19 septembre 2014

Les excombattants hutus sont indésirables à Walungu

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Walungu,
Pour être certain de nous rencontrer, Donatien, porte parole de la « nouvelle société civile », a manqué la messe du dimanche. Dès l’aube, alors qu’au cœur des collines du Bushi, épicentre de la violence dans les années 2000, Walungu dort encore, il tient à nous apostropher : « lorsque les Nations unies ont décidé d’installer ici les ex-combattants hutus, au cœur même de cette région où ils ont commis tant de crimes, nous avons voulu barrer la route, élever des barricades. Un jour, nous brûlerons ce camp, nous forcerons ces gens à partir, à rentrer chez eux, au Rwanda… »Autour de lui, les villageois assurent même avoir reconnu, parmi les femmes se trouvant dans le camp, une fille enlevée voici sept ans et qui est devenue l’ « épouse » ou l’otage d’un militaire hutu, qui lui a fait deux enfants. Donatien précise : « Cette fille de notre village, Marie, fait désormais partie de ceux que la Monusco appelle les « dépendants »… »
Le seul fait de savoir que des ex-rebelles hutus, arrivés au Kivu au lendemain du génocide au Rwanda en 1994 et qui ont commis les pires atrocités à l’encontre des civils congolais sont aujourd’hui cantonnés dans un camp surveillé par des Casques bleus égyptiens suffit à réveiller craintes et cauchemars.
Cependant, lorsqu’après avoir du surmonter une cascade de refus successifs, Thierry Michel et moi pénétrons dans ce petit campement ceint de barbelés, nous avons du mal à comprendre la peur qu’inspirent encore ces 83 ex-combattants entourés de quelque 220 femmes et enfants, qui campent sous des bâches blanches et cuisinent sur des pierres.
Dimanche oblige, tout le monde est à l’office ou à la messe : sous des tentes un peu plus hautes, la foule répond en chœur aux prières des officiants. Des calendriers onusiens, découpés en fines lamelles ont été transformés en guirlandes de fortune ou plantés dans des pots pour rappeler les bouquets de fleurs qui ornent les autels.
« Ce dénuement est délibéré » reconnaissent les responsables des Nations unies : « ici, il n’y a pas d’école, pas de matériel de cuisine, peu de sanitaires. Comme Walungu n’est qu’un camp de transit, des installations « quatre étoiles » attendent ces gens à Kisangani, mais ils refusent de s’y rendre. »
Alors qu’un homme, qui se fait appeler « Chance », réussit à nous dire que lui, il serait d’accord pour être ramené à Gisenyi au Rwanda, dont il est originaire, l’un de ses supérieurs lui coupe la parole : « certes, nous nous sommes rendus volontairement, nous avons déposé les armes. Mais nous refusons d’être déplacés à Kisangani, dans l’Equateur ou dans un pays tiers. C’est au Rwanda que nous voulons aller, mais après un « dialogue politique » avec le régime de Kagame. Ce que ce dernier refuse jusqu’à présent… »
Comme s’il répétait une leçon bien apprise, le major Joseph Birindiro confirme que les FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) représentent toujours un mouvement structuré, répondant aux ordres d’une hiérarchie politique : «nos chefs se trouvent en Europe, entre autres en Allemagne et nous exécutons leurs ordres… »
Autrement dit, le plan de désarmement volontaire des ex- rebelles hutus, mis en œuvre par la Monusco s’avère être un échec sur le terrain et ces réfugiés indésirables, dont la seule présence réveille tous les traumatismes des victimes congolaises, se trouvent déjà depuis trois mois à Walungu, alors que leur transit n’aurait du durer que quelques jours…
« Ces gens ne répondront jamais des crimes commis au Congo » dénonce Donatien, « et c’est de justesse que nous avons réussi à dissuader l’ONU d’acheter des terres afin de réinstaller définivement ces gens chez nous…Vingt ans après, c’est toujours le Congo qui subit les séquelles du génocide au Rwanda…»
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