14 mars 2014

Pascal Simbikwanga condamné à 25 ans de détention

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Une étape importante pour la justice française

Alors que le ministère public avait requis la détention à perpétuité pour Pascal Simbikwanga, les jurés parisiens ont tranché : le capitaine de gendarmerie, qui avait été arrêté à Mayotte pour faux papiers et transféré en France a été condamné à 25 ans de prison. C’est moins que ce à quoi s’attendaient ceux qui portèrent plainte contre lui, mais malgré tout le seul fait que ce procès, le premier du genre sur le territoire français, ait pu avoir lieu, est considéré comme une victoire par le collectif des parties civiles.
« Il ne fallait pas se tromper de combat : ce procès n’était pas celui de l’implication de la France au Rwanda. Il s’agissait du procès d’un homme, Pascal Simbikwanga, accusé non seulement d’avoir participé au génocide mais d’être l’un de ses planificateurs. » Pour Alain Gauthier et son épouse Daphrose, qui, en France, ont combattu durant deux décennies en faveur de la justice, contre l’impunité, le procès de Simbikwanga, au-delà du verdict lui-même, représente déjà une victoire, puisque la justice française, s’appuyant sur la compétence universelle, a accepté, pour la première fois et à un mois de la commémoration du vingtième anniversaire des massacres, de faire comparaître un homme accusé du génocide des Tutsis. « Ce n’est qu’un début » assure Alain Gauthier, 25 autres plaintes ont été déposées sur le bureau du juge d’instruction et d’autres procès devraient suivre… »
Cet enseignant de formation, désormais entièrement voué à son combat et qui a longtemps critiqué son pays qui donnait asile à de nombreux « génocidaires » se dit aujourd’hui satisfait de la manière dont le procès s’est déroulé, « avec sérieux et compétence. Le président du tribunal possédait parfaitement son dossier, l’avocat général et Amélie Devos, vice procureur et chef du « pôle génocide » se sont montrés à la hauteur étaient à la hauteur, les 38 témoins à charge et à décharge ont eu l’occasion de s’exprimer… »
Restait à convaincre les jurés, six citoyens choisis au hasard qui, dans leur long délibéré, ont été accompagnés par trois magistrats (contrairement à la procédure des jurys d’assises en Belgique) où les jurés sont laissés seuls, pour se prononcer en leur âme et conscience.

Le handicap physique, un atout qui n’a pas servi

Dans le cas de Pascal Simbikwanga, ces hommes et ces femmes n’ont pas eu la tâche facile. Dès le départ, la stratégie de défense de cet homme qui se déplace en chaise roulante était claire, il a minimisé son rôle, s’est présenté comme une victime, un simple capitaine de gendarmerie déjà à la retraite en 1994, qui aurait été incapable, au vu de sa condition physique, de prendre part aux tueries.
Mais il devait apparaître assez vite que ce n’est pas de cela qu’il était accusé : même des témoins convoqués pour s’exprimer en sa faveur ont confirmé, consciemment ou non, la réalité des charges. Proche du président Habyarimana, ce qu’il n’a jamais nié, Simbikwanga était un homme important, un membre de l’ « akazu » l’entourage présidentiel composé des ultras du régime. Bien avant le génocide, son nom était synonyme de terreur. Appartenant au premier cercle du pouvoir il avait menacé et aussi éliminé des journalistes, été l’un des premiers souscripteurs de la radio des Mille Collines, qui assura l’encadrement idéologique du génocide. Même les Tutsis venus dire à la barre qu’il les avait protégés et sauvés ont confirmé que cet homme là circulait librement dans Kigali couverte de barrières où les miliciens Interhahamwe triaient les citoyens et les éliminaient d’après leur ethnie.
Jouant sur son handicap, (du à un accident de voiture) sur sa faiblesse physique, Simbikangwa a tenté de faire croire que, circulant couché dans une voiture, il n’avait même pas vu les tueries, et à peine aperçu les camions de la voirie de Kigali qui déblayaient les cadavres ! En réalité, tout au long du procès, le « profil bas » de l’accusé a été démenti non seulement par les témoignages mais par sa propre attitude : par moments, quittant ses digressions et ses échappatoires, on le surprit à intimer à l’avocat général, un ordre comminatoire « répondez à mes questions » Comme si le tortionnaire d’hier avait oublié que les rôles s’étaient inversés !
Cependant, au contraire des quatre procès d’assises qui se sont déroulés en Belgique, le procès de Simbikwanga, deux décennies après les faits, a été qualifié par la presse française de « théâtre froid » : peu ou pas de témoignages de victimes directes, beaucoup de témoins de contexte, d’experts et une salle dans laquelle, contrairement à Bruxelles, théâtre de toutes les passions, les Rwandais étaient assez rares. Même les proches de l’accusé, vivant en France, s’étaient abstenus de faire le déplacement…
La relative « froideur » de la procédure n’a pas nécessairement aidé les jurés, qui ont du imaginer un autre temps, un autre espace, pour mesurer en leur âme et conscience le degré de responsabilité de l’homme enfermé devant eux, qui parfois semblait les narguer derrière sa cloison de verre.