14 octobre 2013

Mission impossible en Syrie

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Mission impossible en Syrie pour les journalistes

Est-il encore possible, pour un journaliste, de rendre compte du conflit en Syrie ? Cette question a hanté le rendez vous annuel de 300 reporters, réunis à Bayeux à l’occasion de la remise annuelle du Prix des correspondants de guerre. Sans surprise, c’est le conflit syrien qui a inspiré la majorité des reportages soumis au jury, comme si l’Amérique latine, l’Asie (à l’exception de l’Afghanistan) et l’Afrique (Mali mis à part) étaient tombées dans les oubliettes et c’est le reportage de Jean-Philippe Remy et du photographe Laurent Van der Stock pour « le Monde » qui a emporté le premier prix de la presse écrite et le premier prix du Web journalisme. Même si le choix a été difficile, en raison de la grande qualité de tous les travaux, cette série est apparue exceptionnelle car elle fera date dans l’histoire, ayant démontré l’utilisation du gaz sarin par les forces gouvernementales.
Mais cette année, la « fêtes des journalistes » s’est teintée d’angoisse : en Syrie, 15 journalistes internationaux sont actuellement retenus en otages, 60 journalistes syriens manquent à l’appel, disparus ou kidnappés.
Plusieurs témoignages émouvants ont évoqué quatre familiers du prix Bayeux, Edouard Elias, Didier François, Nicolas Henin et Pierre Torrès, retenus en Syrie et dont on est sans nouvelles. « La chasse est ouverte, les journalistes sont devenus des cibles » devait confirmer Jean-Philippe Remy, « ils représentent un enjeu politique, stratégique, économique… » Au cours de la soirée « Grands reporters » comme lors d’innombrables rencontres informelles, entre autres dans le cadre du Salon du Livre, le public de Bayeux a demandé aux journalistes comment ils faisaient face à ces risques croissants. Que répondre ? Quelles précautions prendre ? Beaucoup de reporters ont confié qu’en ce moment, la rage au cœur, ils avaient du renoncer à se rendre en Syrie du côté des rebelles, non seulement à cause de l’intensification des combats mais surtout à cause de la probabilité des enlèvements : « les insurgés se sentent lâchés par l’Occident, qui a renoncé à intervenir, et les groupes extrémistes prennent le dessus »…Quant à Reporters sans Frontières, l’organisation tente malgré tout d’apporter un soutien concret aux journalistes en mission sur le front le plus dangereux du monde : apprendre à crypter les communications, diffuser les informations et faire connaître les menaces existantes, prévoir des assurances pour ceux qui ne seraient pas couverts par un media et partent en indépendants et surtout poursuivre la mobilisation de l’opinion « il ne faut pas que couvrir la guerre devienne une mission impossible » rappelle RSF.
Malgré les risques, de nombreux jeunes ayant suivi de près les travaux du Prix Bayeux –Calvados se sont déclarés prêts à reprendre le flambeau, à l’instar de Florentin Cassonet qui a obtenu le prix « jeune reporters » : engageant toutes ses économies dans l’aventure, il avait accompagné, sur le chemin de Damas, treize jeunes Anglais partis rejoindre les rebelles et il a raconté au jour le jour leurs tribulations et les raisons qui les avaient poussé à s’engager…