28 octobre 2013

Kibumba, Kiwanja, Rutshuru, des victoires congolaises

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Eclairage

Kibumba, Kiwanja, Rutshuru, Rumangabo important centre de formation militaire et bientôt Bunagana, poste douanier sur la frontière ougandaise : durant longtemps les noms de ces localités du Nord Kivu ont été synonymes de défaites militaires, d’exactions, de massacres et d’exodes. Depuis trois jours, ils incarnent les victoires de l’armée congolaise dans son offensive contre les rebelles du M23 et à Kinshasa la presse considère que la reddition des mutins est imminente, même si l’envoyé spécial américain redoute toujours une « internationalisation » de la crise…
L’offensive militaire s’inscrit dans un double contexte politique : à Kinshasa, les concertations nationales se sont terminées sur la promesse de voir bientôt se constituer un gouvernement ouvert à l’opposition mais surtout, à Kampala, où rebelles et représentants gouvernementaux négocient depuis dix mois (aux frais du Congo…)le désaccord s’est avéré insurmontable. En effet, les chefs militaires du M23 ont refusé que leurs troupes soient réaffectées dans d’autres provinces du Congo (loin de la frontière rwandaise…) tandis que Kinshasa, sous pression de son opinion publique, a catégoriquement refusé d’accorder l’amnistie aux dirigeants de la rébellion visés par des sanctions internationales, estimant qu’il fallait mettre fin à l’impunité et au cycle des rébellions à répétition.
Sur le plan militaire, les succès des FARDC s’expliquent d’abord par la faiblesse croissante du M23 : les effectifs des rebelles ont été réduits par l’éclatement du mouvement, dont 600 hommes, l’été dernier, se sont réfugiés au Rwanda à la suite de leur chef Bosco Ntaganda aujourd’hui transféré à la CPI. Face à cet adversaire diminué, l’armée gouvernementale a entamé une offensive sur plusieurs axes, obligeant le M23 à disperser ses forces. En outre, des soldats hutus membres du M23 ont refusé de combattre ou ont fait défection, estimant que les officiers tutsis ne partageaient pas avec leurs troupes les revenus tirés des recettes douanières ou des trafics d’or, que l’organisation américaine Enough Project vient d’estimer à 500 millions de dollars. Par ailleurs, les pressions internationales et les sanctions ont empêché l’armée rwandaise de se porter clairement au secours de ses alliés, même si récemment encore des infiltrations ont été dénoncées par la société civile.
Quant à l’armée congolaise, elle a été « dopée » par plusieurs facteurs, le premier étant une amélioration de la logistique : salaires payés, rations de l’ONU remplaçant les gamelles de haricots crus dont devaient se contenter les troupes, commandement plus cohérent, avec moins de trahisons et de communication d’informations à l’ennemi. Se comportant mieux que d’ordinaire, les unités congolaises (des bataillons d’élite formés entre autres par les Belges) ont été soutenues par la population : on a vu des motards de Goma porter des bidons d’eau aux soldats sur le front…En outre, les FARDC ont été épaulées par la Monusco, les Casques bleus mais aussi la Brigade d’intervention africaine, beaucoup plus décidée et qui vient de perdre un officier tanzanien. Même si la Monusco ne combat pas en première ligne, elle se montre nettement plus ferme que par le passé, sous l’impulsion de son nouveau commandant en chef le général Cruz et du représentant politique Martin Kobler (un Allemand revenant d’Afghanistan). La force onusienne se souvient aussi de l’humiliation qu’avait représenté la chute de Goma en novembre 2013 et elle s’est sentie défiée par les tirs du M23 ayant à plusieurs reprises visé ses hélicoptères.
Au-delà des succès engrangés, il serait prématuré de crier déjà victoire : le Rwanda, peu soucieux de lâcher ses alliés congolais et de perdre l’accès au Nord Kivu, pourrait être tenté de jouer le tout pour le tout et de franchir la frontière en dépit de la pression internationale. L’Ouganda, dont la neutralité est de plus en plus sujette à caution pourrait permettre l’ouverture d’un nouveau front, plus au nord, où un certain « M18 » a déjà fait son apparition. Pour le Congo enfin, le principal défi est d’ordre interne : si la bonne gouvernance n’est pas rétablie au Kivu, si les Tutsis congolais se voient menacés, si les réfugiés ne sont pas autorisés à rentrer chez eux, les germes d’une nouvelle guerre seront toujours présents. Quant à la Monusco et à sa brigade africaine, sa crédibilité est en jeu : si le M23 est neutralisé, il lui faut de toute urgence et avec la même énergie, s’en prendre aux autres groupes armées, dont les Hutus des FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) qui demeurent, depuis bientôt vingt ans, le premier élément déstabilisateur de la région…

28 octobre 2013

Du Cap à Lubumbashi, une percée triangulaire

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Cape Town, Lubumbashi,

L’Afrique du Sud, tremplin vers l’Afrique noire et plus particulièrement la République démocratique du Congo, où les milieux d’affaires belges rêvent de revenir… L’ « expertise » belge, surtout francophone, clé d’une pénétration sud africaine au Congo bien sûr, mais aussi dans cette autre moitié de l’Afrique qui ne parle pas l’anglais…Des coopérations triangulaires, entre Belges et Sud Africains, pour travailler ensemble sur un continent qui apparaît de plus en plus comme une « nouvelle frontière », la dernière région du monde où la croissance explose…
Voilà quelques uns des enseignements à tirer de la « méga-mission » économique belge en Angola et en Afrique du Sud, que le ministre wallon de l’économie et de l’enseignement supérieur Jean-Claude Marcourt a délaissée pour Lubumbashi, désireux de confirmer sans attendre la faisabilité de cette coopération triangulaire. L’ouverture d’une représentation Wallonie Bruxelles dans la capitale du Katanga, qui sera dirigée par Fabrice Sprimont, démontre cette volonté d’implication : outre les activités culturelles, le nouveau centre sera un relais pour les partenariats économiques et universitaires.
La coopération entre Lubumbashi et la Wallonie, Liège en particulier, est ancienne et multiforme : la Cité ardente a aidé la capitale du Katanga à informatiser ses registres de population et, au niveau universitaire, les échanges sont nombreux et anciens. C’est ainsi que le professeur Leroy a impliqué l’école vétérinaire de Liège dans l’amélioration du bétail et le développement du petit élevage. Une action très appréciée par le gouverneur Moïse Katumbi, qui rappelle que 100.000 vaches paissent dans les élevages industriels du Katanga et que si la province, qui produit actuellement 750.000 tonnes de cuivre par an (un record historique..) doit poursuivre sa progression, il faut absolument renforcer la production agricole, afin de réduire les importations de maïs en provenance de Zambie et du Zimbabwe. La crise alimentaire, qui pourrait bloquer le développement industriel, est d’autant plus préoccupante que les troubles dans le Nord Katanga ont fait 400.000 déplacés et bloqué l’approvisionnement agricole du Sud minier. Le gouverneur estime que la production de cuivre pourrait dépasser le million de tonnes par an, à condition que se résolvent les problèmes énergétiques. Ici aussi, les Belges sont déjà présents dans la création de micro barrages et la construction de cinq centrales électriques. Par ailleurs, l’explosion de la production minière a entraîné de graves pollutions et les médecins constatent un nombre élevé de malformations parmi les nourrissons. C’est pourquoi le professeur Eric Pirard, de l’Université de Liège, géologue de réputation internationale, a été appelé à contribuer à la mise sur pied d’un « centre d’excellence en formations minières » qui attirera surtout des spécialistes en matière d’environnement. D’ores et déjà, l’université de Kwa Zulu Natal, à Durban, souhaite être associée au travail de recherche qui sera mené au Katanga et un accord dans ce sens a été conclu. Des doctorants pourraient ainsi être échangés entre Liège, Durban et Lubumbashi.
Au Cap, le recteur de l’Université de Leuven Rik Torfs, n’avait pas hésité à lâcher « nous sommes ici chez nous »… Cette assurance n’a pas nécessairement plu aux Sud Africains et les a encouragés à découvrir que les universités francophones aussi avaient un haut potentiel (quatre prix Nobel pour la seule ULB…), une longue expérience en Afrique francophone et peut-être moins de suffisance. Ces atouts ont incité Jean-Claude Marcourt à réunir les six universités du Sud du pays et une vingtaine d’entreprises wallonnes, une délégation qui ne l’a cependant pas accompagné au Katanga où le ministre a terminé son périple par un court séjour privé dans le ranch de l’entrepreneur Georges Forrest.

28 octobre 2013

Parcours sans faute pour Astrid de Belgique

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Johannesbourg, Cape Town,

Durant quelques heures, la grande salle de l’hôtel Hyatt à Johannesbourg a ressemblé à l’embouchure d’un fleuve rassemblant tous les courants d’une délégation exceptionnelle: ministres, hommes d’affaires, universitaires, Flamands et francophones sans compter de nombreux Belges résidents en Afrique du Sud et autres invités se sont mêlés dans une chaleureuse cohue. Mais soudain, le silence s’est établi autour d’une mince silhouette, d’un visage délicat alourdi par d’épaisses lunettes sombres : Astrid de Belgique, avec l’aisance et le look d’une « executive women » devant son conseil d’administration, prononçait le discours le plus attendu de son séjour, saluant à la fois les succès du pays hôte et les ambitions de la Belgique. Ciselé, soigneusement pesé, le texte, certes, était convenu, reconnaissant la « transition pacifique » et « l’appétit pour la démocratie » dont l’Afrique du Sud est le symbole, relevant le savoir faire de la Belgique, l’envergure et les ambitions de ses entreprises et confirmant ce dont on se doutait depuis le début du voyage : le monde économique belge mais aussi le monde universitaire souhaitent que le partenaire sud africain leur offrent une plate forme, un « hub » d’où ils pourront pénétrer vers le reste du continent et plus particulièrement les pays de la SADC (Conférence des Etats d’Afrique australe), en pleine croissance et encore trop peu connus de nos investisseurs. (Le port d’Anvers, par exemple, forme chaque année 400 Sud Africains aux méthodes modernes de la gestion portuaire et il souhaiterait proposer aux autres pays de la région, Namibie, Mozambique, eux aussi dotés de ports importants, de recourir aux mêmes services…).
Mais ce soir là, au-delà des enjeux officiels de la visite, le public était plutôt tenté d’observer les premiers pas de la princesse Astrid dans ses nouvelles fonctions, à la tête d’une mission d’envergure. Nul ne fut déçu : on vit Didier Reynders, qui précédait l’oratrice avec l’élégance d’un chevalier servant soudain s’effacer, les conseillers, diplomates et autres membres de l’entourage reculer d’un pas pour laisser toute la place à cette jeune femme dont la tranquille assurance s’imposait comme une évidence. Le doute n’était plus permis, la princesse occupait ses nouvelles fonctions non seulement avec compétence, mais avec une ouverture d’esprit, une curiosité que tous ses interlocuteurs devaient nous confirmer par la suite. Ceux qui l’avaient accompagnée en Angola, où elle fut reçue par le vice président, nous confièrent « qu’elle était remarquablement préparée, connaissant à fond ses dossiers… » Consciencieuse, la princesse ne se séparait pas de son gros dossier d’où dépassaient de nombreux signets et ne se privait pas de relire ses notes aux moments perdus. Seuls soupiraient quelques photographes : « sa documentation, ses documents, cela n’est pas très glamour sur les photos officielles, nous aurions préféré des poses plus étudiées… »
Quant à Didier Reynders, qui « chapeaute » Astrid avec une sorte d’amicale complicité, il ne se dit guère surpris par l’aisance dont fait preuve la princesse : « elle a déjà effectué de nombreuses missions humanitaires, (les mines anti personnel, le projet « roll back malaria ») et, aujourd’hui comme hier, elle fait preuve de la même disponibilité, du même enthousiasme. » Le Ministre des Affaires étrangères refuse de reconnaître qu’il ait pu « coacher » Astrid sur les questions internationales, préférant relever que « cette dernière est très au fait de l’actualité et a déjà beaucoup voyagé à travers le monde… » De fait, les Sud Africains se souviennent que la princesse s’est déjà rendue dans le township de Kayelitsha, près de Cape Town, où elle a rencontré le Dr Eric Goemaere (qu’elle reverra vendredi) et qu’elle a suivi de près les programmes de lutte contre le Sida.
Alors que l’entourage canalise délicatement la foule des invités qui souhaitent être présentés, tous les interlocuteurs reviennent heureusement surpris des quelques minutes d’entretien qui leur ont été accordées : l’un se réjouit d’avoir été personnellement reconnu, l’autre relève que Son Altesse était au courant de ses activités et de ses projets, un troisième est touché par sa disponibilité à l’écouter jusqu’au bout…
Bon sang ne peut mentir : les habitués des missions princières et du Palais se plaisent à retrouver des traits familiers, à rappeler les antécédents familiaux. Pour l’un, Astrid, avec son beau sourire et son sens de la répartie, a hérité de l’humour de son père ; pour l’autre, sa manière de se pencher vers ses interlocuteurs, de courber le cou comme pour mieux écouter rappelle son frère le roi Philippe, avec une note d’empathie plus évidente encore. Et pour nous, la voix d’Astrid, son accent, -qu’elle s’exprime en français, en néerlandais ou dans un anglais parfait- ont gardé cette tonalité inimitable propre à Laeken, avec les consonnes un peu trop appuyées et une manière très précise et finalement très « belge » d’articuler avec soin…
Les invités, bien sûr, écoutent avec satisfaction les propos, publics ou plus privés, de la princesse. Ils vantent sa capacité d’écoute, se réjouissent de la voir passer de groupe en groupe, de s’attarder auprès d’eux sans se soucier de l’heure qui passe, sans avoir d’autre obligation qu’être toute entière présente à sa tâche, prenant un visible plaisir à exercer sa nouvelle fonction. Mais ce serait mentir que croire qu’ils ne l’observent pas, qu’ils ne commentent guère ses toilettes ou l’aura qu’elle dégage. Sur ce point, les familiers des magazines de mode s’avouent déçus : Astrid, avec son tailleur pantalon de lin beige, qui se froisse au fil des heures, son pantalon blanc ou sa robe beige et noire, habillée mais un peu terne, a visiblement préféré le « casual chic », l’élégance efficace et décontractée, à l’effet « grand couturier ». Elle ne joue ni la star ni l’altesse et lorsqu’elle chausse ses énormes bésicles ou laisse le vent la décoiffer, les photographes se demandent comment ils vont alimenter leurs magazines de papier glacé. Mais qu’importe ? Ce que tous reconnaissent, c’est qu’Astrid, comme la grand-mère qu’elle n’a pas connue et dont elle porte le nom, attire la lumière, moins par l’éclat de ses toilettes que par la clarté de son sourire. L’ expression est convenue et tous en reconnaissent la pertinence : « la présence de la princesse aux côtés d’une délégation d’hommes d’affaires ouvre des portes » et Reynders précise : « elle établit le contact, puis les autres prennent le relais… ». Mais les portes qui en Angola et en Afrique du Sud se sont ouvertes ne sont pas seulement celles des banques et des entreprises : à Kayelitsha et ailleurs, la princesse, par sa cordialité et sa simplicité, a aussi touché les cœurs…

23 octobre 2013

Unanimité belgo sud africaine sur le Congo

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JOhannesbourg,
Les rires partagés, la chaleur de la poignée de mains, l’atmosphère de complicité sont des signes qui ne trompent pas : la visite d’une aussi importante délégation économique belge, présidée par la princesse Astrid, a été perçue par les Sud Africains comme un geste politique important et c’est en ami que Didier Reynders a été reçu par son homologue, la ministre des Affaires étrangères Mme Koana-Mashabane.
A l’issue de l’entretien, la ministre sud africaine nous a confirmé son appréciation positive de ce grand retour de la Belgique en Afrique australe et elle s’est aussi réjouie du fait que la délégation ait commencé son périple par l’Angola : « après avoir traversé une guerre civile, ce pays est entré dans une phase de développement et devient l’une des locomotives économiques du continent. Votre visite signifie que « l’Angola est de retour » et nous ne pouvons que nous en réjouir. Nos deux pays, la Belgique et l’Afrique du Sud, vont d’ailleurs soutenir la candidature de l’Angola à la présidence du processus de Kimberley ( le mécanisme international de traçabilité du diamant, qui a d’ailleurs fait l’objet d’un séminaire organisé par les diamantaires anversois). … »
Zimbabwe, Madagascar, Centrafrique, les deux ministres ont effectué un large tour d’horizon mais se sont plus particulièrement attardés sur leur partenaire commun, le Congo, où le président Zuma se rendra fin octobre en visite officielle.
Plus que jamais, l’Afrique du Sud, puissance africaine émergente, entend s’engager en Afrique centrale et elle accueillera bientôt un sommet réunissant les pays des Grands Lacs et ses voisins d’Afrique australe, réunion où la Belgique a été invitée à envoyer un représentant. Le discours prononcé à Kinshasa par le président Kabila, annonçant à la fois le respect de l’esprit et de la lettre de la Constitution, une prochaine ouverture du gouvernement à l’opposition et à la société civile et une intensification de la lutte contre la corruption, a été très bien reçu par les deux ministres qui ont souligné presque en chœur : « nous saluons cette déclaration, nous estimons que le président Kabila doit être soutenu, car nous croyons qu’une paix durable au Congo et dans la région des Grands Lacs contribuera à une Afrique plus paisible, plus prospère, plus développée. » D’après Didier Reynders « la qualité des relations entre la Belgique et l’Afrique du Sud devrait aussi nous permettre d’envisager des actions communes au Congo ». Les deux ministres ont assuré qu’ils suivaient de très près les négociations de Kampala entre les rebelles du M23 et la partie gouvernementale, qui sont à nouveau bloquées à cause de l’exigence d’une amnistie totale des chefs de la rébellion qui entendent être réintégrés dans l’armée sans autre forme de procès. Il est clair que le refus de l’impunité, depuis longtemps exprimé par Reynders, « intégrer les indisciplinés c’est aussi intégrer l’indiscipline » est approuvé par son homologue sud africaine et cela alors que le « médiateur » ougandais tente encore de faire fléchir Kinshasa. « Nous allons aussi poursuivre la pression sur les pays voisins afin qu’ils contribuent à la paix » devait conclure Reynders…
Comme l’économie est plus proche que jamais de la diplomatie, un sujet beaucoup plus prosaïque a aussi été soulevé : la taxe de 61% que les Sud Africains veulent imposer à deux entreprises belges, exportatrices de chips et surtout de frites surgelées. Vu l’excellence des relations entre les deux pays, Mme Koana-Mashabane a promis de plaider en faveur de ce fleuron symbolique de la gastronomie belge…

23 octobre 2013

Des Belges heureux en Afrique du Sud

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Voici dix ans, Marc Goethals tenait un magasin d’antiquités à Ixelles, du côté de la chaussée de Boendael. Jamais il n’aurait songé à s’expatrier, sauf qu’il aimait le sport, les grands espaces, qu’il adorait les longues randonnées à cheval ou à moto. La Belgique, au début de la crise financière, lui parut soudain exigüe, sinon en déclin. Comme il avait découvert l’Afrique du Sud en touriste, il décida d’y tenter sa chance. Il ne l’a jamais regretté. Aujourd’hui son show room, ou plutôt son salon d’exposition au cœur de Milpark, un quartier branché de Johannesbourg, est l’un des plus cotés de la ville. Après avoir pris un thé dans une cour intérieure vers où s’ouvrent les derniers restaurants à la mode, on y traverse de larges pièces meublées comme des manoirs anglais ou de petits châteaux de la France profonde : commodes et bonheurs du jour, lourdes tables de chêne, secrétaires ouvragés voisinent avec des fauteuils Empire et la vaisselle de porcelaine, les verres de cristal ont l’éclat de mondes disparus. Mais ici, explique Marc Goethals, « les gens raffolent de tout ce qui porte le label « heritage » et qui rappelle la vieille Europe. Pour mes clients, qui ont de vastes demeures à la campagne, l’espace n’est pas un problème, et l’argent non plus.. » Jamais l’antiquaire-décorateur n’a regretté son choix : il fait venir ses meubles d’Europe, parcourt parfois les brocantes du Midi où il possède quelques bonnes adresses et depuis l’Afrique du Sud, il commande des travaux de menuiserie au Zimbabwe voisin ou même en Tchéquie. « Mon seul regret c’est que la main d’œuvre sud africaine ne soit pas encore assez formée, il est difficile de trouver ici de bons artisans. Sinon, c’est le rêve : j’apprécie le climat, la simplicité des habitants et dans ce pays en pleine expansion, qui a encore besoin de tout, il y a moyen de faire des affaires… » Vers la fin de la visite, lorsque se pose « la » question, celle de la violence qui voici quelques années encore ravageait le centre de Johannesbourg, Goethals reconnaît qu’il avait omis d’aborder le sujet «la criminalité a fortement diminué, depuis que, comme à Londres, la municipalité a placé des cameras partout et multiplié les équipes de policiers. En outre, les travaux de rénovation du centre ville vont bon train, cinémas, théâtres, galeries d’art remplacent peu à peu les squats du passé… »
Dans un tout autre domaine, Diego de Radigues lui aussi est persuadé d’avoir fait le bon choix, lorsqu’avec son associé Kotch Pirmez il décida de délocaliser son entreprise « Bakali » de Zambie en Afrique du Sud : « même si la Zambie connaît un vrai boom économique, mon marché se limitait à 200 ou 300 000 personnes. Ici, je pourrais vendre mes galettes de riz soufflé à plus de 4 millions de clients… »Comme nombre de Belges vivant en Afrique du Sud, de Radigues et son associé sont des « anciens » du Congo, que leur famille avait quitté naguère pour Lusaka. Installée dans le quartier industriel de Johannesbourg, leur petite usine sent bon le chocolat chaud et le yoghourt qui enrobent les petites galettes rondes. « Un aliment sain, diététique, qui commence à faire fureur ici où tout le monde est en surpoids » explique de Radigues qui a comme principal client la grande chaîne d’alimentation Pick and Pay, implantée dans tout le pays, ainsi que les magasins « bio » de plus en plus nombreux. Le débarquement des hommes d’affaires belges a ravi le patron de « Bakali » : dès la première matinée, il a repéré deux exportateurs belges désireux de faire des affaires en Afrique du Sud. Comme il possède une licence d’importateur, il s’est proposé comme intermédiaire sur le marché sud africain et les introduira dans son propre réseau.
En marge des activités officielles, que la princesse Astrid rehausse de son sourire et de son intérêt, la mission économique belge est aussi le temps de ce que l’on appelle ici le « networking », la mise en réseau et les « vieux Belges » implantés en Afrique du Sud s’efforcent de convaincre leurs compatriotes d’élargir leur horizon et de se lancer à leur tour dans ce pays d’avenir.

23 octobre 2013

La Belgique, dans toute sa diversité…

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Johannesbourg,
Riche de ses talents, de sa diversité, de ses contradictions, la Belgique a donc débarqué à Johannesbourg. Avec ses 300 hommes d’affaires, ses dix profs d’univ, ses trente journalistes et surtout, au centre de tous les regards, sa princesse. Vêtue de blanc, fraîche comme si elle n’avait pas entamé son périple par l’Angola, l’œil vif et l’oreille attentive, Astrid, très à l’aise, évolue au milieu des groupes, se fait présenter ceux qu’elle ne connaît pas, écoute tout le monde jusque tard dans la soirée et ses gardes du corps se font couleur de muraille. Mais la Belgique, ce sont aussi ses institutions, ses ministres qui se sont bousculés pour ce périple austral et donnent à la délégation une allure protéiforme, à tel point qu’on ne sait plus trop qui fait quoi, qui est où. Qu’on en juge : Kris Peeters a regagné l’Europe sitôt terminée la visite en Angola ainsi que la Bruxelloise Céline Frémault, Rudi Demotte, qui s’est très discrètement arrêté au Burundi est arrivé avec un jour de retard, Pieter De Crem attend la délégation au Cap, à bord sans doute du bateau polaire. Jean-Claude Marcourt était présent avant tout le monde, entouré d’universitaires, mais il partira avant la fin, mettant le cap sur Lubumbashi où il visitera une ferme expérimentale. Didier Reynders, lui, est à son poste, il ne quitte pas la princesse mais aura tout de même des entretiens bilatéraux avec ses homologues sud africains où il sera sans doute question du Congo. Quant à la ministre flamande de l’investissement public Ingrid Lieten, elle a rejoint la délégation juste avant la fin de la séance inaugurale, drapée dans une robe couleur framboise.
Tout le monde l’assure, la princesse est remarquablement préparée, elle connaît ses dossiers, en Angola elle a impressionné tout le monde et elle semble ne rien ignorer de l’Afrique du Sud. On ne peut que le lui souhaiter, car le premier briefing fut pour le moins décoiffant. Soucieux de ne pas entretenir de vaines illusions auprès de ses visiteurs, l’ambassadeur de Belgique à Pretoria John Maricou, se retranchant derrière les derniers rapports du FMI, souligna les principaux problèmes auxquels l’Afrique du Sud demeure confrontée : certes, la pauvreté a reculé de 10 % mais les inégalités sociales et raciales se sont creusées, le taux de chômage réel oscille entre 35 et 40%, la cotation du pays baisse sur les marchés internationaux, la vulnérabilité de l’économie accentue les chocs externes dont par exemple la crise du secteur automobile, la croissance est moindre que dans d’autres pays émergents… Conclusion : soyez les bienvenus, mais demeurez prudents… Au nom de l’Awex, Jean-Pierre Muller devait quelque peu adoucir cette douche froide, mais avec de surprenants arguments. Passant soudain de l’anglais, de rigueur durant toute la séance, à un français mâtiné d’accent liégeois, il devait expliquer comment il avait du rassurer sa chère maman : « l’affaire Pistorius, les attaques à main armée, tout cela ce sont des histoires, je me sens autant en sécurité en Afrique du Sud que dans le carré à Liège… » C’est tout dire… Après cela, effectivement, que pouvait encore révéler Marc Schiltz, au nom de Flanders Investment and trade ? Rien d’autre que l’optimisme de la volonté « ce pays a beaucoup à offrir, les opportunités sont nombreuses, il ne s’agît pas d’une économie à la Mickey Mouse… » Et de conclure « acceptez l’Afrique du Sud telle qu’elle est, blanche, jaune, noire ou verte.. »

22 octobre 2013

La Belgique francophone veut échanger sa “matière grise” avec l’Afrique du Sud

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Johannesbourg,

Conduits par la princesse Astrid, plus de 300 hommes d’affaires belges ont commencé en Angola leur périple en Afrique australe et se sont essentiellement intéressés au secteur du diamant. Les universitaires, par contre, ont préféré tout miser sur l’Afrique du Sud, en compagnie du Ministre Jean-Claude Marcourt, en charge de l’économie pour la région wallonne ainsi que de l’enseignement supérieur et qui tient, systématiquement, à associer les six universités francophones à chacune de ses missions.
S’il faut en juger par l’accueil réservé à Durban à la délégation réunie par Wallonie Bruxelles Campus, parmi laquelle les recteurs de l’ULB Didier Viviers et de l’Université de Liège Bernard Rentier, le doyen de la faculté des Sciences de l’UCL Leo Govaerts et une dizaine d’autres éminents professeurs chargés des relations internationales la « matière grise » made in « French speaking Belgium » est l’un des meilleurs produits d’exportation du sud du pays.
Reçus à l’Université de Kwa Zulu Natal (UKZN) et à l’université technologique de Durban, les professeurs belges, après la présentation de chaque université, ont longuement écouté les aspirations et les projets des hôtes sud africains et les premiers échanges ont permis de cerner les attentes réciproques.

Il apparaît que, vingt ans après la fin de l’apartheid, l’une des priorités des institutions sud africaines demeure le rééquilibrage ethnique au sein des établissements d’enseignement supérieur.
« Jusque dans le management de notre université, nous devons refléter la diversité de notre population, et en plus de notre mission d’éducation, nous devons contribuer à guérir les divisions de notre pays » ont expliqué les responsables de l’UKZN visiblement soucieux de demeurer « politiquement corrects » .
Certes, les étudiants noirs forment désormais la grande majorité de la population des campus (à l’université technologique de Durban, ils sont 75%), mais lorsque l’on s’élève dans la pyramide, la proportion diminue et l’UKZN doit recourir à 20% de professeurs étrangers. C’est que la plupart des étudiants d’origine africaine sont les premiers de leur famille à mener des études supérieures et sitôt leur diplôme en poche, leur première préoccupation est de trouver un job. La précarité matérielle explique pourquoi les doctorants sont encore trop peu nombreux et plus rares encore ceux qui peuvent envisager de mener l’étranger une partie de leurs études.
Durant de longs entretiens, professeurs belges et sud africains ont débattu de la « mobilité » considérée par tous comme l’une des clés de l’avenir, mais qui pour le moment s’exerce plutôt à sens unique.
En Europe en effet, les programmes d’échange Erasmus suscitent un réel engouement et les universités, dans le cadre des « Erasmus Mundus » souhaitent désormais envoyer les étudiants compléter leurs études partout dans le monde.
A cet égard, l’Afrique du Sud apparaît comme une destination de choix : non seulement les universités y sont de bonne qualité et permettent d’accorder des « crédits », mais les étudiants peuvent y être associés à des programmes sociaux. « A Stellenbosch, la plus vieille université du pays, les étudiants venus de l’UCL travaillent aussi dans les townships, ce qui les introduit aux réalités de l’Afrique » nous explique le professeur Govaerts.
A Durban, cinq jeunes Liégeois, issus de HEC et visiblement satisfaits de leur choix, ont illustré par leur présence la mobilité croissante des étudiants européens et ont souligné la qualité exceptionnelle de l’accueil dans les familles africaines.
Mais si les jeunes Belges prennent volontiers l’avion pour l’Afrique australe, la situation de leurs homologues est bien différente : sitôt terminée sa formation, l’universitaire noir est pressé d’enseigner au plus tôt, non seulement parce qu’il y a pénurie de professeurs, mais surtout parce qu’une dizaine de personnes, en moyenne, dépendent de son salaire !
Ces contraintes économiques et familiales expliquent pourquoi les jeunes Sud Africains, à part quelques Blancs privilégiés, mettront du temps avant de postuler pour un programme d’échange avec la Belgique francophone: moins que les difficultés de la langue ou les problèmes de visa ou d’équivalence, s’absenter pour une longue période représente un lourd sacrifice. D’où la suggestion de séjours « en sandwich » : six mois en Europe, six mois en Afrique du Sud…
Présentant à leurs hôtes la liste des bourses proposées par Wallonie Bruxelles International ou par le FNRS, les Belges ont souligné le caractère exemplaire de la « coopération triangulaire » qui existe déjà entre l’Université de Liège, l’université de Lubumbashi et l’UKZN, décernant un « certificat tripartite » en matière d’environnement ou de recherches minières.
Les universitaires francophones, dont la mission, une première du genre, était encore purement exploratoire ont également constaté que leurs collègues flamands avaient déjà une fameuse longueur d’avance : il y a quatre décennies déjà que le Vlier collabore avec les universités sud africaines et à Durban, par exemple Anvers forme chaque année 350 spécialistes appelés à travailler dans les matières maritimes.

18 octobre 2013

Le Burundi, raconté “de l’intérieur” (l’histoire du gibier n’est pas la même que celle du chasseur…)

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Le Burundi, raconté « de l’intérieur » par des auteurs de talent

Comment les Africains, et plus particulièrement les citoyens du Rwanda et du Burundi ont ils vécu le fait colonial ? Comment ont ils ressenti la mise à l’écart d’Imana, le dieu unique qui garantissait l’équilibre de la société, vécu la dépréciation voire la négation de leur culture, le travestissement des relations interethniques devenues antagonistes, comment ont ils subi les corvées, les innombrables travaux obligatoires qui leur furent imposés au nom du « progrès » et «pour leur bien »…A vrai dire, l’histoire ayant été essentiellement écrite par les conquérants, les coloniaux et même les anthropologues venus du Nord, on ignore à peu près tout du « vécu » et des sentiments des populations concernées.
Pour cette seule raison, l’évocation du Burundi dans les années 50, puis durant le « génocide sélectif » des Hutus en 1972 telle qu’elle se dégage des romans de Joseph Cimpaye « L’homme de ma colline » et Aloys Misago « La descente aux enfers », mériterait déjà d’être saluée. Mais les quatre ouvrages publiés par Marc Quaghebeur, dont, en plus des deux précités, « Les années avalanche » et « La littérature française au Burundi » de Juvenal Ngorwanubusa feront date pour d’autres raisons encore : ces ouvrages révèlent, tout simplement, l’existence d’auteurs de grand talent dans des pays où l’éducation dispensée par les Belges demeurait cependant très lacunaire.
Le récit que livre Joseph Cimpaye, l’un des premiers intellectuels burundais, qui fut Premier ministre en 1961 est à la fois simple, attachant, et révélateur. Dans une langue ciselée à la perfection (et dont la métropole a depuis longtemps perdu la finesse de l’usage) l’auteur conte le destin tragique du jeune Benedikto, un « contribuable » de famille modeste, ou plutôt un « corvéable » à merci. Ne supportant plus les brûlures et les humiliations de la chicotte (le fouet utilisé par les administrateurs belges et leurs auxiliaires locaux) le jeune homme, comme tant d’autres de ses concitoyens décide de fuir et de tenter de rejoindre l’Ouganda. La vie y semble plus facile, même si les valeurs de la tradition sont érodées par le goût du lucre et l’emprise du commerce, mais l’aventure se terminera tragiquement.
Le récit est simple comme une épure, mais il se lit avec émotion, compassion et aussi avec remords car il décrit une société coloniale en mutation, où règnent l’arbitraire, le favoritisme, où les coutumes anciennes résistent mal aux nouvelles dispositions imposées par les Blancs et leur administration.
Publiés sous la responsabilité des Archives et Musée de la littérature dans la collection Papier blanc Encre noire, ces quatre ouvrages rédigés à la veille ou au lendemain des indépendances présentent un intérêt très actuel, car mesurer les souffrances du passé permet de mieux comprendre à la fois les tragédies de la décolonisation et les difficultés des dernières décennies. En outre, ces ouvrages représentent le chaînon qui manquait dans l’histoire de la littérature francophone d’Afrique centrale.

Joseph Cimpaye, l’homme de ma colline
Aloys Misago, Descente aux enfers
Juvénal Ngorwanubusa, Les années avalanche
Juvénal Ngorwanubusa, La littérature de langue française au Burundi
Collection Papier blanc Encre. Noire,
EditionsArchives et Musée de la littérature, Bruxelles

18 octobre 2013

Débarquement belge en Afrique du Sud

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Après François Hollande qui a visité l’Afrique du Sud à la tête d’une forte délégation, après le Portugal dont les citoyens émigrent massivement en Angola pour y trouver des emplois, la Belgique à son tour prend le chemin de l’Afrique australe, où la princesse Astrid prendra la tête, la semaine prochaine, d’une importante mission économique. Pour l’occasion, toute la Belgique, à la fois institutionnelle et économique, sera représentée : deux ministres fédéraux, Didier Reynders (Affaires étrangères) et Pieter De Crem (Défense) seront du voyage, ainsi que, pour la région flamande le ministre président Kris Peeters, qui se contentera d’un bref séjour en Angola tandis que, pour la fédération Wallonie Bruxelles son président Rudy Demotte fera précéder son séjour en Afrique du Sud d’une brève visite officielle au Burundi, au moment où ce pays commémore le 20eme anniversaire de l’assassinat du président Melchior Ndadaye.
Les gouvernements régionaux seront également du voyage : l’Angola accueillera Céline Frémault, ministre de l’économie de la région bruxelloise, tandis que l’Afrique du Sud recevra Mme Ingrid Lieten, chargée en Flandre des investissements publics ainsi que Jean-Claude Marcourt, ministre de l’Economie et de l’enseignement supérieur du gouvernement wallon.
Aux côtés des officiels, exceptionnellement nombreux, se retrouveront pas moins de 252 participants, représentants 159 sociétés et, visiblement attirés par la présence de la princesse Astrid, 27 journalistes seront du voyage. S’il s’agît de la première mission officielle d’Astrid, la princesse ne se trouvera pas en terrain inconnu : en 2006 déjà, elle s’était rendue dans le township de Kayelitsha, avait pris connaissance du programme de lutte contre le Sida mis en œuvre par Médecins sans Frontières en Afrique du Sud.
Cette fois encore, la princesse retrouvera MSF et son chef de mission, le Dr Eric Goemaere.
Aussi bien avec l’Angola qu’avec l’Afrique du Sud, les Belges entendent jouer sur l’ancienneté de leurs relations, sur une certaine fidélité aussi : vers Luanda par exemple, SN n’a jamais interrompu ses vols, même aux pires moments de la guerre civile tandis que l’Afrique du Sud accueille la plus importante communauté belge installée au sud du Sahara, plus de 15.000 compatriotes, dont beaucoup sont arrivés en droite ligne du Congo en 1960.
Mais la véritable raison de l’engouement actuel est évidemment l’économie : les ressources pétrolières assurent à l’Angola une croissance de 11% l’an et si l’Afrique du Sud connaît une certaine récession et limite sa croissance à 2% l’an, son économie ne représente encore un quart du PIB du continent africain.
En outre, à l’heure où se resserrent les liens entre Kinshasa et Pretoria, les Belge souhaitent être présents dans une sorte de relation économique triangulaire. Sans surprise donc, les milieux diamantaires flamands seront fortement représentés, de même que les milieux portuaires, ou les entreprises proposant des services logistiques ou des biens d’équipement.
Si la Wallonie était naguère très peu présente en Afrique du Sud, (en 2006 une mission économique n’avait réuni que neuf entreprises) elle entend rattraper son retard et 18 sociétés seront présentes, dont la montoise Ecocycle, qui espère vendre une machine géante destinée aux hôpitaux et permettant de traiter 300 kilos de déchets à l’heure. En 2012 déjà, les exportations wallonnes vers l’Afrique du Sud avaient augmenté de 22%.
En plus de ses mines et de ses industries, l’Afrique du Sud est aussi un pays où l’enseignement, depuis la fin de l’apartheid en 1994, connaît une rapide expansion. Mais si 89% de la population est alphabétisée, le manque de qualification explique le fait que 51,5% des jeunes sont sans emploi. Les immenses besoins en matière d’éducation expliquent pourquoi toutes les universités francophones ainsi que de nombreuses hautes écoles feront partie de la délégation, la « Belgique du savoir » se révélant un excellent atout en matière d’exportations…

14 octobre 2013

Mission impossible en Syrie

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Mission impossible en Syrie pour les journalistes

Est-il encore possible, pour un journaliste, de rendre compte du conflit en Syrie ? Cette question a hanté le rendez vous annuel de 300 reporters, réunis à Bayeux à l’occasion de la remise annuelle du Prix des correspondants de guerre. Sans surprise, c’est le conflit syrien qui a inspiré la majorité des reportages soumis au jury, comme si l’Amérique latine, l’Asie (à l’exception de l’Afghanistan) et l’Afrique (Mali mis à part) étaient tombées dans les oubliettes et c’est le reportage de Jean-Philippe Remy et du photographe Laurent Van der Stock pour « le Monde » qui a emporté le premier prix de la presse écrite et le premier prix du Web journalisme. Même si le choix a été difficile, en raison de la grande qualité de tous les travaux, cette série est apparue exceptionnelle car elle fera date dans l’histoire, ayant démontré l’utilisation du gaz sarin par les forces gouvernementales.
Mais cette année, la « fêtes des journalistes » s’est teintée d’angoisse : en Syrie, 15 journalistes internationaux sont actuellement retenus en otages, 60 journalistes syriens manquent à l’appel, disparus ou kidnappés.
Plusieurs témoignages émouvants ont évoqué quatre familiers du prix Bayeux, Edouard Elias, Didier François, Nicolas Henin et Pierre Torrès, retenus en Syrie et dont on est sans nouvelles. « La chasse est ouverte, les journalistes sont devenus des cibles » devait confirmer Jean-Philippe Remy, « ils représentent un enjeu politique, stratégique, économique… » Au cours de la soirée « Grands reporters » comme lors d’innombrables rencontres informelles, entre autres dans le cadre du Salon du Livre, le public de Bayeux a demandé aux journalistes comment ils faisaient face à ces risques croissants. Que répondre ? Quelles précautions prendre ? Beaucoup de reporters ont confié qu’en ce moment, la rage au cœur, ils avaient du renoncer à se rendre en Syrie du côté des rebelles, non seulement à cause de l’intensification des combats mais surtout à cause de la probabilité des enlèvements : « les insurgés se sentent lâchés par l’Occident, qui a renoncé à intervenir, et les groupes extrémistes prennent le dessus »…Quant à Reporters sans Frontières, l’organisation tente malgré tout d’apporter un soutien concret aux journalistes en mission sur le front le plus dangereux du monde : apprendre à crypter les communications, diffuser les informations et faire connaître les menaces existantes, prévoir des assurances pour ceux qui ne seraient pas couverts par un media et partent en indépendants et surtout poursuivre la mobilisation de l’opinion « il ne faut pas que couvrir la guerre devienne une mission impossible » rappelle RSF.
Malgré les risques, de nombreux jeunes ayant suivi de près les travaux du Prix Bayeux –Calvados se sont déclarés prêts à reprendre le flambeau, à l’instar de Florentin Cassonet qui a obtenu le prix « jeune reporters » : engageant toutes ses économies dans l’aventure, il avait accompagné, sur le chemin de Damas, treize jeunes Anglais partis rejoindre les rebelles et il a raconté au jour le jour leurs tribulations et les raisons qui les avaient poussé à s’engager…