre un code de bonne conduite, et je vous préviens que la discipline sera sévère. »
Face au petit colonel, lui-même issu du mouvement Mai Mai et qui fait désormais partie du Bureau de sensibilisation, mille deux cent silhouettes informes, rassemblées en un carré ondoyant, essaient de se tenir droit. C’est la parade, le rassemblement au cours duquel les officiers procèdent à l’appel, donnent les consignes, inspectent leurs troupes. Mais quelles troupes ! Un rassemblement hétéroclite de jeunes hommes qui, voici quelques mois encore étaient paysans, bergers, étudiants. Ils portent des tongs, des sandales, des bottines éculées. Leurs bérets, quand ils en ont, sont posés de guingois, écusson invisible. Le colonel apostrophe un distrait « dans cette armée ci on porte l’écusson sur le côté et pas au milieu… »Les vestes, trop larges pour les corps maigres, flottent sur d’informes T-shirts de friperie. Les plus jeunes et les filles tentent de dissimuler leurs traits en enfonçant le couvre-chef jusqu’aux yeux, un gamin porte un casque qui lui tombe sur le nez. Tous veulent intégrer les rangs de l’armée congolaise et sont issus de la milice Nyatura, un groupe armé actif au Nord Kivu et composé de Hutus.
Autres temps, autres noms : alors que le CNDP, (Conseil national pour la défense de la démocratie), composé de Tutsis congolais a été remplacé par le M23, le Pareco, où les Hutus sont majoritaires, s’est lui, métamorphosé en Nyatura, dont les milices ont rudement affronté le M23.
C’est qu’au Nord Kivu, la situation évolue rapidement : tous les groupes armés redoutent le déploiement de la Brigade d’intervention de la Monusco, qui a promis d’être plus offensive. Sentant approcher la fin de l’impunité, les groupes armés, les uns après les autres, rendent les armes et la plupart d’entre eux affirment leur souhait de trouver place au sein de l’armée congolaise.
Le colonel Omar précise les menaces qui pèsent sur les plus endurcis : « vous vous souvenez de Thomas Lubanga, vous avez connu Bosco Ntaganda ? Tous deux sont aujourd’hui en prison. Ils avaient enlevé des enfants, commis des viols… Le même sort vous attend si vous enfreignez la loi… »
Le Nord Kivu n’étant pas encore pacifié, c’est vers le Sud Kivu épargné par la guerre que les autorités militaires ont transféré les ralliés, qui occupent un immense camp proche de l’aéroport de Kavumu, au dessus de Bukavu. Alors que le 1001eme régiment est logé dans de vastes hangars construits par l’Union européenne, les nouveaux venus doivent se contenter de huttes de paille et de terre séchée, se terrer dans des tentes de fortune. A leur col ou à leur ceinture, ils ont accroché une assiette de plastique, remplie une fois par jour à l’heure de la « grammation » lorsque 250 grammes de riz ou de bouillie sont distribués avec parcimonie.
Tous espèrent que les épreuves ne dureront pas : d’ici quelques jours, les anciens Nyatura, des rebelles transformés en nouvelles recrues des forces armées congolaises, quitteront les collines du Kivu pour gagner le camp militaire de Kitona dans le Bas Congo, ou l’ancienne base de Kamina au Katanga.
D’ici là, Muna Murhabazi, assisté par le colonel Omar et un représentant de l’Unicef, doit tenter d’extraire de ces groupes les mineurs, garçons et filles, et les mener dans son centre du BVES (Bureau des volontaires pour l’enfance et la santé) où ils passeront six mois, le temps de retrouver les familles.
Lorsque son tour arrive, Murhabazi apostrophe le vaste carré d’hommes figés, d’où convergent des regards fixes, faussement indifférents. Sans pathos ni émotion, le petit homme mince, dont la chemise claire tranche sur le vert gris des tenues militaires, rappelle que la loi congolaise interdit aux moins de 18 ans de faire partie de l’armée. Il insiste sur le fait que le Congo a pris des engagements internationaux et répète que les sanctions seront très lourdes. Lorsque les mineurs sont invités à se présenter, nul n’émerge des rangs.
En arrière de la troupe, des enfants jouent, les garçonnets se rapprochent avec curiosité, une fillette souffle dans un ballon qui s’avère être un préservatif usagé, des emballages de « Prudence » brillent sur la terre brune.
Sitôt terminée l’adresse de Murhabazi, le colonel Omar remet de l’ordre dans l’alignement et l’appel commence, systématique, implacable. Murhabazi, d’un bref coup d’œil, dévisage les hommes qui sortent du rang, leur taille, leur visage aux traits souvent incertains. D’un geste sec, il repère les cas douteux, leur ordonne de se mettre à l’écart et sur une petite butte, les rangs grossissent.
L’énoncé des noms réserve des surprises. La première est l’énoncé des grades. Que de commandants, de lieutenants, voire de colonels ! Tous ces titres ont été attribués en brousse, souvent de manière arbitraire et leurs détenteurs se signalent par des allures arrogantes et des portables de la dernière génération. « A Kitona ou ailleurs, un nouveau tri aura lieu et tous ceux qui seront reconnus porteurs de grades usurpés passeront devant l’auditorat militaire » nous explique le colonel Omar.
La deuxième surprise, c’est que 90% des noms sont à consonance rwandaise. On a le sentiment d’entendre défiler l’annuaire téléphonique du pays voisin. Le colonel Omar précise : « tous sont Congolais. Ils sont nés chez nous, ils ont leur carte d’électeur, ils veulent être soldats dans notre armée. Nous ne pouvons pratiquer aucune discrimination et nous allons donc les accepter. Mais si les Hutus acceptent d’être délocalisés dans d’autres provinces, ce n’est pas le cas des Tutsis. Eux, ils veulent rester à proximité du Rwanda… »
Y aurait-il parmi ces nouvelles recrues des descendants des réfugiés hutus qui affluèrent au Congo après le génocide de 1994 ? Les officiers congolais assurent qu’ils n’en savent rien. « Au Nord Kivu, les Hutus congolais sont nombreux. Comment distinguer les nouveaux venus ? La doctrine officielle, c’est que nous sommes tous des Congolais…Ce qui est certain, c’est qu’à ce rythme, les rwandophones seront de plus en plus nombreux au sein de notre armée… »

Alors que le groupe des mineurs grossit, les langues peu à peu se délient. Des gamins frêles nous racontent que voici quelques semaines encore ils étaient bergers dans le Masisi et qu’ils sont partis pour combattre le M23. Un garçon plus âgé veut quitter l’armée pour s’occuper de ses petits frères. Son histoire est tragique : recruté de force, il avait réussi à fuir et à rejoindre les forces gouvernementales, emmenant son fusil. En guise de représailles, les chefs de la milice massacrèrent ses parents, pour sanctionner sa défection, mais surtout parce qu’il avait emporté son arme.
D’autres gosses se frottent le ventre. Ils ont faim, ils quémandent de l’argent, des cigarettes. Un certain major « James » qui ne parle que l’anglais, demande, très courtoisement, qu’on lui envoie un dictionnaire français- anglais, afin, dit-il « de lui permettre de s’intégrer ». Un Emmanuel, du village de Kisharo au Nord Kivu, veut rentrer chez lui au plus tôt, car il doit aller cueillir ses tomates.
Adèle Bisharwa est psychologue au BVES mais au départ elle est juriste. Si elle interroge patiemment les mineurs désormais séparés du groupe, elle n’oublie rien de leurs récits, des horreurs qu’ils ont vues, des intimidations subies. Assise à même le sol, sur une terre saturée d’excréments où Murhabazi vient la rejoindre, Adèle prépare les jeunes au changement de vie qui s’annonce « vous allez séjourner dans notre centre, oublier la guerre et la violence et la Croix Rouge va rechercher vos parents, préparer votre retour… »
Au cours de ces entretiens se confirme le soupçon que Murhabazi nourrissait depuis le début : lors de sa première visite au camp, il a vu s’égailler beaucoup d’enfants, manifestement bien plus nombreux que les 38 adolescents finalement rassemblés. Où sont ils ?
Il apparaît qu’en prévision de la parade et du dénombrement, nombre de mineurs ont été cachés en brousse, que des filles, des gamines, devenues les compagnes des commandants ou plutôt leurs esclaves sexuelles, ont été dissimulées aux regards. « Il faudra revenir » murmurent les responsables du BVES, « poursuivre les recherches, et lorsque tous prendront place dans les avions à destination du Bas Congo, nous serons là, afin qu’aucun enfant mineur ne soit embarqué… »
C’est que le « lieutenant colonel » Fikiri , un ancien enseignant soudainement promu au plus haut grade au sein des Nyatura, ne voit pas l’opération d’un très bon œil : il perd ainsi plusieurs dizaines de ses recrues et donc une part de son poids personnel.
Adèle se méfie cependant de l’observation visuelle : « chez les éleveurs, les enfants, nourris de lait et de viande, grandissent très vite et les adolescents ont des statures d’adultes. Par contre, dans les forêts, vous avez des combattants de 25 ans, apparentés aux Pygmées, qui ressemblent à des mineurs. Il est donc essentiel de bien consulter les listes, de tout vérifier… »
Après plusieurs heures de tri, de palabres, le gros de la troupe, à pas lourds, regagne ses huttes et ses cabanes. Sur leur butte, les mineurs restent serrés les uns comme les autres. Leur assurance a disparu, ils ressemblent à ce qu’ils n’ont jamais cessé d’être, des enfants effrayés. Ils sont curieusement démunis : à part une assiette ou un gobelet, ils n’ont rien. Ni sac à dos, ni gourde, ni besace. Quelques instants plus tard, ils seront plus dépouillés encore, lorsque Murhabazi leur ordonnera d’ôter leur tenue militaire, de quitter leurs bottines ou leurs bottes de caoutchouc libérant ainsi des pieds sales et gonflés. Alors que les soldats adultes se saisissent comme d’un trésor des tenues disparates, infestées de vermine, les jeunes se retrouvent frissonnant sous le ciel gonflé de pluie, il ne leur reste plus que des T shirts troués, des caleçons informes. Ces vêtements là aussi, ils vont les perdre en arrivant dans le centre : « leurs vieux habits, symboles d’une vie antérieure, seront saisis puis brûlés, explique Murhabazi, ils recevront des vêtements neufs. »
Et, avant de prendre la route, il appelle son équipe à Bukavu : « préparez du riz, amenez de l’eau pour les douches, prévoyez des lits… »
Mais le retour en ville s’avère moins simple que prévu : pour transporter ses 38 mineurs, plus une fille alourdie par un gros ballot, l’équipe du BVES ne dispose que de deux jeeps. Le repos du samedi étant sacré, les agences onusiennes ne peuvent rien faire et Murhabazi sait que s’il attend lundi, la moitié des jeunes gens aura disparu dans la nature. Même le représentant de l’Unicef et le chargé de la protection de l’enfance au sein de la Monusco qui accompagnent l’expédition s’avèrent impuissants.Puisqu’il y a urgence, c’est donc sur le marché de Kavumu, proche du camp, que deux mini bus seront loués en dernière minute par le BVES. Les ex miliciens, toute superbe désormais évanouie, s’y entasseront comme des gosses en voyage scolaire, mi curieux, mi effrayés par la nouvelle vie qui les attend….

26 août 2013

Les Rwandais craignent les retombées de la crise à Goma

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Scotchée à son ordinateur, parcourant tous les sites où il est question du Rwanda, Antoinette, une jeune étudiante en informatique, soupire : « nous avons trop d’adversaires, la position de la Tanzanie m’inquiète et désormais, même les Etats Unis nous critiquent… »
Même si, officiellement, la situation dans le Nord Kivu est un « non sujet » aux yeux des officiels rwandais et si la presse ne l’évoque qu’au compte gouttes, il est évident qu’au sein de la population, l’inquiétude grandit, nourrie par des faits concrets : dans un camp proche de Butare, des réfugiés tutsis congolais affluent, des rumeurs et des témoignages font état de recrutement d’opposants hutus au sein de l’armée congolaise (voir notre reportage en page 8) et le week end dernier, en même temps que des obus tombaient sur Goma, les abords de la ville rwandaise de Gisenyi ont été touchés, sans qu’il y ait de victimes.
Alors que tous les camps en présence se renvoient la responsabilité des tirs qui ont fait neuf morts, des dizaines de blessés et infligé de lourds dégâts matériels à Goma et que tous dénonçent la manipulation et la provocation, un communiqué particulièrement sévère du Département d’Etat a clairement pris position : il dénonce les actions du M23, les attaques contre la force des Nations unies et précise que, « selon des rapports onusiens crédibles, ce serait le M23 lui-même qui aurait tiré en direction du territoire rwandais. » S’inquiétant de la montée des tensions ethniques au Nord Kivu, le communiqué américain met en garde contre toute escalade militaire et surtout il réitère un appel au Rwanda afin qu’il s’abstienne de tout soutien au M23 et respecte l’intégrité territoriale du Congo.
Venant à la suite des déclarations du secrétaire d’Etat John Kerry et d’une passe d’armes au Conseil de sécurité où le Rwanda a réussi de justesse à bloquer, samedi soir, une résolution très critique, le communiqué du Département d’Etat a aggravé le malaise diffus que l’on ressent à Kigali où l’opinion, peu informée des dessous de la guerre au Congo et d’éventuels débats internes, éprouve un sentiment d’encerclement.
En effet, il y a des semaines que le ton monte entre les autorités rwandaises et tanzaniennes, depuis que le président Jakaya Kikwete a osé suggérer au président Kagame d’entamer lui aussi des négociations avec ses opposants armés, en l’occurrence les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda, toujours considérées comme « génocidaires ». Depuis lors, les Rwandais ne sont pas loin de considérer que leurs voisins tanzaniens soutiennent les groupes armés hutus, la rumeur assure que le président Kikwete aurait épousé une cousine de feu le président Habyarimana et l’expulsion de quelque 2000 Rwandais (et Burundais) se trouvant en séjour illégal en Tanzanie a donné un tour concret aux soupçons et aux tensions diplomatiques…
Alors qu’il ne s’agissait au départ que d’une simple mutinerie d’officiers tutsis qui refusaient d’être mutés à l’intérieur du Congo et qui exigeaient une amélioration de leurs soldes et de leurs grades, les revendications du M23 sont montées en puissance et sont aujourd’hui d’ordre politique. Mais surtout, la crise s’est internationalisée. Elle divise l’Afrique, où la Tanzanie, l’Afrique du Sud et le Malawi ont envoyé 3000 hommes au Nord Kivu, dans le cadre de la Brigade africaine d’intervention tandis que le Rwanda a resserré ses liens avec le Kenya et l’Ouganda. Alors que la situation dans l’Est du Congo fut longtemps décrite comme une crise oubliée, elle mobilise désormais les grandes puissances : début septembre, trois envoyés spéciaux pour les Grands lacs (l’Américain Feingold, l’Européen (et Belge) Koen Vervaeke et le représentante du secrétaire général de l’ONU, Mary Robinson) feront un voyage conjoint dans la région. Même la Belgique maintient la pression : si Kigali voue Didier Reynders aux gémonies après les fermes propos qu’il a tenus au Congo, le ministre de la Coopération Jean-Pascal Labille est attendu la semaine prochaine…
Tout se passe comme si cette intense activité diplomatique avait aussi pour objectif de prévenir d’éventuels dérapages, où Goma, cette ville poussiéreuse et surpeuplée, serait devenue l’épicentre de plusieurs conflits, entre Kinshasa et le M23, entre le Rwanda et ses voisins, entre la section politique de l’Onu et le département maintien de la paix et, last but not least, entre les membres du Conseil de sécurité eux mêmes…

15 août 2013

Reynders défend les intérêts du Congo mais aussi ceux de la Belgique

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Les banderoles déployées dans les rues de Matadi annonçaient clairement la couleur : « Merci à la Belgique pour la défense des intérêts du Congo ».
C’est en ami que Didier Reynders a été accueilli dans le Bas Congo comme à Kinshasa, à l’occasion de sa quatrième visite en RDC et avant que le chef de la diplomatie belge ne s’envole pour Lubumbashi puis Nairobi, le président Kabila, qui s’était tenu informé de tous les détails du voyage et des propos tenus en cours de route, a tenu à le recevoir durant une heure et demie.
C’est que Reynders, avec constance, insiste sur les points qui lui tiennent à cœur, dont la nécessité des réformes, entre autres sur le plan économique. Une fois de plus il a écouté avec beaucoup d’attention les doléances et les souhaits des opérateurs économiques qui se plaignent toujours des risques d’arbitraire et de l’insécurité sur le plan foncier (les cas d’expropriations se multiplient). Mais Reynders a aussi constaté les progrès, dus essentiellement à l’action du Premier Ministre Matata Mponyo, qui a créé un « point de contact » destiné à accueillir les suggestions et les revendications des hommes d’affaires. En effet nombre d’entre eux se plaignent régulièrement de la multiplication des taxes en tus genres, de l’arbitraire et des risques d’expropriation.
Plaidant pour des dossiers économiques (les intérêts du port d’Anvers à Matadi, des joint ventures à Inga, des projets de dragage du fleuve) le ministre n’a cependant pas oublié les droits de l’homme. Au cours de son entretien en tête à tête avec Kabila, il a évoqué, entre autres sujet sensibles, la situation d’Eric Kikunda, ce ressortissant belge d’origine congolaise, arbitrairement détenu depuis quatre ans. La prochaine mise en place d’une commission nationale des droits de l’home devrait d’ailleurs permettre d’aborder de tels problèmes de manière plus institutionnelle. Dans le cas de Kikunda, l’hypothèse d’une expulsion vers la Belgique n’est pas exclue. Ce qui, soit dit en passant, ne règle pas le sort d’autres prisonniers politiques comme Firmin Yangambi, un ami de Kikunda, ancien défenseur des droits de l’homme à Kisangani, qui avait voulu se porter candidat à la présidence et a été condamné pour atteinte à la sûreté de l’Etat.
Reynders a aussi plongé dans l’actualité congolaise la plus immédiate : d’ici le 20 août doivent s’ouvrir les concertations nationales, pilotées par les présidents de l’Assemblée et du Sénat. Le président Sassou Nguesso (Congo Brazzaville) s’est présenté comme médiateur, mais le président Kabila, il l’a redit à Reynders, tient à privilégier une logique nationale.
D’aucuns rêvent déjà de transformer en deuxième conférence nationale souveraine cet exercice de dialogue entre le pouvoir et l’opposition, qui avait pour objectif premier de renforcer la cohésion nationale face à la guerre à l’Est. Les espoirs maximalistes de ceux qui espèrent une vaste redistribution des cartes politiques (et des postes) seront sans doute déçus : l’exercice devrait être terminé d’ici la rentrée parlementaire en septembre prochain.
L’accord d’Addis Abeba demandant au Congo d’opérer des réformes en termes de gouvernance sera sans doute respecté sur le plan formel, mais il est clair que les véritables échéances politiques se situent à plus long terme : avant que n’arrive à expiration le deuxième et en principe dernier mandat du président Kabila, le Congo doit, impérativement, organiser des élections locales et provinciales. Considérant qu’il s’agît là du socle de la pyramide démocratique, la Belgique y tient beaucoup, et… la population congolaise aussi. En outre, de telles élections devraient permettre, enfin, à la société civile d’émerger sur le plan politique. L’ancienne CENI (Commission électorale indépendante) dirigée par le pasteur Mulunda ayant été désavouée, tant pour ses fraudes que pour ses dettes accumulées (80 millions de dollars…) c’est l’abbé Malu Malu qui a été rappelé aux affaires. Même s’il s’est rapproché des premiers cercles du pouvoir, l’inusable recteur de l’université de Butembo, l’un des meilleurs spécialistes en sciences politiques du Congo, a gardé la confiance des Belges qui lui ont promis expertise et financements. Cette semaine déjà, le politologue Bob Kabamba dirige un séminaire de formation afin de remettre à niveau la nouvelle équipe et de définir une « feuille de route ».
Le défi des élections locales s’annonce plus lourd encore que celui des élections présidentielles : il s’agira d’établir 8000 circonscriptions, de créer, avec l’aide de la Monusco, des lieux sécurisés où le matériel électoral pourra être stocké afin de prévenir des manœuvres de dernière minute, aussi coûteuses que suspectes. Reflétant le point de vue des plus hautes autorités, la détermination de l’abbé est claire : « plus que jamais, le Congo devra s’approprier cet exercice électoral, c’est une question de souveraineté… » Autrement dit, les soutiens extérieurs, dont celui, déjà acquis, de la Belgique seront bienvenus, mais le Congo tiendra à s’acquitter lui-même de l’essentiel des financements de l’exercice électoral. Ici encore s’exprime la volonté de souveraineté, rappelée au ministre par le chef de l’Etat. .
Si Reynders est perçu par les Congolais comme un « véritable ami », défendant au plus haut niveau les intérêts de leur pays, c’est moins pour son soutien à la démocratisation, aux réformes, à la diplomatie économique ou aux droits de l’homme, que pour sa position face à la guerre dans l’Est, qui demeure la préoccupation première de Kabila.

La « ligne rouge » face aux mutins

Non seulement le ministre ne cesse de rappeler l’obligation d’assurer la sécurité des civils et surtout celle des femmes menacées de violences sexuelles, mais il ne craint pas de tracer une « ligne rouge », estimant qu’à Kampala, où s’étirent les négociations entre les mutins du M23 et la partie congolaise, cette dernière est allée « aussi loin que possible ». Autrement dit, Reynders considère qu’avec des soldats et des officiers qui se sont déjà soulevés à plusieurs reprises, il ne faut plus envisager d’amnistie ou de réintégration sur place, sans conditions : «l’impunité doit avoir des limites, on ne peut effacer les crimes qui ont été commis. Il me semble que, du point de vue congolais, le maximum a été fait et que d’autres formules doivent désormais être envisagées. En outre, l’intégrité du territoire congolais doit être respectée. »
Une telle fermeté, que le ministre entend faire partager avec la communauté internationale et surtout avec la Monusco (« il faudra bien qu’elle se décide à mettre en œuvre son mandat renforcé et à entrer en action militairement… ») heurte de front la position défendue la semaine dernière encore à Nairobi par le président ougandais. Se lançant dans une violente diatribe, Museveni s’était exclamé « on ne touchera pas au M23, on ne l’éliminera pas comme ça… ». François Mwamba, qui dirige la délégation congolaise à Kampala, a cependant expliqué aux Belges que le Congo n’avait pas dit son dernier mot : « nous avons compris que nous ne pouvions être heureux seuls, profiter de nos richesses sans les partager. Et nous allons présenter de substantielles propositions à nos voisins… »
Parallèlement aux opérations militaires destinées à réduire la mutinerie dans le Nord Kivu, des offres de « compensation » économiques seraient elles adressées aux voisins, l’Ouganda et le Rwanda ?

Pour Reynders en tous cas la situation a changé depuis l’année dernière : « si le soutien extérieur, rwandais en l’occurrence, apporté au M23 est plus évident que jamais, confirmé par tous les observateurs, la pression internationale s’est faite plus forte et, en particulier, la position américaine, exprimée par le secrétaire d’Etat John Kerry, a changé. La fin du soutien rwandais aux rebelles est clairement exigée. »
Si le M23, qui met en cause l’autorité de l’Etat, devrait être la première cible d’opérations militaires, les autres groupes armés ne devraient pas être épargnés pour autant. Le président Kabila a d’ailleurs rappelé que la situation à Beni dans le « grand nord » du Kivu, demeurait également préoccupante.
Rencontrant le nouveau représentant spécial de l’ONU à Kinshasa, l’Allemand Martin Kobler, un « ancien » d’Afghanistan, Reynders a insisté pour que soient combattus et éradiqués tous les groupes armés qui commettent des exactions contre les civils et en particulier les combattants hutus FDLR qui sèment la terreur dans les forêts du Kivu et qui sont accusés par Kigali de collaborer avec l’armée congolaise.

15 août 2013

Le message au bord du fleuve

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Dès le petit aéroport battu par les pluies et qui surplombe l’embouchure du fleuve Congo, le ton était donné : le « tout Matadi » avait été réuni pour accueillir Didier Reynders, qui, salué par un chef traditionnel, fut prié de prendre place sur une peau de léopard. La descente sur la ville allait être à l’avenant : une foule nombreuse, des banderoles remerciant la Belgique « pour sa défense des intérêts du Congo » et saluant aussi l’action du président Kabila pour avoir œuvré à l’harmonisation des relations avec la Belgique. Le gouverneur de la province du Bas Congo n’allait pas être en reste : Jacques Badu, non content de saluer l’Eternel, allait invoquer les mânes de Léopold II « c’est lui qui a créé le Congo dans ses frontières actuelles et c’est l’action de la Belgique aujourd’hui qui a permis d’éviter la balkanisation de notre pays, contribuant au renforcement de la conscience nationale, évitant à notre pays de se désintégrer… »
Oubliées les sécessions du Katanga et du Kasaï, les troubles manœuvres des années 60 : ce que les Congolais d’aujourd’hui veulent retenir, c’est que la Belgique, dans le conflit de l’Est du pays, a clairement dénoncé les soutiens apportés à la rébellion par les voisins ougandais et surtout rwandais et qu’elle a agi sur plusieurs fronts, diplomatique mais aussi militaire, assurant à Kindu la formation de deux bataillons aujourd’hui déployés avec succès au nord de Goma.
Le cadeau du gouverneur était lui aussi plus que symbolique: une statuette de bois représentant Simon de Sirène soutenant le Christ, transformée en Belgique portant le Congo. Quant au tristement célèbre ” fardeau de l’homme blanc” il fut représenté sous forme d’un Reynders transformé en Sisyphe d’ébène, portant l’immense Congo sur ses ministérielles épaules!
Cependant, détrônant la politique ou les affaires, c’est le fleuve Congo qui fut le héros de la visite. L’un des plus grands fleuves du monde, avec l’Amazone et qui, avant de rejoindre l’océan, se convulse en rapides et tourbillons. A Matadi, dans une baie qui paraît ridiculement petite au vu des dimensions du pays, le fleuve abrite un port qui représente le seul poumon du Congo, l’unique voie d’entrée pour l’approvisionnement de Kinshasa. La visite du port vaut mieux que tous les discours : sur les berges du fleuve que l’on voit s’ensabler à vue d’œil, les bateaux sont rares en ces temps de saison sèche, les containers empilés forment de véritables murailles que la bureaucratie met des mois à démanteler et Matadi demeure l’un des ports les plus chers du monde.
Certes, des efforts ont été faits : les « pier » 3 et 3 ont été rénovés sur fonds propres congolais, le « quai de Venise » sorte de long trottoir construit sur pilotis, d’où l’on entrevoit les eaux glauques, a été rénové par le port d’Anvers.
Pour célébrer ses dix années de jumelage avec Matadi, Anvers souhaiterait d’ailleurs se voir confier l’étude de faisabilité qui devrait préparer la construction d’un port en eau profonde à Banane. Cette étude serait menée en collaboration avec Soferco et Transurb. Les Congolais tiennent beaucoup à la construction du port de Banane, qui garantirait l’autonomie de leurs approvisionnements. Ils en font un préalable à la construction du pont route-rail, qui devrait relier Kinshasa et Brazzaville, les deux capitales jumelles, mais qui pourrait ruiner le Bas Congo au profit du port de Pointe Noire au Congo Brazzaville, où le groupe Bolloré règne en maître.
Le fleuve est porteur d’autres projets encore, intéressant les Belges : des sociétés de dragage (De Nul par exemple) souhaiteraient être associées au nettoyage des accès au port et à Inga, des joint ventures sont possibles.
Sur le site d’Inga, méthodiquement parcouru par Reynders et son entourage, le souvenir des Belges demeure très présent. Une banderole assure « merci aux Acec d’avoir contribué à Inga II », un document loue la vision de Léopold II et l’action de Stanley qui rechercha un bief navigable, des ingénieurs belges demeurent aux présents sur le site et, si les méga projets d’Inga 3 et du grand Inga sont trop vastes pour l’ancienne métropole, des contrats de sous traitance sont envisagés.
Ici aussi, une visite à Inga résume à la fois les perspectives d’avenir et la désespérance du présent : en cette période de saison sèche, l’étiage du fleuve est très bas. Il découvre des rochers, des troncs noircis et donne l’image désolante de ce que pourraient devenir les grands fleuves africain si, en amont, devait se poursuivre la déforestation massive qui changera le régime des eaux.
Mais d’ici décembre assurent les spécialistes, les eaux brunes du fleuve retrouveront leur débit habituel, le Congo sera à nouveau au faîte de sa puissance, avec un potentiel de 40.000 megawatts.
Le projet d’Inga 3, qui devrait bientôt être mis en chantier et produire de 3.500 à 4.200 mégawatts devrait représenter la principale source d’alimentation en énergie électrique du projet Westcor, qui attribuera à l’Afrique australe (Angola, Afrique du Sud, Namibie et Botswana) les excédents de la gigantesque capacité de production.
De telles perspectives expliquent aussi, sur le plan politique, pourquoi les pays du sud du continent, partenaires du Congo au sein de la SADC, (Conférence des pays d’Afrique australe pour le développement) s’intéressent à la stabilisation du Congo et sont prêtes (dans le cas de l’Afrique du Sud et du Malawi) à envoyer leurs troupes dans l’Est pour y contribuer.

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15 août 2013

Diplomatie economique au Congo

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Le Ministre des affaires étrangères Didier Reynders ne s’est pas contenté de mener au Congo une « diplomatie économique », poussant les dossiers de certains intérêts belges comme le port d’Anvers ou des sociétés de dragage et encourageant l’organisation d’un forum réunissant les opérateurs économiques. Il a aussi désigné les conseillers économiques qui, -au grand dam de Kris Peeters qui crie au viol de ses compétences–, assisteront nos diplomates. Il s’agît de Jean-Claude Hollant, qui dans la province de l’Equateur, exploite 45.000 ha de plantations et emploie 3.700 travailleurs. Il est aussi le père d’un projet de tourisme sur le fleuve Congo, « Majestic river ».
Directeur d’Utex Africa, administrateur de Texaf et siégeant au conseil de la FEC (Fédération des entreprises du Congo) Jean-Philippe Waterschoot est le deuxième des conseillers économiques. Vient enfin Yves Cuypers, CEO de la BCC, Banque commerciale du Congo, l’une des premières entreprises de la place. C.B.

12 août 2013

Didier reynders lance le chantier de la nouvelle ambassade à Kinshasa

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Didier Reynders inaugure le site de la future ambassade de Belgique à Kinshasa

Kinshasa
Envoyée spéciale
Ni pierre, ni brique, ni le moindre clou, plus rien n’atteste des six villas qui s’étendaient sur 1, 8 hectares au cœur du quartier résidentiel de la Gombe et qui appartenaient pour moitié à la curatelle de la Sabena et pour moitié à son héritière Brussels Airlines. Seules de profondes excavations, bordées d’arbres centenaires rappellent les vastes piscines d’antan. C’est sur un terrain nu, ameubli, que Didier Reynders a planté profondément une jeune pousse de «wenge » cet arbre emblématique de la forêt congolaise. Il a ainsi donné le coup d’envoi aux travaux qui, en 2015, devraient donner à la Belgique une ambassade digne de ce nom, remplaçant enfin le bâtiment vétuste ceint de hauts grillages situé en face des Galeries présidentielles et où rien n’a été modifié depuis les années 60.
Pour le ministre des Affaires étrangères, le lancement de ce projet de prestige représente un pari sur l’avenir, sur le développement du Congo, sur la contribution que ce pays peut apporter au développement de toute la région. La mise en chantier de cette nouvelle chancellerie doit en effet beaucoup à Didier Reynders : il y a des années que Me Van Buggenhout, le curateur de la Sabena, avait attiré l’attention de l’Etat belge sur le caractère exceptionnel de ce patrimoine immobilier, situé au cœur de la ville, aussi visible que d’accès aisé et très convoité par les innombrables promoteurs qui s’arrachent désormais la moindre parcelle disponible. Il fallut que Reynders entre en fonctions pour que les autorités belges, titillées peut-être par l’exemple de la nouvelle ambassade de France, un ancien bâtiment magnifiquement rénové, se décident à prévoir un budget de 10,5 millions d’euros pour donner à la Belgique une représentation diplomatique à la hauteur du prestige qu’ elle conserve au sein de la population.
La cérémonie fut d’ailleurs hautement symbolique : où donc, ailleurs qu’à Kinshasa, pourrait on entendre une chorale vêtue de rouge, jaune et noir entonner une Brabançonne chantée dans une alternance de français et de néerlandais, où donc les plus hautes autorités du pays, le Premier Ministre, le Ministre des Affaires étrangères, plusieurs membres du gouvernement, le commandant en chef de l’armée, tiendraient ils à être présents et à se féliciter de cette volonté de présence de l’ancienne métropole ?
Sur le plan pratique, un couac de dernière minute a empêché la pose de la première pierre. Le 31 juillet dernier en effet, un avis du Conseil d’Etat a brisé la procédure négociée qui avait été retenue et imposé l’ouverture d’un appel d’offres international, à la suite d’ une plainte qui avait été déposée par la société Besix, mécontente d’avoir été écartée du projet. Les entreprises intéressées auront donc deux mois supplémentaires pour présenter leur candidature à un jury présidé par l’ancien ambassadeur de Belgique à Kinshasa, Dominique Struye mais elles devront répondre à certaines exigences spécifiques, dans le domaine de la sécurité notamment, surtout en ces temps de « grandes oreilles » et d’écoutes téléphoniques….
Le drapeau belge ne flottera pas seul sur le Boulevard du 30 juin : la nouvelle chancellerie sera aussi celle du Benelux, car les intérêts du Luxembourg y seront représentés et les Pays Bas partageront les locaux avec leurs voisins du Sud.
Le Centre Wallonie Bruxelles avait été invité, lui aussi, à installer dans la vaste parcelle « fédérale » son centre de spectacles sinon ses bureaux, mais -autonomie et régionalisation obligent- la proposition a été déclinée.
La construction de la nouvelle chancellerie contribuera aussi au renouveau d’une artère majestueuse désormais sillonnée par des autobus flambant neufs qui marquent déjà un arrêt devant le futur chantier…