28 décembre 2013

La France isolée face aux guerriers sans frontières

Catégorie Non classé

Le feu vert de l’ONU n’était-il pas acquis ? L’opinion n’allait elle pas finir par se rallier à cette opération de police, menée pour enrayer des atrocités qui avaient fini par défrayer la chronique ? Les 1600 hommes de l’opération Sangaris, venus du Cameroun voisin, ne débarquaient ils pas en terrain connu, dans un pays où l’armée française est intervenue onze fois depuis l’indépendance, imposant puis chassant Bokassa et ses diamants, amenant David Dacko par vol spécial, approuvant Bozize contre Patasse, puis laissant agir Michel Djotodia contre un Bozize tombé en disgrâce pour, en plus de son inefficacité, avoir osé ouvrir aux Chinois champs pétroliers et mines d’uranium ?
Ceux qui tablaient sur une opération de courte durée, de nature à redorer le blason présidentiel, ont péché non seulement par excès d’optimisme mais surtout par ignorance ou présomption : le contraste est cruel entre un pays que l’ancienne puissance coloniale a laissé sans routes, sans encadrement administratif, à peu près aussi peu développé que le Sud Soudan (un pays qui sombre lui aussi…) et la sophistication des moyens militaires dont dispose la Seleka. On aurait cependant du se rappeler du fait que, dès le départ, cette coalition d’opposants avait surpris par ses capacités militaires, son avancée fulgurante, l’efficacité de ces « guerriers sans frontières », ayant déjà opéré au Tchad, au Soudan, dans toutes les zones grises de la frange sahélienne. Ces rebelles ci, formés, endurcis, sont bien différents des hordes d’autrefois. Des mouvements comme la Seleka, mais aussi au Nord du Congo, les ADF Nalu sont aussi l’avant-garde d’un mouvement de fond qui menace toute la zone forestière, -du Cameroun jusqu’au nord du Kénya-, une poussée des populations sahéliennes, nomades et marquées par l’Islam, en direction des verts pâturages de l’Afrique centrale.
Face à ces guerriers dotés d’armes sophistiquées, les armées d’Etats aussi faibles que la Centrafrique ne font pas le poids et à l’heure actuelle, les Français, en nombre insuffisant, sont à peine secondés par les 4000 hommes de la Force africaine, dont 850 Tchadiens dont la neutralité est sujette à caution.
Il faudra un jour tirer les leçons du désastre absolu que représente la Centrafrique et se demander s’il fut bien raisonnable, au nom des politiques d’ajustement structurel, d’empêcher les Etats africains de se doter d’armées et d’administrations fonctionnelles et de fermer les yeux sur la corruption des régimes. Mais avant le temps des regrets, il faut passer à l’action : arrêter les massacres, sortir les Français de leur isolement, faire jouer la solidarité européenne. Car Bangui aujourd’hui, cela pourrait être demain Brazzaville, Abidjan, Yaoundé sinon Kinshasa…