25 septembre 2013

Le manège diplomatique

Catégorie Non classé

Le manège diplomatique a fait un nouveau tour de piste : les chefs d’Etat de la région des Grands Lacs, qui, de réunion en réunion, ne semblent plus se quitter, se sont retrouvés à New York en marge de l’assemblée générale de l’ONU pour débattre du conflit dans l’Est du Congo.
La rencontre s’est soldée par des propos d’une banalité affligeante : Mary Robinson, l’envoyée spéciale de l’ONU, a souligné que la population de l’Est du Congo « avait trop souffert pendant trop longtemps », M. Di Rupo a relevé que les présidents Kabila et Kagame s’étaient « parlé cordialement » et il y a décelé « un signe positif ». Quant à MM. Reynders et Labille ils soutiennent toujours des projets d’intérêt régional. Les chefs d’Etat de la région ont également adopté des critères de suivi de l’accord cadre d’Addis Abeba, démontrant ainsi leur détermination à ne pas faire dérailler le processus de paix. Dans cet esprit, ils ont aussi condamné fermement la reprise des hostilités par le M23 et les attaques récurrentes contre les forces armées congolaises, les casques bleus et les humanitaires, manifestant même une certaine impatience. En effet, l’ultimatum de 14 jours qui avait été donné aux négociateurs pour conclure a été dépassé et un nouveau round devrait reprendre le 6 octobre prochain.
En réalité, on a l’impression que la négociation tourne en rond, butant toujours sur le même obstacle : le sort à réserver aux leaders de la rébellion du M23. Même si la liste des « non réintégrables » s’est désormais réduite à une quarantaine de personnes, Kinshasa refuse d’aller plus loin dans des concessions auxquelles l’opinion publique congolaise est très hostile. Chacun, en réalité, sait que le fond du problème est ailleurs : quelles ont été les véritables raisons de l’entrée en guerre du M23, avec le soutien, actif ou tacite, du Rwanda et de l’Ouganda ? La mauvaise gouvernance au Nord Kivu est l’une des raisons avancées par les rebelles mais chacun sait qu’aussi longtemps que les vrais commanditaires du M23 n’auront pas abattu leurs cartes (économique ? territoriale ? sécuritaire ?) les palabres pourront se poursuivre…

25 septembre 2013

Kabila invité en Belgique pour commémorer la guerre…de 14-18

Catégorie Non classé

Parallèlement aux contacts diplomatiques bilatéraux et au sommet sur la région des Grands Lacs, auquel la Belgique a participé en force, la session annuelle de l’Assemblée générale de l’ONU est aussi l’occasion d’une multiplication de rencontres bilatérales qui renforcent les bonnes relations entre les Etats.
C’est ainsi que le gouvernement belge, représenté à New York par le Premier Ministre Elio di Rupo, le Ministre des Affaires étrangères Didier Reynders et le Ministre de la Coopération Jean-Pascal Labille a invité le président Joseph Kabila à se rendre en Belgique en 2014. Le chef de l’Etat congolais a été convié aux commémorations du centenaire de la Première guerre mondiale qui auront lieu sur le « front de l’Yser ». Durant la guerre 14-18 en effet, des soldats congolais appartenant à la Force Publique, l’armée congolaise de l’époque, dirigée par des officiers belges, ont combattu aux côtés des troupes alliées. Ils ont participé à la « bataille de l’Yser » et surtout, le 19 septembre 1916, ils ont remporté la victoire de Tabora, mettant en déroute les troupes allemandes qui opéraient depuis le Tanganyika, la Tanzanie d’aujourd’hui. Cette importante victoire permit à la Belgique de prendre place aux côtés des vainqueurs et de négocier son « butin de guerre » c’est à dire un protectorat sur les deux colonies allemandes qu’étaient à l’époque le Burundi et le Rwanda.
Selon Didier Reynders, ce séjour en Belgique du président Kabila devrait être l’occasion d’organiser plusieurs contacts bilatéraux. Une autre visite en Belgique du président congolais pourrait avoir lieu en avril 2014 à l’occasion du sommet Union européenne Afrique, à laquelle seront invités 54 chefs d’Etat africains, à l’exception de personnalités visées par la justice internationale comme le Soudanais Omar el Béchir.
Pour sa part, le Premier Ministre Elio di Rupo, qui avait été obligé d’annuler sa participation au sommet de la francophonie en octobre 2012 pour cause d’élections communales , a été invité à se rendre à Kinshasa par son homologue congolais Augustin Matata Mponyo.
Si Didier Reynders espère que ce déplacement puisse avoir lieu se faire dans les plus brefs délais, le Premier Ministre se montre plus réservé : il a conditionné son voyage à des avancées démocratiques en RDC, se souvenant manifestement des irrégularités relevées lors des dernières élections de 2011, qui avaient provoqué la fureur de l’opposition et de violentes manifestations à Bruxelles. On peut imaginer que le Premier Ministre conditionnera également son déplacement au sort de détenus politiques, dont le Belge Eric Kikunda, une situation que Reynders avait évoquée lors de son dernier déplacement à Kinshasa mais sans succès jusqu’à présent.
Les ministres Reynders et Labille ont également participé à un sommet rassemblant les onze chefs d’Etat de la région des Grands Lacs, qui, à l’instar de leurs représentants à Kampala, ont à nouveau débattu de la guerre à l’Est du Congo et ils sont sommé le gouvernement de Kinshasa comme les rebelles du M23 de conclure au plus vite leurs négociations. La date limite de 14 jours qui avait été donnée aux négociateurs est en effet dépassée et les négociations se trouvent toujours au point mort, butant entre autres sur la question du sort à réserver aux leaders de la rébellion.

20 septembre 2013

Compte à rebours à Kampala: Kinshasa refuse l’amnistie

Catégorie Non classé

Les négociations ouvertes à Kampala entre la délégation du gouvernement de Kinshasa et les porte parole des rebelles du M23 piétinent depuis décembre 2012. Mais cette fois, à la veille de la réunion de l’Assemblée générale de l’ONU, où les Grands Lacs figureront à l’ordre du jour, le compte à rebours s’accélère : les chefs d’Etat de la région avaient sommé les négociateurs de conclure en 14 jours et d’ici une semaine, tout devrait être terminé…Sauf si les pourparlers échouent, cédant le pas à une reprise des hostilités. Les militaires s’y préparent déjà et le Rwanda comme le Congo massent des troupes de part et d’autre de la frontière.
En effet, les positions respectives sont difficilement compatibles. Le M23 lie le désarmement de ses troupes à deux exigences : la neutralisation des combattants hutus membres des FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) et le rapatriement des réfugiés congolais se trouvant au Rwanda. Il assure que ses hommes, soldats et officiers, ne souhaitent même plus être réintégrés au sein de l’armée congolaise. En réalité, les trois sujets qui demeurent en litige portent précisément sur l’amnistie, la réintégration et l’avenir des cadres politiques de la rébellion.
Même si certains négociateurs congolais, pressés d’en finir, auraient pu se montrer conciliants, la communauté internationale, désireuse de briser la spirale «amnistie, réintégration puis nouvelle rébellion » a tenté d’empêcher de nouvelles concessions. En effet, plusieurs dirigeants du M23 figurent sur des listes établies par les Nations unies, les Etats unis, l’Union européenne, prévoyant interdiction de voyage et sanctions. De plus, un certain nombre d’officiers mutins comme Sultani Makenga ou Innocent Kaina ont été radiés de l’armée congolaise. De fortes pressions ont été exercées sur Kinshasa par des pays comme la Belgique pour que les mutins « multirécidivistes » et accusés de nombreux crimes de guerre ne soient pas réintégrés au sein de l’armée. Message reçu : les négociateurs congolais ont remis à la facilitation ougandaise une liste d’une centaine de commandants militaires du M23, (sur un total de 1700 combattants identifiés) qui ne pourraient bénéficier ni de mesures d’amnistie ni de réintégration. Il s’agit de récidivistes, d’auteurs de crimes de guerre, de violences sexuelles, de responsables de recrutement d’enfants, de personnes déjà jugées pour activités criminelles. Le ministre congolais de l’Information Lambert Mende a aussi relevé huit cas de « fraude à la nationalité » dans le chef d’activistes du M23 : alors que la nationalité congolaise est exclusive, (ce qui n’est pas le cas de la nationalité rwandaise !) une dizaine d’officiers et quelques civils seraient aussi des ressortissants d’un autre pays !
Ce veto mis par Kinshasa représente le principal point de blocage des pourparlers car les deux points officiellement avancés par le M23 pourraient, eux, trouver une solution. En effet le retour des milliers de réfugiés congolais installés au Rwanda, serait possible si le Comité international de la Croix Rouge et le Haut Commissariat aux réfugiés acceptaient d’identifier et de rapatrier les intéressés. Quant au désarmement des combattants hutus se trouvant au Congo, les observateurs relèvent que, même si les FDLR se composent de groupes bien organisés, leur nombre ne dépasse plus les 2000 unités. Tant la Monusco que la Brigade d’intervention africaine soulignent que les Hutus rwandais figurent en deuxième position sur la liste des groupes que le Conseil de Sécurité leur a demandé de neutraliser et que la mise à pied du M23 représenterait un signal pour tous des autres groupes armés.
Autre message de fermeté dans le chef de Kinshasa : Lambert Mende a exclu que les groupes armés puissent envoyer des délégués aux concertations nationales qui rassemblent plus de 800 délégués à Kinshasa, et il a assuré que « ces assises ne devaient pas se transformer en exercice de sacralisation des crimes et de l’impunité ».
Au départ, ces concertations avaient pour premier objectif de renforcer la cohésion nationale face à la guerre à l’Est, mais il n’est pas exclu qu’à la clôture des travaux, le gouvernement soit remanié et élargi à l’opposition. Une autre question, non formulée, est présente dans tous les esprits : à l’issue de son deuxième et dernier mandat, le président Kabila modifiera-t-il la Constitution pour jouer les prolongations ?

17 septembre 2013

Rwanda: les deux vainqueurs des législatives

Catégorie Non classé

Kigali,
Pour la troisième fois depuis le génocide de 1994, six millions d’électeurs rwandais ont été appelés aux urnes le 16 septembre, afin de départager les 410 candidats qui se présentent aux élections législatives.
La campagne et le déroulement du scrutin ont été à l’image du pays : marqués par la discipline, la forte participation et l’absence de surprise, mise à part l’explosion de deux grenades à Kigali, vendredi et samedi. A vrai dire, chacun sait que les jeux sont faits : le scrutin aura deux vainqueurs prévisibles, le Front patriotique rwandais et les femmes. Déjà durant la campagne la disproportion des moyens était éclatante : dans tous les districts du pays, à grand renfort de drapeaux bleu blanc et rouge et de mobilisation populaire, le FPR était omniprésent, sa machine bien huilée dominant de loin les formations rivales, le Parti libéral (PL) le parti social démocrate (PSD) et le PS-Imberakuri. Cette dernière formation est profondément divisée car son fondateur Bernard Ntaganda purge depuis 2011 une peine de quatre ans de prison pour menace à l’ordre public, manifestations sans autorisation et surtout divisionnisme, une accusation grave qui signifie appel à la haine ethnique et qui est fréquemment formulée à l’encontre de ceux qui osent critiquer le régime. Quant à la nouvelle présidente du parti, Christine Mukabunani, elle n’est pas considérée comme un danger par les autorités.
La campagne n’a pas donné lieu à polémiques, aucun débat contradictoire n’ayant été autorisé dans les débats publics. En outre, deux formations qui auraient pu porter la contradiction au tout puissant FPR n’ont pas été autorisés : le parti démocratique vert du Rwanda, fondé par des dissidents du FPR et qui prône la démocratisation, n’a été reconnu officiellement que le 9 août dernier, soit trois jours (dont un jour ouvrable…) avant la date limite pour le dépôt des candidatures et son président, Frank Habineza a renoncé à relever le défi. Il manquait de temps pour se procurer en une journée les quatre documents requis mais peut-être a-t-il été aussi été inspiré par la prudence : en 2010, à quelques jours de l’élection présidentielle, le vice-président du parti, André Kwasa Rwigereka, avait été retrouvé décapité. Quant au parti FDU-Ikingi, il n’a pas été reconnu officiellement et sa présidente Victoire Ingabire, qui avait été arrêtée en 2010, peu de temps après son retour d’exil, attend le verdict de la Cour d’appel. Cette femme, dont le courage est indéniable, mérite-t-elle pour autant d’être surnommée l’ « Aug San Suu Kyi » du Rwanda ? Sans doute pas : il a été démontré qu’alors qu’elle séjournait aux Pays Bas, elle avait maintenu des contacts étroits avec les « génocidaires » se trouvant dans les camps de réfugiés rwandais au Kivu, des groupes animés par la haine ethnique et dont sont issus aujourd’hui les FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda). Par ailleurs, le parti PDP Imanzi n’a pas réussi à se faire enregistrer et son président, le journaliste Deo Mushaydi, est en prison.
Si la très prévisible victoire du FPR sera due à un contrôle étroit de la vie politique, à un multipartisme de façade qui n’autorise guère les critiques de fond, ce succès s’expliquera aussi par les réalisations concrètes du régime : la baisse sinon l’éradication de la corruption, et surtout les réels progrès en matière de santé, d’éducation, sans oublier la modernisation des villes et le développement des infrastructures. L’interdiction des vengeances personnelles et l’instauration d’un réel climat de sécurité, (dès 17 heures, militaires et policiers en armes se répandent dans les rues…)ont été grandement appréciés par les citoyens de base, l’accent mis sur le progrès économique et les « buts du millénaire »En outre, les femmes sont les grandes bénéficiaires du régime : la nouvelle loi sur la propriété garantit leurs droits et, sur le plan politique, 24 sièges leur étant automatiquement garantis, elles pourraient représenter 60% des élus dans le nouveau Parlement.
Malgré le bon déroulement du scrutin et son issue prévisible, malgré la stabilité des institutions et le calme qui prévaut dans le pays, l’inquiétude des Rwandais, même si elle s’exprime peu en public, demeure perceptible et elle est nourrie par la situation au Kivu. En effet, la guerre qui a mis aux prises l’armée congolaise et les rebelles du M23, censés être soutenus par le Rwanda, a engendré des pressions internationales sur Kigali assorties de sanctions économiques et elle a généré des tensions avec de grands voisins comme la Tanzanie qui a brutalement expulsé des milliers de ressortissants rwandais.

15 septembre 2013

Good guy, bad guy, Labille et Reynders se partagent les rôles

Catégorie Non classé

Si Reynders est en froid avec Kigali, Labille y multiplie les contacts et les promesses de « dividendes de la paix » . Une seule politique, mais des accents différents…
KIgali,
Voici une dizaine d’années, Louis Michel se sentait un peu seul lorsqu’il tentait de mettre les Grands Lacs sur l’agenda international. Aujourd’hui, les « envoyés spéciaux » multiplient les voyages dans la région, circulent ensemble et tiennent le même langage : les représentants du secrétaire général de l’ONU, de l’Union européenne , de l’Union africaine, des Etats Unis se sont rendus à Kinshasa, Goma, Kigali, Kampala. Avec un seul message « la guerre doit se terminer, et dès la fin des hostilités, d’importants projets de développement régional doivent être mis en œuvre »
Dans les coulisses des négociations de Kampala entre Kinshasa et le M23, les pressions se multiplient pour permettre aux divers protagonistes de conclure sans perdre la face.
Dans la région, la Belgique elle aussi joue sa partition et, depuis Kigali, on a le sentiment que MM. Reynders et Labille se partagent les rôles, en fonction de leurs tempéraments et de leurs compétences respectives. Le Ministre des Affaires étrangères, on le sait, n’a pas mâché ses mots : il a estimé qu’en matières de concessions Kinshasa était allé aussi loin que possible, souligné qu’en « intégrant les indisciplinés c’est l’indiscipline elle-même qu’on intégrerait dans l’armée congolaise ». Une position qui a fini par être reprise par Mary Robinson elle-même. Le langage parfois abrupt de Reynders, assorti d’une action efficace dans les coulisses de la diplomatie internationale, lui a valu l’ire de Kigali et même à New York, il n’est pas sûr que le président Kagame accepte de le rencontrer.
Alors que la Belgique n’a pas adopté de sanctions économiques et se montre moins critique que les Américains, le « traitement de défaveur », qui se traduit entre autres par un délai de 21 jours pour l’obtention de visas, n’a pas encore été infléchi à Kigali. Cela n’a pas empêché le Ministre de la Coopération, Jean-Pascal Labille, de passer une journée au Rwanda à l’issue de sa visite officielle au Burundi et d’y rencontrer, à l’occasion d’un dîner au « restaurant français » (le dernier must de la ville) la ministre des Affaires étrangères Louise Mushikiwabo et le ministre de la Défense James Kabarebe. Une entrevue, prévue le lendemain avec le président Kagame, a été annulée pour des raisons d’agenda. Même si ces rencontres au sommet n’avaient pas été discutées au préalable avec Reynders, les Affaires étrangères assurent qu’elles ne s’en offusquent pas : la Belgique parle bien d’une seule voix, mais avec des accents différents. Jean-Pascal Labille en effet multiplie les voyages dans la région, et mi octobre encore, il retournera à Kinshasa. A l’instar de Reynders, il estime que la Belgique a le « devoir moral » de s’impliquer dans la région, de ne pas se montrer insensible à ses souffrances, en particulier celles des femmes. Mais si Reynders joue volontiers au « bad guy » Labille a les moyens d’une politique plus constructive. C’est ainsi qu’au Burundi et surtout au Rwanda, mais demain à Kinshasa, il passe en revue la liste des projets élaborée dans le cadre de la Communauté économique des pays des Grands lacs afin de voir comment la Belgique peut y contribuer. Ils sont ambitieux et variés : centrale hydroélectrique sur la rivière Ruzizi, barrage de Bendera au Sud Kivu, construction de ponts sur plusieurs rivières dont l’Akagera au Rwanda…La Belgique entend mettre en œuvre des fonds propres de la coopération, jouer avec Bio, qui traite avec le secteur privé et surtout s’inscrire dans le cadre tracé par la Banque mondiale, qui a prévu d’allouer un milliard de dollars à la région des Grands Lacs. C’est beaucoup et c’est peu : le seuls barrages sur la rivière Ruzizi vont absorber entre 300 et 400 millions de dollars…

12 septembre 2013

A Bujumbura et Kigali, des encouragements plutôt que des menaces

Catégorie Non classé

Kigali,

Didier Reynders et Jean-Pascal Labille plaisantent parfois sur le sujet : « toi, tu as la parole, et toi tu as l’argent ». Si Reynders définit la politique étrangère du gouvernement, c’est en effet le Ministre de la Coopération qui gère les budgets de l’aide au développement et dans des pays comme le Rwanda et le Burundi, il est considéré comme un interlocuteur important, délivrant grosso modo 150 millions d’euros sur quatre ans. Au Burundi, la Belgique, avec 45, 8 millions d’euros par an, est le troisième bailleur bilatéral, après la Commission européenne et la Banque Mondiale. Plusieurs ministres, Affaires étrangères, Santé, Finances ont donc tenu à rencontrer Jean-Pascal Labille et le président Nkurunziza, dans son fief de Ngozi, lui a accordé une longue audience.
Certes, il a été question de l’appui au secteur santé, à la décentralisation, qui sont des points forts de l’aide belge, mais surtout, les deux hommes se sont entretenus de la situation intérieure du Burundi et des tensions qui minent toujours la région. En effet, si Labille estime que la Belgique ne doit pas se comporter en « donneuse de leçons » mais garder ouvertes les voies du dialogue, en essayant de rester un « référent » dans la région, le refus d’exercer des pressions n’exclut cependant pas la vigilance lorsqu’il s’agît de l’espace démocratique, de l’Etat de droit. Or sur ce point, la situation du Burundi suscite de l’inquiétude : la loi sur la presse oblige –entre autres- les journalistes à citer leurs sources, des projets de loi risquent de restreindre les capacités d’action des ONG et de la société civile, le parti au pouvoir FDD-CNDD se comporte de plus en plus comme un parti-Etat.
Répondant à ces préoccupations, le président a rappelé que le Burundi demeurait un pays « post conflit », où les relations intercommunautaires demeurent fragiles et ne peuvent être mises en péril par une presse qui ne connaîtrait pas ses limites ou une société civile qui se confondrait avec l’opposition politique.
Mais au cœur des entretiens du ministre, au Burundi comme au Rwanda, c’est la situation régionale qui a prévalu : comment faire pour endiguer la violence au Nord Kivu, comment trouver un accord entre Kinshasa et les mutins du M23 ? Le Burundi craint d’être entraîné dans la spirale de la violence (selon certaines sources, 700 ressortissants burundais auraient renforcé les rangs des rebelles…) et le président, ostensiblement, joue profil bas. Mais il estime que les négociations de Kampala ont assez duré, et rappelle l’ultimatum adressé par les pays de la région aux intervenants : « il faut conclure dans les quinze jours ». Pour Nkurunziza, qui tient sans doute à rester en bons termes avec son voisin rwandais, c’est sur Kinshasa qu’il faut mettre la pression, afin qu’une offre crédible soit proposée aux rebelles, afin que nul ne perde la face…
Lors de sa visite à Matadi, Didier Reynders avait estimé, lui, que Kinshasa était allé « aussi loin que possible » dans les concessions au M23, et qu’il fallait désormais « tracer une ligne rouge ». Cette position, jugée trop favorable à Kinshasa, lui avait valu d’être pratiquement déclaré persona non grata à Kigali !
Labille –qui ne s’est pas concerté avec le Ministre des Affaires étrangères avant son voyage- est visiblement moins impérieux, moins radical. Il estime qu’avec le Rwanda aussi, il faut maintenir le dialogue, tenir compte des réalités particulières. Sur la route de Kigali, venant du Burundi, c’est d’ailleurs avec beaucoup d’émotion qu’il s’est recueilli à Nyamatta et Ntarama, deux églises aux toits encore criblés de balles, au sol jonché de vêtements épars, couverts de poussière et de sang. En 1994, des milliers de Tutsis ont péri ici, dans ces lieux qu’ils croyaient inviolables. Comment ne pas reconnaître que le souvenir du génocide plombe toujours les consciences et contribue à déterminer la politique du Rwanda ?
S’entretenant avec la Ministre rwandaise des affaires étrangères Louise Mushikiwabo, avec le Ministre de la Défense James Kabarebe et plus tard avec le président Kagame himself, Labille s’est d’ailleurs voulu constructif, tourné vers l’avenir. A l’instar de Louis Michel autrefois (qui était lui aussi dans la région voici quelques jours…) le ministre de la Coopération veut relancer la Communauté économique des pays des Grands Lacs, réunissant Rwanda Burundi et Congo dans des projets communs, entre autres dans le domaine de l’énergie. Il veut mobiliser, assez rapidement, des sommes importantes, en y impliquant Bio et il rencontrera au retour le commissaire européen au développement Pielbags.
Qu’il s’agisse de la Belgique, de l’Union européenne ou de la Banque mondiale, la démonstration est toujours la même : il s’agît de persuader les voisins du Congo que la paix, qui permettra des projets de développement à long terme, leur sera plus rentable que la guerre et les trafics. Bref, la carotte et encore la carotte. Reste aussi à en persuader Kinshasa, où l’on souhaiterait asséner un coup de bâton militaire aux rebelles récidivistes, afin d’asseoir, enfin, l’autorité de l’Etat sur l’Est du pays…

12 septembre 2013

Des projets concrets pour consolider la paix

Catégorie Non classé

Kigali,
Enfin du concret… Loin des sommets politiques et des interminables négociations le ministre belge de la Coopération, Jean-Pascal Labille, à Bujumbura et ensuite à Kigali, a tenu à aborder des sujets pratiques : comment reconstruire une région sinistrée par la guerre, à quels projets attribuer l’aide internationale importante qui semble enfin se débloquer au bénéfice de la région des Grands Lacs. La Banque Mondiale en effet prévoit d’attribuer un milliard de dollars à la région, l’Union européenne aussi entend se montrer généreuse, et la Belgique, via la coopération, via Bio, entend bien poursuivre son effort et demeurer dans le peloton de tête des bailleurs. C’est pourquoi à Kigali, c’est avec beaucoup d’intérêt que Labille a pris connaissance du catalogue des projets prioritaires, établi par la Communauté économique des pays des Grands Lacs. Une liste non exhaustive, dont les postes les plus importants (au-delà de 300 millions de dollars) seront consacrés à l’énergie hydroélectrique que devrait délivrer la rivière Ruzizi. La liste comprend aussi la construction de ponts, des projets destinés à des jeunes des trois pays, le soutien aux femmes, très actives dans le commerce transfrontalier…
Labille l’a redit à ses interlocuteurs rwandais, au plus haut niveau (la Ministre des Affaires étrangères Louise Mushikiwabo, le Ministre de la Défense Kabarebe, le Ministre des Finances Gatete) : partout où il pourra faire peser le poids de la Belgique, il fera écho au cri des femmes de la région, qui ne veulent qu’une seule chose, la paix. Tout ce qu’elles demandent, c’est cesser d’être déplacées, réfugiées, violentées, pouvoir regagner leur village et leur champ et reprendre la vie ensemble, comme avant.
Sans surprise, les interlocuteurs rwandais du ministre ont remis l’accent sur la menace qu’à leurs yeux représentent toujours les rebelles hutus des FDLR, mais pour ce qui concerne le M23, bête noire de Kinshasa qui peine à clore les négociations de Kampala, Kigali se serait montré discret, sinon raisonnablement optimiste, estimant qu’une issue pourrait être trouvée dans le délai fixé par les chefs d’Etat de la région, soit 14 jours.
Si cette page sombre finit par se tourner, ce que tous visiblement espèrent, restera à régler d’autres questions : le sort des milliers de réfugiés congolais qui se trouvent au Rwanda, l’avenir des 700 combattants qui avaient accompagné au Rwanda leur chef Bosco Ntaganda. Un nouveau problème devra être résolu, celui que posent les Rwandais et les Burundais que la Tanzanie vient d’expulser sans ménagements. Sept mille de ces personnes qui se trouvaient en situation irrégulière sont déjà revenues au Rwanda et avec elles 157.000 têtes de bétail ! Comment gérer cet afflux de vaches et éviter les risques sanitaires, comment recaser les nouveaux venus, comment régler les problèmes fonciers ? Ici aussi l’aide de la Belgique a été demandée…Pour Jean-Pascal Labille, chaque nouveau problème rappelle à la Belgique qu’elle a bien, dans cette région difficile, un « devoir moral », celui de briser « le silence assourdissant » et de veiller au suivi de toutes les bonnes résolutions…

11 septembre 2013

Les paveurs de Bujumbura

Catégorie Non classé

Bujumbura

Ses mains sont crevassées, la poussière marbre son visage, mais Domitille Twagirayesu, lorsqu’elle se redresse pour nous saluer, a les yeux qui brillent. Cependant, la vie n’a pas ménagé cette femme de 40 ans, dont le mari a été tué au cours de la guerre civile, la laissant seule avec quatre enfants. Comme tant d’autres, victime des conflits qui ont ravagé le Burundi durant deux décennies, Domitille a du abandonner son champ dans la province de Ngozi pour venir dans la capitale grossir les rangs des déplacés. Dans les premiers temps, elle a proposé ses services comme maçonne mais, non qualifiée, travaillant uniquement dans le secteur informel, elle ne gagnait presque rien. Mais désormais, sa vie a changé : elle a été acceptée comme « apprenante » dans le programme « pavage », soutenu par la coopération technique belge.
Au cœur de Kamembe, l’un des quartiers nord de Bujumbura, naguère fief des rebellions hutues, Domitille a donc intégré un groupe d’hommes et de femmes qui apprennent à concasser des pierres, à les tailler à mesure, à les aligner soigneusement. Aujourd’hui, ce travail pénible lui rapporte 4200 francs burundais par jour, dont 1200 sont retenus à la source et versés sur un compte. La somme –deux euros- peut paraître dérisoire, mais la veuve ne se plaint pas : à la fin du mois ce maigre salaire lui permettra de payer la scolarité de ses quatre enfants. Et surtout, au bout de neuf mois, lorsque son apprentissage sera terminé, le petit pécule retenu à la source lui permettra de rembourser la somme empruntée pour construire sa maison, ou, mieux encore, de former avec d’autres paveurs un groupe de travailleurs spécialisés qui pourront proposer leurs services aux autres communes d’une ville en pleine expansion. Domitille espère d’ailleurs, lorsqu’elle possédera bien la technique, arriver à gagner 5000 francs burundais par jour (un peu moins de trois euros…)
Le programme « pavage » développé à Nyakabiga, Bwiza, Kirundo et surtout dans trois communes sensibles de Bujumbura est l’un des fleurons de la coopération belge. A ce jour, dans la capitale seulement, il a permis de paver et d’ assainir 18,7 km de routes, traversant les quartiers les plus sensibles, qui en ont été métamorphosés : désormais, les habitants ne se considèrent plus comme les parias d’une capitale qui a grandi trop vite, accueillant réfugiés revenus de l’étranger et déplacés de guerre. Les petits commerces se sont multipliés, les avaloirs de béton sont surveillés par les comités de quartier pour éviter qu’on les bouche avec des immondices, les façades des maisons sont plus soignées.
C’est avec enthousiasme qu’Olivier Chanoine, responsable du programme, détaille au ministre de la Coopération Jean-Pascal Labille, les multiples facettes du projet. Car il ne s’agît pas seulement de paver des rues, d’améliorer la salubrité, il importe surtout de donner aux plus démunis des citoyens une formation de base de sept mois, qui sera suivie par deux mois d’apprentissage professionnel dans une filière plus spécialisée, la restauration, la couture, l’élevage de poules, la culture de champignons, la menuiserie, la plomberie etc…
Lorsqu’ils intègrent les équipes de paveurs, les « apprenants » ne s’engagent pas seulement à acquérir un savoir faire. Ils apprennent à travailler en équipe, à être solidaires, à dépasser les catégories basées sur l’origine ethnique ou régionale. Ils tentent d’ oublier les clivages politiques qui ont mené à deux décennies de guerre civile, aux tueries entre milices composées de Hutus ou de Tutsis… Depuis 2009, 450 emplois permanents ont ainsi été créés, à Bujumbura seulement, car les paveurs ont aussi appris à aller chercher la pierre dans les collines environnantes et, sur une base commerciale, à répondre à la demande.
Grâce au « pavage social », des quartiers entiers ont été désenclavés, des activités génératrices de revenus ont été crées et surtout le fait d’être réintégré dans les circuits économiques a permis à de nombreux jeunes d’échapper à la tentation de la violence. Nul ne l’exprime, mais chacun le sait : dans l’un des pays les plus pauvres du monde, où le développement a pris vingt ans de retard pour cause de guerre civile (en octobre prochain sera célébré le vingtième anniversaire de l’assassinat du président hutu Melchior Ndadaye…)de telles activités dites à haute intensité de main d’œuvre (HIMO) sont les seules à pouvoir dissuader les jeunes – sans éducation et sans emploi- de rejoindre les groupes armés, ceux du pays, en voie de démantèlement, ou ceux du pays voisin, toujours actifs.
« Venez chez nous, nous vous attendons, avec nos carrières de pierres, nos jeunes combattants à reclasser, nos villes à reconstruire et nos nouvelles cités (Baraka, Kamituga, Shabunda) qui auront besoin de tout… »
Gouverneur du Sud Kivu, Marcellin Cishambo a obtenu le feu vert du président Kabila, qui l’a autorisé à déserter durant deux jours les concertations nationales qui se tiennent à Kinshasa pour se rendre à Bujumbura afin d’y rencontrer le ministre Labille. Arrivé à la tête d’une importante délégation, le gouverneur a délivré un message clair : le Sud Kivu, avec ses milliers de miliciens à démobiliser, de jeunes non qualifiés en quête de travail, a lui aussi besoin d’un tel programme. Et il n’est pas seul dans sa requête : à l’entendre, d’autres gouverneurs de province (Nord Kivu, Katanga, Kasaï) sont également prêts à s’adresser à la coopération belge… L’histoire d’ailleurs travaille en boucle : c’est au lendemain des élections de 2006 que la CTB, désireuse de faire bénéficier Kinshasa des « dividendes de la paix » avait lancé les premiers programmes de pavage dans certains quartiers populaires de la capitale. Abandonnée au Congo, l’idée avait par la suite été mise en œuvre au Burundi, transformant des quartiers les plus pauvres de Bujumbura. Aujourd’hui, si les Chinois construisent les grands axes, les Congolais souhaitent que, devant leur maison, passe une rue pavée qu’ils auront contribué à construire…

2 septembre 2013

Mary Robinson à Goma

Catégorie Non classé

2 septembre 2013

Mary Robinson à Goma

Catégorie Non classé

Vers la paix, après les canons   Envoyée spéciale du Secrétaire général de l’ONU pour la région des Grands Lacs, Mary Robinson, en compagnie d’autres « envoyés spéciaux », l’Américain Russ Feingold et le Belge Koen Vervaeke représentant l’Union européenne, a –enfin- découvert la réalité de Goma : une ville meurtrie par les bombes, envahie par les déplacés de guerre, exaspérée par la reprise des combats, même si l’armée régulière, assistée par les forces onusiennes a réussi à faire reculer les rebelles au-delà des collines stratégiques de Kibati d’où ils menaçaient la capitale du Nord Kivu. L’ancienne présidente d’Irlande découvrira aussi que, malgré l’angoisse et les incertitudes qui persistent, le climat de Goma a changé en une semaine. Voici huit jours encore, des véhicules onusiens étaient caillassés par la population qui estimait que les Casques bleus ne faisaient pas leur travail, beaucoup doutaient de la détermination de Kinshasa et les autorités avaient le plus grand mal à empêcher que la détestation du M23 dégénère en réactions hostiles aux Tutsis congolais. Depuis lors, même s’ils sont fragiles, les succès enregistrés sur le terrain ont fait évoluer les sentiments : chacun a pu constater que les forces onusiennes s’étaient engagées avec détermination, non seulement les Sud Africains et les Tanzaniens qui comptent déjà un mort et plusieurs blessés, mais aussi les autres contingents, mobilisés par le « force commander » le général brésilien Cruz qui a lui-même suivi les opérations sur le terrain. A l’égard de l’armée congolaise aussi, les perceptions évoluent : les motards apportent aux soldats des bidons d’eau potable, des vivres sont envoyées au front par des civils, renforçant les rations fournies par la Monusco, une amélioration bien accueillie par des hommes qui, jusqu’à présent devaient se débrouiller avec une  poignée de haricots non cuits ! En outre, les autorités congolaises ont tout fait pour éviter les dérapages et déjouer d’éventuelles provocations : le ministre congolais de l’Intérieur Richard Mueij, dépêché à Goma,  a convoqué motards, taximen, étudiants, société civile, opérateurs économiques pour leur recommander de s’abstenir de tout acte hostile aux Tutsis et recommander le sang froid.  A Goma, Mary Robinson et ses collègues devraient évoquer la possibilité d’une résolution politique de la crise, ainsi que le recommande M. Ban Ki-Moon. Aux yeux du représentant de la Monusco à Goma, le Hondurien Virgilio Torrès, offensive militaire et négociations politiques ne sont pas contradictoires : « les Nations unies ne sont pas ici pour éradiquer le M23, pour humilier l’une des parties. Certes, nous voulons que le M23 rende les armes, mais que par la suite il faut que ses revendications politiques soient examinées. Il ne faut pas fermer la porte au dialogue… »Pour Virgilio Torrés, une victoire sur le M23 ne serait qu’une étape : « notre mandat est clair : après les mutins du M23, nous attaquerons les combattants hutus des FDLR, puis les rebelles ougandais des ADF et les divers groupes de Mai Mai, entre autres les « Kifwafwa » et les « Raia Mutomboki ». Eux aussi seront désarmés et ensuite pourra commencer la reconstruction du Nord Kivu : nous voulons que les pays voisins Ouganda et surtout Rwanda comprennent, in fine, que la paix est plus rentable que la guerre… » Du côté congolais aussi, malgré l’enlisement des négociations de Kampala entre le M23 et le gouvernement, qui durent depuis novembre -et dont Kinshasa paie la facture- des propositions politiques sont sur la table : « nos offres ne sont pas négligeables » assure François Mwamba, l’un des négociateurs congolais, issu de l’opposition. Suggérant des compensations économiques qui seraient accordées aux gourmands voisins, il consent à préciser «  nous avons compris que l’on ne pouvait être heureux et riche tout seul… » Va-t-on vers une exploitation commune du pétrole du lac Albert, du gaz méthane du lac Kivu, des minerais de la province ? Les soldats rebelles, jusqu’au grade de lieutenants, pourraient ils tout de même être réintégrés dans l’armée congolaise ?  François Mwamba refuse d’en dire plus, mais les « concertations nationales » qui s’ouvriront à Kinshasa le 5 septembre prochain pourraient être le cadre «  national » où les revendications des rebelles, portant entre autres sur la gouvernance et demandant un plan Marshall pour le Kivu pMary Robinson à Goma, enfin…entendues…Sauf si les radicaux, à Goma, au Rw

Envoyée spéciale du Secrétaire général de l’ONU pour la région des Grands Lacs, Mary Robinson, en compagnie d’autres « envoyés spéciaux », l’Américain Russ Feingold et le Belge Koen Vervaeke représentant l’Union européenne, a –enfin- découvert la réalité de Goma : une ville meurtrie par les bombes, envahie par les déplacés de guerre, exaspérée par la reprise des combats, même si l’armée régulière, assistée par les forces onusiennes a réussi à faire reculer les rebelles au-delà des collines stratégiques de Kibati d’où ils menaçaient la capitale du Nord Kivu. L’ancienne présidente d’Irlande découvrira aussi que, malgré l’angoisse et les incertitudes qui persistent, le climat de Goma a changé en une semaine. Voici huit jours encore, des véhicules onusiens étaient caillassés par la population qui estimait que les Casques bleus ne faisaient pas leur travail, beaucoup doutaient de la détermination de Kinshasa et les autorités avaient le plus grand mal à empêcher que la détestation du M23 dégénère en réactions hostiles aux Tutsis congolais. Depuis lors, même s’ils sont fragiles, les succès enregistrés sur le terrain ont fait évoluer les sentiments : chacun a pu constater que les forces onusiennes s’étaient engagées avec détermination, non seulement les Sud Africains et les Tanzaniens qui comptent déjà un mort et plusieurs blessés, mais aussi les autres contingents, mobilisés par le « force commander » le général brésilien Cruz qui a lui-même suivi les opérations sur le terrain. A l’égard de l’armée congolaise aussi, les perceptions évoluent : les motards apportent aux soldats des bidons d’eau potable, des vivres sont envoyées au front par des civils, renforçant les rations fournies par la Monusco, une amélioration bien accueillie par des hommes qui, jusqu’à présent devaient se débrouiller avec une poignée de haricots non cuits ! En outre, les autorités congolaises ont tout fait pour éviter les dérapages et déjouer d’éventuelles provocations : le ministre congolais de l’Intérieur Richard Mueij, dépêché à Goma, a convoqué motards, taximen, étudiants, société civile, opérateurs économiques pour leur recommander de s’abstenir de tout acte hostile aux Tutsis et recommander le sang froid.
A Goma, Mary Robinson et ses collègues devraient évoquer la possibilité d’une résolution politique de la crise, ainsi que le recommande M. Ban Ki-Moon. Aux yeux du représentant de la Monusco à Goma, le Hondurien Virgilio Torrès, offensive militaire et négociations politiques ne sont pas contradictoires : « les Nations unies ne sont pas ici pour éradiquer le M23, pour humilier l’une des parties. Certes, nous voulons que le M23 rende les armes, mais que par la suite il faut que ses revendications politiques soient examinées. Il ne faut pas fermer la porte au dialogue… »Pour Virgilio Torrés, une victoire sur le M23 ne serait qu’une étape : « notre mandat est clair : après les mutins du M23, nous attaquerons les combattants hutus des FDLR, puis les rebelles ougandais des ADF et les divers groupes de Mai Mai, entre autres les « Kifwafwa » et les « Raia Mutomboki ». Eux aussi seront désarmés et ensuite pourra commencer la reconstruction du Nord Kivu : nous voulons que les pays voisins Ouganda et surtout Rwanda comprennent, in fine, que la paix est plus rentable que la guerre… »
Du côté congolais aussi, malgré l’enlisement des négociations de Kampala entre le M23 et le gouvernement, qui durent depuis novembre -et dont Kinshasa paie la facture- des propositions politiques sont sur la table : « nos offres ne sont pas négligeables » assure François Mwamba, l’un des négociateurs congolais, issu de l’opposition. Suggérant des compensations économiques qui seraient accordées aux gourmands voisins, il consent à préciser « nous avons compris que l’on ne pouvait être heureux et riche tout seul… » Va-t-on vers une exploitation commune du pétrole du lac Albert, du gaz méthane du lac Kivu, des minerais de la province ? Les soldats rebelles, jusqu’au grade de lieutenants, pourraient ils tout de même être réintégrés dans l’armée congolaise ? François Mwamba refuse d’en dire plus, mais les « concertations nationales » qui s’ouvriront à Kinshasa le 5 septembre prochain pourraient être le cadre « national » où les revendications des rebelles, portant entre autres sur la gouvernance et demandant un plan Marshall pour le Kivu pourront être entendues…Sauf si les radicaux, à Goma, au Rwanda, à Kinhasa l’emportent, c’est peut-être à coups de canon que la voie politique aura été rouverte…