22 octobre 2013

La Belgique francophone veut échanger sa “matière grise” avec l’Afrique du Sud

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Johannesbourg,

Conduits par la princesse Astrid, plus de 300 hommes d’affaires belges ont commencé en Angola leur périple en Afrique australe et se sont essentiellement intéressés au secteur du diamant. Les universitaires, par contre, ont préféré tout miser sur l’Afrique du Sud, en compagnie du Ministre Jean-Claude Marcourt, en charge de l’économie pour la région wallonne ainsi que de l’enseignement supérieur et qui tient, systématiquement, à associer les six universités francophones à chacune de ses missions.
S’il faut en juger par l’accueil réservé à Durban à la délégation réunie par Wallonie Bruxelles Campus, parmi laquelle les recteurs de l’ULB Didier Viviers et de l’Université de Liège Bernard Rentier, le doyen de la faculté des Sciences de l’UCL Leo Govaerts et une dizaine d’autres éminents professeurs chargés des relations internationales la « matière grise » made in « French speaking Belgium » est l’un des meilleurs produits d’exportation du sud du pays.
Reçus à l’Université de Kwa Zulu Natal (UKZN) et à l’université technologique de Durban, les professeurs belges, après la présentation de chaque université, ont longuement écouté les aspirations et les projets des hôtes sud africains et les premiers échanges ont permis de cerner les attentes réciproques.

Il apparaît que, vingt ans après la fin de l’apartheid, l’une des priorités des institutions sud africaines demeure le rééquilibrage ethnique au sein des établissements d’enseignement supérieur.
« Jusque dans le management de notre université, nous devons refléter la diversité de notre population, et en plus de notre mission d’éducation, nous devons contribuer à guérir les divisions de notre pays » ont expliqué les responsables de l’UKZN visiblement soucieux de demeurer « politiquement corrects » .
Certes, les étudiants noirs forment désormais la grande majorité de la population des campus (à l’université technologique de Durban, ils sont 75%), mais lorsque l’on s’élève dans la pyramide, la proportion diminue et l’UKZN doit recourir à 20% de professeurs étrangers. C’est que la plupart des étudiants d’origine africaine sont les premiers de leur famille à mener des études supérieures et sitôt leur diplôme en poche, leur première préoccupation est de trouver un job. La précarité matérielle explique pourquoi les doctorants sont encore trop peu nombreux et plus rares encore ceux qui peuvent envisager de mener l’étranger une partie de leurs études.
Durant de longs entretiens, professeurs belges et sud africains ont débattu de la « mobilité » considérée par tous comme l’une des clés de l’avenir, mais qui pour le moment s’exerce plutôt à sens unique.
En Europe en effet, les programmes d’échange Erasmus suscitent un réel engouement et les universités, dans le cadre des « Erasmus Mundus » souhaitent désormais envoyer les étudiants compléter leurs études partout dans le monde.
A cet égard, l’Afrique du Sud apparaît comme une destination de choix : non seulement les universités y sont de bonne qualité et permettent d’accorder des « crédits », mais les étudiants peuvent y être associés à des programmes sociaux. « A Stellenbosch, la plus vieille université du pays, les étudiants venus de l’UCL travaillent aussi dans les townships, ce qui les introduit aux réalités de l’Afrique » nous explique le professeur Govaerts.
A Durban, cinq jeunes Liégeois, issus de HEC et visiblement satisfaits de leur choix, ont illustré par leur présence la mobilité croissante des étudiants européens et ont souligné la qualité exceptionnelle de l’accueil dans les familles africaines.
Mais si les jeunes Belges prennent volontiers l’avion pour l’Afrique australe, la situation de leurs homologues est bien différente : sitôt terminée sa formation, l’universitaire noir est pressé d’enseigner au plus tôt, non seulement parce qu’il y a pénurie de professeurs, mais surtout parce qu’une dizaine de personnes, en moyenne, dépendent de son salaire !
Ces contraintes économiques et familiales expliquent pourquoi les jeunes Sud Africains, à part quelques Blancs privilégiés, mettront du temps avant de postuler pour un programme d’échange avec la Belgique francophone: moins que les difficultés de la langue ou les problèmes de visa ou d’équivalence, s’absenter pour une longue période représente un lourd sacrifice. D’où la suggestion de séjours « en sandwich » : six mois en Europe, six mois en Afrique du Sud…
Présentant à leurs hôtes la liste des bourses proposées par Wallonie Bruxelles International ou par le FNRS, les Belges ont souligné le caractère exemplaire de la « coopération triangulaire » qui existe déjà entre l’Université de Liège, l’université de Lubumbashi et l’UKZN, décernant un « certificat tripartite » en matière d’environnement ou de recherches minières.
Les universitaires francophones, dont la mission, une première du genre, était encore purement exploratoire ont également constaté que leurs collègues flamands avaient déjà une fameuse longueur d’avance : il y a quatre décennies déjà que le Vlier collabore avec les universités sud africaines et à Durban, par exemple Anvers forme chaque année 350 spécialistes appelés à travailler dans les matières maritimes.