21 janvier 2014

L’abbé Malu Malu lance le cycle électoral

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A l’invitation du Parlement, et en particulier d’André Flahaut, l ‘abbé Malu Malu, président de la Commission électorale indépendante congolaise, a multiplié les contacts en Belgique afin de s’assurer des soutiens politiques, financiers et aussi techniques (l’institut géographique national par exemple) pour réussir le prochain cycle électoral. Jusqu’en 2016 en effet, les scrutins vont se succéder au Congo, en commençant par les élections urbaines, municipales et locales et en se terminant sur les élections législatives et présidentielle de 2016. Selon l’abbé, ces scrutins locaux pourront mener au renouvellement du Sénat mais aussi à l’apparition d’un nouveau personnel politique : « début mars, le Parlement va débattre de la possibilité d’instaurer des quotas pour les femmes, afin que ces dernières puissent disposer de sièges supplémentaires. La parité au sein des partis politiques sera également discutée… »Les besoins de la CENI pour 2014 devraient s’élever à 284 millions de dollars et s’il faut en juger par les soutiens déjà obtenus, l’abbé Malu Malu, qui avait réussi le pari électoral en 2006, jouit déjà d’un capital de confiance bien supérieur à celui de son prédécesseur le pasteur Mulunda, organisateur du scrutin de 2011 qui avait été considéré comme un échec.

21 janvier 2014

Karegeya le transfuge qui en savait trop

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Patrick Karegeya le transfuge rwandais qui en savait trop

Emmitouflé dans son pardessus et son écharpe, l’allure tranquille et le regard aux aguets, Patrick Karegeya, en novembre dernier, avait refusé de nous recevoir ailleurs que dans un grand hôtel du quartier huppé de Johannesbourg et c’est presque à l’improviste qu’il avait soudain surgi à notre table. Sans se faire prier, il expliqua ce luxe de précautions par la menace constante que le président rwandais, son ancien compagnon de lutte, continuait à faire peser sur lui « lorsqu’il s’agît de tuer, il ne prend l’avis de personne… Autour de lui, on discute politique, économie, mais lorsqu’il s’agît d’assassinats politiques, il y a une sorte de chaîne de commandement, parallèle à celle du gouvernement et en définitive, c’est Kagame qui détient le pouvoir ultime… » Et le transfuge de rappeler que le général Kayumba Nyamwasa, ancien chef de l’armée et réfugié comme lui en Afrique du Sud, avait échappé à deux tentatives d’assassinat, une fusillade en pleine rue puis une tentative d’étranglement sur son lit d’hôpital, agression qui avait contribué à refroidir les relations entre Pretoria et Kigali.
Quelques semaines après notre rencontre, l’ancien chef des services de renseignement rwandais, malgré sa prudence, allait être retrouvé étranglé dans la salle de bains d’un autre hôtel de luxe de Johannesbourg, le Michelangelo, où il avait été rendre visite à un homme d’affaires rwandais qu’il connaissait fort bien, Apollo Kirisiri Ismaël, en fuite depuis lors. Jusqu’à présent, la police sud africaine, sans mettre le régime de Kigali en cause, se contente d’assurer que l’enquête se poursuit et que trois suspects rwandais ont été arrêtés.
Paradoxalement, dix jours après l’assassinat et alors que l’ambassadeur du Rwanda en Afrique du Sud avait démenti toute implication de son pays, c’est le président Kagame lui-même qui a indirectement vendu la mèche : sans citer nommément Karegeya, il assura, à l’occasion d’un déjeuner de prières, que « la trahison a ses conséquences » ajoutant encore « quiconque trahit notre cause ou souhaite du mal à notre peuple deviendra une victime. Reste seulement à savoir comment il deviendra une victime… »
En exil depuis 2006, Karegeya représentait il encore une menace pour son pays ? Il est certain que les membres de la « bande des quatre », le général Kayumba, l’ancien chef d’état major Théogène Rudasingwa, l’ex procureur général Gérard Gahima et le défunt lui-même ont été des compagnons de la première heure de Paul Kagame, engagés aux côtés du président ougandais Museveni dans les années 80 et fondateurs d’un Front patriotique rwandais qui à l’époque luttait pour le retour des exilés tutsis et pour la mise en place d’un régime démocratique au Rwanda. Ces quatre hommes, des piliers du régime, jouissaient d’un prestige considérable au sien de l’armée mais ils ne tardèrent pas à s’opposer à Kagame, non seulement parce que ce dernier entendait lutter impitoyablement contre la corruption, mais surtout parce qu’il ne supportait guère la contradiction, fût elle venue de ses plus anciens camarades.
Or certains d’entre eux, d’après Karegya, s’étaient opposés à la deuxième guerre du Congo et à toutes les tentatives de déstabilisation du pays voisin. Depuis son refuge sud africain, Karegeya s’était révélé un opposant pugnace et dangereux : non seulement il se targuait de pouvoir démontrer l’implication de Kagame dans l’attentat contre l’avion d’Habyarimana, mais surtout, il avait noué des contacts au Congo, et Kigali accusait ce Tutsi de grand lignage d’avoir conclu une « alliance contre nature » avec les combattants hutus des FDLR. Un soupçon qui s’est transformé en condamnation à mort.

21 janvier 2014

Du Rwanda à la Centrafrique

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« L’Europe ne peut laisser la France seule »… Le Ministre allemand des affaires étrangères a résumé le sentiment général :l’horreur de la situation en Centrafrique est telle que tout doit être mis en œuvre afin d‘enrayer la spirale de la violence, par simple solidarité avec les innombrables victimes mais aussi par crainte de la contagion vers d’autres pays d’Afrique centrale sinon de répercussions en Europe même. Cet appui militaire européen, s’ajoutant aux 500 millions de dollars d’aide qui seront libérés par les donateurs, n’exonèrent certainement pas la France, ancienne puissance coloniale, de ses compromissions du passé (avec l’ « empereur » Bokassa entre autres) ou de son trop long aveuglement face aux atrocités de la Seleka, mais vingt après le génocide au Rwanda, cet engagement représente une avancée dans la prise de conscience sinon dans la solidarité.
Comment oublier que voici vingt ans en effet, la « communauté internationale », Belgique en tête, avait retiré du Rwanda l’essentiel du contingent de l ‘ONU, détourné les yeux face au génocide qui finit par emporter un million de Tutsis en cent jours ? A l’époque, si la France se décida finalement à intervenir lors de l’opération Turquoise, ce fut moins pour sauver les derniers Tutsis que pour se porter au secours des forces du génocide en passe de perdre la bataille militaire et politique.
Après le Mali où il fallait barrer la route aux islamistes, la France s’est, la première, engagée en Centrafrique, désireuse d’enrayer les tueries certes, mais aussi de rappeler ses prérogatives d’ancienne puissance coloniale, quitte à nourrir de nouveaux soupçons d’ingérence ou d’ « agenda caché ». Non seulement l’appui européen devrait permettre d’élargir le périmètre de l’action en cours, mais il contribuera à lever les doutes éventuels. Car peu importe si la situation qui règne en Centrafrique répond ou non à la définition du génocide, où un groupe ethnique ou religieux serait menacé d’extermination : il est clair que les exactions de la Seleka, visant essentiellement des chrétiens, ont entraîné à l’encontre de la minorité musulmane d’abominables représailles, auxquelles les dignitaires religieux de tout bord tentent en vain de s’opposer (à Boali des centaines de Peuls sont réfugiés dans une église..)
Pour briser cet engrenage de haine, il faudra, dès demain, prôner le dialogue entre les communautés. Mais dans l’immédiat, c’est la force qui doit intervenir et frapper bien au delà de Bangui où les Français sont obligés de se cantonner. Alors que dans un Rwanda privé de moyens de communications, nul n’avait pris la mesure réelle des tueries perpétrées dans les campagnes, aujourd’hui, à l’heure d’Internet, les atrocités perpétrées en Centrafrique sont connues en temps réel, ce qui renforce l’obligation morale d’intervenir pour stopper le carnage.

1 janvier 2014

Alors que le Congo demeure fragile, l’ONU ne doit pas porter son effort ailleurs

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Les attaques simultanées sur trois points névralgiques de Kinshasa, sur le camp militaire de Kindu et des troubles à Lubumbashi, s’ajoutant aux violences qui endeuillent la région de Beni, où l’on compte des dizaines de morts, démontrent à quel point la paix demeure fragile.
Il est certain que la stabilisation militaire actuelle ne plaît pas à tout le monde et que certaines forces, intérieures et extérieures, n’ont pas renoncé à tirer profit d’un « chaos organisé ». Car à les ADF Nalu, si l’on peut dire, ont bon dos : a-t-on jamais vu un mouvement décrit comme sortant de la brousse, composé de terroristes armés de machettes, laisser derrière lui des préservatifs, tandis que les hommes s’exprimaient dans l’une des langues de l’Ouganda voisin et ressemblaient plutôt à des militaires en service commandé…
Alors que le rôle du président Museveni, ou en tous cas de membres de son entourage apparaît de plus en plus suspect, ce dernier aurait suggéré aux Nations Unies de dépêcher au Soudan du Sud la brigade d’intervention africaine, composée de 3000 hommes et qui, épaulant les FARDC a permis une victoire décisive contre le M23, ouvrant la voie à une réelle pacification de la région. Comme par hasard, les protagonistes du Sud Soudan dont Riek Machar, proche de l’Ouganda, souhaitent eux aussi le déploiement de forces africaines…
Si elle était appliquée, cette brillante suggestion dégarnirait le « front » du Nord Kivu de sa meilleure défense et démoraliserait sérieusement les forces gouvernementales ; elle risquerait aussi d’annuler les effets de la seule réelle victoire militaire que les Nations unies aient engrangé au Congo en une décennie de coûteuse présence…

Cela étant, bien des questions subsistent à propos de l’attaque survenue la veille du Nouvel An…

Des « terroristes », disposant de « pauvres moyens » et désireux de « perturber les fêtes »? Souhaitant calmer les esprits, Lambert Mende, Ministre de l’Information et porte parole du gouvernement congolais, a, quelques heures après l’alerte qui a secoué Kinshasa, essayé de minimiser la portée de l’attaque qui avait eu lieu, lundi matin, en trois points névralgiques de la capitale : le camp militaire Tshatchi, l’aéroport de N’Djili et le bâtiment de la radio télévision nationale RTNC, faisant une quarantaine de morts parmi les assaillants.
Ces assauts, menés par des jeunes gens en T-shirt, armés de machettes mais aussi d’armes lourdes, ont été spectaculaires : en direct durant une émission de télévision, les assaillants ont fait irruption sur le plateau, menaçant les journalistes. Au même moment, d’autres groupes faisaient irruption à l’aéroport, provoquant une interruption de tous les vols tandis qu’un troisième groupe, scandant des slogans anti-Kabila et accusant le président d’avoir cédé aux Rwandais, tentaient de s’emparer du camp militaire. Comment croire que ces attaques, menées au même moment par plusieurs dizaines d’hommes aient pu être un mouvement spontané ? Et, plus encore, comment croire qu’une telle action ait pu être décidée en dernière minute, quelques heures après la nomination du général Bizimana à la tête de la police nationale, intervenue durant le week end précédent?
Certes, les assaillants puis le porte parole du pouvoir mirent en avant le nom du pasteur katangais Mukungubila, qui fut candidat à l’élection présidentielle de 2006 mais ne recueillit que 60.000 voix, mais il semble bien que les véritables commanditaires de l’attaque étaient ailleurs et qu’ils disposaient à la fois de moyens militaires, de capacités logistiques et de complicités au sein de l’appareil d’Etat. Car au moment même où Kinshasa était secouée par les tirs et où la population se hâtait de regagner les quartiers périphériques, une autre attaque se déroulait à Kindu, dans le Maniéma : des hommes en armes tentaient non seulement de prendre le contrôle du camp militaire mais de rallier à leur cause les unités en place, dont un bataillon de troupes d’élite, actuellement formé par des instructeurs belges.
Leurs arguments étaient les mêmes qu’à Kinshasa : ils dénonçaient la politique du chef de l’Etat, présentée comme « pro rwandaise ». Là aussi, ils furent mis en déroute et le bataillon encadré par les instructeurs belges récusa fortement cette proposition de subversion. Si les militaires de Kindu avaient réagi autrement, la situation générale se serait peut-être retournée en faveur des mutins… On peut d’ailleurs se demander si les assaillants qui s’emparèrent brièvement de la RTNC ne souhaitaient pas eux aussi faire basculer l’opinion, dans une ville réputée hostile à Kabila…
Réelle tentative de coup d’Etat ou avertissement sérieux adressé au régime ? L’histoire n’a pas encore livré tous ses secrets, mais les évènements révèlent en tous cas un sérieux malaise au sommet de l’Etat : il y a longtemps en effet que les « Katangais » et plus précisément les originaires du Nord Katanga, généralement appelés « Balubakat » s’estiment marginalisés alors que naguère, du temps du regretté conseiller Katumba Mwanke ils formaient la garde rapprochée des hommes de confiance autour de Kabila. En effet, le pasteur Ngoy Mulunda, accusé de l’échec relatif des élections de 2011, a été écarté au profit de l’abbé Malu Malu à la tête de la Commission électorale indépendante, tandis que John Numbi, ancien chef de la police nationale et forte personnalité, a été suspendu à la suite de l’assassinat de Floribert Chebeya, le militant des droits de l’homme, retrouvé mort au sortir de ses bureaux. Jusqu’à présent, John Numbi n’était qu’en disgrâce et suspendu de ses fonctions mais la nomination de Charles Bisengimana a consacré sa mise à l’écart.
Or Bisengimana, qui avait exercé l’interim du puissant général, demeure, malgré son efficacité et sa loyauté à l’égard du chef de l’Etat, très contesté au sein des forces armées. L’état major n’a pas oublié que ce Tutsi congolais banyamulenge avait en 1998 rejoint la rébellion pro rwandaise du RCD Goma (Rassemblement congolais pour la démocratie) et d’aucuns le rendent responsable de l’exécution, sur l’aéroport de Kavumu près de Bukavu, d’une trentaine d’officiers congolais, anciens mobutistes ou loyaux au président Laurent Désiré Kabila, père de l’actuel chef de l’Etat et d’un massacre de civils à Mugunga. Des crimes de guerre à propos desquels il ne fut jamais interrogé, ayant bénéficié, comme tant d’autres, de l’impunité et de la réintégration dans la hiérarchie militaire…
Voici quelques mois, le « clan des Katangais » avait déjà inspiré les miliciens « bakata katanga » qui s’étaient brièvement emparés de Lubumbashi et avaient ensuite été transférés à Kinshasa. Auraient ils aujourd’hui adressé un sérieux coup de semonce au président soupçonné de vouloir modifier ses alliances pour se recentrer sur le Centre et l’Ouest du pays ? Auraient ils voulu peser sur les prochaines échéances politiques et profiter sinon du vide, du moins d’une certaine fragilité du pouvoir ?
Le pays en effet attend depuis plusieurs semaines la nomination du Premier Ministre qui devrait succéder à l’actuel Matata Mponyo qui est toujours en « affaires courantes ». Alors que les candidats se bousculent et qu’au nom du Katanga, l’ancien gouverneur de la Banque centrale Masangu brigue le poste ainsi que le Ministre des Affaires étrangères Tshibanda, le chef de l’Etat tarde à prendre congé de son très efficace Premier Ministre qui a remis le pays sur la voie de la croissance et tente de fermer tous les robinets de la corruption. Au grand dam d’un élite politique et militaire qui pourrait, elle aussi, avoir été tentée de jouer le tout pour le tout ou, à tout le moins d’exprimer son mécontentement en soutenant une aventure qui a tout de même entraîné une centaine de victimes…