30 décembre 2013

Chaude alerte à Kinshasa

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Chaude alerte à Kinshasa : trois attaques en des points stratégiques font 40 morts

« Plus de peur que de mal », ainsi que l’écrivait, un peu vite, un quotidien de Kinshasa, ou un sérieux avertissement au chef de l’Etat qui a du différer son retour de Lubumbashi, son avion n’ayant pu atterrir dans la capitale ?
Lundi matin, Kinshasa s’est à nouveau réveillée dans la peur, secouée par des coups de feu éclatant dans trois endroits différents, le siège de la RTNC (radio télévision nationale), l’aéroport de N’Djili et le siège de l’état major général.
En ces trois lieux, les affrontements ont été brefs, spectaculaires et violents. Vers 8 heures du matin, un groupe d’hommes en civil, armés de machettes et d’armes à feu, se sont introduits dans les studios de la RTNC. Alors qu’ils se glissaient derrière deux jeunes présentateurs, l’antenne fut coupée avant que les assaillants aient pu délivrer leur message. Les inconnus, qui brandissaient des machettes, ont occupé les lieux jusqu’à l’intervention de la police nationale. Au même moment, le quartier général de l’armée était attaqué à son tour ainsi que l’aéroport international de N’Djili, où les avions furent cloués au sol durant plusieurs heures.
Prise de panique, la population reflua en hâte vers les quartiers périphériques tandis que la police et l’armée se déployaient dans le quartier administratif de la Gombe, siège des principales institutions.
En fin de matinée, le ministre de l’ Information Lambert Mende déclara que les forces de l’ordre avaient repris le contrôle de la situation, précisant que les affrontements avaient fait une quarantaine de morts, 16 à l’aéroport, huit au siège de la RTNC, et 16 à l’état major général. Pour lui, cet assaut avait pour objectif premier « de terroriser la population à la veille de la nouvelle année, de semer la panique et la terreur. »
Les assaillants se seraient présentés comme des partisans du chef religieux Paul Joseph Mukungubila, qui s’était présenté aux élections présidentielles au Katanga et qui a installé à Kinshasa le siège de son église évangélique, le « ministère de la restauration ».
Le message que les assaillants auraient souhaité lire faisait allusion à ce pasteur qui avait vivement critiqué la position du gouvernement face aux rebelles du M23, accusant le pouvoir d’avoir signé un accord de paix avec les mutins et capitulé devant les Rwandais. Ce qui n’est précisément pas le cas parce que Kinshasa, se reposant sur sa victoire militaire, n’a signé aucun accord avec les rebelles défaits. Ces derniers se sont repliés en Ouganda où, selon certaines sources, ils auraient repris du service à l’occasion des récentes attaques dans la région de Beni.
A la mi journée, une autre attaque était signalée à Kindu dans la province du Maniéma où un groupe de Mai Mai, des combattants traditionnels, a pris d’assaut une base militaire proche de l’aéroport, avant d’être repoussés par les forces de l’ordre. Ces combattants, dirigés par un certain Caesar qui fut tué lors de l’assaut, se réclamaient eux aussi du pasteur Mukulungubila. A Lubumbashi, des tirs ont éclaté autour de la résidence du religieux, tenu pour responsable des évènements de Kinshasa.
A l’analyse, même si ce dernier ne cachait pas son hostilité à l’encontre du pouvoir, il paraît douteux qu’il ait pu organiser une attaque simultanée en trois points stratégiques de la capitale, ce qui suppose des hommes, de l’argent et des complicités au plus haut niveau des services de sécurité.
L’origine de ces troubles serait plutôt à rechercher dans le camp des mécontents, grossi par plusieurs décisions récentes du chef de l’Etat : le week end dernier en effet, le général Charles Bisengimana, un Tutsi congolais Munyamulenge a été confirmé à la tête de la police nationale, un poste qu’il occupait par interim depuis la suspension du général John Numbi, accusé d’avoir été impliqué dans l ‘assassinat du défenseur des droits de l’homme Floribert Chebeya. Le général Raus Chalwe, un fidèle du régime a été déplacé de son poste dans le Bas Congo pour devenir l’adjoint de Bisengimana tandis que le général Charles Kamanya, apprécié pour sa lutte contre la criminalité, a été nommé chef de la police pour Kinshasa. Ces nominations de personnalités de confiance, connues pour leur efficacité, ont suscité des mécontentements dans les rangs « katangais » où on attend toujours que soit choisi un Premier Ministre qui remplacerait l’actuel Matata Mponyo, toujours en affaires courantes…

29 décembre 2013

Sud Soudan: Hollywood n’avait pas prévu ce scenario là

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Deux ans après l’indépendance, le Sud Soudan au seuil de la guerre civile

C’est un scénario que les stars d’Hollywood, Don Cheadle, Matt Dillon et surtout Georges Clooney, qui avaient passionnément milité en faveur de l’indépendance du Sud Soudan, n’avaient pas prévu : une « armée blanche » composée de 25.000 hommes armés de bâtons et de machettes, le visage couvert de cendres pour se protéger des insectes et effrayer les ennemis, marche sur Bor, la capitale de l’Etat de Jonglei, soutenant le vice président Riek Machar, en rupture avec le chef de l’Etat Salva Kiir.
Cette attaque sur Bor est le dernier épisode du conflit entre les deux principales ethnies du Sud Soudan, les Dinka, représentés par le chef de l’Etat Salva Kiir et les Nuer qu soutiennent Riek Machar.
A la veille de l’indépendance du plus jeune Etat d’Afrique, les deux hommes n’avaient conclu qu’un mariage de raison : Machar était un autonomiste de longue date, tandis que Salva Kiir était l’ancien lieutenant de John Garang, le « père de la nation ». Ce dernier, dont l’avion fut victime d’un accident ou abattu au lendemain d’un accord de paix conclu en 2005 avec Khartoum, n’avait pas combattu pour conquérir l’indépendance du Sud, mais pour aboutir à un Soudan démocratique, dans lequel le Sud, négligé depuis l’époque coloniale, aurait retrouvé une égalité de traitement avec le Nord.
Même si tous s’inclinent devant le mémorial édifié à la mémoire de John Garang à Juba, sa veuve ne craint pas d’affirmer « mon mari est sans doute mort en vain, sa vision a été dévoyée .» Deux ans après l’indépendance en effet, les rivalités ethniques et politiques l’ont emporté et le fragile Etat se trouve au bord de la guerre civile : à Juba, des témoins rapportent que des militaires appartenant à l’ethnie dinka –celle du président- font du porte à porte pour interpeller, frapper et parfois exécuter des civils d’une autre ethnie et que 250 soldats appartenant à l’ethnie Nuer auraient été assassinés. Deux charniers auraient été découverts dans la ville.
En dehors de la capitale, l’armée a éclaté suivant des fractures ethniques et des Nuers, soutenant le vice président Riek Machar, auraient pris le contrôle des Etats de Jonglei et de l’Unité, perpétrant à leur tour des massacres contre les Dinkas.
Appelant à un renforcement rapide de ses effectifs, qui devraient passer à 12.500 hommes l’ONU reconnaît qu’elle est débordée sur le plan humanitaire : fuyant les massacres, 45.000 civils se sont réfugiés dans ses bases situées dans la moitié des dix Etats du Sud Soudan et au total, plus de 100.000 personnes sont déplacées dans les Etats de Jonglei, de l’Unité, du Haut Nil, de l’Equateur central et oriental. A Bentiu, dans l’Etat de l’Unité, où se trouvent les principaux champs pétroliers, l’armée s’est divisée en factions rivales.
Très inquiets, les pays de la région (Ethiopie, Ouganda, Kenya) qui exerçaient une tutelle de fait, politique comme économique, sur le jeune Etat, multiplient les pressions et ont fixé au 31 décembre un ultimatum devant marquer la fin des combats.
Pour comprendre intellectuellement et saisir, de visu, les difficultés de l’indépendance du Sud Soudan, il faut parcourir le très beau livre du photographe belge Cedric Gerbehaye et du journaliste américain Jon Lee Anderson « Land of Cush ».
(1)Les photos du premier montrent des paysages quasi bibliques où d’immenses troupeaux errent au milieu d’armes abandonnées, d’ abris couverts de bâches bleues. Le texte du second rappelle que si le nouvel Etat produit 350.000 barils de pétrole par jour, il ne comptait voici deux ans que 50 km de routes asphaltées et que sept de ses habitants sur dix sont analphabètes. Le Sud Soudan, négligé par le colonisateur britannique puis ignoré par Khartoum, est un pays façonné par la violence :de 1955 à 1972 un premier conflit fit 500.000 victimes et lorsque le Nord musulman décida d’étendre la charia au sud animiste ou chrétien, John Garang créa en 1983 l’Armée populaire de libération du Sud Soudan, entamant une guerre qui devait entraîner deux millions de morts et quatre millions de réfugiés. A la tête d’un pays enfin indépendant, nantis de ressources pétrolières très convoitées, les héritiers de Garang se sont révélés incapables de surmonter les clivages ethniques et, sur ce champ de ruines, de jeter les bases d’une véritable nation.

Land of Cush, Cedric Gerbehaye et Jon Lee Anderson, éditions « le bec en l’air », 2013

28 décembre 2013

La France isolée face aux guerriers sans frontières

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Le feu vert de l’ONU n’était-il pas acquis ? L’opinion n’allait elle pas finir par se rallier à cette opération de police, menée pour enrayer des atrocités qui avaient fini par défrayer la chronique ? Les 1600 hommes de l’opération Sangaris, venus du Cameroun voisin, ne débarquaient ils pas en terrain connu, dans un pays où l’armée française est intervenue onze fois depuis l’indépendance, imposant puis chassant Bokassa et ses diamants, amenant David Dacko par vol spécial, approuvant Bozize contre Patasse, puis laissant agir Michel Djotodia contre un Bozize tombé en disgrâce pour, en plus de son inefficacité, avoir osé ouvrir aux Chinois champs pétroliers et mines d’uranium ?
Ceux qui tablaient sur une opération de courte durée, de nature à redorer le blason présidentiel, ont péché non seulement par excès d’optimisme mais surtout par ignorance ou présomption : le contraste est cruel entre un pays que l’ancienne puissance coloniale a laissé sans routes, sans encadrement administratif, à peu près aussi peu développé que le Sud Soudan (un pays qui sombre lui aussi…) et la sophistication des moyens militaires dont dispose la Seleka. On aurait cependant du se rappeler du fait que, dès le départ, cette coalition d’opposants avait surpris par ses capacités militaires, son avancée fulgurante, l’efficacité de ces « guerriers sans frontières », ayant déjà opéré au Tchad, au Soudan, dans toutes les zones grises de la frange sahélienne. Ces rebelles ci, formés, endurcis, sont bien différents des hordes d’autrefois. Des mouvements comme la Seleka, mais aussi au Nord du Congo, les ADF Nalu sont aussi l’avant-garde d’un mouvement de fond qui menace toute la zone forestière, -du Cameroun jusqu’au nord du Kénya-, une poussée des populations sahéliennes, nomades et marquées par l’Islam, en direction des verts pâturages de l’Afrique centrale.
Face à ces guerriers dotés d’armes sophistiquées, les armées d’Etats aussi faibles que la Centrafrique ne font pas le poids et à l’heure actuelle, les Français, en nombre insuffisant, sont à peine secondés par les 4000 hommes de la Force africaine, dont 850 Tchadiens dont la neutralité est sujette à caution.
Il faudra un jour tirer les leçons du désastre absolu que représente la Centrafrique et se demander s’il fut bien raisonnable, au nom des politiques d’ajustement structurel, d’empêcher les Etats africains de se doter d’armées et d’administrations fonctionnelles et de fermer les yeux sur la corruption des régimes. Mais avant le temps des regrets, il faut passer à l’action : arrêter les massacres, sortir les Français de leur isolement, faire jouer la solidarité européenne. Car Bangui aujourd’hui, cela pourrait être demain Brazzaville, Abidjan, Yaoundé sinon Kinshasa…

28 décembre 2013

La Centrafrique en quelques questions

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Décryptage

La France, engagée sur deux fronts africains, le Mali et la Centrafrique, souhaiterait un soutien militaire européen afin de l’aider à repousser les islamistes dans le Nord du Mali et à faire cesser les tueries en Centrafrique.

Pourquoi l’ex-puissance coloniale se sent elle obligée d’intervenir ?

La Centrafrique appartient au «pré carré » franco africain, ces Etats francophones d’Afrique de l’Ouest et du Centre, qui, depuis l’indépendance, ont gardé des liens privilégiés avec l’ancienne métropole, avec laquelle ils sont liés par des accords de défense mais aussi par une monnaie commune, le franc CFA, qui, jadis lié au franc français et donc au Trésor, est aujourd’hui lié à l’euro. Abandonner ces ex colonies représenterait une démission sur le plan humanitaire mais aussi un signal politique, indiquant l’affaiblissement de la position française sur le plan international.

Pourquoi les pays africains sont ils impuissants ?

L’Union africaine, qui a pris la relève de l’OUA s’est dotée d’un organe de sécurité et de défense qui, avec les organisations régionales dont l’Organisation des Etats d’Afrique de l’Ouest, est de plus en plus disposée à envoyer des troupes chargées du maintien de la paix. En Centrafrique, la FOMAC est déjà à pied d’œuvre et va être renforcée par des militaires venus du Burundi. Mais les forces africaines souffrent de deux handicaps : le premier, peu cité, est politique. Dans des cas comme celui de la Centrafrique, les soldats originaires de pays de la région (le Tchad par exemple) peuvent avoir des sympathies pour l’un ou l’autre camp en raison d’affinités culturelles, ethniques ou religieuses, ce qui hypothèque leur action et met en cause leur neutralité. Le second facteur est économique : lorsqu’ils sont disposés à intervenir les Etats africains sollicitent des soutiens extérieurs, qu’il s’agisse de payer les troupes, d’assurer les moyens de transport et la logistique. Lorsque les troupes africaines sont intégrées dans un dispositif onusien, leurs pays respectifs en tirent des revenus non négligeables et trouvent là un moyen efficace de recycler leurs combattants démobilisés.
En République démocratique du Congo, où la Tanzanie, le Malawi et l’Afrique du Sud ont envoyé une Brigade d’intervention forte de 3000 hommes, mais cette force qui a joué un rôle décisif contre le M23 au Nord Kivu a du être intégrée dans le dispositif de la Monusco (Mission des Nations unies au Congo) pour disposer d’une logistique et de moyens financiers suffisants.

Pourquoi la France compte-elle sur des appuis européens ?

En raison de ses moyens de plus en plus limités (les troupes françaises sont à leur étiage maximum) mais aussi parce qu’elle compte sur la solidarité des anciennes puissances coloniales (la Grande Bretagne, la Belgique) afin de ne pas totalement céder le terrain aux nouveaux venus (Chinois mais aussi Coréens, Turcs…) dans ces pays potentiellement riches (diamant, pétrole, uranium dans le cas de la Centrafrique) et de plus en plus courtisés.

28 décembre 2013

Centrafrique: les soldats de la paix sont eux mêmes divisés

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La Centrafrique, ce vaste pays longtemps oublié entre ses grands voisins (les deux Congo, le Tchad, le Soudan) va-t-il devenir le théâtre d’une nouvelle guerre interafricaine ?
Au départ, lorsque Paris lança l’Opération Sangaris, il s’agissait surtout d’une opération de police, avec des objectifs bien définis : mettre hors d’état de nuire les combattants de la Seleka, le mouvement rebelle qui avait pris le pouvoir en Centrafrique en mars dernier, et dont les hommes, refusant d’être désarmés et cantonnés, multipliaient depuis des mois les exactions à l’encontre des populations civiles, majoritairement chrétiennes au sud du pays. Les horreurs perpétrées par les bandes de Seleka (parmi lesquels des Tchadiens, des Soudanais et autres « soldats sans frontières ») avaient provoqué l’apparition de groupes d’auto défense, les anti balakas, de simples paysans armés de machettes, mais aussi d’anciens partisans du président déchu de François Bozize.
Les forces françaises devaient opérer en coordination avec la Misca (Mission onusienne d’intervention en Centrafrique, remplaçant la FOMAC , force militaire d’Afrique centrale) ) à laquelle participaient des soldats tchadiens, burundais, et des Congolais de Brazzaville.
Le 5 décembre, alors que « Sangaris » n’en était qu’à ses débuts, des éléments « anti-balaka », armés de machettes, se lancèrent dans des massacres de musulmans, accusés de soutenir les Nordistes de la Seleka, majoritairement musulmans eux aussi. D’après l’hebdomadaire Jeune Afrique, il ne s’agissait pas seulement de représailles, mais d’une attaque militaire professionnelle, coordonnée par le fils de l’ancien président Bozize. Les tueries firent plus de 600 morts dans la capitale.
Depuis lors, l’image du conflit s’est singulièrement brouillée : quoique se proclamant impartiales, les forces françaises sont accusées par les musulmans de prendre parti pour les chrétiens et leurs relations avec le président en place, Michel Djotodia, un ancien ministre mis au pouvoir par la Seleka, sont exécrables.
Mais entre les forces africaines chargées de rétablir la paix l’harmonie est loin de régner car elles ont, elles aussi, des solidarités voire des agendas différents. C’est ainsi que les Tchadiens sont soupçonnés de protéger la Seleka (parmi les quels se trouvent des ressortissants de leur pays…) tandis que les soldats originaires d’Afrique centrale, Congo et Burundi, se sentent plus proches des populations chrétiennes. Des échanges de coups de feu ont eu lieu entre des « soldats de la paix » tchadiens et leurs homologues burundais et les Tchadiens ont tiré dans la foule qui les conspuait à Bangui ! La tension était telle qu’in fine, il a été décidé que les hommes d’Idriss Deby, des guerriers à la gâchette trop facile, seraient mutés dans le Nord du pays.
L’éloignement des Tchadiens ne rétablira pas nécessairement la sérénité au sein de la Misca : Kinshasa a annoncé le déploiement en Centrafrique de 850 hommes, afin de sécuriser la frontière commune et d’empêcher que la guerre ou les flux de réfugiés n’embrasent la province de l’Equateur, un bastion anti-Kabila, où Jean-Pierre Bemba garde beaucoup de sympathisants. Ces hommes appartiennent au dernier des bataillons de para commandos formés par les Belges à Kindu et ils n’ont pas encore subi l’épreuve du feu. C’est pourquoi d’aucuns se demandent, à Bruxelles, si une contribution à l’effort militaire ne pourrait pas se traduire par l’encadrement de ce bataillon par ses instructeurs belges, une demi douzaine d’officiers qui assureraient le suivi opérationnel de la formation qu’ils avaient dispensée dans le Maniéma.
A Bangui, les Congolais devront collaborer avec des hommes pour lesquels, au Kivu, ils n’ont aucune sympathie : un contingent de 800 hommes que le Rwanda à son tour met à disposition de l’Union africaine.
A l’instar de Kinshasa, Kigali est mu autant par des soucis de sécurité que par la solidarité interafricaine : on se souvient en effet que, voici dix ans, des combattants hutus, après avoir traversé le Congo Kinshasa et le Congo Brazzaville, s’étaient réfugiés en Centrafrique où ils s’étaient mis au service du président Bozize. L’un des collaborateurs du président déchu était d’ailleurs Fabien Singaye, un ancien proche du président Habyarimana, lié à Paul Barril et qui avait servi de traducteur au juge Bruguière ! La bannière de la pacification de la Centrafrique risque donc, aussi, de dissimuler sinon une sourde guerre interrwandaise, du moins de sérieuses opérations de renseignement !
Au regard de la complexité croissante de la situation en Centrafrique, l’opération française au Mali risque de ressembler à une promenade de santé…

28 décembre 2013

La cuvette de l’info

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Merci Canal Plus ! Avant la bûche, les mignardises et autres bondieuseries, vous nous avez offert, sur un plateau, une belle occasion de dégueuler. Question régime, cela fait du bien ! Il faut dire que le texte de votre sketch est arrivé sur le tard, dûment relevé par quelques vigiles auxquels n’échappe aucun étron audiovisuel. Dans le cadre, -si l’on ose appeler ainsi la cuvette- de l’émission « rendez vous en parenthèse inattendue », il s’agissait d’une petite scène imaginée au Rwanda, le « berceau de l’humanité ». Frédéric Lopez, Gilles Lelouche et Audrey Fleuron, en grande conversation avec Honoré, le régional de l’étape, présenté comme un « résident tutsi » évoquent la difficulté de l’adoption dans ce beau pays. Après s’être bien marrés et avoir émis des gloussements de singes (que fait le WWF ?) les comédiens entonnent « fais dodo » avec des rimes toutes trouvées « fais dodo » car « papa est en bas il lui manque un bras » ou « fais dodo » car « les autres sont morts… »
Ce qui est bien, en France, c’est qu’on peut encore rire de tout. Des Juifs, des Noirs, des Jaunes, des Arabes, des génocidés et des génocidaires, dès qu’il s’agît de se marrer, tout est bon et haro sur les pisse vinaigre qui auraient le mauvais goût de s’en offusquer. Ce qui n’est pas bien en France, c’est que si on peut rire de tout, on est obligé de le faire avec n’importe qui et que, même le cœur au bord des lèvres, on est encore obligé de grimacer…

17 décembre 2013

Le Tchad, allié ambigu des Français en Centrafrique

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La guerre en Centrafrique a mis en évidence le rôle important et ambigu du Tchad : jadis considéré comme l’un des « Etats malades » de l’Afrique, tristement célèbre pour ses dictateurs, François Tombalbaye, Hissene Habré et aujourd’hui Idriss Deby, le Tchad, doté d’une rente pétrolière et d’un régime fort, est en passe devenir une puissance régionale. Exerçant la présidence tournante de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, le Tchad est aussi candidat à un siège de membre non permanent du Conseil de sécurité.
Voici dix ans, alors qu’Idriss Deby, qui avait lui-même chassé Hissène Habré par la force, était menacé par des groupes rebelles descendus de Libye, il ne dut son salut qu’à l’intervention de l’armée française, présente sur le territoire tchadien depuis 1986 dans le cadre de l’opération Epervier.
Depuis lors, Deby, avec l’assentiment tacite de Paris, a cessé de financer un « fonds pour les générations futures », mis sur pied avec l’aide de la Banque Mondiale alors que commençait l’exploitation pétrolière. Se sentant menacé, il préférait utiliser les recettes de l’or noir pour répondre à des besoins immédiats : se doter d’une armée performante, capable de faire barrage à des groupes armés encouragés par la Libye de Kaddfhafi ou libérés après la liquidation de ce dernier, assurer la sécurité de ses frontières et se rendre indispensable dans la stabilisation des pays voisins.
C’est ainsi que le Tchad a offert un soutien capital à l’opération française Serval, déployée au Mali et, au début de cette année, les troupes tchadiennes placées en première ligne face aux milices islamistes ont subi de lourdes pertes. En outre, c’est depuis le territoire tchadien qu’opèrent les Mirage français survolant la sous région. Du point de vue de N’Djamena, ces éminents services ont été mal récompensés, puisque, lorsqu’il s’est agi de nommer le chef militaire de la mission onusienne de stabilisation du Mali (Minusma), c’est un officier rwandais, le général Kazura, qui l’a emporté sur son rival tchadien.
Ayant efficacement soutenu la France au Mali, le Tchad s’est montré plus ambigu en Centrafrique, un pays qui relève de sa zone d’influence et dont les dirigeants ont toujours été tiraillés entre deux pôles de solidarité, la Libye du colonel Kaddhafi et la France.
C’est ainsi qu’en 2003, le Premier ministre centrafricain Ange Félix Patassé, proche de Tripoli et soutenu à l’époque par le Congolais Jean-Pierre Bemba, (qui s’est retrouvé à la Cour pénale internationale à la suite des viols commis par ses soldats lors de leur intervention à Bangui) avait été chassé du pouvoir par le général François Bozizé, un ami du président congolais Joseph Kabila. A l’époque, les troupes de François Bozize, parties du Nord du pays, ne l’avaient emporté que grâce au soutien de l’armée tchadienne.
Dix ans plus tard, ses alliés initiaux ont constaté que Bozize les avait déçus : pas plus que ses prédécesseurs, il n’avait réussi à endiguer la corruption, mais surtout, il s’était rapproché de la Chine, où il avait voyagé en 2009, autorisant ensuite la société chinoise CNPC à entamer des prospections pétrolières à Boromata, dans le Nord-est du pays, au grand déplaisir des Français et des Américains.
Il n’en fallait pas plus pour que le Tchad, voici un an, appuie la Seleka, « coalition » en sango, une nébuleuse de mouvements d’opposition bientôt rejoints par des « combattants sans frontières » venus du Soudan ou recrutés dans le vivier libyen.
Dans un premier temps, la France, absorbée par son intervention au Mali et décidée à lâcher Bozize au profit de Michel Djotodia, un ancien fonctionnaire, détourna les yeux, laissant se déployer à Bangui une force africaine, la Fomac, dont le principal contingent, -650 hommes- était… fourni par le Tchad !
Ces soldats tchadiens, reflets de la politique de leur pays, ont joué un rôle ambigu, refusant parfois de désarmer la Seleka, fournissant des brassards à ses soldats afin qu’ils puissent continuer à circuler. Cette attitude équivoque a poussé la population de Bangui à prendre à partie des commerçants d’origine tchadienne, très nombreux dans la capitale. Plus largement, des ressortissants centrafricains originaires des provinces du Nord et de confession musulmane ont été assimilés à des Tchadiens et massacrés par les milices « anti balaka » qui se sont créées pour défendre les chrétiens face à la Seleka.
Alors que les troupes françaises, engagés à Bangui autant pour enrayer les massacres que pour réaffirmer le rôle de la France , sont accusées de partialité par les musulmans, leur allié tchadien redoute de voir ses 15.000 ressortissants vivant en Centrafrique être obligés de fuir pour cause de représailles.

17 décembre 2013

Du bon usage du terme génocide

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Lorsqu’il s’est agi de justifier une intervention militaire pour mettre fin aux tueries que les milices de la Seleka commettaient depuis des mois en Centrafrique, les responsables français n’ont pas lésiné sur le vocabulaire. François Hollande a parlé de « chaos, d’exactions extraordinairement graves » mais surtout Laurent Fabius, son ministre des Affaires étrangères, qui sait ce que parler veut dire, n’a pas hésité à lancer une « bombe atomique langagière » en assurant « le pays est au bord du génocide ». Une expression que devait reprendre le directeur du Bureau Afrique du département d’Etat américain, Robert Jackson qui évoquait « une situation pré-génocidaire ».
La gravité de ces propos a évidemment entraîné un feu vert du Conseil de Sécurité, autorisant officiellement la France à lancer une opération « Sangaris » qui avait déjà commencé à se déployer au départ du Cameroun.
En réalité, la Centrafrique est aujourd’hui en proie à des violences d’une extrême gravité qui, de plus en plus, prennent un tour communautaire, puisque les milices musulmanes de la Seleka -parmi lesquelles de nombreux combattants étrangers- s’en prennent à des populations majoritairement chrétiennes tandis que des groupes paysans d’autodéfense, soucieux de défendre leurs communautés, ripostent aus Seleka et, par extension, s’en prennent à des civils de confession musulmane. Des civils sont donc ciblés du seul fait de leur appartenance ethnique ou communautaire, ce qui est l’une des définitions du génocide. Mais les massacres ne sont pas organisés systématiquement par un pouvoir étatique, ils ne visent pas l’élimination d’un groupe humain, comme naguère les Juifs ou voici vingt ans les Tutsis.
L’usage du terme génocide paraît donc excessif, pour l’instant en tous cas, même si le cycle des représailles justifie pleinement l’envoi d’une force militaire mandatée pour mettre fin aux tueries et au chaos.

15 décembre 2013

Centrafrique: MSF tance l’ONU

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Malgré les appels à la réconciliation lancés par les principaux responsables religieux, chrétiens et musulmans, la situation demeure toujours chaotique à Bangui, une ville qui compte plus de 300.000 déplacés, dont, aux alentours de l’aéroport seulement, 15.000 personnes qui vivent dans un dénuement total. Médecins sans Frontières, qui, avec le Comité international de la Croix Rouge, s’emploie à soigner les innombrables blessés qui parviennent jusqu’aux hôpitaux, est, pour une fois, sortie de ses gonds face à l’impuissance des grandes agences onusiennes. Dans une lettre cinglante adressée à la baronne Valérie Amos, sous secrétaire de l’ONU chargée des affaires humanitaires, l’organisation dénonce « la performance inacceptable des Nations unies en Centrafrique ».
Les accusations sont précises : lors de la première offensive rebelle, en décembre 2012, la majorité du staff onusien a été évacué à l’extérieur de Bangui et n’est pas vraiment revenue depuis lors. En outre, lors de la dernière éruption de violence, la seule contribution onusienne s’est limitée à recueillir des données chiffrées et à formuler des évaluations des besoins. De nombreuses réunions d’évaluation et de coordination n’ont abouti à aucun résultat concret. Les exemples de cette impuissance ne manquent pas : MSF, de manière répétée, mais sans résultat jusqu’à présent, a demandé aux agences onusiennes de distribuer de la nourriture, des tentes et du savon aux milliers de déplacés qui campent aux abords de l’aéroport. L’organisation relève aussi qu’en province, à Bossangoa le staff de l’ONU a quitté les lieux lors des récents affrontements, abandonnant 30.000 personnes dans des camps de déplacés.
MSF relève aussi que si les agences de l’ONU se focalisent sur un « plan d’action de 100 jours », dans l’immédiat rien n’est fait pour répondre aux immenses besoins d’urgence. En outre, relève la lettre de MSF, les considérations de sécurité de l’ONU –dont le staff ne quitte pas casques et gilets pare balles- sont disproportionnées par rapport au réalités du terrain et servent même d’excuse pour différer une augmentation des secours. Les quelques ONG vouées à l’aide d’urgence ne peuvent pas couvrir tous les besoins, conclut la lettre de MSF, qui implore les agences de l’ONU d’enfin prendre leurs responsabilités…

15 décembre 2013

Ses amis socialistes se souviennent de Mandela

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« Le parti socialiste a parfaitement le droit de faire flotter sur son siège une banderole aux couleurs de l’Afrique du Sud, parfaitement le droit de célébrer la mémoire de Nelson Mandea, dire le contraire, cela frise l’impudence, l’oubli de l’histoire. » En termes clairs, Paul Magnette a tenu à remettre les pendules à l’heure à l’occasion d’une cérémonie d’hommage au leader sud africain, qui s’est tenue à Saint Gilles au Centre culturel Jacques Franck : voici 40 ans, alors que Mandela et ses compagnons croupissaient dans la solitude de l’île de Robben Island, ce sont les partis de gauche, au premier rang desquels le parti socialiste, les organisations syndicales comme la FGTB, les mouvements citoyens comme les Femmes prévoyantes socialistes ou, du côté chrétien Vie Féminine, qui soutenaient l’ANC, le Congrès national africain sur le plan politique, mais aussi financier. Deux piliers de cette solidarité avec un mouvement que d’autres considéraient alors comme inféodé à Moscou voire terroriste, prirent alors la parole pour rappeler comment le combat contre l’apartheid passa, aussi, par la Belgique. Pierre Galand, aujourd’hui président du CAL, à l’époque secrétaire général d’Oxfam, évoqua la manière dont une collecte auprès de sympathisants, entre autres des fonctionnaires européens, permit d’installer les bureaux de l’ANC dans une petite maison de la rue Franklin et, comme Paulette Pierson Mathy, il insista sur les menaces physiques qui planaient à l’époque sur les compagnons de Mandela : Godfrey Motsepe, qui représentait l’ANC à Bruxelles échappa de justesse à un attentat tandis qu’à Paris son homologue Dulcie September était assassinée. Paulette Pierson Mathy, qui fut longtemps professeur à l’ULB et à qui la salle réserva une standing ovation, replaça dans un contexte plus large la lutte menée par les Sud Africains : l’une des clés de l’abolition de l’apartheid fut l’indépendance de la Namibie et celle ci fut obtenue grâce à l’effort militaire de tous les pays africains dits de la ligne de front, dont le Zimbabwe, l’Angola, le Mozambique, qui paièrent cette solidarité au plus haut prix. A cette époque, la Belgique officielle était bien passive et la Flandre passait des accords culturels avec le régime d’apartheid…
Prenant la parole à son tour, le Premier Ministre Elio di Rupo salua le combat long et cohérent de Mandela, qui à l’époque n’était soutenu que par les partis progressistes. De l’heureuse évolution de l’Afrique du Sud, il tira un message positif : « une politique progressiste peut changer le monde, une attitude de dialogue peut permettre réelles avancées et, à l’instar de Mandela, chacun peut gouverner sa propre vie, empêcher les puissants d’en disposer ». Il devait en conclure que « oui, en Belgique aussi, il est encore possible de lutter pour encore changer la vie. »
A noter que ces évocations du passé, combatives plus que nostalgiques et ces résolutions prises au présent furent plusieurs fois interrompues par des cris montant de la salle, où des groupes solidaires des réfugiés afghans campant dans l’église du Béguinage prirent à partie les autorités socialistes. A la sortie d’ailleurs, plusieurs dizaines de réfugiés afghans menacés d’expulsion attendaient les « pontes » du PS pour leur demander de faire preuve de solidarité, aujourd’hui même, dans l’esprit de Mandela.