16 avril 2014

Justin-Marie Bomboko, le vieux baobab

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Avant l’hommage national qui lui sera rendu à Kinshasa, Justin- Marie Bomboko, l’un des pères de l’indépendance congolaise, a reçu à la cathédrale Saint Michel et Gudule le dernier hommage de ses compatriotes venus en grand nombre. Etaient présentes aussi plusieurs personnalités belges comme André Flahaux, le président du Parlement, le Vice Premier Ministre Didier Reynders ou Herman de Croo, qui a rappelé 50 années d’une indéfectible amitié, nouée sur les travées de l’Université libre de Bruxelles.
C’est en 1956 que le fils du chef traditionnel de Bosilela, dans la province de l’Equateur, débarque à Bruxelles. Son père l’a initié aux fondements de la culture des Mongo, un grand peuple de l’Ouest congolais, les missionnaires, impressionnés par ses facultés intellectuelles et les bons résultats déjà obtenus à l’Université Lovanium, lui ont décroché une bourse lui permettant de s’inscrire en sciences politiques et diplomatiques. La petite histoire raconte que de Croo, découvrant un jeune Africain grelottant dans les frimas de l’avenue Franklin Roosevelt, lui aurait offert son loden…
Large sourire, regard malicieux, le jeune Bomboko conquiert les cœurs, les titres académiques et les responsabilités : non content d’être le premier étudiant congolais diplômé en Belgique, il préside l’Union générale des étudiants du Congo belge et du Ruanda Urundi et collabore avec l’Institut de sociologie de l’ULB. En 1960, il est l’un des très rares Congolais dotés d’un diplôme universitaire et, passionné par la politique, il participe à la Table ronde économique de 1960. Aux côtés de Patrice Lumumba qui deviendra Premier Ministre, il signe l’acte consacrant l’accession du Congo à l’indépendance.
Dans une brève évocation pleine d’émotion, Mario Cardoso Losembe, qui à l’époque appartenait au parti de Lumumba, a rappelé combien cette indépendance fut précipitée, comment Bomboko, jeune intellectuel sans expérience, fut propulsé aux affaires étrangères du Congo indépendant. Car la fuite des colons belges (que Bomboko protégera personnellement) accélère la promotion des premiers universitaires congolais et après l’assassinat de Lumumba, Bomboko, aux côtés de Mobutu, devient membre du groupe de Binza, puis fondateur du Mouvement populaire de la révolution, le parti unique qui contrôlera le pays durant trois décennies.
En disparaissant sans jamais s’être réellement confié, Justin Marie Bomboko a coupé les racines de la mémoire : on ignorera toujours comment Lumumba fut révoqué par Kasavubu, comment le leader rebelle Pierre Mulele fut assassiné après être revenu d’exil grâce aux efforts diplomatiques de Bomboko…Mais avec les années, les questions et les critiques se sont estompées. Les Congolais se souviennent du « vieux baobab » devenu vice président du Sénat et défendant toujours l’unité de son pays, les Belges saluent avec émotion le plus fidèle de leurs amis, qu’ils hébergèrent même dans les locaux de l’ambassade durant les temps difficiles ; la très grande famille et les nombreuses relations du « Vieux » évoquent son érudition, son humour, sa connaissance de la culture des Anamongo dont il était le leader incontestable…La mèche blanche, qui le rendait si facilement reconnaissable, est passée à l’histoire elle aussi…