20 mars 2014

Faustin Twagiramungu tend la main aux FDLR

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Vingt ans après le génocide des Tutsis et le massacre des Hutus opposés aux tueries, vingt ans après l’exode vers les forêts congolaises d’un million de civils encadrés par les miliciens et les militaires du régime Habyarimana, la présence au Nord et au Sud Kivu des FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda), des combattants hutus se référant à l’idéologie du génocide, au nombre de quelques milliers (guère plus de 2000 selon les Nations unies) continue d’empoisonner la région. Entourées de civils les ayant suivi dans l’exode, de jeunes qui n’ont pas participé aux massacres de 1994 et ont grandi dans les forêts du Congo, accompagnés aussi par des Congolais, ces combattants sont encadrés par des « politiques » qui espèrent toujours être invités à négocier avec Kigali. Depuis deux décennies, l’existence des FDLR a toujours été avancée par le régime rwandais pour justifier ses interventions au Kivu et son soutien aux divers mouvements rebelles, dont le M23, tandis que de nombreux groupes armés congolais se sont créés pour combattre soit les FDLR soit les rebelles alliés de Kigali. Aujourd’hui, le M23 ayant été vaincu en novembre et le mouvement armé ADF Nalu, d’origine ougandaise, ayant été défait dans le « grand nord » du Kivu, Martin Kobler, le représentant de l’ONU au Congo, se veut très clair : l’offensive contre les FDLR est imminente. Elle sera menée par les Casques bleus de la Monusco, par les 3000 hommes de la Brigade d’intervention africaine et par une armée congolaise réorganisée et renforcée. L’usage de drônes devrait faciliter le repérage de ces groupes qui se cachent dans la forêt.
C’est au moment où les FDLR se préparent à faire face à une offensive militaire majeure qu’un appui inattendu leur est proposé : l’ancien Premier Ministre Faustin Twagiramungu, -dont une partie de la famille fut tuée durant le génocide- a conclu un accord politique avec les FDLR, qui se retrouve désormais inclus dans une coalition de partis d’opposition rwandais, le PS-Imberakuri, la Rwandan Dream initiative (présidée par M. Twagiramungu), l’Union démocratique rwandaise.
Depuis Bruxelles, M. Twagiramungu s’oppose à une solution militaire : il assure que « dans les forêts du Congo, ses compatriotes sont pourchassés comme des animaux et que les femmes et les enfants sont traqués sans pitié ». Soutenant la proposition du président tanzanien Kikwete, qui avait suggéré au président Kagame de « négocier avec ses rebelles » M. Twagiramungu estime que des pourparlers politiques doivent être entamés avec les FDLR et plus largement avec l’opposition en exil, la « coalition des partis politiques pour le changement ». Se fondant sur une déclaration des FDLR par laquelle le mouvement assure « avoir déposé les armes » M. Twagiramungu se dit convaincu du fait que les rebelles « ont changé de mentalité et veulent discuter avec le pouvoir ».
S’il se déclare opposé à l’impunité, M. Twagiramungu ne s’attarde guère sur le comportement des FDLR à l’égard de la population congolaise (exactions, violences sexuelles, soumission des villageois obligés de travailler dans les carrés miniers) et il préfère énumérer la longue liste des crimes du FPR qui n’auraient jamais été réellement sanctionnés, depuis le massacre de Kibeho en 1995 jusqu’aux récents assassinats d’opposants à l’étranger (dont celui de Patrick Karegeya en Afrique du Sud le 1er janvier dernier) en passant par les guerres menées par l’armée rwandaise au Congo.
En termes virulents, l’ancien Premier Ministre, -qui gouverna durant quelques mois aux côtés du FPR-, mit en cause la communauté internationale, accusée de soutenir aveuglément Kigali et d’être « intimidée » par le président Kagame. Tout à sa diatribe, il ne mentionna ni les pressions américaines ou les sanctions britanniques, ni les rapports d’ONG comme le dernier en date, émanant de Reporters sans Frontières, qui dénonce les intimidations dont sont victimes les journalistes étrangers travaillant au Rwanda.
Visiblement soucieux de fédérer l’opposition rwandaise en exil et de créer un « cadre de concertation », M. Twagiramungu entend réunir des forces aussi disparates que le RNC (Rwanda national Congres) créé en Afrique du Sud par des déçus (tutsis) du régime Kagame, des partis d’opposition interdits ou réprimés au Rwanda et dont les membres sont menacés dans l’Ouganda voisin, et les combattants hutus des FDLR menacés au Congo par une offensive militaire sans précédent.

16 mars 2014

Pourquoi la condamnation de Simbikangwa est historique

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En leur âme et conscience, les jurés de la Cour d’Assisses de Paris ont jugé que Pascal Simbikwanga était coupable de crime de génocide et de crime contre l’humanité, et non de simple « complicité » et l’ont condamné à 25 ans de prison.
Vingt ans après le génocide qui a fait près d’un million de morts au Rwanda, un mois avant la commémoration de cet anniversaire, à Kigali et à travers le monde, le procès qui vient de se terminer est historique.
Tout d’abord parce qu’il se déroule en France, un pays dont les autorités, à l’époque, avaient appuyé le pouvoir rwandais avant, pendant et après le génocide. Durant deux décennies, bien plus que la Belgique où la diaspora rwandaise est cependant plus nombreuse, la France ne s’est pas contentée d’offrir l’asile à de nombreux tenants de l’ancien régime, dont la veuve du président Habyarimana, elle a été la caisse de résonance des théories négationnistes et l’un de seuls pays occidentaux à ne pas demander pardon au peuple rwandais pour la trahison internationale dont à l’époque il a été victime, même si le président Sarkozy a tenu à normaliser les relations avec Kigali.
En outre, la France s’est singularisée par l’instruction partielle et partiale menée par le juge Bruguière, qui, inculpant neuf hauts dirigeants rwandais dans l’attentat contre l’avion présidentiel, a démontré que la guerre pouvait être économique, politique mais aussi judiciaire.
Venant après la reprise du dossier Bruguière par son successeur Marc Trevidic, un juge anti terroriste qui, lui, s’est rendu sur le terrain, le procès actuel, qui s’est déroulé dans des conditions de sérieux unanimement reconnues et a démontré l’efficacité du « pôle génocide » instauré au Parquet de Paris, a restauré l’honneur de la justice française.
Mais durant les deux mois du procès de Pascal Simbikwanga, ces considérations là n’ont pas prévalu : il ne s’agissait ni de la mise en cause d’une politique ni d’une éventuelle revanche et encore moins d’un gage donné à la veille des cérémonies du souvenir, mais, seulement, de la comparution d’un homme, du défilé des témoins à charge et à décharge, et de la décision qu’ont du prendre, en leur âme et conscience, six jurés et trois magistrats.
Dans son déroulé même, ce procès, nourri par une instruction sérieuse et l’énoncé de faits multiples et convergents, a contribué à affaiblir le négationnisme qui jusqu’aujourd’hui, tient encore le haut du pavé en France. Il a été démontré, si besoin en était encore, que le génocide des Tutsis n’était pas le fruit d’une « colère spontanée » mais l’aboutissement d’un plan d’extermination soigneusement préparé, dont beaucoup étaient d’ailleurs au courant.
Dans ce cadre, Pascal Simbikwanga n’était pas un simple « acteur » et l’accusation reconnut qu’aucune mort directe ne pouvait lui être imputée, qu’aucune preuve matérielle de son implication ne pouvait être présentée. Son rôle en réalité était bien plus important : selon les termes de l’avocat général, « sa responsabilité est celle, aseptisée, distante, de l’auteur intellectuel et non de l’exécutant qui patauge dans le sang ». La défense, certes, eu beau jeu de démontrer la fragilité des témoignages, leur caractère parcellaire, mais cette lourde évocation de l’absence des victimes finit par produire l’effet inverse : la stratégie du déni se révéla choquante et un silence se fit dans la salle lorsqu’Alain Gauthier, au nom du collectif des parties civiles, rappela cette évidence « la marque du génocide, c’est le silence de nos morts ».
Au terme de douze heures de délibéré, les jurés ont fini par prononcer une sentence claire, reconnaissant la culpabilité de Pascal Simbikwanga. Cette « vérité judiciaire » ne clôt pas le douloureux dossier du génocide des Tutsis sur la scène française, elle marque une première étape dans l’établissement de la vérité. Ainsi que le relève l’association Survie, « ce verdict ouvre une brèche contre l’impunité dont jouissent encore en France des auteurs présumés du génocide résidant dans le pays ».

14 mars 2014

Pascal Simbikwanga condamné à 25 ans de détention

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Une étape importante pour la justice française

Alors que le ministère public avait requis la détention à perpétuité pour Pascal Simbikwanga, les jurés parisiens ont tranché : le capitaine de gendarmerie, qui avait été arrêté à Mayotte pour faux papiers et transféré en France a été condamné à 25 ans de prison. C’est moins que ce à quoi s’attendaient ceux qui portèrent plainte contre lui, mais malgré tout le seul fait que ce procès, le premier du genre sur le territoire français, ait pu avoir lieu, est considéré comme une victoire par le collectif des parties civiles.
« Il ne fallait pas se tromper de combat : ce procès n’était pas celui de l’implication de la France au Rwanda. Il s’agissait du procès d’un homme, Pascal Simbikwanga, accusé non seulement d’avoir participé au génocide mais d’être l’un de ses planificateurs. » Pour Alain Gauthier et son épouse Daphrose, qui, en France, ont combattu durant deux décennies en faveur de la justice, contre l’impunité, le procès de Simbikwanga, au-delà du verdict lui-même, représente déjà une victoire, puisque la justice française, s’appuyant sur la compétence universelle, a accepté, pour la première fois et à un mois de la commémoration du vingtième anniversaire des massacres, de faire comparaître un homme accusé du génocide des Tutsis. « Ce n’est qu’un début » assure Alain Gauthier, 25 autres plaintes ont été déposées sur le bureau du juge d’instruction et d’autres procès devraient suivre… »
Cet enseignant de formation, désormais entièrement voué à son combat et qui a longtemps critiqué son pays qui donnait asile à de nombreux « génocidaires » se dit aujourd’hui satisfait de la manière dont le procès s’est déroulé, « avec sérieux et compétence. Le président du tribunal possédait parfaitement son dossier, l’avocat général et Amélie Devos, vice procureur et chef du « pôle génocide » se sont montrés à la hauteur étaient à la hauteur, les 38 témoins à charge et à décharge ont eu l’occasion de s’exprimer… »
Restait à convaincre les jurés, six citoyens choisis au hasard qui, dans leur long délibéré, ont été accompagnés par trois magistrats (contrairement à la procédure des jurys d’assises en Belgique) où les jurés sont laissés seuls, pour se prononcer en leur âme et conscience.

Le handicap physique, un atout qui n’a pas servi

Dans le cas de Pascal Simbikwanga, ces hommes et ces femmes n’ont pas eu la tâche facile. Dès le départ, la stratégie de défense de cet homme qui se déplace en chaise roulante était claire, il a minimisé son rôle, s’est présenté comme une victime, un simple capitaine de gendarmerie déjà à la retraite en 1994, qui aurait été incapable, au vu de sa condition physique, de prendre part aux tueries.
Mais il devait apparaître assez vite que ce n’est pas de cela qu’il était accusé : même des témoins convoqués pour s’exprimer en sa faveur ont confirmé, consciemment ou non, la réalité des charges. Proche du président Habyarimana, ce qu’il n’a jamais nié, Simbikwanga était un homme important, un membre de l’ « akazu » l’entourage présidentiel composé des ultras du régime. Bien avant le génocide, son nom était synonyme de terreur. Appartenant au premier cercle du pouvoir il avait menacé et aussi éliminé des journalistes, été l’un des premiers souscripteurs de la radio des Mille Collines, qui assura l’encadrement idéologique du génocide. Même les Tutsis venus dire à la barre qu’il les avait protégés et sauvés ont confirmé que cet homme là circulait librement dans Kigali couverte de barrières où les miliciens Interhahamwe triaient les citoyens et les éliminaient d’après leur ethnie.
Jouant sur son handicap, (du à un accident de voiture) sur sa faiblesse physique, Simbikangwa a tenté de faire croire que, circulant couché dans une voiture, il n’avait même pas vu les tueries, et à peine aperçu les camions de la voirie de Kigali qui déblayaient les cadavres ! En réalité, tout au long du procès, le « profil bas » de l’accusé a été démenti non seulement par les témoignages mais par sa propre attitude : par moments, quittant ses digressions et ses échappatoires, on le surprit à intimer à l’avocat général, un ordre comminatoire « répondez à mes questions » Comme si le tortionnaire d’hier avait oublié que les rôles s’étaient inversés !
Cependant, au contraire des quatre procès d’assises qui se sont déroulés en Belgique, le procès de Simbikwanga, deux décennies après les faits, a été qualifié par la presse française de « théâtre froid » : peu ou pas de témoignages de victimes directes, beaucoup de témoins de contexte, d’experts et une salle dans laquelle, contrairement à Bruxelles, théâtre de toutes les passions, les Rwandais étaient assez rares. Même les proches de l’accusé, vivant en France, s’étaient abstenus de faire le déplacement…
La relative « froideur » de la procédure n’a pas nécessairement aidé les jurés, qui ont du imaginer un autre temps, un autre espace, pour mesurer en leur âme et conscience le degré de responsabilité de l’homme enfermé devant eux, qui parfois semblait les narguer derrière sa cloison de verre.

13 mars 2014

Le torchon brûle entre le Rwanda et l’Afrique du Sud

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Prudent, le ministre sud africain de la Justice Jeff Radebe a pris soin de souligner que les relations entre le Rwanda et l’Afrique du Sud demeuraient inchangées, et « très bonnes ». Sage précaution, car au regard des derniers évènements on aurait pu croire les deux pays au bord de la rupture des relations diplomatiques : le week end dernier en effet, Pretoria a expulsé quatre diplomates, trois Rwandais et un Burundais tandis que Kigali expulsait six Sud Africains à titre de réciprocité.
S’exprimant devant la presse, le ministre sud africain de la Justice a déclaré qu’il détenait des « preuves » selon lesquelles les diplomates expulsés auraient été impliqués dans un meurtre et dans des tentatives d’assassinat d’opposants en Afrique du Sud, ajoutant que son pays n’entendait pas servir de terrain pour des règlements de compte et des activités illégales menées par des ressortissants étrangers. Visant le Rwanda, il faisait ainsi allusion à l’assassinat le 31 décembre dernier, de Patrick Karegeya, l’ancien chef des services de renseignement du Rwanda. Malgré les précautions dont il s’entourait, l’homme qui se présentait comme un adversaire résolu du président Kagame et se disait prêt à témoigner devant la justice internationale, avait été retrouvé étranglé dans la salle de bains d’un hôtel de luxe, où l’un de ses compatriotes lui avait donné rendez vous.
Voici une semaine, la résidence de l’allié politique de Karegeya, le général Kayumba Nyamwasa, avait été attaquée et cambriolée par des hommes en armes, malgré la protection des forces spéciales sud africaines. L’ancien chef de l’armée, qui a déjà échappé à deux tentatives d’assassinat ne se trouvait pas chez lui au moment de l’attaque.
La réponse rwandaise aux accusations sud africaines n’a pas tardé : «aucune preuve n’a été fournie » a déclaré l’ambassadeur rwandais à Pretoria tandis que depuis Kigali Louise Mushikiwabo, ministre des affaires étrangères, a accusé « l’Afrique du Sud d’abriter des fugitifs continuant à mener des attaques terroristes au Rwanda ». Patrick Karegeya et le général Faustin Kayumba ont en effet créé en Afrique du Sud une formation politique et ont gardé contact avec de nombreux opposants à Kagame.
Soupçonnant ces dissidents d’entretenir des contacts avec les FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) présents au Congo, le président Kagame s’est exprimé d’une manière ambiguë, assurant que «tous ceux qui trahissaient la cause du Rwanda pouvaient s’attendre à devenir des victimes ».
Alors qu’au Congo, la Monusco et les forces armées congolaises assurent qu’une offensive contre les FDLR est imminente et distribuent des tracts appelant à la reddition de ces combattants endurcis, cette perspective laisse Kigali sceptique. En réalité, le Rwanda craint toujours que les troupes tanzaniennes et sud africaines qui font partie de la Brigade d’intervention africaine épaulant la Monusco jouent un double jeu alors qu’elles sont déployées sur sa frontière avec le Nord et le Sud Kivu et cette crainte contribue à empoisonner les relations avec Dar es Salaam et Pretoria.

5 mars 2014

François Muamba: l’amnistie sera individuelle. Point

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Interview de François Muamba, coordinateur du mécanisme national de suivi de l’accord cadre d’Addis Abeba
KInshasa,
Voici un an, onze pays de la région se mettaient d’accord pour signer un vaste accord qui, en principe, interdisait à tous les intervenants de soutenir des mouvements d’opposition armés dans le pays voisin. Faisant face à la rébellion du M23, appuyée par le Rwanda jusqu’à ce que les pressions internationales contraignent Kigali à céder, le Congo fut obligé, comme les autres mais de manière plus contraignante, de souscrire à des mesures de réforme importantes, entre autres dans le secteur de la sécurité et de la gouvernance.
Un an plus tard, François Muamba, issu de l’opposition et qui mena durant de longs mois les « négociations de Kampala » avec les rebelles a été chargé de suivre la mise en œuvre de l’accord conclu et il a accepté de faire le point sur le chemin parcouru, en particulier sur la loi d’amnistie qui vient d’être promulguée.
« La loi telle qu’elle a été promulguée est une loi impersonnelle, qui ne vise pas seulement les hommes du M23. Dans le temps, son application remonte à 2006. Il est très clair que tous ceux qui à titre individuel sont accusés de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité, de viols, de pillages sont exclus de cette loi. Des listes existent, rédigées par les Américains, par les Nations unies, par l’autorité congolaise et parfois les mêmes personnes figurent sur plusieurs de ces listes, accusées des crimes les plus graves et de ce fait exclues de l’amnistie. Quant aux autres, les plus nombreux, ils ont une période de six mois durant laquelle ils ont la latitude de se manifester. Car, contrairement à ce qui s’est passé en 2009, on n’octroie pas l’amnistie en bloc. IL s’agit d’une démarche individuelle par laquelle de manière concrète les concernés doivent signer un acte par lequel ils s’engagent à ne plus recommencer. Ils doivent accepter à l’avance qu’en cas de récidive, l’amnistie serait annulée, elle tomberait d’office.
Cela est stipulé par un acte rédigé par le ministère de la justice et qui a été annexé à la loi d’amnistie…

Cette mesure est-elle inspirée par la volonté de mettre fin au cycle des rébellions à répétition ?

Tout à fait.. On s’est rendu compte que, parmi les gens du M23 qui demandaient l’amnistie, certains en étaient à leur troisième demande ! Des multirécidivistes… On en est sorti en promulguant cet acte qui pose la responsabilité individuelle..

De combien de noms les listes dont vous parlez se composent elles ? D’une centaine de noms ?

Chez nous c’est à peu près de cela. Mais il faut tout de même faire le tri entre crimes de guerre, crimes contre l’humanité et actes de rébellion…

Les ex combattants du M23 qui se trouvent encore en Ouganda peuvent ils bénéficier de la loi d’amnistie ?

Tout à fait : nous avons élaboré une feuille de route selon laquelle l’amnistie devait être votée en février, ce qui est fait. Nous avions aussi prévu des contacts, qui sont en cours, entre les Etats, afin d’aboutir à l’identification « in situ » de ces combattants et de pouvoir déterminer quels sont ceux qui souhaitent bénéficier de l’amnistie. Il s’agit, rappelons le, d’une démarche personnelle. Ceux qui seront candidats à l’amnistie seront alors soumis au processus DDR (désarmement, démobilisation, réinsertion sociale pour ce qui concerne les Congolais, rapatriement pour les étrangers).
C’est par rapport à cela que le gouvernement a identifié des sites de regroupement. Pour ce qui concerne les gens du M23 ils pourraient aller à Walikale, dans le Nord Kivu. Pour tout le monde, donc aussi pour les gens issus d’autres groupes armés, les sites prévus sont Kamina dans le Katanga, Kitona dans le Bas Congo et Kota Koli dans l’Equateur.
Quelques difficultés d’explication subsistent, dans la communauté internationale on a entendu le mot « déportation ».
En réalité, on ne va pas démobiliser et cantonner là où les gens ont fait la guerre, car souvent ils ont gardé des armes et pourraient être tentés de les reprendre. En outre le « corps social » n’est pas prêt à assimiler des gens qui les ont tant fait souffrir. Pour les gens du Kivu, le M23 cela signifie « ma femme qui a été violée, mes biens que je n’ai plus, ma maison qui a été brûlée… » Comment voulez vous placer les démobilisés dans un milieu qui a tant de raisons de les rejeter ? Les placer ailleurs, dans un pays qu’eux-mêmes revendiquent comme leur, ce n’est pas de la déportation. Si on est Congolais on est chez soi partout…

Comment considérez vous les ex combattants du M23 qui se trouvent en Ouganda ?

Formellement, la position de l’Ouganda est de dire qu’ils sont désarmés, retenus mais pas détenus…Et d’ajouter que la prise en charge coûte cher. Depuis qu’il y a l’amnistie, cet argument ougandais est tombé. Concrètement, le rapatriement n’est pas plus facile et c’est grâce à la médiation des envoyés spéciaux (Mary Robinson pour les Nations unies, Koen Vervaeken pour l’Union européenne, Russ Feingold pour les Etats unis) que nous nous approchons d’une solution. Cette semaine encore nous allons avoir une grande réunion avec tous nos partenaires afin que l’on se comprenne et que l’on se facilite mutuellement la tâche…

Propos recueillis à Kinshasa

5 mars 2014

Labille et Pielbag: soutenir le Congo et avancer…

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Tant l’Union européenne que la Belgique persistent et signent : il faut continuer à soutenir le Congo et malgré les incertitudes de l’heure, maintenir l’aide, garder le cap d’un soutien lucide. C’est en tout cas ce que le commissaire européen Andris Pielbag a expliqué au président Kabila qui a reçu la délégation « belgo européenne » durant près d’une heure et demie mercredi matin : en 2014 seulement, l’Europe consacrera 620 millions d’euros à la rénovation des infrastructures, aux secteurs de la santé, de l’agriculture, de la sécurité mais aussi à la préparation du prochain cycle électoral. Car les échéances se précisent et le chef de l’Etat a bien expliqué qu’ « avec ou sans soutien extérieur, la Constitution serait appliquée, avec des élections locales prévues en 2015, des législatives et présidentielles en 2016 et que par la suite il serait procédé à l’élection du futur Sénat. » S’agira-t-il, sur ce point, d’un vote direct ou indirect ? Si le président ne s’est pas prononcé, les évêques du Congo, eux, ont d’ores et déjà torpillé le ballon d’essai lancé par l’abbé Malu Malu, président de la Commission électorale : ils estiment que les sénateurs doivent être élus au suffrage universel direct, pour éviter compromissions et marchandages.
Ce calendrier électoral a reçu le soutien du Commissaire européen au développement qui a expliqué que l’Europe, une fois encore, soutiendrait l’exercice « à condition qu’il soit transparent ». En 2011 en effet, les élections avaient été fortement contestées et les observateurs européens avaient constaté de nombreuses irrégularités.
Assuré, serein, passant d’un sommet à l’autre (Communauté économique de l’Afrique de l’Est la semaine dernière, femmes francophones ces jours ci, sommet Europe Afrique à Bruxelles début avril) le président est apparu à ses hôtes comme un homme sûr de lui, ayant dépassé la crise du Nouvel An lorsque des assaillants s’étaient brièvement emparés de plusieurs points stratégiques à Kinshasa dont la RTNC (radio télévision congolaise). Mais il apparaît aussi que cet homme qui termine son second mandat présidentiel entend moins que jamais se laisser dicter ses agendas : il viendra à Bruxelles si sa sécurité est assurée et s’il ne risque pas d’être assiégé par les Bana Congo (opposants d’origine congolaise fanatisés par l’opposition), il organisera les élections au rythme qui conviendra aux Congolais et en fonction des financements disponibles, il procédera au remaniement gouvernemental annoncé depuis novembre quand il le jugera utile. (Présent comme « sortant » le Premier Ministre Matata Ponyo est apparu singulièrement détendu…)Enfin, dès que les ADF Nalu (mouvement d’opposition ougandais qui sème la terreur dans le Grand Nord du Kivu) seront mis en état de nuire par l’offensive conjointe des forces armées congolaises et des troupes de la Mission des Nations unies au Congo, viendra le tour des rebelles hutus des FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda), présentés comme la principale force de déstabilisation de l’Est du Congo depuis 1994.
Entendant à la radio ce chapelet de promesses, notre chauffeur, à Bukavu, se montre sceptique : « les FDLR sont bien organisés : via les hauts plateaux du Sud Kivu ils achètent des armes en Tanzanie, et, se rendant maîtres des carrés miniers, obligent la population à travailler pour eux. Ensuite, ils acheminent les sacs de minerai vers les comptoirs de Bukavu, où leur campagne est « préfinancée » à coups de milliers de dollars. Pourquoi voudriez vous que ce juteux trafic s’arrête. Trop de gens y trouvent leur compte… »
Une visite plus longue à l’hôpital de Panzi où opère le Docteur Mukwege aurait permis aux illustres visiteurs de se rendre compte des « dégâts collatéraux » occasionnés par ces trafics qui permettent aux groupes armés de s’autofinancer et de continuer à répandre la terreur, mais pressée par le temps, la délégation n’eut guère le temps de s’entretenir avec les femmes victimes de violences sexuelles. Le commissaire Pielbags promit cependant une nouvelle contribution financière à l’œuvre du Dr Mukwege.
La « descente sur terrain » belge et européenne s’est terminée à Rumangabo, un camp militaire en bordure du parc naturel des Virunga, une position occupée puis conquise par les rebelles du M23 et où l’armée congolaise a repris position, avec la ferme intention de sécuriser désormais le Nord Kivu afin que les rébellions à répétition appartiennent désormais au passé.

4 mars 2014

Les premiers pas du commissaire Pielbags au Congo

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Kinshasa,
Envoyée spéciale
Combien pèse l’Europe ? Lourd : l’Union européenne et les Etats membres demeurent les principaux bailleurs de fonds du Congo et pour la période 2014-2020, le 11eme FED représentera 27 milliards d’euros, la République démocratique du Congo, ce pays continent, demeurant le plus important bénéficiaire en volume d’aide.
Cependant, malgré la multiplicité des secteurs d’intervention (la réforme de la sécurité et le paiement des militaires, l’appui à la justice, les routes) cette aide demeure sinon peu visible, en tous cas relativement peu médiatisée. Peut-être parce que les procédures sont méticuleuses et très lents les délais d’exécution, peut-être à cause d’une sorte de méconnaissance réciproque. C’est pour combler ce déficit que le commissaire européen au développement André Pielbags, deux mois avant la fin de son mandat, a tenu à se rendre à Kinshasa puis au Kivu, en compagnie du ministre belge de la Coopération Jean-Pascal Labille qui, après cinq visites sur le terrain, est considéré comme un vétéran. En outre, il est incontestable que la Belgique, qui n’a de cesse d’inscrire le Congo à l’agenda européen, fait figure de « pays leader » et que sa coopération, modeste en chiffres absolus mais importante dans le budget du royaume (1,3 milliards d’euros de 2008 à 2013) est très appréciée car les Belges s’attachent en priorité à remettre en état des routes de desserte agricole. Mais surtout, en cette période dite de « post conflit » qui s’est ouverte après la victoire militaire sur le M23, la Belgique souhaite encourager les réformes, sécuriser le processus électoral, accélérer le décollage d’un pays qui se trouve au cœur des perspectives de développement de l’Afrique centrale.
Tout cela, MM. Pielbags et Labille l’ont expliqué à leurs interlocuteurs congolais. Si la société civile, qui a plaidé en faveur des réparations que mériteraient les innombrables victimes des conflits est apparue relativement structurée, prête à affronter les défis de la période électorale qui s’ouvrira l’année prochaine avec les élections locales, les interlocuteurs gouvernementaux se sont montrés moins à l’aise : depuis la fin des concertations nationales, en novembre dernier, le gouvernement est en « affaires courantes » et les ministres occupent des sièges éjectables… Ce qui n’empêche pas l’inusable Premier Ministre Matata Mponyo d’aller de l’avant et de poursuivre la modernisation du pays. Ainsi par exemple, bancarisation oblige, les « mamans » installées sur des chaises de plastique et qui changeaient des montagnes de billets dans les rues de Kinshasa ont été priées de déguerpir, cédant la place à des comptoirs agréés, tandis que, jour et nuit, employés par une ONG commanditée par la « Primature » des balayeurs traquent les poussières des principales artères…
Estimant qu’une justice fonctionnelle est la base de l’Etat de droit, l’Union européenne s’attache depuis longtemps à réformer ce secteur sensible et elle y a déjà consacré 100 millions d’euros. A Kinshasa, le Commissaire Pielbag a posé un geste spectaculaire : inaugurer un immense édifice qui, dans un labyrinthe d’étages, de bureaux et de salles d’audience, accueillera toutes les juridictions de la capitale, depuis les simples tribunaux jusqu’à la Cour d’appel et la Haute Cour militaire. L’Europe fournira également l’équipement informatique et bureautique de ce bâtiment qui devrait représenter la pièce maîtresse du « chantier judiciaire », socle de l’Etat de droit et elle s’attachera aussi à créer un institut de formation judiciaire.
Est-ce une image du pays tout entier ? Si le gros œuvre est terminé, la « Cité de la Justice » est encore en chantier et a délégation « belgo européenne » a été invitée à traverser des salles vides où les cloisons doivent encore être clouées et les sols balayés…