28 novembre 2013

Aviation sans Frontières;: trente ans déjà

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Depuis trois décennies, Aviation sans Frontières rend le monde plus solidaire : c’est en 1983 que quelques pilotes, quelques fous d’aviation décidèrent de fonder la section belge d’Aviations sans Frontières. Depuis lors, sur les pistes du Tchad, du Soudan, de l’Est du Congo, dans toutes ces régions réputées inaccessibles à cause de l’absence de routes ou de l’insécurité, les petits appareils Cessna d’ASF rompent l’isolement des populations et sont synonymes d’espoir.
ASF est une organisation discrète, qui sert les autres sans se mettre en avant. Cependant, les humanitaires savent que sans le courage et l’expérience des pilotes, jamais ils ne pourraient atteindre les populations en souffrance ou faire parvenir les secours. ASF, en réalité, est le dernier maillon de la chaîne, celui qui amène le personnel humanitaire au plus près des projets. Grâce à ses quatre petits appareils Cessna, des avions légers monomoteurs, ASF a su préserver une grande mobilité afin de répondre à toutes les urgences. En outre, ASF, soucieuse de la défense de l’environnement, a mis au point une méthode de surveillance par ULM, qui permet, à Madagascar entre autres, de surveiller les feux de brousse et de préserver la forêt, initiative récompensée par le prix belge de l’énergie et de l’environnement.

28 novembre 2013

Le long chemin des femmes rwandaises

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Voici vingt ans, au lendemain du génocide, les femmes du Rwanda se sont retrouvées seules, obligées de ne compter sur leurs propres forces. Les hommes étaient morts, en fuite, en prison. 70% des survivantes étaient des femmes, et, pour survivre, elles durent assurer des tâches qui, naguère, étaient réservées aux hommes : on les a vu grimper sur des toits, porter des poutres, reconstruire les maisons… Elles n’avaient pas le choix…
Présidente de l’Assemblée nationale, Donatille Mukabalisa incarne cette révolution que les femmes ont imprimée à son pays: rescapée du génocide, elle en est à son troisième mandat de députée et à Bruxelles, elle a reçu, au nom du Rwanda, un prix décerné par l’association des femmes parlementaires à l’occasion d’une importante réunion « Global forum of women in Parliament », présidée par la Libérienne Eileen Gordon Sirleaf.
L’avancée politique des femmes rwandaises est spectaculaire : 51 des 80 députés sont des femmes, qui bénéficient il est vrai de 24 sièges qui leur sont réservés d’office. « Cette participation massive est le résultat d’une volonté politique » explique Mme Mukabalisa : «dans la nouvelle Constitution rwandaise, votée en 2003, il est clairement stipulé que 30% des députés doivent être des femmes, que ces dernières, à tous les niveaux de pouvoir, doivent représenter un tiers des effectifs. » Aujourd’hui, cette exigence est largement dépassée et du niveau local jusqu’aux échelons supérieurs, les femmes représentent 44% du personnel politique.
Domitille Mukabalisa et sa collègue, l’honorable Alphonsine Mukarugema assurent, en plaisantant : « bientôt, la promotion des femmes sera telle que ce sont les hommes qui auront besoin d’un quota de sièges réservés… »
Si les « 30% », imposés par le pouvoir politique, ont été un élément déclencheur, la nécessité a fait le reste : « les femmes, qui devaient reconstruire leur famille, ont été obligées de jouer un rôle plus important dans la société… » Mme Mukabalisa en est persuadée : « si,en 1994, les femmes avaient été plus nombreuses en politique, le génocide n’aurait sans doute pas été possible.. « Une vision peut-être trop optimiste : sous Habyarimana aussi, il y avait des femmes ministres, et, si la chef du gouvernement Agathe Uwilingyimana, qui appartenait à l’opposition, fut assassinée, ses collègues se révélèrent parmi les plus extrémistes…
Avec les autres élues, les deux députées ont réussi à faire adopter des lois qui, dans ce pays encore patriarcal, peuvent être considérées comme révolutionnaires : la loi sur l’héritage place les filles sur le même pied que leurs frères, les femmes, au même titre que leur mari, ont droit à la propriété foncière et cette dernière ne peut être vendue sans leur aval. D’autres lois répriment fortement les discriminations liées au genre et nos interlocutrices se montrent fort étonnées d’apprendre qu’en Belgique le salaire égal pour les femmes n’est pas encore totalement acquis.
Dans les années qui ont suivi le génocide, l’un des premiers combats des femmes rwandaises a été de faire reconnaître le viol comme une arme de guerre, comme un « crime de la première catégorie », passible des peines les plus sévères, au même titre que les crimes de sang. « C’est en 1998, alors que les femmes ne représentaient encore que 8% des élues du Parlement de transition, que fut votée cette loi marquant toute la gravité du viol. C’est alors que la parole se libéra : les femmes qui, jusque là n’avaient pas osé parler se mirent à raconter comment elles avaient subi des viols collectifs des tortures sexuelles systématiques… Devant le Tribunal pénal international d’Arusha aussi, où étaient jugés les principaux génocidaires, les femmes eurent le courage de raconter ce qu’elles avaient subi… »
D’autres lois suivirent, comme, en 2008, la loi punissant de peines très lourdes les violences basées sur le genre : depuis lors, le viol d’une fille mineure peut entraîner 25 ans de prison.
« Grâce à ces lois, la situation a évolué » reconnaissent les deux élues, « mais la violence domestique demeure préoccupante, c’est une séquelle des traumatismes subis durant le génocide. Pour tenter de contrer ce phénomène, des mesures ont été prises : la police est spécialement chargée de protéger les femmes et les jeunes filles, des «one stop centers » accueillent des femmes maltraitées et, comme plusieurs services s’y trouvent réunis, elles ne doivent expliquer leur cas qu’une seule fois avant de recevoir de l’aide sur plusieurs plans, psychologique, physique, juridique… »
En plus des lois liées au genre, les femmes parlementaires veillent aussi, dans tous les domaines, à améliorer la situation de leurs compatriotes : « les femmes reçoivent des micro crédits, elles sont encouragées à poursuivre des études dans des branches plus techniques et deviennent ingénieur, informaticiennes…Désormais, de très jeunes filles, très qualifiées après une bonne formation, trouvent du travail dans les institutions comme le Bureau de développement du Rwanda ou d’autres établissements publics et le gouvernement compte trois femmes ministres, (Affaires étrangères, agriculture, santé) et deux secrétaires d’Etat. »
Les deux parlementaires n’excluent pas qu’en 2017, lors des prochaines élections, une femme se porte candidate à la présidence de la République « Pourquoi pas, tout est ouvert… » Elles insistent : « le Sénat a créé un Bureau de contrôle qui vérifie si l’égalité des femmes est bien une réalité et qui publie régulièrement des rapports. Cette promotion des femmes ne profite pas seulement aux intéressées, elle est bénéfique pour le pays car en matière de lutte contre la corruption, les femmes se montrent intraitables… »

26 novembre 2013

La démobilisation, clé d’une paix durable au Kivu

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Au Nord Kivu, la déroute du M23, voici deux semaines, a engendré une sorte de « fonte des glaces » politique et militaire : l’iceberg majeur que représentait le mouvement rebelle pro rwandais, se posant en rival de l’autorité de l’Etat, ayant sauté sous les coups de boutoir de l’armée et des forces onusiennes, c’est toute la banquise des groupes armés qui part en morceaux. Chaque jour, des combattants quittent les groupes armés et expriment leur souhait d’être soit intégrés au sein des forces gouvernementales soit, plus rarement, être rendus à la vie civile moyennant des mesures d’accompagnement.
Les chiffres sont impressionnants : alors qu’aux derniers jours de la guerre, le M23, miné par les pertes et les défections, ne comptait plus que quelques centaines d’hommes, quelque 1500 combattants ont soudain été présentés en Ouganda et ont exprimé leur désir d’être réinsérés. Sur le terrain, l’armée congolaise a accueilli quelque 400 hommes provenant de l’ancien mouvement rebelle, la Monusco en a accueilli 200 et au Rwanda, ils sont toujours quelque 600 combattants cantonnés dans des camps militaires et qui avaient accompagné le général Bosco Ntaganda lorsqu’il avait pris la fuite au printemps dernier. Depuis lors celui que l’on appelait « Terminator » attend son procès dans une prison du Tribunal pénal international à Scheveningen et ses compagnons espèrent regagner un jour le Congo. Autrement dit, s’ils souhaitaient un jour se regrouper, les seuls hommes du M23 pourraient représenter une nouvelle petite armée.
Mais les anciens rebelles pro Rwanda n’étaient pas seuls sur la scène du Nord et du Sud Kivu : milices villageoises, groupes d’auto défense, supplétifs de l’armée congolaise, plusieurs dizaines de groupes armés d’obédience diverse écument depuis des années les campagnes et les carrés miniers de l’Est du Congo, sans oublier les combattants hutus rwandais des FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) dont le nombre est estimé à quelque 2000 combattants aguerris.
Depuis la défaite du M23, plusieurs des groupes « nationaux » congolais ont exprimé leur volonté de renoncer à la lutte armée et 1400 ex-rebelles se sont déjà rendus au Nord Kivu seulement. Nombre d’entre eux assurent avoir appuyé l’armée congolaise lors de son offensive sur Kiwanja et Rutshuru et ils espèrent, en contrepartie, être intégrés au sein des forces gouvernementales. Plus de mille armes, restituées par ces soldats de fortune, ont été solennellement détruites à Goma. Mais l’avenir ce ces ex-rebelles demeure incertain. Dans l’immédiat, ils sont hébergés et nourris par la Monusco mais rien ne dit qu’ils seront automatiquement réintégrés au sein de l’armée congolaise, qui souhaite se professionnaliser et s’assurer de la loyauté et des qualifications de toutes ses nouvelles recrues.
Soucieuses d’éviter le « réentrôlement » des ex-rebelles, les autorités souhaitent envoyer 1600 d’entre eux dans la province de l’Equateur, à 800 km de Goma, mais rien ne dit que les ex-combattants accepteront d’être ainsi coupés de leur famille et de leur milieu.
A Kinshasa, le gouvernement a présenté le 20 novembre un plan de désarmement, réintégration et réinsertion sociale des membres des groupes armés et un ultimatum a été lancé à l’intention de tous les miliciens afin qu’ils restituent leurs armes et rentrent dans le rang.
Par ailleurs, les organisations humanitaires se préparent à accueillir des centaines d’enfants qui avaient été enrôlés dans les groupes armés, parmi lesquels de nombreuses filles, qui étaient utilisées comme « esclaves sexuelles » par les commandants et qui craignent, plus encore que les garçons, le retour à la vie civile. En Ouganda seulement, 136 enfants qui étaient associés au M23 ont été recensés et seront rapatriés et démobilisés.
En tournée au Kivu, le ministre de l’Intérieur Richard Muyej a annoncé le déploiement d’unités de police locales et d’unités spéciales ainsi que l’installation d’un tribunal de paix à Rutshuru, afin d’éviter les règlements de comptes et 50 écoles primaires et secondaires vont être réhabilitées en priorité. La réinsertion à long terme des anciens rebelles, adultes ou enfants, représentera un défi plus lourd encore que le rétablissement de l’ordre public, car de sa réussite dépendra la réelle pacification de la région.

26 novembre 2013

La France gendarme malgré elle en Centrafrique

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Malgré elle et poussée par les évènements, la France se prépare désormais à envoyer un millier d’hommes en Centrafrique. Voici un an cependant, mobilisée par la situation au Mali, la France avait refusé d’intervenir alors que les rebelles de la Seleka s’approchaient de Bangui. Il n’était pas question de soutenir le président François Bozizé, un général qui avait lui-même pris le pouvoir par la force. Jadis, la Centrafrique avait représenté une sorte de porte-avions aux portes du Tchad, où la Libye de Kaddhafi se posait en concurrente de l’influence française et deux bases militaires, à Bouar et Bangui concrétisaient la présence de l’ancienne métropole. Une fois disparu le « guide » de la révolution libyenne, états tampons et bases militaires perdirent leur importance, Paris ne laissa en Centrafrique que 250 hommes concentrés dans la capitale, un dixième des effectifs d’autrefois. Lorsque le 22 mars 2013, la Seleka s’empara de Bangui, il apparut que ces rebelles, en majorité musulmans, issus de cinq groupes rebelles différents, étaient aussi venus du Tchad et du Soudan.
Tout au long de leur progression vers Bangui, ces « soldats sans frontières » se livrèrent à des pillages, des viols, des exactions en tout genre, provoquant l’exode de centaines de milliers de civils terrorisés. Après avoir proclamé la dissolution du mouvement, l’ex-chef rebelle Michel Djotodia devenu président échoua à reprendre le contrôle de la situation : suspendue des instances de l’Union africaine, la Centrafrique fut boycottée sur le plan international, seule s’y déployant une petite force interafricaine de 1300 hommes, la Force multinationale d’Afrique centrale (FOMAC). Au fil des mois, la situation n’a cessé de se dégrader, les éléments de la Seleka échappant à tout contrôle, dans un pays vaste comme trois fois la Grande Bretagne et comptant moins de cinq millions d’habitants. Même s’ils ont officiellement été intégrés dans l’armée, les ex-rebelles et leurs commandants multiplient les abus, massacrant femmes et enfants, brûlant les maisons et condamnant à la disette des régions entières.
Si aujourd’hui le secrétaire général de l’ONU Ban ki Moon ou le Ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius parlent ouvertement des risques de « génocide », c’est parce que la violence se greffe désormais sur des conflits interethniques, des affrontements communautaires entre chrétiens et musulmans, en passe de devenir incontrôlables.
En effet, en réponse aux exactions des ex-membres de la Seleka, musulmans dans leur large majorité, d’autres groupes, essentiellement chrétiens, se sont constitués en milices d’auto- défense, des « anti-balaka », qui se livrent à leur tour à des atrocités sur les populations civiles.
Vu la gravité de la situation, la France s’est sentie obligée d’intervenir et le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, a annoncé le déploiement d’un millier de soldats. Cependant, la France entend limiter ce déploiement à six mois et surtout ne plus agir seule. Elle a déposé une résolution au Conseil de sécurité visant à renforcer la force panafricaine déjà présente en Centrafrique et espère pouvoir bientôt la transformer en force onusienne de maintien de la paix opérant sous chapitre 7, celui de l’imposition de la paix, afin que le coût de la pacification de cette ancienne colonie soit désormais supporté par la communauté internationale.
L’ONU, comme la France, redoutent non seulement des atrocités généralisées, mais craignent aussi de voir la Centrafrique en faillite se transformer en vivier pour tous les mouvements extrémistes de la sous région et en foyer de déstabilisation pour les pays voisins.

20 novembre 2013

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Elio Di Rupo compte se rendre à Kinshasa

Voici plus d’un an déjà, en octobre 2012, le Premier Ministre Elio di Rupo, répondant à une invitation lancée par son homologue congolais Matata Mponyo, avait accepté le principe d’une visite au Congo. Cette fois, sans qu’une date précise ait été fixée, le projet pourrait se concrétiser avant les élections de 2014 : répondant au Parlement à une question du député NVA Peter Luykx, le Premier Ministre a confirmé son intérêt personnel pour le Congo et son intention de s’y rendre.
Au-delà de l’agenda, M. Di Rupo reconnaît ainsi que la situation qui prévaut au Congo ne peut se comparer à celle de l’an dernier. C’est le 20 novembre 2012 en effet que la ville de Goma tombait aux mains des rebelles du M23 ; l’armée congolaise était humiliée et le régime du président Kabila, déjà affaibli par des élections contestées en 2011, apparaissait alors bien vacillant.
Douze mois plus tard, le climat a bien changé : la victoire militaire sur le M23 a rétabli la souveraineté de l’Etat sur l’ensemble du territoire, la réforme de l’armée a démontré ses effets positifs, la politique de rigueur menée par le Premier Ministre a entraîné une relance de l’économie qui, désormais, séduit les investisseurs belges. En outre, très attachés aux élections locales et provinciales, les Belges sont rassurés : ce scrutin là aura bien lieu l’année prochaine. Son organisation a été confiée à l’abbé Malu Malu, actuellement en Belgique, et qui, à la tête d’une nouvelle CENI (Commission électorale indépendante) s’emploie à faire oublier les erreurs ou les fraudes de l’équipe précédente. En outre, les « concertations nationales » ont été l’occasion d’un vaste dialogue entre le pouvoir et de larges secteurs de l’opposition et des réformes sérieuses ont été mises en chantier.
Autrement dit, si M. Di Rupo, toujours très prudent, finit par se rendre à Kinshasa, son voyage fera moins de vagues qu’autrefois. Désireux de resserrer les liens avec le Congo et rassuré par les dernières évolutions, le Premier Ministre a d’ores et déjà invité le président Kabila à participer, en 2014, aux commémorations de la Première guerre mondiale, où la Force publique congolaise fut présente sur le front africain.
Par ce voyage, qui devrait s’effectuer en compagnie du Ministre des Affaires étrangères, la Belgique entend aussi recueillir les fruits d’un effort soutenu et multisectoriel : la formation de l’armée congolaise, dont deux bataillons formés par les Belges se sont illustrés au Kivu, fut entamée du temps d’André Flahaut à la Défense, la diplomatie belge, impulsée par Didier Reynders, s’est activée dans les coulisses des Nations unies pour faire aboutir la résolution 2098 qui représenta un tournant, la Coopération demeure très présente. Face à ceux qui prêchèrent longtemps le « Congo-pessimisme » et, influencés par les Ango Saxons, parièrent sur le délitement du pays, c’est finalement l’optimisme de la volonté, prôné par les Belges, qui a prévalu. A Kinshasa, Elio Di Rupo est attendu pour en réaliser le constat.
COLETTE BRAECKMAN

20 novembre 2013

Prochaine visite à Kinshasa du Premier Ministre belge

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Voici plus d’un an déjà, en octobre 2012, le Premier Ministre Elio di Rupo, répondant à une invitation lancée par son homologue congolais Matata Mponyo, avait accepté le principe d’une visite au Congo. Cette fois, sans qu’une date précise ait été fixée, le projet pourrait se concrétiser avant les élections de 2014 : répondant au Parlement à une question du député NVA Peter Luykx, le Premier Ministre a confirmé son intérêt personnel pour le Congo et son intention de s’y rendre.
Au-delà de l’agenda, M. Di Rupo reconnaît ainsi que la situation qui prévaut au Congo ne peut se comparer à celle de l’an dernier. C’est le 20 novembre 2012 en effet que la ville de Goma tombait aux mains des rebelles du M23 ; l’armée congolaise était humiliée et le régime du président Kabila, déjà affaibli par des élections contestées en 2011, apparaissait alors bien vacillant.
Douze mois plus tard, le climat a bien changé : la victoire militaire sur le M23 a rétabli la souveraineté de l’Etat sur l’ensemble du territoire, la réforme de l’armée a démontré ses effets positifs, la politique de rigueur menée par le Premier Ministre a entraîné une relance de l’économie qui, désormais, séduit les investisseurs belges. En outre, très attachés aux élections locales et provinciales, les Belges sont rassurés : ce scrutin là aura bien lieu l’année prochaine. Son organisation a été confiée à l’abbé Malu Malu, actuellement en Belgique, et qui, à la tête d’une nouvelle CENI (Commission électorale indépendante) s’emploie à faire oublier les erreurs ou les fraudes de l’équipe précédente. En outre, les « concertations nationales » ont été l’occasion d’un vaste dialogue entre le pouvoir et de larges secteurs de l’opposition et des réformes sérieuses ont été mises en chantier.
Autrement dit, si M. Di Rupo, toujours très prudent, finit par se rendre à Kinshasa, son voyage fera moins de vagues qu’autrefois. Désireux de resserrer les liens avec le Congo et rassuré par les dernières évolutions, le Premier Ministre a d’ores et déjà invité le président Kabila à participer, en 2014, aux commémorations de la Première guerre mondiale, où la Force publique congolaise fut présente sur le front africain.
Par ce voyage, qui devrait s’effectuer en compagnie du Ministre des Affaires étrangères, la Belgique entend aussi recueillir les fruits d’un effort soutenu et multisectoriel : la formation de l’armée congolaise, dont deux bataillons formés par les Belges se sont illustrés au Kivu, fut entamée du temps d’André Flahaut à la Défense, la diplomatie belge, impulsée par Didier Reynders, s’est activée dans les coulisses des Nations unies pour faire aboutir la résolution 2098 qui représenta un tournant, la Coopération demeure très présente. Face à ceux qui prêchèrent longtemps le « Congo-pessimisme » et, influencés par les Ango Saxons, parièrent sur le délitement du pays, c’est finalement l’optimisme de la volonté, prôné par les Belges, qui a prévalu. A Kinshasa, Elio Di Rupo est attendu pour en réaliser le constat.

18 novembre 2013

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Congo : un Premier Ministre plébiscité par le bas, contesté par le haut…

Kinshasa,
Les portiers, les gardiens, les chauffeurs, les mamans du marché, les employés qui attendent le bus, les étudiants… Ceux que l’écrivain Yoka appelle les « en bas d’en bas » sont unanimes : « laissez encore un peu de temps au Premier Ministre Matata Mponyo pour qu’il continue à travailler…Voyez, en 19 mois, tout ce qu’il a réalisé… »
A l’autre extrémité de l’échelle, ceux « d’en haut » comptent les jours, attendent avec impatience que le président Kabila sorte de son mutisme et annonce, enfin, la composition du « gouvernement de cohésion nationale », un vaste paquebot sur lequel tous, membres de la majorité présidentielle, opposants ralliés à la bonne cause, quelques membres de la société civile, et bien d’autres encore, espèrent trouver enfin une place au soleil.
Même les milieux d’affaires, qui devraient se réjouir d’un taux de croissance atteignant les 8,1%, -un record en Afrique-, et d’une inflation qui plafonne à 1% se montrent circonspects : « il ne paie pas la dette intérieure, tarde à rémunérer les entreprises qui travaillent pour l’Etat » disent les uns, tandis que d’autres, à mots couverts, regrettent le temps des petits arrangements entre amis et estiment qu’il ne prend pas toujours des positions favorables aux Belges…
Même s’il a peut-être trop tendance à vanter son action personnelle (en recourant à des services de relations publiques) et à laisser dans l’ombre le travail réalisé par son équipe, entre autres son vice premier ministre chargé des Finances, les succès de ce technocrate de 49 ans, qui fut chargé des Finances durant 26 mois avant d’accéder au poste de Premier Ministre, sont visibles à l’œil nu.
Kinshasa offre quelques exemples des changements intervenus au cours des derniers mois : la capitale est devenue une ville propre, où plus de 6000 anciens « enfants de la rue » ou adultes au chômage s’emploient désormais à nettoyer, balayer, ramasser les immondices. De nouveaux bus « Transco » sont apparus, assurant un transport rapide et confortable. Partout se sont ouverts des petites restaurants, self services ou simples « ngandas » trépidants de musique, qui accueillent une classe moyenne encore embryonnaire mais bien réelle.
La bouteille, c’est certain, est encore largement vide, avec ses quartiers populaires privés d’électricité et minés par les érosions, l’insécurité entretenue par les « kulunas », les 80% de chômeurs et les salaires trop bas de ceux qui ont la chance de travailler mais il n’empêche que les progrès sont indéniables et que chaque mois voit la bouteille se remplir davantage…
Outre l’amélioration du transport public (1000 véhicules neufs sont prévus en 2014), l’un des aspects les plus visibles de cette « révolution de la modernité » promise par le président Kabila est la bancarisation : désormais, les salaires des agents de l’Etat et des militaires sont payés sur des comptes individuels et les principales banques du pays ont été mises à contribution pour soutenir l’opération jusque dans les coins les plus reculés du pays. A Kinshasa seulement, la régularisation du salaire des enseignants a fait resurgir trois millions de dollars qui auparavant s’évaporaient entre les mains des intermédiaires…
Le Premier Ministre insiste « les économies réalisées en empêchant les détournements ont permis au Trésor Public d’investir 26 millions de dollars dans la construction d’écoles neuves, que nous réaliserons avec l’aide de l’Unicef. »
Par ailleurs, le versement ponctuel et régulier de la paie des militaires a été d’un des éléments des succès remportés à l’Est du pays, s’ajoutant à l’acquisition de matériel neuf et à la modification de la chaîne de commandement, moins corrompue et plus fiable.
Mais la bancarisation, s’ajoutant à l’identification stricte des agents de l’Etat et des militaires, n’a pas fait que des heureux : les chefs de service qui déclaraient des « travailleurs fantômes » et percevaient le salaire des morts et des disparus, les comptables de l’Etat qui prenaient leur pourcentage sur les traitements versés de la main à la main, les officiers qui détournaient le soldes de leurs soldats ont vu leurs revenus chuter de manière dramatique. Avec des effets en cascade : des immeubles qui permettaient de recycler l’argent « noir » demeurent inachevés, tous ceux qui, dès le matin, s’en allaient « chercher l’argent » auprès de parents plus fortunés trouvent désormais porte close, des « deuxième bureaux » (seconde ou troisième épouse) ne peuvent plus être entretenus…
En haut lieu aussi, l’ « homme à la cravate rouge », (surnom donné à l’intraitable Premier ministre) a fait des mécontents, opposant une fin de non recevoir à tel dignitaire qui réclamait quatre millions de dollars au titre d’indemnité de sortie, à tel homme d’affaires très recommandé qui lui soumettait, sans justificatifs, une facture s’élevant à huit millions de dollars…
En fermant ainsi de nombreux robinets par lesquels s’écoulait l’argent de l’Etat, en s’attaquant aux privilégiés du régime, sans épargner la « famille » présidentielle, Matata Mponyo s’est attiré de solides inimitiés au sein de la classe politique, d’autant plus que ce technocrate, même s’il appartient à la majorité, n’est pas issu du sérail et n’a pas de « base » autre que celle de l’assentiment populaire.
C’est au président Kabila qu’appartient la décision finale : soit il maintient en fonction un homme qui a réussi des réformes spectaculaires et, du même coup, fait croître sa propre popularité, soit il privilégie la perspective des élections de 2016, pour lesquelles il aura besoin du soutien de la classe politique, qu’il s’agisse de concourir pour un nouveau mandat en ayant modifié la Constitution, ou, tout simplement, de préparer sa sortie dans les délais impartis.
Mais si le seul souci du chef de l’Etat est de renforcer la cohésion, il devrait être rassuré : la mise en déroute du M23, chassé du Kivu par une armée réformée, plus efficiente et mieux encadrée, a ranimé le sentiment de fierté patriotique des Congolais, toutes origines et tous partis confondus. Sans le concours de la classe politique, c’est sur le champ de bataille que l’unité nationale s’est d’ores et déjà resoudée et que l’autorité de l’Etat a eu gain de cause.

13 novembre 2013

Le rendez vous de la “fête du livre” à Kinshasa

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Que d’échanges, que de débats, de rencontres ! Durant une semaine, trois hauts lieux de la culture à Kinshasa (le centre culturel français, le lycée français et belge, le Centre Wallonie Bruxelles et l’Espace Bilembo, récemment créé) ont accueilli un évènement exceptionnel : la première « fête du livre » jamais organisée dans la capitale congolaise.
Au départ, l’initiative émane d’une poignée de professeurs du Lycée français de Kinshasa. Soucieux d’ouvrir l’esprit de leurs élèves, de leur faire mieux connaître le pays où ils vivent, sa culture et son imaginaire, ils ont eu l’idée d’inviter une trentaine d’auteurs de romans, de nouvelles, de bandes dessinée, des Congolais mais aussi des Français, des Belges, un Suisse, à présenter leurs ouvrages et à débattre de sujets qui se sont avérés plus brûlants qu’il n’y paraît : comment écrire sur le Congo, que représente encore, un siècle plus tard, la formule de Joseph Conrad, devenue un cliché que les nationaux récusent, « le cœur des ténèbres »…
Parmi les « internationaux » on retrouva donc nos compatriotes Lieve Joris (« mon oncle au Congo »… fraîchement revenue d’un long séjour en Chine) Jean-Philippe Stassen auteur de bandes dessinées se déroulant au Rwanda et au Kivu (« Déogratias ») l’écrivain français Jean Rolin (« la tentation de la durite », « Ormuz ») et son éditeur, Jean-Paul Hirsch, de POL, qui releva que, sur l’autre rive du fleuve, le Congo Brazzaville, moins de dix millions d’habitants importe à lui seul autant d’ouvrages que l’immense République démocratique du Congo ! De nombreux auteurs de bandes dessinées (Tom Tirabosco, Hippolite) dialoguèrent avec leurs homologues congolais Tembo Kash ou Assimba Bathy. Il apparut qu’en matière de littérature comme de BD, le Congo connaît lui aussi la querelle des « anciens » et des « modernes », des auteurs établis qui estiment avoir le monopole de la critique voire de la dérision et supportent mal que des nouveaux venus, voire des étrangers donnent de leur pays une image jugés systématiquement négative…Mais au bout de cette semaine de séminaires sur l’édition, la diffusion des livres et surtout, à la fin de multiples débats ou entretiens sur l’écriture elle-même, deux évidences réconfortantes se sont dégagées. La première, c’est que le Congo, terre de musiciens, de sculpteurs, de danseurs et autres rappeurs est aussi une terre d’écrivains : même si les tirages demeurent confidentiels, le Congo-Kinshasa détient le record des maisons d’édition au sud du Sahara, qui accueillent chaque année des dizaines de manuscrits. Reste à faire le lien entre les écrivains, les éditeurs, nationaux et étrangers, et les circuits de distribution, encore artisanaux, (les vendeurs de rue auraient mérité d’être invités…)largement insuffisants et peu encouragés par les pouvoirs publics qui les accablent de taxes, légales ou non.
Une autre certitude, c’est que le pays compte non seulement des passionnés de l’écriture, mais aussi un public réceptif, qui n’hésite pas, malgré les difficultés économiques, à débourser quelques dollars pour se pourvoir en livres. La librairie des Grands Lacs, qui vient de s’installer sur le Boulevard du 30 juin, en offre la preuve : créé à Bukavu où il ne cesse de s’agrandir, ce vaste espace propose de nombreux ouvrages de littérature ou de livres d’actualité et le patron, le professeur Sim Kilosho, estime que dans cette métropole de dix millions d’habitants où une classe moyenne apparaît, la masse critique de lecteurs potentiels est suffisante pour que la librairie soit rentable..
Première du genre, cette « fête du livre » (qui aurait du depuis longtemps être organisée par la francophonie, apparemment plus friande de sommets que de culture populaire) a drainé un public passionné, qui aurait pu être plus nombreux encore si les instances professionnelles de la culture, française et belge, lui avaient accordé davantage de publicité et un soutien plus actif. Comment expliquer que dans une ville comme Kinshasa, un artiste aussi doué que le « belgo congolais » Barly Baruti, qui combine la bande dessinée et la rumba, puisse se produire en concert devant un public aussi clairsemé alors que dans d’autres apparitions, il suscite les ovations ?
Une chose est certaine ; par leur initiative, les enseignants du Lycée français ont visé juste, démontrant que le Congo, le plus peuplé des pays francophones, a réellement faim de littérature et regorge de talents. Kinshasa attend déjà les rendez vous suivants !

13 novembre 2013

Congo: les hommes d’affaires belges se jettent à l’eau

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Kinshasa,

« Abandonnez les « si » et les « mais », ils n’ont jamais rien fait avancer… Oubliez vous doutes, nous vous invitons à venir vous installer chez nous, de mener des partenariats avec des entreprises publiques congolaises. Vous le constaterez vous-mêmes, le climat est assaini, le Congo a bien changé… » A l’instar de tous les officiels, le ministre provincial des transports et des voies d’eau Gérard Motemona a chaleureusement accueilli la délégation d’une cinquantaine de chefs d’entreprise belges issus des trois régions et menée au Congo par la Ministre bruxelloise Brigitte Grouwels, en charge du transport et de la mobilité.
Les principaux axes de cette mission efficacement organisée par Jérôme Roux, attaché commercial pour les trois régions du pays, sont les transports, déclinés sous toutes leurs formes : les airs, les routes, les fleuves, l’énergie, l’agriculture. Plusieurs provinces seront visitées : Kinshasa, le Katanga, le Bas Congo et Kisangani, capitale de la Province orientale. En plus des entreprises, quelques spécialistes étaient du voyage, dont Belgocontrol pour le contrôle aérien, la Stib pour la mobilité urbaine. Mme Grauwels rappela d’ailleurs qu’à Bruxelles, au cours des dix prochaines années, 4,4 milliards d’euros vont être investis dans les transports publics. Mais au Congo, la délégation, qui découvrit le fleuve et la ville depuis le bateau « Majestic River » ne devait pas tarder à s’apercevoir que ni les dimensions, ni les défis ou les potentialités ne peuvent se comparer au canal Bruxelles-Charleroi et au port de Bruxelles cités en exemple par la ministre. Et surtout, il apparut que les Belges, s’ils finissent par revenir dans leur ancienne colonie, ont été devancés par d’autres.
C’est ainsi qu’au cours d’une après midi consacrée au transport urbain, la délégation visita les entrepôts de « New Transkin » où se trouvent les quelque 300 bus qui sillonnent désormais les grands axes de Kinshasa. Pour le prix d’un dollar, ces engins modernes et confortables relient désormais le centre ville aux communes périphériques où des taxis collectifs prennent le relais. Alors que les Belges, qui rêvent d’implanter une ligne de tramway à Kinshasa se préparaient à proposer l’expertise de la STIB, leurs interlocuteurs congolais leur détaillèrent très courtoisement les accords déjà conclus avec des entreprises chinoises.
Découvrant que les premiers bus venus de Chine ne fonctionnaient qu’avec des commandes électroniques, les Congolais, tenant compte des conditions locales, leur demandèrent de produire des bus « tropicalisés » plus petits, plus mobiles, exclusivement mécaniques et donc plus faciles à entretenir et réparer. Un nouveau modèle fut mis en chantier, une autre commande de 2000 bus fut passée et finalement, le partenaire chinois décida de construire à Kinshasa même une entreprise de bus chargée de produire des engins destinés aux provinces et qui seront proposés aux pays voisins. Alors qu’un bus Van Hool ou autre revient à 200.000 euros, le prix des équivalents chinois atteint le quart de ce montant.
Si le « win win », « gagnant gagnant », entre Chinois et Congolais demeure réel, les Belges, très bien accueillis, se préparent désormais à occuper des « marchés de niche ».
Pour Jean-Pierre De Zutter, administrateur de Daxi, une société de Jumet spécialisée dans le matériel roulant, le voyage en Afrique s’imposait : «nous devons prospecter de nouveaux marchés, exporter ou mourir… »Déjà implantée au Maroc, au Gabon, aux Philippines, la société peut proposer au Congo du matériel de voie ferrée, des aiguillages, et surtout des wagonnets utilisables dans les mines et ses représentants attendent avec impatience l’étape qui les mènera dans la province minière du Katanga.
Jean-François Rossignol, CEO de la société Conex, à Profondeville, compte pour sa part proposer des drônes de dimension réduite, qui permettent, pour un faible coût, de réaliser des photos aériennes, dans les parcs naturels, les exploitations forestières, les grands domaines d’élevage ou les exploitations agricoles. Lui aussi vante une ingénierie nouvelle, des capacités d’adaptation qu’il tient d’une enfance passée au Congo…
Ce passé commun explique pourquoi, dès qu’une délégation débarque à Kinshasa, l’ambiance entre Belges et Congolais demeure si particulière : les cartes de visite s’échangent, les conversations s’amorcent où il apparaît que chacun a connu quelqu’un chez l’autre, les souvenirs s’égrènent, les liens se renouent. « Vous êtes ici chez vous » répètent les officiels congolais à des chefs d’entreprise et des investisseurs qui, nécessité oblige, semblent cette fois bien décidés à se jeter à l’eau…

12 novembre 2013

Au delà de la sémantique, pourquoi KInshasa dit non

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Réhabiliter les rebelles ? Le Congo dit non, à l’unanimité

Kinshasa,

Non, trois fois non. Pour une fois, c’est l’unanimité au Congo : la classe politique, majorité et opposition côte à côte, l’opinion publique s’exprimant autant dans les associations que dans la rue et les forces armées qui s’en tiennent à leur victoire militaire et consolident leur contrôle sur le Nord Kivu, tous approuvent les négociateurs qui, à Kampala, ont claqué la porte et refusé de signer le document que leur présentait le médiateur ougandais. « Le match est fini, le boxeur M23 a été mis dans les cordes, on ne peut le faire remonter sur le ring » expliquent les vendeurs de journaux, proposant des quotidiens aux manchettes qui se ressemblent toutes. En termes plus politiques, Seraphin Ngwej, le conseiller diplomatique du chef de l’Etat, ne dit pas autre chose : « comment pouvons nous accepter que l’on mette sur pied d’égalité un mouvement qualifié de « force négative » par les Nations unies, qui a été vaincu sur le terrain militaire, avec un gouvernement légitime ? »
« Accord de paix » ou simple « déclaration » ? La question n’était pas seulement sémantique. Ayant vaincu militairement ses adversaires, qui, mis en débandade se sont repliés dans les pays voisins (non sans se démultiplier, passant de quelques centaines de rebelles en déroute à 1700 combattants accueillis en Ouganda…) Kinshasa n’entend pas signer autre chose qu’un document par lequel le M23 accepte de mettre fin à la guerre. Bref, une capitulation en rase campagne, traduisant le nouveau rapport de forces établi à la fois sur le terrain des opérations et sur le plan diplomatique, où Kinshasa a pu compter sur le soutien de ses alliés d’Afrique australe.
Du côté de la branche politique du M23, refusant l’idée d’une reddition pure et simple, on exige toujours un « accord », assorti de certaines conditions, entre autres en ce qui concerne la réintégration des combattants au sein des forces congolaises, ce qui suscite plus que des réticences au sein d’une armée requinquée et qui n’entend plus être infiltrée par des hommes à la loyauté douteuse.
A l’instar des négociateurs congolais à Kampala, Seraphin Ngwej n’hésite plus à mettre en cause la neutralité du médiateur ougandais, le ministre de la défense Crispus Kyonga : « cette fois, il a abattu ses cartes, démontré qu’il a un autre agenda que celui de simples bons offices, qu’en réalité il ne cherche qu’à sauver la mise du M23… »
Un négociateur congolais, qui participait au sommet de Pretoria, qui avait rassemblé voici huit jours les présidents des pays de la région des Grands Lacs (Paul Kagame brillant par son absence) et les chefs des Etats d’Afrique australe, raconte lui aussi comment le président ougandais Museveni fut apostrophé par ses pairs : « terminez votre travail » lui intima le vieux président ougandais Mugabe tandis que le président Kabila, d’un calme olympien, assénait « nous, nous n’avons jamais menti à personne » et précisait «il est temps que tout cela s’arrête, désormais nous n’avons plus de temps à perdre… » (ce qui est un euphémisme, alors que depuis onze mois, tous frais payés par le gouvernement congolais, les pourparlers de Kampala tournent en rond…)
« A chaque fois que nous avons conclu un accord de paix, une nouvelle rébellion, peu de temps après, a resurgi de ses cendres et désormais nous voulons mettre fin à ce cycle infernal » ajoute Seraphin Ngwej, estimant que « la victoire militaire des forces congolaises aura une onde de choc dans les pays voisins, l’Ouganda et le Rwanda, qui, depuis vingt ans avaient misé sur la fragilisation de la RDC… »
Galvanisées par la victoire militaire, assurées du soutien de la force d’intervention africaine (Malawi, Afrique du Sud et surtout Tanzanie, qui a perdu trois officiers au cours des combats) les autorités congolaises se montrent désormais intransigeantes.
Le consensus est tel que l’on peut se demander si le « gouvernement d’unité nationale », toujours en gestation et qui risque de ressembler à un paquebot sur lequel toutes les forces politiques trouveraient leur place au soleil est encore réellement nécessaire. « Au lieu de satisfaire les politiciens qui veulent leur part du gâteau, le président ferait mieux de laisser travailler le Premier Ministre Matata Mponyo… On ne change pas une équipe qui vient de gagner… » assurent les vendeurs de journaux…